‹ Mélanges et lettre avec une introduction (volume 2)Chapitre 8 sur 41 · M. E. Sauzay · texte numérisé non relu

M. E. Sauzay

prit dans ce que j*en ai lu en manuscrit, mais c'est l'enfer de l'abstraction. C'est une promenade en ballon dans les espaces sans bornes, loin des vivants, loin des arbres, des eaux, des fleurs. Vous pourriez bien prendre un grand mal de tête dans cet air sec et froid qui règne sur ces hauteurs désolées. Je me reproche de ne vous avoir pas encore envoyé le deuxième volume de Port-Royal. Vous y verrez l'histoire complète des propositions de Jansénius. Quoi qu'on en ait dit, c'était, sans doute, un fort méchant homme, et même presque calviniste sur les questions de la grâce. Il est vrai que saint Augustin est lui-même pire qu'un protestant. Du reste, le livre de M. Sainte-Beuve est aimable, quoiqu'un peu décousu. On y voit aller et venir dans leurs cellules et dans leurs petits jardins tous ces grands personnages. On suit les jours réglés de M. de Sacy quand il est prisonnier à la Bastille et qu'il y traduit la Bible. Je ne savais pas que TAncien Testament eût été ainsi traduit sous les verrous. On lui annonça qu'il pouvait partir, le lendemain du jour qu'il eut achevé son travail. Il avait pris goût à la Bastille, n'y étant pas dérangé et n'ayant pas de visites à attendre. C'est une des mille douceurs de la prison, mais telle est l'infirmité du cœur de l'homme que je

suis sûr qu^on se lasse aussi de la prison et de la solitude absolue.

M. de Broglie est tout à ses travaux de la commission des colonies. M. Wilberforce n'a pas mis plus de suite à ce travail, et il y a apporté moins de force d'esprit. Le dépouillement et l'intelligence détaillée des documents exigent une attention très-forte et une grande sûreté de mémoire et un grand esprit dé critique et une grande fermeté de bon sens pour marcher entre le découragement et les projets romanesques.

24 février.

N'est-il pas vrai que je vous tiens quelquefois assez bien au courant de la vie que les vôtres mènent ici? Il me semble même que je ne vous épargne pas assez les détails. Hier, c'était l'immobile mercredi de madame d'Haussonville la mère. Je dis immobile dans le sens qu'il ne manque jamais, car ces soirées sont amusantes. On y est plus entre soi qu'ailleurs ; on n'y est guères qu'une vingtaine à la fin de la soirée, mais vraiment vingt personnes qui ne haïssent pas de se rencontrer. A dîner, il y avait M. et madame Georges d'Harcourt ; et savez-vous que M. G. d'Harcourt va devenir pair, ou plutôt que

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de toute éternité il était pair par droit d'héré-* dite? Son père est mort avant la révolution de Juillet et avant Tabolition de l'hérédité, et lais-* sait sa pairie régulièrement à son fils aîné> mais ce fils aîné a voulu à toute force se faire Anglais e{ rester Anglais ; il n'avait point de fils^ alors M. Georges d'Harcourt a réclamé pour succéder à défaut de son frère. L'affaire avait dormi quelque dix ans, par négligence, par ennui de réf soudre de petits points do droit, etc., Mais voici qu'elle se réveille triomphante et, dans peu de jours, il entrera à la Chambre.

Où en étais-je donc de mon dîner de mercredi? Ah! — M. et madame d'Harcourt, — M. et madame Mortier, qui se préparent à retourner en Suisse dans six semaines, avec quelque appréhension de cette société et de ce climat alpestre, — M. Guizot, très-aimable, très en train d'es-

prit, ayant toutes les vertus des cœurs heureux, tout semblable à un général qui vient de gagner trois ou quatre batailles dans une rapide campagne, et, en effet, voilà ce ministère en pleine mer et une mer tranquille et toutes les voiles doucement enflées au souffle de M. Jacques Lefebvre, de M. Delessert et de M. le général Jacqueminot. M. de Rémusat et M. Thiers ne soufflent que dans leurs doigts; l'un écrit les ba-

tailles du premier Consul et M. de Rémusat cherche comment la matière et Tesprit peuvent entrer en relation dans ce monde. On philosophe et Ton attend des jours meilleurs. On écoute le canon de Marengo au lieu d'entendre le bruit des voitures d'ambassadeurs dans la cour du ministère des affaires étrangères. On pense à Dieu, à la substance, au temps, à retendue, au lieu de lire des rapports de police dans le cabinet du ministère de l'intérieur. C'est la différence de la contemplation à l'action. Je soupçonne qu'à leur place vous n'hésiteriez pas sur le choix.

Le soir, chez madame d'Haussonville, est arrivé bien du beau monde : — Madame de Barante, qui est toujours belle, mais qui a pourtant Tair un peu triste, et M. de Barante, qui a autant d'esprit que jamais, malgré son séjour dans les glaces de l'empereur Nicolas, —Madame Gabriel Delessert, qui semblait sortir des bois par un jour de printemps, — Mademoiselle de Pomaret , — Louise, bien aimable au milieu de ce petit cercle. M. d'Haussonville ressent toujours des souffrances électorq^les ; il prétend que je n'ai pas pris assez de part à son échec, et, en vérité, il a grand tort; j'en aurais pris beaucoup moins à mon propre échec. Je ne me figure pas qu'une

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place au milieu de cette race perverse et plate et ennuyeuse de la Chambre des députés soit une partie notable du bonheur de ce monde.

A LA MÊME

Paris, 2 mars 1842.

Vous avez été affligée, j'en suis certain, de la mort de M. Joufi'roy. Il a succombé hier, après avoir lutté longtemps contre une maladie de poitrine qui n'a pris que depuis deux mois un caractère alarmant. Il avait beaucoup d'esprit, beaucoup de talent et des qualités morales d'un ordre très-élevé. Il avait médité paisiblement toute sa

vie sur toutes les grandes questions dont il a peut-être à présent la solution. Tout ce que ses livres expriment d'incertitudes et de convictions produit, en les relisant à présent, un effet singulier. Il laisse deux petits enfants et quelque petite fortune pour achever de les élever. M. de Broglie l'avait vu, il y a une quinzaine de jours, déjà bien affaibli, mais non point d'intelligence. Parler le fatiguait. Il pensait tristement, tandis qu'il voyait s'écouler ses derniers jours. Il voyait

avec une fermeté simple et mélancolique qu'il n'y avait plus de remède à son mal. En se réveillant, le jour même de sa mort, il se trouvait mieux que tous les autres jours, et puis tout s'est dénoué tout à coup et ce qu'il a pensé et écrit dans ce monde deviendra un sujet de méditation et de doute pour ceux qui vont venir et qui .souffriront, s'inquiéteront et mourront comme lui. Le fil de la pensée s'est brisé dans ses mains; un autre va le renouer pour le voir se briser à son tour. Il a regardé bien des fois du haut de ses pauvres montagnes les Alpes et les lacs ; il a cherché le mystère que murmure toute cette nature. Un autre viendra peut-être à la même place essayer le même effort inutile. Lisez dans la Revue des Deux-Mondes un article de M. Libri, intitulé : Souvenirs de la jeunesse de

Napoléon. Tout cela est extrait d'un grand nom-

bre de cahiers où Bonaparte avait consigné un peu pêle-mêle ses souvenirs, ses études et ses propres réflexions, entre dix-sept et vingt-quatre Qxis. C'est la petite source qui bouillonnait inconnue dans un petit coin du monde et qui est devenue un grand fleuve. Quoi qu'en dise M. Libri, <^s commencements me semblent assez ordinaires et c'est précisément ce que je trouve iatéressant. L'originalité des figures est souvent

longtemps à se faire jour. Le talent, Timagination vive, la pensée colorée, tout cela pousse tout à coup par un jour de printemps, comme un arbre qui languissait et qui se couvre un beau matin de belles fleurs ; le vent tiède a soufflé, c'est cela qui manquait; ou bien le chaos n'était pas encore débrouillé au dedans, et Téquilibre et Tordre se sont soudainement établis. Qui dirait qu'il y a plus qu'Alexandre dans cette rhétorique irrégulière et emphatique ?

Voulez-vous être assez bonne pour relire les deux ou trois premiers chants du Dante, de VEtifer^ et me dire ce que vous en pensez? Après en avoir dit et pensé beaucoup de mal, il est tombé tout à coup, d'un certain biais, un trait de lumière pour moi sur cette poésie. Ici, où tout le monde a des partis pris, je ne peux pas demander si j'ai ou si j'avais raison. Je m'adresse au cristal des font&ines. Ici, tout le monde a sa petite mare trouble où les pieds des passants sont plus ou moins empreints.

M. Guizot disait hier au soir que M. Jouffroy était loin de penser que son état de santé fût si grave ; qu'il l'avait entretenu, il y a huit jours, de ses chances à la prochaine élection et causé de la question de savoir s'il valait mieux pour lui être nommé pair que de rester député ; mais cela

ne prouve pas grand'chose sur le sentiment qu'il avait habituellement. Quand il vient le moindre souffle de bien-être, on reprend involontairement à la vie pour une heure ou deux, et puis on ne tarde pas à entendre de nouveau siffler le vent qui emporte à Tautre rive.

5 mars.

Cest aujourd'hui que Ton fait les funérailles de M. Jouffroy. Albert y est allé avec son père. Je suis resté chez moi, où je suis retenu par un grand mal de tête. Son cercueil sera porté dans le Jura. Je conçois qu'il n'ait pas voulu être mêlé à cette poussière de Paris. Secrètement, je ne serais pas fâché d'être à sa place et d'aller dormir dans ces montagnes. Il avait beaucoup mieux à faire que moi sur cette terre. Mon chemin devient plus triste et plus étroit chaque jour. Je suis de plus en plus inutile aux autres et ennuyeux à moi-même aussi. Je ne crois pas que je supporte un autre hiver à Paris. Je sais bien qu'il y a un peu de manie et de nerfs malades dans cette disposition, mais ces nerfs-là sont aussi une partie de ma très-misérable condition. Comme vous êtes très-bonne, je vous prie de ne pas trop vous attrister de ce que je dis là. Il me revient de temps à autre un peu d'entrain

comme un trait de lumière à travers les vitres cassées d'une petite maison délabrée et abandonnée ; mais, en tout, c'est une très-triste masure. Les mauvaises herbes croissent dans le jardin ; il y avait quelques arbres qui auraient pu grandir^ mais qui ont été mangés par les chenilles. Vous n'avez pas d'idée de la tristesse de ce jardin.

M. Cousin rentre comme membre du Conseil royal en remplacement de M. JoufTroy. M. Villemain a fait là un acte héroïque en le proposant au Roi, car M. Cousin est un voisin hargneux et impérieux. Il est très-juste qu'il dirige les études de philosophie en France, mais il faut un grand fonds de philosophie pour vivre en paix avec lui. Mais M. Villemain fait bien ce qui est bien. Peu de ministres se seraient prêtés à ce désagrément de tous les jours, au contact de cette nature orgueilleuse, insolente, égoïste, habile à mal faire. Les eaux les plus actives et les plus pures de la philosophie n'ont pas plus agi sur sa nature que sur la peau d'un rhinocéros.

M*** pense à se mettre sur les rangs pour remplacer M. JoufTroy dans \$ Doubs; mais on ne doit savoir que penser de ces électeurs. Pour M. JoufTroy, c'étaient ses amis^ ses camarades, qui avaient fait avec lui l'école buissonnière dans

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les montagnes. C'était un grand esprit qui fai* sait honneur à ces vallées sauvages et qui avait été un petit paysan avec eux. Il était fort libre devant eux d'avoir telle ou telle opinion politique. Ce sera tout autre chose pour un étranger. M*^ n'a pas été dans sa jeunesse avec eux à la veillée et n'a pas cheminé avec eux par les grands hivers dans les petits sentiers de la montagne pendant que les loups se promenaient alentour. M. JoufTroy était là, à la chambre des députés^ au nom des sentiments les plus poétiques du monde. Les gens de la montagne aimaient à voir à la Chambre une intelligence supérieure qui avait grandi sous leurs sapins, dans ces petits hameaux. Il s'était promené dans toutes ces habitations ; il avait eau ce avec eux auprès de leurs ruches d'abeilles ; il les avait quelquefois entretenus, avec sa simplicité élégante, de ce qu'il savait de Dieu, du monde, de l'avenir. Je me souviens de lui avoir entendu raconter ses conversations avec ses compatriotes, dont les uns étaient spiritualistes, les autres vraiment mystiques, les autres stoïciens, quelques-uns penchant à toute incrédulité, tous confusément et suivant la pente naturelle de leur caractère. Il leur disait, à son tour, ce qu'il pensait d'utile et de consolant sur les secrets du monde, et tout

\ti$ LETTRES.

oôla au milieu de tous les accidents familiers de la vie ; le soir, quand on filait le chanvre ; le matin, quand les vaches sortaient des étables ; avec un berger qu'il rencontrait À midi sous Tombre (les rochers. Et voilà que son cercueil revient au petit cimetière du village. A son arrivée, on entendra la cloche de Teglise ; on viendra par tous les sentiers ; mais tout rentrera dans le silence et Ton montrera de temps en temps aux voya« geurs que le hasard amènera là la pierre d*uQ philosophe qui avait beaucoup de renommée à Paris, et, sur la colline, la maison de son père. Tous ces pauvres philanthropes anglais qui comptaient assister ici au meeting pour Tabolition de l'esclavage arrivent à la file. Le bon Josiah Forster est arrivé ce matin avec son air noble, son grand chapeau, ses grandes jambes et son grand parapluie. Tout ce monde bienveillant dînera mardi chez M. de Broglie.

7 mars.

Je VOUS disais que le cercueil de M. Jouffroy serait reporté dans les montagnes, mais on a re* nonce à ce projet. Qu'avoz-vous dit du discours de M. Villemain? Il est bien, ce me semble. Il y en a eu un de M. Cousin, mais je ne Tai point vu. Tout le monde était très-triste à cette triste

solennité. C'était une créature aimable et sau- ^age, qui n'avait pas les instincts de la société. le monde est assez bienveillant pour ces carac- 'fcères. Personne ne les trouve sur son chemin. Ils ne disputent rien>à personne.

A MADAME d'hAUSSON VILLE.

Coppet, 13 octobre 184t.

qu'il y paraisse, j'ai regretté beaucoup Qe pas passer au moins un peu de temps à y, car, excepté à la campagne, on ne vous plus. A Paris, le petit train du monde emtout, et puis, vous y prenez, je crois, un fie dédain pour tout ce qui n'est pas du plus éclat. Il vous faut un peu de temps pour vous ^^^^Ooutumer à votre village et à la simplicité •^^^^ élégante de ses habitants.

-Pendant que je vous écrivais, je reçois une

d'Albert, de Berlin, et du 7 de ce mois. Il

assisté à toutes les fêtes du mariage d'une

ricesse, et avait été présenté, lui prince, à

^^s les princes et princesses de la maison de

*^V^3se^ et il.paraîl que Dieu a béni cette Prusse

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dans sa famille royale et que cet arbre a des rejetons sans fin. Il n'est pas trop enthousiaste pour un voyageur et je ne crois pas qu'il songe à contracter le moindre mariage morganatique, ni qu'il revienne présentant de la main gauche à monsieur votre père la fille d'un ministre protestant dont il serait tombé amoureux. Il n^est pas le héros d'un roman d'Auguste Lafontaine ; ainsi, n'attendez pas une belle -sœur qui ait le genre d'imagination que vous nommez... comment ? Plaignez-le de cela.

Adieu, madame. Dites beaucoup de tendresses pour moi au député de Provins. Je lui écrirai bientôt, mais j'ai honte de dire que, n'ayant pas grand'chose à faire ici, je suis pourtant si souvent interrompu que voilà une lettre commencée depuis trois jours et je finis le 15 ce que j'avais daté du 13. Je lis aussi à bâtons rompus, d'abord M. de Ségur sur la campagne de 1812; ensuite, Eschyle, que je n'admire pas tant que les gens qui ont plus d'esprit que moi ; Schelling, que je ne comprends pas du tout à la première lecture, mais je sais relire une dizaine de fois, jusqu'à ce que le jour vienne dans ces profondeurs germaniques; toujours le Dante; un Voyage de M. Poujoulat en Italie, qui ne me paraît pas né pour parler de l'Italie ; enfin, je relis \ Histoire^

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A M. RXULIN.

Coppet, dimanche 80 noyerobre 1842.

Je reçois votre lettre ce matin même, mon cher ami. Vous me demandez si j'ai à me plaindre de vous, puisque je ne vous écris point. Sans doute, j'ai à me plaindre de vous, et je vous demande comment vous en pouvez douter? Quand j'ai dû rester à Paris et que je vous priais de rester avec moi au lieu d'aller en Suisse, vous m'avez répondu que rien ne pouvait vous empêcher d'aller en Suisse; quand j'ai pris le parti d'aller àCoppet, vous écrivez que tout vous fait un devoir impérieux de rester en France... Je pense bien que vous pouvez me faire toutes sortes de raisonnements sur ce que les affaires prennent mille formes, qu'on découvre des difficultés là où on n'en croyait pas rencontrer, mais tout cet artifice de raisonnement est peine perdue avec moi. Il vous a plu de rester à Reims et il me plaît, à moi, d'être en colère contre vous... Donc, je ne vous dirai pas le plus petit mot de regret sur votre résolution prétendue héroïque de rester à Reims. On dit souvent ici :

«Pourquoi M. Raulin n'est-il pas venu? CTest bien triste! » Mais je fais la sourde oreille et je ne pense même pas à ce M. Raulin qui est si affairé.

. Je vous plains beaucoup, mon cher ami, d'être encore en proie à votre article. Il ne faut pourtant pas laisser durer si longtemps un état aussi violent. La composition à contre-cœur porte sur les nerfs. Ou déterminez-vous à le donner tel quel, ou dites une bonne fois à M. Thierfy, non possumus ; ei^ en preuve, montrez-lui l'article qui vous déplaît. Une trop longue contention d'esprit sur un sujet qui ennuie paralyse toutes les forces de l'intelligence. Quand vous aurez pris hardiment votre parti, les esprits animaux recommenceront à courir gaillardement; ils se diront l'un à l'autre : nous n'avons plus l'article de M. Augustin Thierry à faire, et ils se ranimeront et reprendront confiance en euxmêmes. Allons donc, mon cher ami, vous qui êtes un homme de grande résolution, prenez votre parti aussi nettement que vous avez pris celui de ne point venir ici, malgré tant de serments.

Vous aimez les questions difficiles. Vous voulez savoir comment on pourrait concilier la liberté de penser et de parler avec la plus entière sou-

mission à l'aulorité de TÉglise. Je ne suis pas un' grand docteur, mais il me semble qu'il faut d'abord diviser : sur les sujets où notre mère la sainte Église n'a rien décidé, vous dites naturellement tout ce qui vous passe par la tête, et vous vous en donnez à cœur joie, comme à peu près on mange tant qu*on peut les jours qui ne sont pas de jeûne. Sur les points où elle a tranché les questions, on peut ne pas comprendre ses décisionsiet dire autre chose en ajoutant : Sauf la soumission à l'Église y si je fais erreur. On peut encore faire autrement, penser tout le contraire de ce que pense TÉglise et dire simplement : si l'EgUse n'avait pas ordonné de croire ceci, je croirais cela. En troisième lieu, on peut ne pas penser du tout. (Test le parti le plus sûr et le plus conforme à la volonté de Thomme sur cette terre, où il ne sait rien de rien, ni pourquoi le vent souffle, ni pourquoi les corps tombent au lieu de monter, ni pourquoi les maîtres des requêtes ne sont pas conseillers d'État, ni les conseillers d'État auditeurs.

Comment êtes- vous six semaines sans écrire à M. Piscatory? J'aime ses lettres et je lui réponds courrier par courrier pour l'exciter à une correspondance un peu plus suivie ; mais il est de ces animaux vigoureux et bondissants qui

n'avancent que . par vives et impétueuses saillies, comme Ta dit de lui Bossuet. Toujours est-il que c'est un animal qui me plaît. Je voudrais seulement le voir nager entre les Gyclades, et je me flatte toujours que M. Guizot, qui se connaît en hommes et qui ne néglige pas ses amis, l'enverra bientôt du côté d'Athènes.

Ah ! voilà que je vous parle comme si je n'étais pas furieux contre vous. Je le suis pourtant, et je veux l'être. Il Vous faudra beaucoup faire pour reconquérir mon estime. Commencez par m'écrire tous les jours ; peut-être que je m'adoucirai un peu.

A MADAME LA BARONNE DE LASCOURS

Paris, samedi il mars 1843.

Pourquoi y a-t-il si longtemps, chère madame, que je ne vous ai écrit? C'est que, en vérité, je me trouve fort ennuyeux et que je trouve peu amusant ce que je vois et ce que j'entends. Tantôt c'est une crise ministérielle qui est en l'air, et tantôt les Burgraves de M. Victor Hugo. Quoique vous vous intéressiez à toutes choses par rétendue de l'esprit, je crois bien que vous avez

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un peu d'étonnement dans cette vie sérieuse, et paisible que vous menez à Lyon, quand on vous raconte de quelles misères on s'occupe ici. Pour les personnes qui vivent dans un ordre de pensées élevées, tout ce petit bruit de crécelles doit leur prendre sur les nerfs. C*est comme si on m'eût offert de lire le Messager des Chambres quand je regardais Rome pour la première fois dii haut du Capitole. Je crains donc de vous faire, malgré toute votre bienveillance, T effet du Messager des Chambres. Voulez-vous bien me rassurer un peu lorsque vous aurez un moment de loisir? Ne viendrez-vousjpas bientôt à Paris, bien que nous ne soyons pas aimables ? Je m'imagine que vous arriverez vers les premiers jours d'avril, avec mademoiselle de Pomaret. Je sais bien qu'elle a été inquiète de la santé de madame d'Eclépens. J'aurais bien voulu avoir directement d'elle des nouvelles de madame d'Eclépens, mais comme j'écris peu ou point à mes amis, une lettre dans ce dessein est un événement qui effarouche l'imagination de ceux qui sont déjà inquiets. J'ai toujours mieux aimé passer pour inattentif que de faire une petite peine inutile.

Comment avez-vous trouvé les deux volumes de madame Belgiojoso que M. de Lascours vous a rapportés? Ils ont ici un succès oui me

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paraît mérité. Ne trouvez-vous pas là des marques d*un esprit ferme, simple et convaincu^ et avec cela la liberté de pensées sur toUs les points où il est permis, dans TÉglise, de garder sa liberté de pensées. Je voudrais bien savoir votre opinion sur ce qu'elle dit des peines éternelles ? N'aîrolle pas pris le bon côté de ce terrible sujet ? Elle est bien un peu sévère pour saint Augustin, et c'était un plus grand homme qu'elle ne dit, suivant moi. Je le vois toujours causant à une fenêtre d^une auberge d'Ostie, avec sa mère, sur les plus grandes questions de ce monde et cela dans un langage charmant et avec une admirable abondance de pensées fines et d'images écla*tantes. Je sens bien que ce train de guerre qu'il a mené contre tant d'hérésies a endurci un peu son âme et tous ses arguments vont trop loin pour la simple raison ; on dirait qu'il s'est endurci dans la vie des camps, tandis qu'il poursuivait les donatistes, les pélasgiens et les manichéens; mais il n'en reste pas moins une de ces natures à part chez lesquelles les idées et l'imagination vont du même essor. Voyez M. de Lamartine, il a deux ailes^ l'une de cygne, qui est l'imagination, Tautre de moineau et voilà pour sa raison. Le pauvre grand homme ne peut pas aller bien haut dans un pareil équipage. Gom-

ment avez-vous trouvé la façon dont M. Guizot Ta traité. Je m'en suis fort réjoui dans mon cœur. C'était un beau spectacle de le voir plumer d'un air sévère ce bel oiseau des Tropiques. On dit qu'il avait l'air tout mal à son aise après avoir été ainsi plumé ; mais les ailes de l'amourpropre repoussent très-vite ; elles repoussent un peu moins brillantes et voilà tout. J^espère que le chantre (TElvire ne prendra plus de quelques mois des airs de dictateur. Le ministère est tout triomphant. J'espère qu'il n'en sera pas moins modeste. M. Duvergier va demander l'abolition du scrutin secret. Il est chimérique de demander ce genre de hardiesse chez nous. Il y a beaucoup de gens très-doux qui n'aiment pas qu'on sache leur votej)arce qu'ils ne le pourraient plus promettre à deux partis à la fois. Il n'est vraiment pas dans les bonnes mœurs parlementaires de voter ainsi à visage découvert. Je pense que la proposition de M. Duvergier sera repoussée au scrutin secret. Lisez-vous M. de Lamennais sur les Amscha$pans?3e n'ai jamais rien vu de si peu raisonnable et ensemble de si ennuyeux. Le langage est à l'avenant des idées, faux> exagéré, barriolé de toutes sortes de mauvaises couleurs. C'est quelque chose qui tient plus de l'ivresse que de l'enthousiasme. Voyez ce que c'est que

d*être un peu malveillant; on finit toujours par avoir raison. Il y a bien des années que je pense du mal de cet homme à cause de son premier ouvrage, lequel promettait tout ce qu'il a fait depuis. Il a une machine à vapeur de la force de deux cents chiens hargneux; il Tavait d'abord attachée au catholicisme et aujourd'hui il l'attache à la démocratie, mais ce sont toujours les mêmes chiens hargneux. Vous avez vu aussi le Pascal de M. Cousin ? N'est-ce pas une singulière découverte que tous ces passages tronqués, déplacés, altérés, afîadis par la main pieuse de Port-Royal ? Ils ont fait ce qu'on faisait sous la Restauration dans les cathédrales. On les badigeonnait pour effacer toutes les teintes sombres que la main du temps y avait laissées en passant. Il y a la même différence entre le langage triste et profond de Pascal et la clarté un peu blafarde que le sacristain de Port-Royal a jetée sur les épreuves de ses pensées.

Après cela, n*êtes-vous pas d'avis qu'il y a un peu d'exagération aussi dans les regrets de M. Cousin sur certaines formes qui n'en valent pas la peine? Ainsi, je me consolerais de ne pas savoir que Pascal a dit que l'homme est un raccourci (Tabyme. Ce n'est ni simple, ni frappant^ ni même très-intelligible.

o Hl.

Mgr. Tarchevêque de Lyon a-t-il le loisir de lire le chapitre de la princesse Belgiojoso sur saint Irénée? Peut-être qu'il n'a pas le temps de lire. Saint Augustin lisait beaucoup, quoiqu'il agît beaucoup, mais il était saint Augustin. Saint Jérôme lisait les ouvrages théologiques des belles dames romaines^ mais il n'avait pas de diocèse. Huet, l'évêque d'Avranches, lisait tout, mais aussi, quand on venait le consulter, son valet de chambre répondait : « Monseigneur étudie. » A quoi un paysan répliqua qu'il était fâché d'avoir un évêque qui n'avait pas fait ses études.

Adieu, chère madame, mille tendres respects. Gomment Joseph poursuit-il ses études, lui qui n'est pas évêque et qui probablement ne le sera jamais? On n'entend rien dire de mademoiselle Cécile, sinon qu'elle est jeune et belle et aimable, mais nous le savions déjà.

A LA MÉMB.

Paris, 13 juin 1843.

Chère madame, je n'aurais pas osé vous écrire durant tout ce fracas de camp et de revues. Je

craignais que cette magnificence militaire ne

Jfitissât dans Tombre vos humbles amis de Paris.

^V^ous êtes bien bonne de m'avoir rassuré là

dessus, mais ce qui n'est pas si aimable, c'est de

que vous avez été fort souffrante, avec une

toute militaire et sans autre explication.

-vous été réellement de mauvaise humeur

tre malade? Je ne crois pas beaucoup à votre

uvaise humeur dans aucun cas. Vous n'avez

même de mauvaise humeur le dimanche et

t pourtant une grande épreuve pour les ca«

c^tères. Ordinairement, quand l'heure de la

nd'messe approche^ on devient colère de

d'être arrêté par quelque chose et de n'être

exact à ses devoirs. La moitié des vices de

^xxonde ne vient-elle pas de l'humeur qu'on a

^^ "^-^ pouvoir pas faire si bien qu'on voudrait?

^oilà justement pourquoi les mauvais sujets ordinairement de bons enfants. Us n'ont pas ^ ^Q^patience de ce qui leur manque en fait de s. On dit que M. de Lamartine va vous aller di Lyon. Je présume que M. de Lascours n'ex* - pas ses officiers à aller entendre les hodémocratiquès de ce tout petit O'Connell. suis déjà bien frappé de ce que j'ai lu de essai sur la Somme de saint Thomas.

ce langage qui a de la force, de la don-

^® ; motvtï®^ *^® AU passé. ^^® • .^ d'utie

118 LITTRB8.

tudes de Tesprit contenues et calmées bientôt dans le cercle magique de l'autorité de rÉglise.

A M. RAULIN

Oarcy, dimanche 23 juillet 184S.

Mon cher ami, vous m'écrivîtes l'an dernier, d'un air assez grognon : Sachez que je ne puis m'astreindre à aucune exactitude dans mes carres^ pondmices. Vous pouvez bien penser que je ne suis pas homme à oublier cela, et je fais efTort sur moi-même pour ne pas vous écrire à des jours réglés, suivant mon instinct; et puis, fautil vous le dire aussi ? je ne me sens aucun empressement à entretenir des rapports trop fréquents avec un homme aussi mal noté dans les papiers de M"*, Puisqu'il vous a ofFert l'autre jour un sacrifice sur l'autel du vrai Dieu, c'est qu^il ne vous croit pas beaucoup de crédit dans ce monde, et il s'y connaît. Ah ! qui m*eût dit que j'aurais un jour la consolation de vous voir presque pendu comme philosophe, et cela, des mains d'un homme en qui vous aviez mis tonte votre complaisance ! Je me figure que vous êtes

1;out mélancoliquo depuis cette nouvelle décou- "vcrtedans.la perversité humaine.

Sachez que, si je vis ici avec d'honnêtes gens cjui sont incapables de la plus petite noirceur, par compensation, il pleut à torrents ; donc, on ^veut jouer la comédie; on essaie les Précieuses widicules, Mithridate, et que sais-je encore? Tout c^ela, par fragments. Je n'en suis pas, à cause de ma grande timidité qui ne me laisse pas parler en public, mais j'assiste avec plaisir aux répétitions, quand on veut bien me le permettre, fiien que je n'aie pas beaucoup de sentiment dramatique, je ne suis pourtant pas assez stupide pour ne pas sentir ce que j'ai souvent entendu expliquer par M*** , que Racine a une sensibilité profonde et Molière une verve comique intarissable. J'en ai même conclu que Racine était le poëte du cœur, aussi vrai que Boileau est le législateur du Parnasse, quoi!

Je reçois une lettre d'Athènes. M. Piscatory me décrit toute sa maison sur le penchant de THymette et la vue admirable dont il jouit. Il est content d'être là et triste d'être loin des siens. Ce qu'il dit de cette Grèce mo donne une furieuse envie d'aller voir Salamine et Marathon. Ne vous vient-il pas aussi quelque désir d'abandonner les aigles, j'entends par là vos supérieurs et vos col-

lègues? Vous devriez me donner quelques nouvelles; me dire si le général Espartero échappera aux griffes de ses ennemis, car il est probable qu'il en sera^bientôt à crier : <c Mon royaume pour un cheval !... » Je lis un charmant discours de M. Villem^in sur les prix de toutes couleurs que distribue llnstitut. Je soupçonne qu'il n'y a de vif, de spirituel dans tous les ouvrages couronnés que la manière dont M. Yillemain en parle. Quant aux prix de vertu, je trouve qu'ils n'inspirent aucune émulation. Mille écus^ c'est peu pour la vertu, et le vice rapporte plus à un homme de bon sens. Que dois-je penser de l'écrit de M. Michelet et de M. Quinet sur les jésuites? Est-ce ce que j'ai déjà lu, ce dont je vous ai lu un passage? Pourquoi se mettre deux pour cela? On n'écrit jamais rien de bon à deux. On ne se met pas à deux pour pointer un canon ; ils manqueront leur coup, et c'est dommage.

AU MâMB.

Gurcy, dimanche 6 août 1843.

Pourquoi me dites-vous : j'attends chaque

matin une lettre de vous? C'est bien à vous, qui êtes quinze grands jours sans m'écrire, à le J)rendre sur ce ton avec moi ! Vous répondrez, isans doute^ que vous avez beaucoup d'afTaires, xnais j*ai toujours laissé dire qu'il n'y avait que Ses gens occupés qui eussent du temps pour toiit; je Tai laissé dire, me réservant d'en profî- \ Ah! vous n'aimez pas assez Frédéric et Ber-- 'eue. Vous ne sentez donc pas combien toute 'tte misère est poignante et poétique en même tps. Je veux absolument que vous me disiez Manon Lescaut est la grossièreté même. La vre Bernerette suit le fil de l'eau dans sa petite barque qui va se briser contre les moulins de l'ordre social. C'est une fata- ^ ^ t^ plus vraie que la fatalité des Anciens. Manon c^aut est une voleuse, une impudente, une teuse; Desgrieux est un escroc; tout cela pas la réalité ; c'est quelque chose au-desde la réalité ; enfin, M. de Musset est certainetun homme de talent et tout ce que vous clites de son état me fâche. Il n'est point riche, ^^ ^s t malade et il m'a l'air de suivre comme Bern^x*^tte le fil de l'eau. Que vous a donc fait l'em- P^r^^up Napoléon que vous le traitiez de décla- ^ ^^teur ! Il ne déclamait pas sur l'Adige, et, s'il P^^^I a.it en Egypte avec quelque recherche, c'était

pour parler au fou selon sa folie. Prenez garde qu'il y a entre la grandeur et la déclamation une ligne imperceptible, mais nette et tranchante comme l'acier...

Quanta cetélégant qui trouve qu*on ne peut pas ne pas être athée, il me semble que ce doit être un sot. Regardez bien, et, malgré son apparence d'esprit, il doit avoir sous son petit duvet brillant la peau d'un sot. Quelle armée que les sots et les faquins! que c'est imposant! Quelle ligne menaçante depuis les gros bataillons qui sont sous les bannières de M. de Maistre jusqu'aux petits nigauds qui croient inventer les lourdes sottises du baron d'Holbach! Oui, vous reviendre^à mon opinion sur M. Ponsard, et même, si Dieu vous fait la grâce d'arriver à la fin de votre carrière d'une manière ou d'une autre> vous reviendrez à toutes mes opinions. C'est la vraie conversion. Voulez- vous bien ne pas tant parler de vos jeunes Espagnoles. Qu'est-ce que cette manière de chanter qu'on n'a qu'au-delà des Pyrénées? Vous m'avez bien la mine d'aller un jour échauffer la marmite de Lucifer avec vos descriptions moitié d'artiste et moitié de réprouvé. C'est la source de tous les crimes littéraires de ce temps que ce mélange. Je ne serais pas étonné que ce fût une des formes du péché contre le

une marquise. Ne voyez-vous pas tout le chœur des anges qui crie : au voleur! Vous avez besoin de vous tranquilliser Timagination ; lisez saint Martin, cela vous enlèvera à toutes les réalités, car cela ne ressemble à rien.

J'aime assez la manière dont les Espagnols se tirent d'affaire. Les voilà devenus des gens civilisés. C'est là une belle conversion ! Si Espartero a gâté la moindre chose à Séville, s'il a jeté la plus petite bombe dans la mosquée de Séville, je ne loi pardonnerai de mes jours. Je plains fort ce pauvre M. Aligny que la fièvre oblige de revenir de Grèce. Quand on n'a pas une santé de fer, on n'est bon à rien. Je vous donne ma parole d'honneur que, si j'avais eu une bonne santé, je serais une créature passablement distinguée, mais il n'y a que Dieu et moi qui sachions combien d'obstacles cette misérable petite organisation me fait rencontrer partout. Dieu y pourrait bien quelque chose, mais moi, je ne sais qu'y faire. Si vous croyez que je n'ai plus la fièvre, vous êtes dans une grande erreur. Je voudrais bien voir tous ces gens qui me disent d'une voix forte que je me porte parfaitement bien, je voudrais bien les voir obligés de manœuvrer ce petit réseau de toiles d'araignées qui est ma propre personne. Je fais de mon mieux presque

toujours et je vais pu bout de mes forces physiques, mais qui est-ce qui sait le secret de la force de son voisin? On se regarde au miroir, on trouve qu'on a les joues rondes, le teint brun et animé, on se frappe la poitrine et il en sort un son plein et égal qui annonce une longue vie, et on dit : « Bah ! qui est-ce qui est ma- Jade ? D

Qui est malade? C'est vous, mon cher ami, mais vraiment bien malade moralement. Je vous j:>rie d'appliquer une force énergique à tourner le cap des tempêtes où vous vous démenez. Les eaux yeux des marquises font mourir^ je vous n avertis. Je vous trouve bien ému littéraire- , et, comme vous êtes toujours plein de conéquence, j'en conclus que cette révolution littécorrespond à une autre révolution en vous. isez les Bollandistes ; ce sont des eaux froides, bernes, sans courant, point de paysage à l'horizon, rien qui éveille l'imagination. Laissez là IM . de Musset.

J'ai écrit à M. Piscatory, mais je ne lui ai pas dit que vous fussiez exposé à faire naufrage devant les marquises. Je lui ai dit seulement que vous voudriez bien savoir comment il se trouve auprès du tombeau de Thémistocle. Il ne semble pas convaincu que le roi Olhon ait le génie de

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Périclès, mais cela viendra peut-ôtre; il est bien jeune.

Bonjour, mon cher ami. Si vous vous plaignez de moi, vous êtes criminel. Vous m'avez pourtant écrit deux aimables lettres, mais je suis sûr que vous allez vous endormir d'un profond sommeil durant quinze jours, ou bien rêver sur Handel, ce qui est pis.

A M. A. W. SCHLBOBL.

Qorcy, 15 août 1843.

Ce qu'il vous plaît de nommer de la neige froide est une pluie de roses brillantes ; vous les avez jetées dans la direction de Paris, et, à mon grand regret, elles me sont arrivées un peu tard et par ricochet. Elles n'en avaient pas moins gardé leur premier éclat et leurs fortes épines. Je tiens toujours que vous êtes souvent très-injuste pour les pauvres gens dont vous vous moquez ; vous avez un pressant besoin de passer quelques mois à Paris pour toucher au doigt votre injustice. Nous allons demander, ne vous en ai-je pas déjà informé? votre extradition pour avoir jugé nos chambres et précédemment

les regardent développer cette force. On dirait que, selon qu'elles donnent leur impulsion d'Orient en Occident ou d'Occident en Orient, elles peuvent changer toutes les perspectives des choses. Je voudrais bien être autorisé à montrer le cahier bleu à quelques-uns de vos amis, mais je le tiens sous les sept sceaux jusqu'à nouvel ordre et j'attends la suite avec impatience.

Nous avons relu ici le Wilhelm, Meister de Goethe. Je me suis promis de vous demander votre avis sur le fond et sur la forme ; de la forme, je n'en suis juge en aucune manière, mais, pour le fond, ai-je tort de trouver cela excessivement décousu et chimérique? Ai-je tort de penser que vous avez ouvert à la littérature allemande des routes plus larges^ plus droites et qui mèneraient plus loin? On n'a guère avec Goethe le sentiment d'avoir pied sur la vérité. C'est comme un voyage en l'air où on ne sait si ce sont les objets ou la tête qui tourne.

A M. RAULIN

• Gurcy, 10 aoûl 18 13.

Vous êtes, a cette heure, mon cher ami, au milieu des préparatifs d'une noce, et, probablement, vous trouvez que ce n'est pas très-gai. Je voudrais, du moins, être sûr que vous n'avez porté à Reims ni la fièvre ni les maux de tête qui vous tracassaient. De quoi vous mêlez-vous, d'être malade? Laissez donc faire aux gens qui en ont l'habitude. Quoi qu'il en soit, dites-moi : Je n'ai plus ni fièvre, ni maux de tête. Quant aux causes de la maladie, je me réserve de les apprécier avec vous un peu plus tard.

Quanti dolci pmsier, quanto desio Menu costoro al doloroso passo.

Trop heureux que tout cela finisse par un mal de tête. D'ailleurs, je ne sais pas bien ce qui s'est passé dam les champs des Pharaom, au milieu des beaux vallons ; peut-être ne s'est-il rien passé du tout ; mais un air de Haydn, un sourire, la pensée du temps qui s'envoie, je ne sais quoi qui rappelle le passé et qui n'est plus le passé, cela suffît pour avoir un peu de fièvre. Les murs de

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