‹ Mélanges et lettre avec une introduction (volume 2)Chapitre 28 sur 41 · III · texte numérisé non relu

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vie des peuples ce qu'ils voulaient êire et ce qu'ils voulaient faire, plus encore que oe qulls ont été et ce qu'ils ont fait, mais cela aussi est une vérité, et Tidéal de Tancienne Italie n'est certainement pas l'idéal de la France d'aujourd'hui.

Les derniers discours à l'Académie ne sont pas non plus des discours de Cicéron. Je n'ai pas eu la force d'aller jusqu'au bout du discours de M. *** ; trois fois l'ennui m'a forcé d'abandonner la résolution que j'avais prise, trois fois, d'aller jusqu'au bout. Des gens patients, qui l'ont lu ou écouté, prétendent qu'il n'y a dans son jargon rien de repréhensibld contre le gouvernement de Juillet. J'ahne mieux le croire que d'y aller voir.

L'Angleterre est aussi difficile à comprendre que nous. Combien de choses surprenantes nous avons vues chez elle depuis le commencement de la guerre! Je suis étonné que loFd John Russel se montre volontiers hors de chez lui. Cette Angleterre était pour les gens qui aiment le bien un spectacle consolcuit, mais tous les exemplaires du ju^ et du bien ont l'air de s'en aller. Gela ne fait rien. Le bon sens peut dire ce que Charles XII écrivait sur la carte des conquêtes de la Suède. « Dieu me l'a donné, le diable

no me Tôtera pas. » — Je suis bien siip que finalement nous .serons victorieux dans la grande bataille.

Adieu, mon cher ami, voilà bien du fatras ; mille et mille amitiés.

Lisez le de Senectute de Cicéron. C5e n'est pas, assurément, un livre de votre âge, mais vous y trouverez toute là vie agricole des Romains , et je ne sais quelle odeur de terre nouvellement labourée qui vous portera à la tête.

AU MÊME

Paris, 25 avril 1855.

Que je vous dise d'abord, mon cher ami, combien j'ai été touché et reconnaissant de votre aimable présent. J'ai placé ce beau livre que je tiens de vous et qui a appartenu à votre père dans ce petit trésor où chacun serre ce qu'il a de plus précieux.

J'espère que vous lirez a'^ec quelque intérêt les deux voiumes que je vous ai envoyés. La Vîe de Washington est un livre bien fait, surtout pour le coup d'essai d'un très-jeune homme.

Il n'est peut-être pas assez libéral, mais les temps sont durs. Nous sommes bien loin des jours où l'élite des nations civilisées suivait avec passion toutes les marches de l'armée de Washington. Aujourd'hui on se pendrait volontiers à la queue du cheval du maréchal Radetzki, croyant enfiler la bonne route derrière ce demi-barbare qui ne connaît que l'ordre du régiment. Pour le Menandre^ le livre n'est pas bien fait ; vous trouverez là beaucoup de décousu, un certain entraînement de jeunesse à suivre la première idée qui passe, sans songer au plan général ; mais le sentiment de l'antiquité y est vif et original. Il donne envie de relire les écrivains anciens dont il parle, et il faut beaucoup passer à qui a cette chaleur communicative. L'auteur m'a demandé de lui dire les défauts de son livre, et je le lui dirai avec une parfaite candeur. Il serait mal de ne pas dire la pleine vérité à qui a beaucoup d'esprit et peu d'occasion d'entendre des critiques un peu âpres.

J'ai quelque idée que ce décret sur les académies va engager un conflit qui ne sera pas agréable aux autorités établies. C'est certainement une provocation gratuite à des gens paisibles. On met d'abord dans l'Académie des sciences morales dix membres justement destinés à

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changer la majorité, puis on revient à des règlements qui n'ont jamais été exécutés ou que TAcadémie n'avait jamais subis. Les commissions choisies parle gouvernement décideront avec le bureau du mois de janvier de chaque année de la distribution des prix^ sans que les autres membres aient rien à y voir. Le bureau n*a que trois membres et la commission, au choix du gouvernement,en a quatre. Le résultat sera fort simple; les billets pour les séances publiques devront être tous remis au ministère, qui en fera la .distribution à son gré.Keste à savoir si Tonne demandera pas communication préalable des discours, ce qui serait assez en harmonie avec l'ensemble de cette nouvelle législation. L'Académie française n'a pas l'air de vouloir supporter tranquillement cet affront ; moins trois ou quatre membres, tous s'en montrent très-blessés. Que le démon de la prudence apaise bientôt cette irritation^ cela se peut assurément, mais je ne le crois pas.

Voilà de bien petites affaires, pendant que devant Sébastopol on se lance tout ce qu'il y a de fer et de feu sur la planète. On dit que le gouveiv nement reçoit du général Canrobert desnou* velles qui font espérer qu'on entrera dans la place avant huit jours, et qu'on n'en publie

rien pour ne pas donner de fausses espérances. Plaise à Dieu, qu'il en soit ainsi, car voilà bien longtemps qu'on se tue et qu'on meurt de maladie devant ces chiennes de murailles !

ex.

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