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COMME ÉLÉMENT D'ÉDUCATION

Sur toutes les parties des connaissances humaines , la société moderne a constitué une instruction reçu- Hère, qu'elle organise mieux chaque jour, qu'elle distribue plus largement , qu'elle mesure aux besoins et aux progrès de la civilisation. A cet enseignement vient se joindre, pour y présider, une instruction particulière , qui fut longtemps la seule éducation intellectuelle des peuples chrétiens, qui ne varia jamais, et qui eut dans tous les temps, comme elle a encore aujourd'hui sa place à tous les degrés de l'enseignement, je veux dire l'instruction religieuse. Cette instruction est-elle particulière aux âges chrétiens? Sur tant de points nous n'avons fait qu'hériter des traditions anciennes ! Est-ce une chose nouvelle dans le monde que des leçons régulières

propageant et transmettant la religion, que la science religieuse s'apprenant complètement et au grand jour, ayant ses maîtres, ses chaires, son catéchisme? Peut-être ne sera-t-il pas sans quelque intérêt et sans quelque profit d'examiner cette question et d'interroger, pour la résoudre, L'histoire des temps passés et celle des temps modernes. Peut-être trouvera-t-OD d'ailleurs que cette recherche n'esl pas tout à l'ait hors de propos et qu'elle touche d'assez près à un débat qui s'agitait autour de nous bien récemment encore.

Mais, tout d'abord, quel est le véritable enseignement religieux et quels en sont les caractères essentiels? Cet enseignement sera-t-il le privilège de quelques inities ? Non ; la véritable religion est digne de toutes les intelligences, et toutes les intelligences sonl dignes de la recevoir tout entière. Elle n'éclaire pas d nue lumière différente ceux que Dieu

n'a pas créés pour u lestinée différente; elle ne

souscrit a aucun partage de doctrines, puisqu'elle ne le pourrait sans Be désavouer elle-même, sans donner à croire qu'au lieu d'être venue du ciel, elle est nce de la superstition et vit de l'imposture. Tiendra-t-on La multitude éloignée du sanctuaire, en lui voilanl le sens des traditions et des cérémonies? lui présentera-t-on son culte sous un demi-jour obscur et mystérieux? sera-l-elle admise à en voir assex pour être émue de respect et de crainte, mais sans i|ii une \ ne indiscrète pénètre jusqu'au fond des

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choses, sans que la religion entre bien avant dans les âmes? Mais c'est témoigner encore que la religion n'est autre chose qu'un artifice et un moyen de gouvernement imaginé par les législateurs et maintenu par l'esprit politique, comme supplément des terreurs et des peines de cette terre , comme auxiliaire d'une autorité qui se sent trop faible pour se passer du mensonge. Enfin abandonnerat-on au hasard le soin de l'éducation religieuse , et s'en remettra-t-on à ce qu'on peut apprendre de religion dans la vie et dans les conversations de chaque jour, comme on y apprend un peu de littérature, de politique et d'histoire? Mais ce serait un maître indulgent jusqu'à l'insouciance que celui qui se contenterait d'une instruction pareille. Certes, elle se montrerait peu confiante en l'utilité de ses pratiques et de ses doctrines, elle ne se sentirait pas appelée à exercer une puissante action morale, la religion qui pourrait livrer ainsi son enseignement aux chances du hasard, ou trop mal assurée pour le fixer, ou trop défiante d'ellemême pour le produire , ou trop faible pour l'organiser et le répandre. Il faut que renseignement qui transmet les croyances aux nouvelles générations soit universel et perpétuel, qu'il s'adresse à toutes les nations, à quelque degré de civilisation et de lumières qu'elles soient arrivées; il faut qu'il descende dans toutes les intelligences , s'abaissant à la portée des plus humbles, mais tel encore qu'en

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cet état le plus Bavant puisse le reconnaître e( Le respecter; il faut qu'il fasse tout savoir à tous, toul comprendre, excepté les mystères que Dieu a voulu se réserver; il faut qu'il soit à la fois publie et privé, unissant à l'influence générale par laquelle il agit sur les intelligences réunies et sur les sociétés, L'influence particulière et plus proche par laquelle il éclaire l'esprit et gouverne la volonté «le chacun.

Or, le paganisme a-t-il constitué quelque chose de pareil, et l'histoire de l'antiquité nous montre-t-eUe la Lumière religieuse ainsi distribuée aux peuples païens? La société ancienne, ses annales eu l'uni foi, eut, sur toul autre point, son enseignement organisé. Toutes Lee sciences libérales, toutes cellesqu'on cultivait ou qu'on honorait assez pour les enseigner, se propagèrenl par une instruction régulière; les unes faisaient partie de l'instruction commune qu'on donnail a L'enfance, d'autres avaient même leurs écoles spéciales, connue hi rhétorique et la philosophie; toutes avaient leur objet déterminé , leur en senilile de vérités el <le faits, souvent Leurs systèmes, leur- codes, leurs traités, leurs professeur s. On agita presque toutes les grandes questions d 'enseignement qui nous préoccupent et nous divisent; on comprit

Combien peut être féconde pour le hienou pour le mal la direction première imprimée a l'esprit: les moralistes écrivirent but l'éducation, les législateurs la réglèrent; chacun y réclama sa part. On débattit

les avantages et les inconvénients de l'éducation publique et de l'éducation privée, et il paraît que la question était souvent résolue par la société ancienne en faveur de l'éducation qui se fait par la vie commune : c'est celle-là que préférèrent et défendirent les philosophes et les maîtres d'éloquence , Àristote et Quintilien. L'État opposa ses droits à ceux de la famille , car c'est encore là une question qui n'est pas nouvelle ; et la société ancienne n'admit pas toujours que l'enfant appartenait à ses parents avant d'appartenir à l'Etat. Sous ces gouvernements si forts , mais si exclusifs et si absolus sur certains points, qui firent la grandeur des républiques anciennes , la cité enleva l'enfant au foyer domestique, et la patrie nia les droits du père , comme souvent le citoyen y tua l'homme; les législateurs appliquèrent ce principe; les théoriciens le professèrent: c'était celui de Platon et d' Aristote. Mais la religion, quelle part d'influence réclama- 1- elle? Demanda -t -elle qu'on lui fît une place régulière dans cette éducation qui préparait de bons citoyens pour l'Etat, des intelligences cultivées pour le commerce de la vie , des esprits exercés pour les conditions et les fonctions diverses de l'ordre social? Ou bien tout fut-il prévu, discuté, réglé, excepté ce qui la concernait, excepté ses intérêts et ses droits? Tout s'ensei<ma-c-il d'une manière constante et sûre , excepté ce qu'elle proposait à croire?

Au np siècle après l'ère chrétienne, un païen sin-

cère et fidèle, un grand prêtre d'une ville de la Grèce, Plutarque traite de l'éducation des enfants; il prend son élève au berceau et le conduit jusqu'à l'âge viril; il indique les études et les leçons, par où il faut développer et fortifier son intelligence, mais surtout former son cœur et régler sa conduite. Esprit droit et élevé, honnête et pratique, il s'étend avec complaisance sur la partie morale de l'éducation; il montre comment on plie L'âme de l'enfant à l'habitude des vertus : tout semble promettre qu'il sera question d'instruction religieuse, et pourtant l'éducation s'achève sans que l'enfant ni le jeune homme ait été initié par aucune leçon particulière aui doctrines et aux pratiques de celte religion dont peut-être il Bera grand prêtre à son tour. Quelques siècles avant, le philosophe de Stagire, jetant dans sa Politique quelques vues justes et profondes sur l'éducation, dont il s'attache aussi à développer surtout les effets moraux, détermine quel est le genre d'instruction qu'il faut donner aux enfants, « comme nécessaire, comme utile, comme libéral. » Je cherche encore dans cet enseignement quelle est la place de l'instruction religieuse. « Les objets que l'on enseigne assez communément à la jeun ue, dit Aristote, peuvent se réduire aux quatre suivants: les lettres, la gymnastique, la musique, et enfin la peinture que quelques-uns joignent aux tron autres. - Puis, il discute l'utilité, il mesure retendue Légitime de chacune (les parties de cet ensemble,

qui plus vaste qu'où ne le pourrait croire au premier coup d'oeil , embrasse sous ces quelques noms toutes les sciences et tous les arts appelés libéraux par l'antiquité. Mais il n'a rien trouvé de plus qui fût consacré par les usages de ses contemporains; lui-même, il n'a vu, il n'a signalé aucune lacune ; la religion semble reléguée hors du domaine de renseignement régulier; et Platon lui-même, nous allons le voir tout à l'heure, Platon ne pourra pas l'y ramener de front, mais l'y fera rentrer, comme il pourra, à l'occasion de quelque exercice ou de quelque autre étude, toujours par une voie détournée. Interrogeons la Cyropédie ; consultons le récit de cette éducation quelque peu imaginaire , où chacun sait bien que Xénophon ne s'enchaîne pas à la vérité historique, mais, moraliste plutôt qu'historien , se complaît à former pour la vie un homme de bien , à préparer pour le trône un grand prince. Si grand désir qu'il ait d'imprimer à son héros la crainte et le respect de la divinité, le pieux disciple de Socrate n'imagine pas quelque institution de l'enseignement religieux, où Cyrus apprenne quels sont ses dieux , quels hommages ils exigent, quels devoirs ils prescrivent; et Von ne saurait douter, que, s'il eut trouvé dans la Grèce quelque chose de tel , il ne l'eût volontiers transporté de sa patrie dans la Perse. Mais remontons encore le cours des siècles, et rapprochons-nous des premiers âges du paganisme. Quand

Lycurgue et Solon donnèrent à leurs concitoyens ces lois d'une si minutieuse prévoyance, parmi les choses qu'ils assujettiront à leurs prescriptions, il h est aucune partie qu'ils aient organisée arec plus de soin que l'éducation commune des cillants. Ils étaient tous deux également soucieux d'entretenir dans leur patrie L'influence efficace et salutaire <lu sentiment religieux, et néanmoins, dans ce plan d'éducation si vaste et si complet qu'ils ont trace, et où ils assignaient presque à chaque heure son emploi, ni l'un ni L'autre nu songèrent à établir une instruction particulière, qui transmît les croyances religieuses à leurs descendants, avec les institutions politiques qu'elles couvraient de Leur sanction, et qui les protégeaient à leur tour; car L'État avait alors s;i religion, disons mieux, la religion était partie intégrante <le L'État.

Faut-il ajouter que L'antiquité ignora aussi cet enseignement public , descendant dune tribune sa* crée, cette parole qui instruit toute une multitude venue autour d'une chaire pour écouter d'utiles leçons, de pieuses vérités, pour apprendre, ou pour s'entendre redire ce qu'il faut croire, espérer et aimer? La religion ancienne n'eut pas c » orateurs chargea d'entretenir L'homme, au nom <le Dieu, de lestinées, de ses fautes et de bm devoirs. L'orai* son Funèbre seule, dernier honneur que quelques eiiés rendaienl volontairement à leurs héros, d'autres, moins Libres, à Leurs souvenirs, L'oraison fu-

nèbre, associant parfois, à la mémoire des grands hommes ou de quelques bons citoyens, les pensées pieuses et les espérances d'une autre vie, auxquelles s'ouvre si facilement l'âme humaine en face d'un tombeau, pourrait sembler une faible image de notre éloquence sacrée; et encore la ressemblance est-elle limitée au genre qui est le moins usuel , si je puis dire, le moins immédiatement utile, qui se prête le plus à l'éclat et à l'élévation de la parole, mais où le prêtre s'efface le plus facilement devant l'orateur, l'enseignement chrétien sous la pompe et sous l'appareil du discours.

Mais nous n'avons interrogé encore que les siècles de décomposition de la société païenne; il faut nous avancer jusqu'à l'origine de l'histoire religieuse, et chercher à leurs sources mêmes les doctrines et leur enseignement.

L'histoire est à la base de toute religion positive. Fidèlement recueillie par des témoins sans reproche, ou dénaturée par la crédulité et l'imposture , tantôt conservée intacte par une tradition sûre, tantôt altérée par la superstition ou par le temps, honnête et diime de Dieu, ou mêlée aux honteuses faiblesses de l'homme, c'est l'histoire qui fournit à chaque religion ses dogmes et leurs titres de créance; c'est d'elle qu'est sorti par degrés le paganisme. Certains hommes, grands par quelque côté, frappaient les yeux du vulgaire; l'imagination abusée les honorait, comme supérieurs à l'humanité; la tradition recueil-

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lait ces souvenirs, et transmettait, au lieu d'une histoire, déjà presque une mythologie. L'âge suivant grossissait à son tour cet héritage de croyances superstitieuses, et le laissait, déjà plus riche , à la génération nouvelle. A ce patrimoine religieux venait s'ajouter le culte allégorique, celui des puissances bienfaisantes ou funestes, des vertus et des vices que personnifiaient les peuples. Les émigrations, si fréquentes alors, introduisaient des divinités nouvelles et confondaient les traditions; c'est là le premier âge : la religion se forme, chacun, dupe ou imposteur, prend pari à l'œuvre. Cependant le travail se poursuit ; chaque province et chaque génération payent au couranl des superstitions qui les traversent le tribut d'une superstition nouvelle; mais déjà l'époque des premiers héros s'éloigne et ne s'aperçoit plus qu'à distance; chaque personnage a pris peu à peu des proportions plus grandes; son côté humain s'est effacé; l'éloignemenl entretient mieux l'illusion et le respect ; on regarde autour de soi, et l'on n'y trouve plus cet éclat et cette puissance imaginaires : car on esl déjà mieux averti par le sens de la réalité; mais on ne l'est pas assez encore pour démêler la superstition , el ramener à «les propoi lions humaines ces héros d'autrefois grandis jusqu'à la divinité. L'illusion cependant augmente ou diminue, selon que les divers âges de L'antiquité sont plus proches

ou plus lointains. De là, entre les mortels contem-

porains et les hommes dont on a l'ait des dieux, ces générations intermédiaires placées à tous les degrés de l'échelle, et auxquelles l'œil qui les regarde d'en bas prête une mesure toujours croissante de puissance et de perfection. Delà, ces cinq générations d'Hésiode; de là , ces fils des dieux , moins puissants que leurs pères , et toute cette chaîne de divinités du second ordre qui relie le ciel à la terre. C'est la poésie qui chante et enseigne ces traditions ; elle entoure le berceau de la religion, et la religion la consacre à son tour. Le peuple, dans son admiration crédule pour ses premiers poètes, les croit inspirés d'en haut; leurs chants sont pour lui des oracles, où il écoute avec respect la voix de la Divinité; car les sentiments et les besoins religieux de l'humanité sont partout les mêmes , qu'ils trouvent en face d'eux une religion fausse, ou la parole même de Dieu. Bientôt les traditions dont les premiers chantres furent les interprètes privilégiés se gravent dans les souvenirs et dans le cœur des peuples. De Linus et d'Orphée, on passe à Homère, à Hésiode et aux rapsodes; le paganisme est constitué; il est à son plus bel âge. La religion est devenue l'histoire des ancêtres , et comme les annales domestiques des familles et des nations. Véritables dépositaires alors de l'enseignement religieux, les poètes recueillent ces récits et les embellissent , et c'est d'eux que l'antiquité reçoit le paganisme. Ils prêtent à 1 histoire qu'ils racontent le charme d'une imagination

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brillante et ingénieuse; l'esprit accueille avidement ces fictions , la mémoire les conserve , la raison ae les contrôle pas encore. Tantôt le poète nous représente les dieux, avec leurs caractères et leurs attributs, leur grandeur et leurs faiblesses, acteurs dans les événements humains , et pesant sur les affaires de ce monde du poids de leurs passions, de leurs complaisances el tic leurs haines. Ailleurs c'est la- généalogie même des dieux que le poëte a chantée; il raconte leurs alliances, leurs unions adultères, leurs querelles intérieures, et ces premiers combats où ils se disputaient l'empire, avant que la \ictoire eût donné Jupiter pour maître au ciel et à la terre; il tient, en quelque sorte, les fastes du paganisme, et ces divers récits, réunis, plus tard sans doute, dans la ThéogoUie, et attributs à Hésiode, circulent alors dans le monde païen, et fonl l'éducation religieuse de l'antiquité. Triste et honteux enseignement , il tant bien le dire, qui ne captivait l'imagination qu'tti souillant l'esprit «•i en contredisant la conscience, et pourtant universel et véritable enseignement du paganisme. Plus tard une œuvre analogue, un livre d'histoire mythologique ne pourra pins être qu'une œuvre tout artificielle, le produit d'un travail factice de recomposition, où se jouera l'imagination gracieuse et délicate d'un poëte tel qu'Ovide, trouvanl matière ;i description poétique dans des traditions dont il sourit; alors ces récits c'était une œuvre de bonne

foi , les annales du ciel , le recueil des croyances , j'allais dire le catéchisme de la terre.

Cependant , les siècles passaient sur la société païenne; les esprits devenaient plus éclairés; le paganisme ne put supporter le grand jour de la civilisation. A travers ce tissu de traditions grossières et mal jointes, l'œil, si peu pénétrant qu'il fût, démêla bientôt une superstition puérile ; il reconnut l'œuvre irrégulière et incohérente de plusieurs générations successives et le sentiment moral fortifia l'incrédulité; la vieille religion commença à se dissoudre. Pourtant, elle devait vivre encore plusieurs siècles, et ce fut à peine assez de quatre cents ans de combats pour que le christianisme pût l'arracher de la société. Elle dura avec ses fables « que leur antiquité protégeait , » comme disait Platon , et dont la durée même fut bientôt une puissance. Elle eut tout à la fois pour elle les hommes d'État, qui prirent soin de la consolider pour affermir dans leurs mains l'arme redoutée de l'autorité religieuse ; et les sages, qui craignaient d'ébranler la loi morale dans les esprits vulgaires en lui enlevant la sanction dont l'appuyaient les anciennes croyances. Le polythéisme vécut enfin parce que partout, l'alliance intime de la religion et de l'Etat , unissant les deux puissances dans un même intérêt et confondant leurs causes, les engageait dans la même querelle, et parce que ses adversaires eurent toujours une double lutte à soutenir, dans le monde romain surtout, qui

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recueillit le dernier l'héritage et le laissa périr, niais le défendit jusqu'au bout, et s'attacha avec l acharnement du désespoir aux derniers débris de l'édifice qui croulait de toutes parts. Toutefois, le vieil enseignement se discréditait déjà; le temps déshéritait la poésie de sa mission religieuse, et s'il respectait la forme et la lettre, il dénaturait le sens et l'esprit. Dans l'épopée, la mythologie devenait matière à érudition ; à la foi naïve succédait une science curieuse de détails, qui recueillait, coordonnait, conciliait, quand elle pouvait, les traditions anciennes. Sur le théâtre, qui avait été si souvent, à son origine, une Borte d'école populaire de la religion, où l'enseignement même était parfois si hardi , qu'on y crut voir une révélation des mystères, c'était bien encore l'histoire mythologique que l'on mettait en œuvre; mais le poète était un philosophe et un moraliste qui ne faisait plus de cette histoire un drame religieux, qui n'\ trouvait plus des croyances, mais seulement des passions à peindre ou un thème de déclamation philosophique. Les puissances célestes n'intervenaient plus que pour dénouer, par un moyen quelquefois trop facile, une intrigue embarrassée. D'ailleurs, il bc trouva que la poésie avait trop usé de ses droits, qu'elle axait non-seule-* nient embelli la forme de ces vieux récits, mais changé ou créé Le fonds même. Ce n'est que dans l'enfance *\r> peuples que les poètes peuvenl conserver le dépôt de renseignement religieux; arrive

bientôt le jour où la raison, reprenant l'empire, se met à surveiller plus sévèrement l'imagination dont ils étaient les complices, et, rendue défiante par trop d'empiétements, fait désormais bonne garde aux limites de son domaine.

Et qui donc a hérité de cet enseignement ? A qui était confié le soin de faire connaître et comprendre aux générations païennes la religion de leurs pères? Sans doute, les traditions du pontificat se perpétuèrent dans le sanctuaire; les prêtres surent transmettre à leurs successeurs la science des rites et des cérémonies. Je sais même qu'il n'est pas d'institutions qui aient été gardées avec un respect plus jaloux que les institutions religieuses. Mais de ces institutions, y en avait-il une qui fût destinée à l'enseignement populaire de la religion? En Grèce, les secrets des mystères se transmettaient parmi les initiés; la doctrine sacrée, qui contenait sans doute des croyances plus élevées et plus pures, était révélée à ces privilégiés de la religion antique ; de solennelles et redoutables épreuves préparaient à l'initiation celui devant qui allaient tomber tous les voiles et s'ouvrir les portes les plus cachées du sanctuaire. Mais c'était là une instruction religieuse réservée à quelques-uns; il ne fallait pas que les secrets franchissent le seuil de l'édifice sacré. Chaque initié s'engageait au silence par les plus terribles serments, et des peines sévères étaient portées contre le sacrilège qui eût osé produire au dehors ce qui

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devait rester dans L'ombre du temple. A Home, le

collège des pontifes et celui des augures, institués aux premiers jours de la royauté, et religieusement maintenus depuis, ne conservèrent qu'avec un soin trop scrupuleux ces traditions dont ils pénétraient seuls le mystère, qui avaient préside au passé et qui contenaient le secret de l'avenir. Comme la plupart i\i'< rites religieux étaient venus d'Étrurie et y restaient fidèlement pratiqués, connue il importait fort de n'y rien changer pour n'en pas affaiblir l'autorité et ne pas donner, suivant l'expression de Montesquieu, des scrupules aux simples, on envoyait quelquefois les futurs pontifes en Étrurie, pour y étudier les institutions anciennes et \ l'aire leur éducation religieuse : c'est Cicéron qui l'atteste. On conservait même certains livres où toutes ces vieilles coutumes étaient consignées, et que Pline témoigne avoir tus. Une sorte de fraternité, quelquefois de filiation religieuse, s'établissait entre ces inities du paganisme romain, entre les membres de chaque collège, prêtres i\i'> mêmes dieux, dépositaires des menu- -eci'ets et de la même science, maîtres ou disciples de la même école. .Mais je ne VOIS encore là que >\i> connaissances et dv> usages qui se transmettent entre quelques collègues d'un même corps; je n'y \ois rien qui soit un enseignement populaire. On conserve soigneusement les cérémonies et l'extérieur du culte pour entretenir la BUperstition dans la multitude, mais on a bien çrarde de lui laisser rien voir

de plus, car ce serait divulguer le secret de l'empire; on proclame les arrêts du ciel au Forum; mais on interroge les dieux dans le sanctuaire ; les livres sibyllins sont renfermés, on ne les consulte qu'aux grands jours, sur l'ordre du sénat, et les prêtres seuls ont le droit d'y lire. Il n'y a pas même là, qu'on me pardonne l'expression, il n'y a pas là un enseignement de séminaire; car les prêtres chrétiens n'apprennent que pour enseigner, ils ne reçoivent la semence de la vérité que pour la répandre ; les ministres de la religion païenne n'ont personne à instruire que leurs successeurs , et semblent , la plupart du temps, n'être initiés aux cérémonies de leur culte que pour en étaler l'appareil, mais en renfermer le secret et en voiler le sens.

Ainsi, sur tout ce qui concerne la religion, les peuples anciens ne sont pas enseignés. Les doctrines païennes ne se perpétuent que par une tradition irrégulière, incertaine, incomplète. Quand Platon, qui prend en main la cause de la religion, combat ces doctrines impies qu'avaient propagées les sophistes , et qui , tombant sur les jeunes intelligences, y desséchaient le germe de ces sentiments pieux, que la philosophie , au défaut de la religion, s'honorait d'entretenir, il rappelle toutes les influences sous lesquelles ont pu se développer dans l'âme de l'enfant ces germes précieux , il compte toutes les sources par où a pu se répandre l'instruction religieuse, pour mieux faire apprécier tout ce que

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l'impiété combat et repousse, et tout le passé qu'elle renie; il s'étonne qu'au mépris de toutes ces leçons reçues dans leur enfance, il se rencontre des hommes qui forcent le philosophe à leur prouver encore l'existence des dieux. Et queUes sont donc ces leçons? Celles de l'exemple et de la famille, nulle part celles d'un enseignement donné par la religion elle-même. C'étaient d'abord « les pieuses leçons que les enfants recueillaient de la bouche de leurs nourrices et de leurs mères. » Car le sentiment religieux s'unit si bien au sentiment materne] , que déjà la première éducation religieuse >e donnait au foyer domestique, et même avanl qu'une religion, qui releva la dignité de la Femme et pénétra dans la famille en la sanctifiant, eût fait un devoir aux mères de commencer une instruction qu'elle se chargera plus tard elle-même de fortifier et d'étendre, ce rôle était parfois compris, ce devoir pratiqué, et si la mère, avant que son (ils lui fui retiré, Lui racontai! une fable, au lieu de lui enseigner une histoire, du moins elle lui apprenait une prière. Cependant l'enfant grandissait cl la religion ne le réclamait pas encore pour L'instruire. S'il assistait avec son père aux sacrifices el aux cérémonies, il le voyait adresser ses hommages el ses prières à des divinités différentes dont le culte était trop Bouvenl contradictoire. Il voyail deux temples élevés par la même religion a deux dieux ennemis, à une vertu et au vice qui lui

est opposé ; il entendait invoquer comme auteurs de toits les biens, comme souverainement puissants et sages, ces dieux dont l'histoire mythologique à chaque page étalait les vices et trahissait l'infirmité. S'il consultait les chants des poètes, il y lisait des fables puériles et qui n'avaient pas même le mérite de s'accorder entre elles; s'il ouvrait les historiens , il y trouvait encore, comme arbitres des destinées humaines, comme maîtres du présent et de l'avenir, ces mêmes dieux, hommes d'une époque ancienne et grossière, bien inférieurs déjà à l'homme de son temps, éclairé par la civilisation, perfectionné par le prugrès moral de l'humanité; et, de tout cela, il se formait, tant bien que mal, une religion, posant, comme il pouvait, la limite de ses croyances et des traditions anciennes. 11 était devenu homme, et il n'avait pas rencontré, il avait cherché peut-être autour de lui un enseignement régulièrement distribué , où fussent conciliées toutes ces traditions , et qui offrît à l'homme une religion conséquente avec elle-même, ayant une histoire qui ne démentît pas ses dogmes, une morale qui se tirât de ses dogmes et de son histoire comme une conséquence légitime et nécessaire.

Parfois les moralistes et les philosophes essayèrent de combler cette lacune, soit au nom de la religion, soit en dehors d'elle. Platon rêve sa république, et veut placer l'éducation religieuse à la base de son système. S'il n'ose faire aborder directement à la

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jeunesse l'étude ries doctrines païennes qui lui paraissent sans doute plutôt inutiles ou même funestes que favorables au sentiment religieux, il veut du moins qu'à toutes les autres leçons on joigne la leçon religieuse comme accessoire, qu'on l'en déduise comme conséquence, qu'on ait soin de ne faire entendre à la jeunesse que des discours qui lui donnent des idées justes de la Divinité et lui eu inspirent le respect et l'amour. On apprendra la musique aux enfants : il faudra profiter de cette çtude pour tourner leurs pensées vers Dieu. « Nous ne pouvons mieux faire que d'ordonner qu'on entremêle aux prières des hymnes et des chanta en l'honneur de la Divinité. » Reconnaissons, en passant, une idée qui vient d'être heureusement renouvelée. On enseignera L'astronomie : L'occasion est bonne « pour apprendre aux enfants à parler d'une manière convenable et pieuse des dieux du ciel dans Leurs sacrifices. » Ailleurs, c'esl encore un philosophe. disciple du même maître, Xénoplion, qui, réglant le gouvernement du ménage, comme Platon celui de la cité, et remettant la femme aux mains de son époux, commet à celui-ci le soin de 1 instruire de ses devoirs, de lui repartir sa tâche, et aussi île faire son éducation religieuse pour qu'elle commence ;i son tour celle de ses enfante. Souvent c'est le maître d'une école de philosophie qui se charge de révéler à ses auditeurs les grandes vérités morales et religieuses ; c'esl quelquefois un philosophe sans

école, tel que Socrate, avec son enseignement de Ions les jours et de toutes les rues, qui s'en va dans Athènes, prêchant la Divinité, et prenant à partie chaque impie et chaque lihertin, pour le l'amener au sentiment religieux par la preuve des causes finales , ce grand argument de l'existence de Dieu ; la prédication coûta la vie à Socrate, mais l'enseignement fut efficace. Ou bien, c'est Platon, élevant avec lui ses disciples à la contemplation de la nature divine, semblant s'y perdre parfois, mais enseignant des doctrines et des vertus presque chrétiennes. Ce sont les stoïciens qui, dans les premiers siècles de notre ère surtout, comptaient de si nombreux disciples, à qui ils apprenaient à ne pas dire sur quoi que ce pût être : « J'ai perdu cela, » mais : «Je l'ai rendu. » Ce n'était là cependant qu'un enseignement philosophique, non pas un enseignement religieux. Ce que nous cherchons, n'est pas cette parole d'un maître qui n'est pas faite pour la multitude et qui s'en isole quelquefois, qui ne tombe que sur un nombre toujours limité d'intelligences d'élite : c'est une instruction destinée à tous et accessible à tous ; ce n'est pas un enseignement qui n'ait d'autre autorité que celle de la raison personnelle du maître, c'est un enseignement consacré par l'autorité du caractère religieux, par la révélation divine dont l'orateur est l'interprète; ce sont des hommes qui annoncent Dieu, mais an nom de Dieu même, et dont la parole enfin

produise dod pas seulement la conviction, mais la foi.

Sur ce point, comme sur tant d'autres, avec le christianisme tout change. Ceux qui l'apportent se disent les vrais héritiers d'une loi aussi ancienne que le monde et les apôtres d'une loi nouvelle. La Loi primitive s'était transmise par un enseignement constant au sein du peuple qui en avait le dépôt; on sait que chaque Hébreu devait lire la Bible deux fois au moins dans sa vie; la loi nouvelle est annoncée sur la foi de ces paroles : Ite el <hcrtr, allez et enseignes. ( est en efifel par la prédication que le christianisme se propage et prend possession de la société païenne. C'est la prédication qui réfute les ennemis du vrai Dieu, ramène les païens, éclaire mieux les fidèles; c'est elle qui soutient les forts, fortifie les faillies. guérit les malades. Les ministres de Dieu prêchent dans le- maisons, dans les «'-lises, et quand leurs églises sont fermées, dans les prisons, dans les catacombes. \u\ premiers jours du christianisme, quand les fidèles sont dispersés par la distance et par le péril quand règne encore cette fraternité touchante entre Les membres de la primitive Église, étroitement unis par une communauté de prières, de peines et de dangers, La parole divine rassemble

déjà les eliretiens perseelltés. « TollS C6UX qui habitent les \illes et les campagnes , dit saint Justin

dans Ba première apologie, se réunissent dans un même lieu, et on lit les récits des apôtres on les

écrits des prophètes. Quand le lecteur a fini , celui qui préside fait un discours pour exhorter à l'imitation de ces sublimes enseignements. » Plus tard , quand la hiérarchie religieuse achève de se constituer, quand le monde chrétien est partagé entre les évêques , les pasteurs des âmes n'ont pas de devoir plus impérieux ni de désir plus cher que d'instruire leur troupeau. « Que dire de la prédication des vérités chrétiennes? écrivent saint Chrysostome et saint Grégoire de Nazianze ; c'est la première des fonctions pastorales. » Tous les évêques le pensaient avec eux, et, depuis saint Grégoire jusqu'à Massillon, rappelant sévèrement les devoirs du ministère sacré aux prêtres de son diocèse, depuis Massillon jusqu'à nos jours , les chaires épiscopales de T Eglise ont toujours répété le même précepte aux pasteurs.

Ce n'était pas la moindre nouveauté qu'eût introduite la religion chrétienne, ni le moindre élément de sa puissance qu'un enseignement aussi bien établi. C'est ce qu'avait bien compris cet empereur, philosophe et païen , ennemi jaloux et plagiaire du christianisme , qui voulut rajeunir sa religion vieillie en dérobant à la religion nouvelle ses institutions et ses œuvres, sans s'apercevoir qu'il implantait , sur une terre usée et en dépit de la nature du sol, les productions d'un sol tout autre, plus fort et plus fécond. 11 opposait vertu à vertu , discipline à discipline ; il voulait faire de la prière

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ef de l'abstinence , de la fraternité et de la chasteté évangéliqnee avec des pratiques et des vertus paît unes ; il voulait fonder des monastères païens; il résolut même, dit un historien, La Bletterie, « d'introduire dans les temples des institutions réglées sur les mystères et la morale, des formules de prières qu'on réciterait à deux chœurs , à certains jours et à certaines heures axées. » Honteux de voir que le christianisme fût devenu l'école des plus saintes vertus, et que le paganisme semblât condamné à rester étranger à tout enseignement moral» il recommanda aux ministres de sa religion « d'instruire les peuples sur l'obligation de faire l'aumône ; ne devons-nous pas rougir, ajoutait il, que Les Ga*- Liléens, ces impies, après avoir nourri leurs pauvret, nourrissent encore les nôtres. Laissés dans un dénùuient absolu? » 11 ne put, on lésait bien, ni ranimer le paganisme ni lui donner un enseignement ; il ne réussit qu'à prouver que la religion ancienne, quand elle eut cessé de Be défendre par la persécution, était forcée pour soutenir un moment de plus la lutte, d'imiter la religion qu'elle combattait. l'eu de temps après lui, le vieux culte disparut, et les dernières traces s'en effacèrent. C'était le clergé chrétien qui désormais devait instruire les nations.

On connaît cet enseignement merveilleusement constitué par le christianisme. Toutes les grandes vérités qu'il importe ans l unes de savoir, et qui;

pour parler le langage théologïque , sont de foi , ont été énoncées sous une forme précise, claire et simple, et sont déposées dans un petit livre , qui est remis aux mains de tous. De nombreux ouvrages faits pour enseigner les doctrines et les vertus chrétiennes , pour défendre la religion , pour en développer l'esprit, pour en inspirer l'amour , quelques-uns dus à des écrivains de génie , sont multipliés par l'imprimerie, et propagés avec zèle partout où il y a une intelligence à éclairer, une âme à gagner à Dieu. Les uns , comme l'Imitation, isolent davantage l'homme des choses de la terre et lui apprennent à se faire un sanctuaire de sa conscience , et à y vivre avec soimême et avec Dieu; les autres, comme l'Introduction à la vie dévote, lui enseignent plutôt comment on se mêle aux choses du monde en les sanctifiant , comment on s'y prête sans s'y engager, comment on y trouve des joies permises, d'utiles épreuves, d'heureuses occasions. Mais c'est peu encore que cet enseignement écrit; il ne saurait être assez certain, assez universel. L'Église prescrit à la mère d'initier son fds dès ses premières années à la science de sa religion, et de ne pas le laisser grandir sans lui parler de Dieu. L'histoire sainte lui sera apprise la première ; bientôt l'Église ira le chercher ellemême ; elle l'instruira des dogmes qu'elle lui propose à croire , des commandements de cette loi morale que Dieu a promulguée deux fois , que son Eglise annonce, que sa justice sanctionnera. L'en-

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faut entrera ainsi dans la vie chrétienne, et le pauvre ne commencera le dur apprentissage de sa profession qu'après avoir passé dans cette école, dont il aura été disciple un jour, car l'usage de cette éducation première qui se fait par le christianisme se conserve encore dans presque toutes les familles ; c'esl une dette qu'on paye librement et volontiers, sauf a se croire quitte après cela envers Dieu et envers soi-même. La religion n'abandonne pas là le fidèle; elle l'appelle dans son temple, et les cérémonies auxquelles elle le convoque, les prières qu'elle lui désigne, les textes sacrés qu'elle lui donne à lire contiennent encore un enseignement , rappellent un dogme, un précepte, une espérance. Elle a élevé une tribune d'où descend une parole utile, qui ne s'est jamais tue, qui a précédé toutes les autres leçons et qui leur survit. C'esl cette parole qui commente chaque passage des livres >aints; qui, dogmatique ou morale, justifie la croyance, fait aimer le devoir, conduit à la \erlu parla foi, et souvent à la foi par la vertu ; qui abaisse l'homme par le sentiment de ses imperfections et de ses faiblesses, pour le relever par celui de sa nature

' 'aie et de sa destinée religieuse; qui n'est pas

faite pour briller, mais pour améliorer et pour instruire, qui, pourtant, s'est inspirée quelquefois ^ grands principes et des grandes vérités chrétiennes jusqu'à la plus haute éloquence. Cet enseignement n'a pas été réservé à quelques intelligences,

tous ont été appelés à en recueillir les bienfaits ; il n'y a pas eu d'initiés et de profanes; la parole de Dieu ne s'est cachée devant personne ; on n'a pas cru que l'ignorance fût la condition du respect. Il importait trop à chacun de bien connaître et de bien pratiquer la loi divine, pour qu'on voulût laisser personne en dehors de l'enceinte où elle s'apprenait. Cet enseignement a dépassé les bornes des pays chrétiens ; la lumière de l'Évangile a été portée jusque chez les nations les plus barbares. Se confiant dans les promesses divines, travaillant, ouvrière infatigable , sur la foi de ces promesses , reculant chaque jour d'un pas la limite du monde chrétien , l'Eglise a régulièrement constitué dans ses missions l'instruction même des peuples infidèles ; elle leur a assigné des diocèses et donné des apôtres. Responsable devant Dieu des intelligences qui lui sont confiées, elle aurait cru faillir à sa mission divine, si quelque âme eût vécu éloignée de Dieu , Imite d'avoir trouvé une voix pour le lui enseigner, une main amie pour l'y conduire.

Ainsi ce dont nous avons cherché vainement quelque trace dans l'histoire des peuples païens , le christianisme a su le constituer puissamment dans tous les temps et dans tous les pays, sous toutes les formes et pour toutes les intelligences. Ne serait-ce pas qu'il y a certaines conditions nécessaires à cet enseignement religieux, qui manquèrent à la religion des temps anciens, et qu il a été donné à la religion

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des temps modernes de réaliser dans toute leur plénitude?

Et, en effet, pour tout enseignement , pour l'en- Beignement religieux plus que tout autre peut-êtjv , il faut nu ensemble de vérités et de faits nettement déterminé; il faut une autorité quelconque, ou divine el traditionnelle, ou humaine et scientifique, qui définisse el conserve les doctrines. Or, que pouvait enseigner le paganisme, sorti des superstitions locales qui le grossissaient sans cesse, avec ces dieux sans nombre qu'enfantait l'imagination diversement frappée, selon 1rs climats et les âges, et divinisant tout ce qui la frappait , toutes les causes de ses impressions, les objets de sa crainte et de sa haine comme ceux de sa reconnaissance el de son amour, adorant au lieu du Créateur la créature, au lion de la cause première toutes les causes secondes, au lieu d'un seul Dieu tous les attributs différents de la I)i\ inité. et, au milieu de cette diversité infinie, laissant presque échapper le lien qui rattachait à une même religion toutes les croyances du pol\ théisme ? qu'enseigner de fixe et de certain au milieu de ce chaos de faits mythologiques, différemment recueillis par des traditions opposées , transmis par des témoignages qui se rapportent mal , qui se contredisent même . et entre lesquels aucune autorite ne décide? Comment concilier, à quel titre proposer à la raison humaine ces imaginations des poètes, ces dieux de chaque province, ces doctrines qui ont leurs âges? Le chrîs-

tianisme a des faits constants , des dogmes qui ne changent pas; Dieu a parlé; sa révélation a été recueillie; elle se conserve, affirmée ou niée, mais uniforme et inaltérable. Une autorité veille, qui se donne comme instituée de lui , pour rester dépositaire des traditions sacrées et en maintenir la pureté. L'objet de l'enseignement est donc déterminé; l'âge moderne a des dosmes et une morale religieuse qui se peuvent transmettre par des leçons régulières. Et quelle nouveauté, disons-le en passant, quelle nouveauté de notre ère! L'unité durable de ce couvernement spirituel institué pour tous les temps et pour tous les pays ! la dissidence sur les matières religieuses appelée une hérésie, ou devenue un schisme! Peut-être faut-il encore à l'enseignement religieux des ministres, revêtus d'un caractère sacré, ayant reçu mission d'en haut pour enseigner et pour reprendre, des hommes soutenus par la conscience de leurs devoirs, par le zèle de la foi et de la charité, et trouvant là, tout ensemble, du courage pour exercer leur ministère, et une inspiration pour soutenir leur parole. Le paganisme n'avait pas de pareils ministres. Qui pouvait puiser dans les doctrines païennes le courage et l'inspiration ? Qui pouvait, du moins aux siècles éclairés, en enseigner de bonne foi les croyances? L'antiquité ne connut pas ces existences vouées par un choix libre à la Divinité et consacrées tout entières à la propagation des doctrines religieuses. Les grands prêtres, les augures,

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étaient des citoyens sans mission exclusive et spéciale, comme César, CicérOD ou Plutarque, que le soin défaire un sacrifice aux dieux, de consulter le vol des oiseaux ou les entrailles des victimes venait distraire de temps en temps de leurs occupations domestiques et de leurs fonctions civiles, qui , déjà du temps de Caton, ne pouvaient se regarder sans rire, el qui auiaient bien pris garde d'enseigner tout ce qu'ils savaient.

Le paganisme ne comportait pas plus un enseignement moral, qu'un enseignement dogmatique. Dans le christianisme ces deux enseignements se lient étroitement l'un à l'autre, le dogme esl incomplet sans la morale, la morale a son appui dans le dogme. La révélation divine confirme le témoignage

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