LES SOUVENIRS D'EUGÈNE MANUEL
Eugène M;iniiel avait, dev.'int ses amis, souvent exprimé le désir, si la destinée lui en laissait le temps, de réunir \q?, Souvenirs ûq sn vie. Ce qu'eussent été ces souvenirs, peut-être est-il perrïiis de s'en former quelque idée d'après les fragments rédigés qu'on en trouvera dans ce volume même et d'après les notes éparses et manuscrites dont il nous a été donné de prendre connaissance. Ils se seraient assurément fait remarquer par une simplicité parfaite, qui n'eût pourtant exclu ni l'émotion sobre et sincère, ni le pittoresque, ni la variété : Eugène Manuel avait traversé tant de milieux divers !
Il était né, on le sait, d'une famille juive parisienne
rès attachée à sa foi, de fortune médiocre, mais de
culture distinguée. Le grand-pere maternel, Israël
Lovy, premier chantre à la synagogue de Paris, était
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un musicien passionné pour son art. De ses chanis religieux i, un grand nombre sont 1res caractéristi- (|ues et il en est un qui est sublime '.
M"* Lovy était d'une famille de marchands qui avait été riche et que la Révolution avait ruinée, sans allaiblir sans doute son énergie, car plus tard, au cours de l'année terrible, on retrouve l'un de ses membres, le médecin Edouard Baml)erger, député de .Metz à l'Assemblée nationale, puis, après la perte de l'Alsace-Lorraine, député de Paris.
Le grand-père paternel était, sous le règne de Louis XVI, établi à Versailles, comme petit marchand lunetier, dans la galerie de la Chapelle.
Parmi ses nombreux enfants, nous rappellerons d'abord l'aîné, qui fut élève du Conservatoire de Paris. Il s'y rendait de Versailles en « coucou » dans les bons jours, et plus d'une fois à pied, emmenant avec lui un frère plus jeune, qui, dans la suite, abandonna 1;» musique pour le commerce, mais non sans avoir remporté au Conservatoire un premier prix de flûte. Luimême obtint en 1814 un premier prix de violoncelle et demeura fidèle h sa vocation artistique : pendant f|uarante ans M. Manuel-Brame fut attaché aux deux orchestres les plus renommés de Paris, celui des Italiens et celui de l'Opéra.
Quant au plus jeune des fils du petit marchand de Versailles, Moïse Manuel, qui fut le père d'Eugène, il commença, lui aussi, par s'adonner à la musi(|ue. et resta toute sa vie violoncelliste habile; mais enfin il se