‹ Mélanges et lettre avec une introduction (volume 2)Chapitre 34 sur 41 · III · texte numérisé non relu

III

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passion des lettres sans avoir le temps de lire, et c'est le principal.

As-tu vu, dans le Journal des Débats, que M. Cousin va être mis à Tindex à Rome pour son livre Du Beau, du Vrai et du Bien? Cela lui sera certainement très-désagréable. Je ne suis pas de la congrégation de Findex, mais il m'est difficile de voir quelque chose à reprendre dans ce livre, si ce n'est qu'il n'y a pas beaucoup de vues nouvelles. Le livre de M. Guizot n'est pas à l'index à Paris ; il a beaucoup de succès, sauf un assez grand nombre de personnes qui trouvent qu'elles n'occupent pas une assez grande place dans ce tableau des choses humaines. Si Ton en croyait certaines gens, l'histoire universelle serait tout simplement leur portrait en pied, de profil, de face, par devant, par derrière. Cela ferait aisément quatre volumes.

Adieu, mon cher petit.

À MADAM9 LA BARONNE A. DE STABL

Brogli'e, lo juillet 18U.

Je remarque bien, dans tout le monde, un certain ralentissement dans la correspondance.

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mais je ne vois nullement dans vos petites lettres ces signes d'affaiblissement d'esprit dont il vous plaît de vous vanter. Probablement vous aimez moins à écrire, et cela a de bien autres explications que la décadence de l'esprit. Je ne me soucie pas de vous les donner, par crainte que vous n'y voyiez l'instinct querelleur dont vous aimez à m'accuser et qui est bien loin de mon sentiment. Je me borne à indiquer une des six causes de ce découragement des lettres. Je dirai les cinq autres une autre fois. Cette fameuse cause est dans un certain goût exagéré de la mesure, là crainte de hasarder quelque chose en fait d'idées, de jugements, d'impressions. Lie plaisir d'écrire des lettres est, en grande partie, dans la liberté même un peu déréglée de la pensée ; dans le plaisir de dire tout ce qui passe par la tête dans le moment; dans le jeu de la plume qui va parmi les hasards de toutes les impressions. Les personnes trop sages dans leurs discours, n'ont pas l'agrément de cette vie d'aventures. On se désaccoutume d'aller par les petits sentiers, et cependant on s'ennuie de la grande route. De là cette certaine tristesse dont on se plaint sur la nécessité et la difficulté d'écrire des lettres.

Je ne me souviens plus de ce petit berger dont

VOUS parlez. Lisez-vous des romans avec lui? Il faut, par sagesse, s'accoutumer à quelque frivolité. Avez-vous lu la Vie de Charlotte Brontë, par madame Gaskell ? Je la lis avec curiosité et intérêt. Il faut avouer que j'ai l'esprit de tatillonnage et que l' infini des détails, même sur des gens qui ne sont pas de la plus haute volée en célébrité, m'intéresse cependant. Cela est curieux aussi comme histoire des mœurs singulières de quelques ecclésiastiques d'Angleterre au dixhuitième siècle et même au dix-neuvième. C'est un grand contraste avec la dignité et la douceur traditionnelles des pasteurs et des troupeaux en Suisse ; enfin, on y voit comment les faits réels de la vie de mademoiselle Brontë ont passé dans ses romans, et dans quelle mesure ils y ont été altérés. Albert dit que North and South, de madame Gaskell, est plein de talent ; mais j'imagine bien que vous en savez plus long que moi sur cette littérature anglaise et aussi sur l'américaine. C'est grand dommage que vous le sachiez, sans quoi je vous apprendrais que les romans américains, bien qu'un peu longs, respirent un sentiment très-aimable et très-sincère de douceur et d'humanité délicate. On peut s'en étonner pour un pays où les revolvers et même les grands couteaux de cuisine servent si fréquem-

ment à terminer les débats qui peuvent s'élever entre deux chrétiens ; mais il paraît que ce ne sont pas les mêmes personnes qui recommandent la douceur évangélique, bien que cette contradiction se soit retrouvée quelquefois dans notre Europe.

CXXXVIIL

A LA MêBCB.

Broglie, 2 août 1858.

Nous voilà déjà au 2 août, et Tété s*enfuit grand train. Il ne nous en restera pas un souvenir bien vif de cet été. Vous allez passer trois semaines dans un lieu qui n'est pas^ dit-on, pour

chasser les soucis et la tristesse de Tâme

Sahune avait rapporté, lui, de Louesche, un souvenir très-agréable. Il a d'ailleurs une sérénité qui éclaire les lieux les plus obscurs. S'il est vrai que les lieux changent nos dispositions, notre tour d'esprit change aussi beaucoup l'aspect des lieux. Quand il vous viendra une longue lettre de Callao ou d'O'Taïti, tous les sommets des montagnes prendront des teintes de rose ; et pourtant, quand on est triste, ce serait bien le moins qu'on fût triste dans un lieu riant.

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Je suis fâché que Cranford n*amuse pas M. Marc Yernet. Il est singulier qu'il ne soit pas sensible à tout ce détail de sentiments, de scrupules, de chagrins cachés dans des âmes simples et bonnes. Il a pourtant étudié^ pour les régler chez les autres, tous ces tours, et ces détours, et ces retours des impressions dans les âmes de ces petits troupeaux; mais, pour dire toute ma pensée, puisque je prêche de tout dire dans les lettres, j'ai toujours cru que les habitudes théologiques font un peu perdre de vue le vrai fond de la nature humaine. Un médecin qui aurait dans une petite boîte un remède à tous les maux ne se soucieredt plus beaucoup de la clinique ni de Fétude de la physiologie. Aussi voit-on Tentente profonde et délicate de la nature humaine dimiimer à mesure que les doctrines religieuses se ressèrent dans un plus petit nombre de dogmes. On ne pense plus qu'à la puissance de ces dogmes et on les applique à tout et partout avec une certaine monotonie confiante. L'idée trop habituelle du miracle fait négliger et bientôt fait mépriser toutes les nuances de la nature humaine. Fénelon en tient plus de compte que Calvin, parce que, après tout, sa religion est un peu plus en rapport, par ses croyances, avec llnfinie variété des âmes que la théorie puis-

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santé et étroite du calvinisme. En voilà peutêtre beaucoup pour me venger de ce qu'un bon esprit ne prend pas aux mièvreries de Cranford^ ' mais j'ai la fureur des idées générales. C'est dans le mauvais sens qu'il faut m'appliquer les vers de M. de Lamartine:

. .. une active pensée Par un instinct trop fort dans l'infini lancée.

Je dis toujours aux gens : Voulez-vous venir vous promener avec moi dans les espaces?

La mer blanchit sous les vaisseaux anglais et français qui vont se saluer devant Cherbourg. Notre curé d'ici, qui ne ressemble pas à un vaisseau de guerre, est convoqué pour aller recevoir l'empereur à Évreux. U y aura là deux ou trois cents ecclésiastiques et l'archevêque de Rouen, M. de Bonnechose. Bernay verra passer ses maîtres, mais comme un éclair; ils ne s'y arrêteront point. Il y aura un petit arrêt à Lisieux. M. Guizot n'y sera point, d'abord parce qull est en Angleterre. Cette visite de la reine d'Angleterre n'a pas beaucoup sa pareille dans l'histoire. Il est bien rare qu'un souverain soit venu inaugurer des citadelles élevées en face de lui et contre lui.

Adieu. Il m'ennuie de ne pas vous savoir à Coppet, bien que je n'y sois pas.

A MADAME PISCATORT.

Paris, 25 août 1858.

Comment vous accoutumez-vous, chère madame, à la simplicité de vos campagnes de France ? Vous n'êtes plus sous les palmiers ni dans les forêts de colonnes des grandes mosquées. C'est comme si Ton passait de la lecture d'Homère aux fables de la Fontaine ; mais il y a aussi du plaisir à lire la Fontaine et c'est encore de la poésie. Les fleurs du blé sont faites de la main du même ouvrier qui a dessiné le feuillage des palmiers. J'ose espérer que, jusque-là, nos manières de voir en théologie ne diffèrent point, maisje n'irai certainement pas plus avcmtt sur ce point, de peur d'être accusé par vous de subtilité. Avez-vous déjà commencé à mettre en ordre vos notes de voyage? Avez-vous décidé la question s'il faut lire ou ne pas lire les livres qui ont traité le même sujet? Au fond, il importe peu. Les esprits originaux ne se rencontrent point, et deux personnes d'imagination qui voient le même objet, le voient sous d'aulres couleurs et sous d'autres aspects. Il n'y a que les

sots qui se rencontrent et c'est pour cela qu'ils forment une masse si serrée et si puissante. Vous pouvez donc lire, ou ne pas lire, ceux qui vous ont précédés en Espagne. Vous n'aurez aucune envie de refaire leur9 dessins. Quand verrons-nous ces belles aquarelles où la couleur réelle du paysage de l'Andalousie se mêlera à la couleur de Timagination? car il faut les deux ensemble, quoi qu'en disent les beaux messieurs réalistes d'aujourd'hui. Pour donner aux tableaux toute leur vraie couleur, il faut reprendre bien vite le fil de vos souvenirs. Quelle que soit la mémoire, il est singulier à quel point les im-» pressions s'effacent ou, ce qui est pis, se modifient et se dénaturent. Il le faut bien, puisque, après un certain nombre d'années d'absence, nous sommes tout étonnés de ce que nous revoyons. Les montagnes de Grèce vous surprendront dans dix ans par leur aspect que vous connaissez pourtant si bien. Nous refaisons sans cesse dans notre esprit ce que nous avons vu une fois. C'est pour cela qu'il y a tant [de narrateurs de bonne foi qui racontent des faussetés dont ils sont profondément convaincus qu'elles sont la pure vérité. L'imagination ne cesse pas un moment de travailler et abolit peu à peu la réalité* ... J'espère que du moins le soleil ne fait point

accoplion de personne et qu'il réchauffe le petit monde aussi bien que les grands de la terre d*Afrique. Le soleil passe pourtant pour un peu courtisan. Use montre toujours quand les souverains parcouraiàt leurs États en cérémonie. Il pleuvait partout en Normandie hormis sur la rade de Cherbourg, quemd l'empereur et la reine d'Angleterre s'y sont rencontrés et s'y sont embrassés. Je suis plus touché qu'étonné de la vivacité d'affection que l'empereur a trouvée en Bretagne. Les âmes tendres ont besoin d'aimer. C'est ce qui fait que le regret de l'objet aimé est si voisin d'un nouvel attachement à un nouvel objet. Les ministres protestants, par exemple, sont connus pour aimer tendrement leurs femmes mais si le malheur veut qu'ils la perdent, ils en épousent et en aiment tout aussi tendrement une autre dans les délais voulus par la loi civile. C'est ce qui explique si bien la parole d'un évêque breton qui a été désapprouvé des esprits chagrins pour avoir nommé la Bretagne la terre de fidélité. Aimer jusqu'à la mort, qui paraît dans tous les écrivains de notre temps, s'explique encore, selon de savants interprètes, par aimer jusqu'à là chute définitive de Tobjet aimé. L'homme sur oette terre vit au milieu de telles vicissitudes^ la Providence lui retire si rapidement et si dure-

ment ce qu'il aime,qu'il faut bien qu'il ait la faculté de s'attacher successivement. Cela est accordé sans difficulté par les auteurs les plus considérables et les plus approuvés, tant jurisconsultes que philosophes et moralistes, les deux Porta* lis, M. Dupin et M. Baroche, sll avait écrit, et d'autres qui sont plus proches et dont les noms vous sont présents comme à moi.

Vous avez bien raison d'être irritée contre cette Fanny. Il m'a fallu voir le succès de Madame Bovary auprès de tous les beaux esprits de notre société pour croire au succès de Fanny. Le style emphatique et déclamatoire a aidé Fauteur à mettre dans son livre plus de choses choquantes et absurdes qu'il n'y en avait dans les vilaines petites histoires de madame Bovary. Si un jeune buffle, dans les marais pontins, écrivait ses mémoires, et le détail de ses affections^ de ses jalousies, de ses désordres, de ses désespoirs, il y mettrait sans doute la même délicatesse etle même sentiment du bien et du mal moral parmi les buffles, mais pour peu qu'il eût l'esprit bien fait et un peu cultivé, il ne pousserait pas à ces excès ridicules le genre descriptif. La sincérité de ses passions l'empêcherait de voir une foule de choses qui n'importent pas à ses passions. Il ne nous décrirait pas, tout en aiguisant ses cor-

nés pour le combat, les petites fleurs des champs qu'il ne doit point remarquer, ni la perruque du curé de son village qui ne lui fait rien; mais cette petite et nombreuse école qui se nomme réaliste, je crois, a si peu de sentiments vifs et de passions vraies qu elle ressemble à ce mathématicien qui écrivait du lit de mort de sa mère : aj'aiperduma mère aujourd'hui à 8 heures 22 minutes 1(2 (temps moyen).» Les passions ne sont pas si exactes et ne voient pas tant de choses. Dans une comédie de Tieck, un chat guette im rossignol qui chante et il dit : « Ce divin chanteur doit avoir un goût exquis. » Il ne pense qu'au goût qu'aura le rossignol quand il le croquera. Voilà un chat qui est à son affaire et qui a vraiment des sentiments et plus d'art que l'école réaliste.

Pendant que mademoiselle Isabelle chasse et que mademoiselle Rachel lit, j'espère bien que vous écrivez, chère madame; je veux lire des romans français qui m'intéressent.

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A MADAME LA BARONNE DB LASCOURS

Paris, 27 août 1858.

Voilà un été et un hiver en perspective où l'on sera terriblement éparpillés. Et vous, chère madame, comment avez -vous fait ce petit voyage? Vous avez trouvé à Boussay bien mieux que notre pauvre Normandie. Je me figure que l'air y est plus pur, et que Ton s'y dispute avec moins de vivacité sur tous les sujets. Avez-vous commencé quelque grande lecture? Je n'ai trouvé ici de nouveau que le discours de M. Mignet sur Schelling. Il a très-bien décrit, même pour des lecteurs peu attentifs, ce petit univers imaginé par Schelling, où toutes les pièces se rapportent si bien et qui est rangé comme un papier de musique. Le défaut général des philosophies allemandes, c'est que tout y est si parfaitement enchaîné qu'il est sensible, au premier coup d'œil du bon sens, que cela ne ressemble point du tout à la réalité. Qui sait le tout des choses peut bien se vanter qu'il n'a point la moindre idée des choses. On est toujours tenté dédire à toutes ces belles solutions : « Cela est si

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clair que je n'en comprends pas un mot. » Vous avez lu, dans la Beviœdes Deux Mondes^ un article de M. de Rémusat sur la philosophie du dixhuitième siècle. Il a Tair de dire que c*est une demoiselle qui avait bon cœur et mauvaise tête. Je crois qu'il faudrait renvoyer à une vingtcdne d'années d'ici toute discussion sur de tels sujets. Chacun aujourd'hui ne discerne dans les idées générales que ce qui se rapporte à ses intérêts particuliers. On a eu une telle peur, durant quelques années, de se voir dépouiller de ses biens meubles et immeubles, que toute idée qui ressemble à un gendarme est la bienvenue et que tout ce qui a un air d'indépendance dans le monde intellectuel est suspect d'eiTraction et de vol à main armée ; mais, quand la peur sera passée, on sera un peu honteux d'avoir entretenu des pensées si basses pour des intérêts si grossiers.

Nous menons ici, dans notre solitude, ane vie très-dissipée. M. de Broglie est allé deux fois cette semaine au Théâtre-Français. Moi qui suis moins frivole, je n'y ai été qu'une fois, mais nous passons les jours dans des cafés avec des mauvais sujets comme M. de Sahune^ M. de Viel- Castel et M. Galos. Malgré la vie de désordre que je mène ici, je regrette beaucoup, chère madame^ les jours mieux réglés que vous avez

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passés à Broglie et les deux jours où vous étiez encore ici,

A M. PI8CAT0RY

Coppet, 28 septembre 1858.

Mon cher ami, Albert écrit de très-bonnes nouvelles de la Roche-Beaucourt où il est présentement. Madame de Broglie est beaucoup mieux qu'elle n'a été depuis six mois. L'air du Midi lui est décidément favorable. Le mal diminue visiblement au lieu de demeurer stationnaire comme dans les derniers temps où l'on ne constatait que des progrès souvent interrompus et peu marqués. C'est bien toujours en Afrique qu'ils vont. Ils partiront de Marseille le 16 du mois prochain. Les médecins d'Alger disent des merveilles de leur climat durant l'hiver ; restent les quarantehuit heures de mer ou à peu près qui sont bien une petite épreuve, mais ni M. Andral, ni M. Béhier ne veulent y voir un inconvénient grave. J'espère que cette mer, qui est troublée naturellement ce mois-ci, sera calmée pour lors. J'ajoute qu'elle peut être calme quand elle le veut bien. C'est une remarque uniforme des journaux

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que, du côté de Cherbourg, l'Océan est devenu doux comme un mouton à la vue de deux grands souverains, et tout le monde, à peu près, n'en aurait-il pas fait autant à sa place? Il est vrai que les éléments ont des égards très - particuliers pour les grandes destinées. Les gens grossiers disent qu'en France les fonctionnaires publics tournent comme le vent; on devrait plutôt dire que le vent tourne comme les fono tionnaires publics. Il me semble que cela a un air plus respectueux et qui ne saurait offenser personne, à moins que je ne me trompe.

M. d'Haussonville a quitté Coppet il y a déjà huit jours. Ce n'est pas qu'il ne trouve d'ailleurs ce pays-ci très-agréable. Il estime fort les Alpes et les monts Jura, mais il trouve mauvais qu'il n'y vienne pas autant de faisans et de perdrix que dans la Brie. Il tue donc de tout cela dans Gurcy, et n'en achève pas moins un volume in-folio sur le cardinal de Fleury, les derniers ducs de Lorraine et le roi Stanislas. Vous y verrez même Voltaire et la petite cour de Lunéville. Je l'ai fort engagé à parler de ce Voltaire avec un souverain mépris. Cela peut assurer le succès d'un livre auprès des honnêtes gens et des esprits délicats. Beaucoup de mes amis trouvent la cor-respondance de Voltaire insupportable; je ne les

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en estime que davantage, et cela me fait mieux apprécier leur bon sens et leur goût et aussi leur sentiment exquis de la langue française. Je garde leurs lettres dans les feuillets de la Correspotidancede Voltaire pour comparer dans l'occasion.

J'ai déjà recommandé à M. de Viel-Gastel qui, je crois, est auprès de vous, la lecture des dépêches récemment retrouvées à Turin de M. Joseph de Maistre. Elles sont bien instructives et d'un ton de modestie qui charme. On y voit : l'* qu'il a découvert, à force d'investigations patientes, que l'Autriche est une puissance trèségoïste, peu romanesque et point du tout dévouéo à la maison de Savoie ; 2° il raconte à son maître le roi de Sardaigne et à son ministre des affaires étrangères, qu'il se sent un esprit d'une sagacité et d'une profondeur qui l'étonnent souvent luimême quelle que soit l'habitude qu'il doit en avoir ; il avoue que le flot brillantde ses pensées est si puissant et si contenu, qu'il en est comme obsédé ; qu'il a un style d'une énergie surprenante et qu'il laisse aux autres, s'ils le trouvent trop fort, à le délayer comme on met de l'eau dans un vin trop fort et trop généreux. Il ajoute aussi qu'il a à se défier de soi pour un tour heureux de plaisanteries fines et légères, dont le secret

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