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lions de tout un siècle ; qu'il n'avait pas seulement devnncé bien des formes littéraires, et créé presque une imagination et une langue nouvelles ; mais que nous lui devions, plus qu'à tout autre, ou les troubles du sentiment religieux mal satisfait, ou les transports de la passion dont souffraient tant dames, ou les ardeurs et les tristesses dont chacun de nous pressentait qu'il aurait sa part. Il nous surprit un peu par le dédain qu'il affectait pour ses ouvi-ages les plus célèbres et par ses regrets hypciboliques.
Je venais d'apercevoir, à ce moment, sur sa cheminée, une statuette en plâtre, que je regardai avec une visible attention, pour changer un peu le cours de l'entretien devenu pénil)le. C'était l'ébauche de la Velléda de Maindron, dont le marbre, longtemps au Luxembourg, a été récemment* transféré dans les plates-bandes du Carrousel. Vous la connaissez, cette Velléda romantique, d'une élégance apprêtée, appuyée au tronc d'un chêne, sa faucille d'or à la main, la tète couronnée de branchages, en costume de druidesse de théâtre. Comme il la considérait à son tour :
« Nous l'avons vue encore ces jours-ci, lui dis-je ; est-ce bien ainsi que vous lattendiez du statuaire ?
— Elle est belle, cette Velléda, répondit-il, très belle ; mais je ne l'avais pas rêvée ainsi. Je l'aurais voulue violente, échevelée, telle que je l'ai décrite dans sa dernières entrevue avec Eudore, ou chantant des paroles terribles avant de mourir. Celle-ci est trop calme... Du reste, ajouta-t-il, je ne suis pas artiste. »
1. En 1893. Maindron tjlait mort, âgé de quatre-vingt-deux uns, en 188i. La Velléda est de 1837.
UNE VISITE A c:nA'JEAUBttIANl). 21 i
Est-il donc autre cliosc ? Ce souvenir parut éveiller eu lui un monde de pensées, et la conversation, à partir de ce moment, ne fut plus gutre qu'un monologue. Nous avions dit tout ce que nous étions venus dire ; mais lui n'avait dit encore ([u'uniî partie de ce ([u'il voulait nous l'aire entendre. Comme nous faisions mine de nous lever, il nous invita à nous rasseoir. Nous navions i)lus (pi'à l'écouler, sauf à lui domier, de temps en temps, un mol tle répli([ur. comme ces confidents de tragédie dont les courtes phrases soUicittmt un nouveau (lévelo[>pcment. Mes notes, que je consulte, le font passeï- de Velléda au duc de Fitz-James K dont la statuette faisait pendant à la druidesse, et dont il nous lit féloge. Puis, ce fut son pi'opre rôle sous la Reslaïu'ation, la Grèce el ses voyages, Napoléon et la Révolution française. l'Angleterre et l'Amérique. Il trouvait moyen tle rattacher par un lil ténu ces impressions, ces jugements, ces souvenirs rapides, qu'il semblait prendreplaisir à faire passer sous nos yeux dans un désordre factice où nous avions peine à le suivre, comme en une étrange table des matières de toutes ses œuvres. Un mot, un geste de nous amenait un trait inattendu, une esquisse nouvelle. Un coui» d'œil jeté par Tremblay vers le jardinet blanc de neige fut un prétexte encore pour déplacer noire attention :
« Vous regardez cette neige ? nous dit-il. Elle me rappelle les solitudes du Nouveau Monde, par une température autrement rigoureuse ! Dans quels pays, sous quels climats difterents n"ai-je pas fini et commencé l'année ! »
1 . Pcair (le France sous la Resluiiratiou. démissionnaire eu 1830, député de Toulouse on IS.Vk il étnil niorl en 183S.
Ul/J MELANC.feS lîN FKOSE.
Cv lut aloi's lin ivtuiir de tinslessc. et le 1110110loTH' l't'lVain (1rs csiM-ram-cs ti'om|>écs. Il l'-tail « las (le la vie » ; il s'étonnait « (pu' la mort m' l'eût pas «Micore ])ris au mot » : « il en avilit assez » : lallait-il «lonc « dattei' la uioi'L pour la <l»''ci«lei' » ? Kt encore :
« Vous qui êtes jeunes, vous vei-rez <pie la vie est trop courte pour la jK'usée, trop courte |K)Uil'action. trop lon^e pour le bonheur ! »
Et. comme nous hii disions qu'il avait pul>Hé l'écemment encore * de ht^lles pagres (nous p«'nsions à la Vie de Rancé) :
« Je suis las d'écrire, nous dit-il; et qui sait si ie n'ai pas beaucoup trop écrit!... A mon ii^v im ne doit plus que rêver. »
Et il continuait sui* ce ton. [)renant motif de tout pour exprimer, pour entier s«i mélancoli»'. L'ennui qu'il étalait devenait épique. C'était *le jdus en plus, il faut bien l'avouer, une espèce i\r mise en scène dont il nous donttiiit le spectacle, cherchant des efPets de conti*aste iH'opres à nmis toucher ou à nous confondre.
A mesure qu'il parlait, il s'animait, s'ajçitait davantage dans son fauteuil ; un instant il voulut s*lever d'ini mouvement vif. et dut se rasseoir aussitôt. L'auréole lui l'evenait : ses yeux bleus (ils étaient Inen bleus) avaient des lueurs d'autrefois. Nous n«^ disions plus rien, nous écoutions, nous atteiwlions ([uelqu'une de ces grandes images qui semblaient né<*essaii*es au sentiment qu'il exi)rimait; wniis son langage était plutôt familier, méjjrisiint et trivial. C'était une main aise liuineur ironique et verbeust^,