A MADAME LA PRINCESSE DE BROOLIE
Paris, t fémer 1859.
Tout le monde me dit, chère madame, que vous êtes bien mieux de tout point, et je le vois bien par votre lettre. On n'a point cette vivacité quand on souffre de la névralgie, et qu'on a les nerfs exaspérés par le vent du nord.
Nous ne saurons rien de la guerre ou de la paix avant le discours de l'empereur au Corps législatif et avant les séances du Parlement d'Angleterre... Nous n'avons que des sentiments doux. On ne s'entretient à la Bourse que des agréments delà paix. . . En attendant que le sort, c'est-à-dire la sagesse du gouvernement, ait décidé de tout cela»
nous aurons demain l'entrée de la Princesse de Savoie dans Paris. Il y a une vingtaine d'années que j'ai vu entrer dans ce même Paris, par une autre porte, une autre Princesse, et, depuis lors, il s'est écroulé une monarchie, et il s'est élevé une République qui est tombée, et il s'est élevé un Empire. Il est bien difficile de savoir quelle Princesse nous verrons entrer dans Paris dans vingt ans. Je ne crois pas que M. le Ministre de la guerre ait dit l'autre jour à un officier qui lui parlait d'un professeur dans une école militaire : a Tenez, mon cher, je donnerais à présent tous mes professeurs pour un cheval. » Il est très-difficile à nous, pauvres gens qui n'approchons pas des grands, de savoir si toutes les petites historiettes qu'on nous raconte ont un mot de vérité.