LE COMTE D'’'ARGENTAL
A Q CE . . , peut-être un peu exclusives. On riait de sa « Voltairomanie ». C’est à lui que l’on fit dire :
Nul n'aura de l'esprit, hors nous et nos amis,
L'amitié du comte d'Argental n'allait cependant pas jusqu’à l'aveuglement et, en certaines circonstances, il sut faire entendre à son idole de francs avis. Au mois d'août 1700 0fHtairenecriELA d'Argental dans les termes les plus lyriques, pour lui dépeindre l'accueil qu'il a trouvé à Berlin: en y insistant d’autant plus que, avant son départ, son ami avait fait tous ses efforts pour le détourner de ce voyage. Bien mieux, Voltaire ne tarda pas à faire part à son ami d'un projet d'installation définitive à Berlin où il emmènerait sa nièce. À Paris, certes, on l’admirait beaucoup, mais à Berlin, on l'admirait davantage : la Prusse deviendrait sa patrie. C’est l’époque où les colporteurs vendaient la caricature de « Voltaire le Prussien ».
Gette fois, Argental intervint avec la plus grande énergie, si nous en Jugeons par la réponse de Voltaire : « Ne m'écrivez plus jamais, mon divin ange, une lettre aussi cruelle que celle du 26 août, vous me rendriez malade de chagrin. »
Après la mort de Voltaire, Florian envoya au comte d'Argental une plume de l'illustre écrivain, avec ce quatrain :
Elle acquit à son maïtre une immortelle vie,
Elle fut la terreur du sot et du méchant;
Elle éclaira son siècle, elle punit l'envie, Peignit l'amour et t’écrivit souvent.
Le comte d'Argental mourut à Paris, en son hôtel du quai d'Orsay, le 5 janvier 1788. De 1700, année de sa naissance, jusqu'en 1788, il avait parcouru tout le xvin° siècle, car, avec 1789, commence une ère nouvelle.
Du xviut siècle Argental est demeuré une figure représentative. Dans sa jeunesse, il s'était épris d’Adrienne Lecouvreur et avait voulu l’épouser. Devant l'opposition de la famille de son amoureux, la grande artiste rendit au gentilhomme sa parole, par une lettre admirable de noblesse, de cœur et de dignité; ensuite Argental avait été l'amant, tout au moins le collaborateur de M"° de Tencin. Le petit roman, le Comte de Communges, publié sous le nom de M"° de Tencin, est vraisemblablement de lui. Quant à son protec-
torat artistique et littéraire, par lequel il est comparable à cet autre nouvelliste, le Président de Bachaumont, si Marmontel en a médit, Voltaire et La Harpe lui ont rendu hommage : « Il avait un goût naturellement juste et un esprit orné, dit La Harpe, nourri de la politesse de ce beau siècle de Louis XIV dont il avait vu la fin. »
Bibliothécaire à l’Arsenal.
BigcrograPmiE : — Correspondance de Voltaire, correspondance de Grimm; Mémoires de Marmontel, de Dufort de Cheverny, de Le Kain ; Mémoires dits de Bachaumont; Journal de Collé; La Harpe, Notice nécrologique de M. d’Argental, dans le Journal de Paris, 16 janv. 1788; Lettres de M®° du Châtelet à M. d’Argental, Paris, 1818; Honoré Bonhomme, Grandes dumes et Pécheresses, Paris, 1883, in-8 (chapitre consacré à Sophie de Vimeux) ; — Fr. F.-B. et Paul d’Estrée, Figaro et ses devanciers, Paris, 1909, in-16, chap. xvr, la Paroisse. À la Bibl. nat., mss nouv. acq. franç. 3346 et 3348, sont conservées des lettres de d’Argental à Males-" herbes et à l'inspecteur d'Hémery, la plupart en faveur de Voltaire.
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La Maladrerie du Roule