CCXXXVII
A MADEMOISELLE OAVARD.
Paris, 5 avril ISTT.
Chère mademoiselle, il y a pourtant de bien jolies choses dans cette vie de M. Ampère, et je trouve que vous Tavez lue avec un peu de froideur. Je vois que vous n'aimez pas le génie en habits percés. Ça été cependant son uniforme assez longtemps. Il y a dans ce pauvre grand
esprit de M. Ampère un mélange d'élévation, de délicatesse, de candeur et de gaucherie qui pouvait toucher une femme. C'est peut-être aussi dans une expérience qui a amené la découverte du télégraphe électrique qu'il a brûlé ce pantalon dont il lamente la perte. La misère du petit ménage qui vit de si nobles pensées et n'a pas d'autre chose à mettre sous la dent fait songer à ces misérables cabanes qu'on rencontre dans les vallées des Alpes : une pauvreté propre au dedans, tandis que de la fenêtre on voit la ligne sans fin des montagnes et ce Mont-Blanc qui semble rêver à l'infini.
Pour madame Schelling, ce n'est pas tout à fait la même chose, malgré son grand nom, ou plutôt ses grands noms. J'ai connu son second ou troisième mari, M. W. Schlegel, qui était un homme de beaucoup d'esprit et de plus de vanité encore. Quand je l'ai vu à Bonn, sa ihaison était solitaire, on ne voyait dans sa grande cour déserte qu'un beau paon qui aurait pu figurer dans les armoiries du maître de la maison. Il n'est pas impossible que madame Schlegel ait eu des raisons de s'attrister dans cette demeure plus belle que celle de M. Ampère assurément.
G03 LBTTRBS.