‹ Mélanges et lettres (volume 2)Chapitre 3 sur 43 · III · texte numérisé non relu

III

Nous sommes loin du temps de madame de la Fayette.

Ne vous découragez pas de votre bon projet de venir à Paris et à la campagne cette année. On a pris cela pour un engagement trèspositif auquel vous ne pouvez plus manquer. Permettez-moi de vous dire que moi aussi j'ai grande impatience de reprendre ce fil d'entretiens trop souvent brisé. On tâchera d'être pour vous le moins gotli possible ; ce n'est pas le cas de dire de notre âge présent :

Qui n'a pas l'esprit de son âge De son âge a tout le malheur.

Il est bon de regarder en avant ou en arrière. L'imagination a été précisément donnée à l'homme pour échapper au poids de ces époques sans éclat et sans vie. Quand on nomme M"*, membre de l'Académie française, il faut regarder vers Racine et Voltaire pour oublier cette triste nomination. Ne vous fâchez pourtant pas contre l'Institut au point de ne pas vouloir parler du dictionnaire. Ce dictionnaire est de belle taille, il mérite attention.

Mille respects dévoués.

AU MÊME

Bi'oglie, 26 juin 1836.

J'ai donné, il y a déjà quelque temps, à un savant orientaliste qui est, je crois, connu de vous, à M. Molli, la lettre sur les Contes arabes que vous destiniez à M. de Sacy. J'ai eu occasion de rencontrer assez souvent cet hiver dans la môme maison M. Mohl etM.Fauriel. Après avoir remis cette lettre à M. Mohl, j'ai averti M. Fauriel et tout a été fait suivant vos intentions.

J'enverrai sur-le-champ vos articles sur Rosette à M. Buloz.

Je viens récemment de voir avec stupeur que les prétendues négligences du Journal des Débats étaient miennes. Tout dernièrement on m'a renvoyé du ministère un carton fermé à clef, plein de papiers à moi appartenant et j'y ai retrouvé avec effroi le manuscrit cacheté. Soyez donc assez bon, monsieur, pour

Que la foudre en éclats ne tombe que sur moi,

et, en même temps, que le carreau que vous me lancerez ne soit que de moyenne grandeur, car

je vivais alors sous de telles vagues de papiers que le bruit de cet océan m'étourdissait un peu.

Je vous dois d'autant plus ces détails que le Journal des Débats m'a toujours montré pour vous une admiration bien juste, mais bien sentie, et que si mon étourderie le privait à l'avenir des articles que vous lui eussiez destinés, je serais la cause d'une cruelle injustice.

J'ai la plus grande peine à croire que vous puissiez jamais être, comme vous le dites, découragé, hypocondre, indolent, insouciant et léthargique. Ces dispositions-là ne peuvent guère s'attaquer à un esprit tel que le vôtre. Vous avez, de compte fait, plus de mouvement qu'il n'en faut pour tenir en haleine une douzaine d'organisations ordinaires, et puis, j'ai vu que vous aviez une hygiène intellectuelle assez savante pour déjouer toujours tous les efforts de l'ennui et du découragement. Quoi qu'il en soit, la campagne vous est bonne en tous cas. Il faut venir voir vos amis sous les grands arbres de Broglie :

...Nil dulcius est bene quam munita tenere Edita doctrina sapienturn templa serena, Despicere unde queas alios.

C'est votre demeure naturelle que ces temples édita doctrina sajncntum.

27 juin. — Nous apprenons à l'instant une nouvelle et épouvantable tentative contre la vie du Roi, faite le 25, à six heures du soir. Le coup a manqué; la main qui détourne ces coups est plus persévérante et plus habile que la perversité la plus savante.

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