PROFESSEUR A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS
Lyon, ce 29 septembre (851
Mon cher Docteur,
Savez -vous que vous m'avez fait une grande peine, et que j'ai bien à cœur de vous le dire? Comment! vous me louez de la conscience démon ouvrage, et c'est le mérite que j'ai tenu le plus à lui donner en effet. Votre suffrage, si compétent, me contente et me réjouit; je le prends comme nue bonne récompense de mon travail. Puis, vous tromez dans mon ouvrage un article de Bayle eent fois cité, éclairci, discuté, contrôlé, servant sans cesse de base à L'argumentation. Vous le cherchez dans votre dictionnaire, vous ne le trouvez pas. et voua me dites : Une indication t'a trompé, c'est-à-dire tu as l'ait de L'érudition de seconde main, tu en as cru des compilateurs, ton argumentation manque de base, etc. Ali! cher docteur, nous démentez tous vos éloges, qui m'avaient l'ait tant de plaisir. Et voua ne persévérez pas, en ue trouvant pas l'article Amyot à sa véritable place (où il ne l'est pas en effet ),
à le chercher jusqu'à ce que vous le trouviez, à côté de l'article Amyrault , presque à la fin de l'AM! Si vous voyez mon Bayle, comme vous le trouveriez à cet endroit usé , écorné , sali ! Si mon livre est consciencieux, ai -je donc pu faire pareil usage, pareil abus d'un morceau de cette importance, qui y joue un si grand rôle? Quelle légèreté! Quelle bévue j'aurais commise ! Ah ! c'est une injure que je ne méritais pas plus que je ne l'attendais de vous.
Mais trêve à mes doléances. Ma cause est gagnée par le simple informé, et vous me rendrez ce que vous m'avez retiré de considération et d'éloges.
J'ai vu aujourd'hui même M. Bouchacourt auquel vous avez bien voulu écrire à mon sujet. C'est une nouvelle preuve d'affectueux intérêt dont je vous remercie. Il vous a dit pourquoi je n'ai pu aller chez M. Pravaz. Je suis ici d'ailleurs fort bien traité, et dans des conditions pour la plupart assez favorables, surtout quant aux soins de la poitrine. J'ai déjà pris douze bains d'air ; je les supporte ; les refroidissements me sont très- soigneusement épargnés pendant le trajet nécessaire, pendant le bain d'air. Je n'ai pu les éviter et ils avaient aggravé d'abord ma toux pendant la dernière demi-heure du bain consacrée à raréfier l'air, et à le ramener, pour épargner la brusquerie de la transition, à la condition normale. M. Milliet, en chauffant avec soin, a ce moment surtout , a paré à cet inconvénient. En
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somme, la toux a un peu diminué, et la voix est devenue plus forte, un peu moins sourde. M. Bauchacourt a trouvé, en m'auscultent hier, les bronches un peu plus libres. Je suis plein de confiance, je vous assure, dans ce que vous aurez concerté avec lui et décidé d'après ses renseignements; c'est là qu'est pour moi la sécurité , la règle de mes déterminations. M. Milliet me donne ses bains de son mieux, plutôt qu'il ne me soigne, et je ne m'en plains pas, quoiqu'il me témoigne déjà beaucoup de bienveillance, je dirai presque de dévouement. 11 ne me promet rien pour l'estomac, et l'estomac en effet depuis quelque temps, ne se fortifie pas; j'ai même eu quelques crises de vomissements; j'y mets toute la prudence possible , en tachant de rester au moins dans le statu quo, et de ne pas reculer ; je ne diminue pas ma nourriture, et, en bien souffrant de la digestion et de la soif, j'arrive presque toujours à ne pas vomir. A mon grand regret mes forces n'augmentent pas ; elles ont bien singulièrement diminué depuis mon départ de Paris , et elles sont encore dans leur plus bas. Hyères commencera à me les rendre, je l'espère.
M. Bouchacourt veut bien me chercher l'ouvrage de M. Barth. S'il ne le trouve pas, je vous demanderai où l'acheter.
Ma mère est avec moi depuis quelques jours; elle vous envoie ses compliments.
Celte lettre, quoique souvent prise et reprise, est
un peu longue pour moi; vous le jugerez peut-être : l'ami rendra le médecin indulgent.
Je vous envoie un article de la Gazette de Lyon , dont on m'a su ici un gré infini. Ai-je trop empiété sur le domaine médical ?
Tout me confirme vos nouvelles garanties de vie heureuse, telle qu'elle vous convient; je m'en rejouis bien sincèrement.
Votre tout dévoué ami et client ,
Auguste de Blignières.
lô
TESTIMONIA