‹ Mélanges et lettre avec une introduction (volume 2)Chapitre 25 sur 41 · III · texte numérisé non relu

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visage, c^est le cas de la laisser faire. Je ne suis pas de ceux qui pensent que nous périssons, mais tout au contraire que nous grandissons. Il y a dans la croissance des enfants des moments L où ils ne sont pas à leur ava ntage.

A MADAME LA BARONNE A. DE STAËL

Trouville, Il août 1S54.

M. de Broglie est arrivé ici avant-hier à neuf heures du soir, par le Havre, sur une jolie mer unie comme un miroir. Il ne paraissait point fatigué, si bien que nous sommes allés au Val- Richer, ce qui fait un assez joli total de quatorze heures dans la journée. Ce Val-Richer est des ^ plus agréables. C'est la retraite de M. Guizot selon les règles de l'Idéal. On y voit dans une juste mesure les marques de Thomme d'Étal, du savant, de grands portraits de rois, de princes, de généraux, de ministres, une vaste bibliothèque, quelques restes de luxe bien placés dans le cadre d'une fortune modeste; enfin, l'archevêché de Cambrai, tel que le décrit M. de Beausset, n'était pas mieux approprié à Fénelon

que le Val-Richer à M. Guizot. Le site est extrêmement agréable; une petite vallée qui est occupée presque tout entière par le jardin et cernée par des collines boisées ; un bruit d'eaux modestes et vives; des (leurs; des oiseaux; des arbres bien cultivés; une vie réglée; un grand courant d'idées; une politesse aimable et tranquille ; enfin un charmant oasis intellectuel dans ces vallées un peu rudes de mœurs de la Normandie.

Les nouvelles de Paris sont bonnes. M. de Broglie à laissé Paul dans une santé excellente. C'est hier qu'il a dû passer son premier examen de chimie. Avant quatre semaines, il sera sur l'impériale de quelque diligence dans les gorges du Jura, en petite tenue, n'ayant payé que demiplace en sa qualité de militaire, rêvant à Coppet, à Edmond, au cours des astres, aux lois des nombres et à son grand uniforme.

Ici la vie passe sans grand inconvénient, sans bruit de monde... Voilà quatre jours que je dîne chez madame deBoigne, tout étonné de me retrouver dans la société de personnes que je ne connais pas de tout temps. On se promène dans un jardin où il n'y a pas une feuille desséchée, où l'on ne souITre pas une fleur piquée des vers ; des masses de géraniums élincelants, des genêts,

des bruyères roses, rouges, des sauges cardinales et la mer à côté qui semble vouloir avaler tout ce petit monde à l'aquarelle. La corvée de Trouville commencée sous d'assez ennuyeux auspices n'aura pas trop mal tourné.

cm.

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