‹ Mélanges et lettres (volume 2)Chapitre 40 sur 43 · III · texte numérisé non relu

III

et moi. Ni Italiens, ni Allemands, ni Pape, ne voient ce qu'ils espéraient ou ce qu'ils craignaient. Qu'est-ce qu'il sortira dans quelques mois de tant d'espérances et de craintes trompées, nul ne saurait le dire. J'espère que les journaux vous arriveront exactementen même temps que nos lettres et que tu pourras suivre, jour par jour, le cours bizarre des événements. Ils n'en demeurent pas moins encore assez étranges pour vous, j'imagine. A en juger par la phrase qui termine la proclamation de l'Empereur aux soldats, après la paix, ce qui a arrêté les armées, c'est la crainte d'une collision avec une grande partie de l'Europe, et c'est là, sans doute, ce qui fait dire à l'Empereur quune telle lutte n aurait plus été en proportion avec les intérêts que la France défend en Italie.

J'ai reçu ta lettre du 28 mars, mon cher ami. Je ne suis pas étonné que, tes caisses arrivées, tous les livres qui te plaisaient en imagination ne te disent plus les mêmes choses après six mois de mer , de spectacles changeants et de rêveries. L'esprit retravaille tous ses souvenirs dans la solitude; il critique et recritique toutes choses sourdement, et Tintelligence, qui n'a pas l'air de bouger, se trouve, au bout du voyage, avoir fait autant de chemin

que le vaisseau, mais dans d'autres parages. Je suis bien impatient de savoir comment se passe cette reconnaissance armée dans votre Calédonie. Les gens expérimentés disent qu'il ne faut avoir nulle distraction parmi ces sauvages dont vous vous proposez de parcourir les domaines, et que toute la vigilance (ÏUncas et à'OEilde-Fmicon n'est pas de trop parmi ces nations inhospitalières ; qu'on ne peutpas trop se garder de la flèche qui vole dans la nuit et des démons du Midi qui se cachent derrière les arbres pour vous prendre sans armes. Votre expédition, d'après ce qu'on m'en dit, me semble la meilleure société du monde en fait de savants et de gens aimables. Je vois qu'il faut aller dans les contrées incivilisées pour y trouver la civilisation. Tes remarques sur les coquilles d'eau douce et de mer m'ont beaucoup intéressé ; tes conclusions sur la difficulté de connaître les lois du monde sont très-justes, mais il se pourrait bien qu'il n'y eût pas des lois partout. Je t'ai dit, je crois, que je tenais, les lois inexorables de la nature nécessaires surtout pour les lieux où vivent des êtres moraux qui, ayant à agir, doivent savoir sur quoi compter ; mais peut-être que Dieu fait certaines choses une fois et pas plus, ce qui exclut absolument l'idée de loi, au moins dans le sens

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OÙ l'on entend les lois du monde physique. En sa qualité de premier des peintres, il fait des tableaux dont il ne fait ni ne laisse faire de copies dans l'infinie variété de son intelligence. Adieu, mon cher ami. Mille tendresses.

FIN DU VOLUMK TROISIEÎIH.

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