‹ Mélanges et fragmentsChapitre 18 sur 23 · EXTRAITS DES RAPPORTS · texte numérisé non relu

EXTRAITS DES RAPPORTS

MJ SECRÉTAIRE PERPÉTCEL I)E L'ACADÉMIE FRANÇAISE.

1° Extrait du rapport sur les concours de 1848.

.... En parlant latin par la voix de l'éloquent de Thou et de quelques autres, la pensée française agissait déjà sur l'Europe; en traduisant l'antiquité grecque et romaine , elle s'enrichissait elle-même, et étendait l'inspiration à ceux qui n'avaient pas le savoir.

Cette influence populaire donnée à l'esprit de l'antiquité fut utile à l'avancement de la raison commune, qu'on ne peut élever sans élever le génie. Amyot en a été le plus heureux promoteur, mais non le seul. A côté de lui , après lui , d'autres hommes , saisis de cette grande image de l'antiquité et la reproduisant à ses âges divers, depuis Thucydide, Platon et Démosthènes jusqu'à Pline , l'encyclopédiste romain , venaient de toutes parts jeter dans l'idiome national un courant nouveau de faits et d'idées. Des érudits , des philosophes , un martyr de la liberté religieuse , un ambassadeur, un grand magistrat , Louis Le Roy, Etienne Dulet , l'évêque de Turin Seyssel , le chancelier Duvair travaillaient

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sous cette forme à la naturalisation de la pensée antique dans notre langue ; et par les libres sentiments dont ils importaient l'expression nouvelle , par les accents de fierté grecque et romaine qu'ils mêlaient à la franchise bourgeoise, par cette empreinte directe enfin du génie sur des formes encore indécises et changeantes , ils servaient à préparer à la pensée française un instrument puissant et varié comme elle , l'idiome que le siècle suivant marqua de tant de grandeur, et dont deux siècles de philosophie, de révolution et de liberté n'ont pas épuisé l'énergie.

Nous avons regretté que, dans le meilleur discours adressé à l'Académie pour l'éloge d'Amyot , ce travail particulier de notre littérature au xvie siècle, cette seconde action de l'antiquité sur les esprits par les traductions en langue vulgaire n'ait pas été plus remarquée et plus soigneusement décrite. Quelques recherches que fera l'auteur , et les vues qu'en recevra son esprit , ajouteront au mérite d'un discours où l'Académie déjà se plaît à reconnaître une étude vraie de quelque pai lie des lettres antiques, et le sentiment du génie de langage d'Amyot, si heureux à corriger comme à populariser ses modèles , traduisant l'âme île Ptutërqué é\ fcJ hnnté morale plutôt que son art un peu sophistiqué , <t dans la fable de Daphnis et Chloé remplaçant les grôeëâ trop étudiées d'une diction Vieillissante par le chârriié d'une langue toute nouvelle , qui donne à l'expression la même jeunesse qu'aux personnages.

L'auteur du discours où ce charthé Bel lé mieux senti , en abrégeant quelques détails un peu languissants, f'-ra bien de multiplier les rapprochements instructifs, el d'exprimer davantage la communication si firéquértle au wr siècle entre la littérature ancienne et la langue indigène.

2" Extrait du rapport sur les concours de lSi:i.

.... L'attention dé L' Académie s'est portée sur l'étude de

langage et de Style qu'elle avait propesée | r la seconde fois,

l'Éloge d'.\iii\ot, rV^t-a-dire un chapitre seulement de l'his-

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toire littéraire du xvie siècle. Les généralités sur l'art excitent la pensée; un seul point bien étudié peut former le talent. L'influence singulière de ce précepteur de Charles IX , qui rendit populaires en France les héros de la liberté grecque , les créations de cet écrivain qui n'a fait que traduire , mais qui, remontant par un génie libre et naïf au delà du siècle raffiné de Plutarque , semble dater moins de l'historien "que de ses personnages, et les peindre d'original, c'était pour l'homme de goût une attachante étude. Sur vingt et un ouvrages présentés à l'Académie, deux ont, à distance inégale, approché du but; tous deux attestent un vrai savoir et le sentiment de l'antiquité. L'Académie a préféré celui dont le mouvement facile, l'expression naturelle représentent le mieux le génie simple et le tour gracieux d'Amyot, cette unité de sa vie et de son œuvre , cette gloire acquise modestement et gardée toujours.

Sans digression , sans peinture générale du siècle, sans autre intérêt que le récit d'une pauvre et laborieuse jeunesse qui conduit à tout, et que l'examen attentif et délicat de quelques traductions aussi durables que notre langue , puisqu'elles survivent à ses changements, l'auteur a fait un ouvrage qui instruit et qui plaît. L'Académie décerne le prix à ce discours, inscrit sous le n° 15, et portant pour devise ces paroles de Montaigne : « Je donne la palme à Jacques Amyot sur tous nos écrivains français. » L'auteur est M. Amédée Pommier.

Le discours inscrit sous le n° 20, et portant même devise, n^obtient que l'accessit , mais en méritant une grande part d'éloges. On y reconnaît une instruction solide , des vues justes, et, dans un style travaillé souvent avec art, des signes incontestables de talent. L'auteur est M. de Blignières, agrégéprofesseur de rhétorique au collège Stanislas. D'autres succès ne peuvent lui manquer dans ces recherches d'érudition française et de goût liées à notre histoire, et qui plaisent aux époques paisibles.

3° Extrait du rapport sur les concours de 1852.

....C'est le devoir-, c'est la satisfaction de l'Académie d'exciter ainsi le libre travail des lettres. Le talent s'inspire seul , sans doute, en s'exerçant; la recherche du vrai et du beau dans les arts est à elle-même son premier encouragement : et ainsi de quelques essais honorables, mais incomplets, sont nés souvent d'utiles ouvrages.

Nous avons une récente et triste impression de cette vérité. Il y a deux ans , le concours sur Amyot, ce grand disciple de la Grèce , un des pères de notre langue, nous avait offert, à la seconde place seulement, l'écrit déjà solide et attachant d'un savant jeune homme, M. Auguste de Blignières, que son nom , sa rare intelligence , son amour passionné de l'étude, dévouaient avec honneur à l'enseignement public. Cette distinction obtenue ne lui a pas laissé de repos qu'il n'ait fait davantage, et que, dans le cercle agrandi des mêmes recherches, il n'ait achevé, sur les traductions et sur la langue française du xvl' siècle, un précieux travail, qui sera consulté longtemps après lui.

Malheureusement la force n'a pas suffi à cette vocation si zélée; malade, et quelque temps ranimé sous ce ciel d'Italie où son maître Amyot s'était autrefois formé à la vive intelligence des beautés antiques, le jeune de Blignières a consolé ses dernières souffrances et honoré son nom, en achevant et en publiant une nouvelle et complète élude , qui dépasse bien et son premier travail et nos premiers suffrages. Elle nous laissait l'obligation de rendre ici ce témoignage public à sa mémoire , et de placer son souvenir honoré dans cette suite mélancolique, qui nous est présente, de jeunes et laborieux candidats des lettres, auxquels la vie a manqué pour remplir tout leur talent et développer le don que Dieu avait mis en eux.

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