‹ Mélanges et lettre avec une introductionChapitre 30 sur 81 · M. Raulin · texte numérisé non relu

M. Raulin

LETTRBS 237

n'avait à penser ni aux autres ni aux objets d^étude qui animaient son esprit. Partis aux premières nouvelles de son danger, nous l'avons retrouvé, Albert et moi, mais bien tristement changé. Il n'y avait que la fermeté, la sérénité et la bienveillance de son caractère que le mal n'eût pu atteindre. Il est allé mourir dans une maison où il avait, je crois, passé les premières années de sa jeunesse, parmi des amis bien dévoués et bien affectueux. Il comptait passer successivement ces deux mois de liberté qu'il avait, et dans cette maison, et ici, puis chez sa sœur. Il m'expliquait tous ces plans dans une dernière lettre quand, huit jours après, nous reçûmes les affreuses nouvelles sur lesquelles nous sommes partis. Sa perte est pour tous ses amis d'ici un amer chagrin. Chacun se sentait un lien particulier avec cette nature fine, originale et forte. M. de Broglie est resté consterné de cet événement. Ces années ne nous apportent plus rien et emportent coup sur coup avec elles tout ce qui nous attache. Que de ravages dans la vie depuis quinze ans, depuis le temps où j'ai commencé à me lier avec M. Raulin ! Ceux qui viendraient à revivre retrouveraient à peine aujourd'hui la trace du passé !

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