CLII
AU MEME
Broglie, 14 juillet 1859,
Je ne puis pas te dire, ce mois-ci, qu'il n'y a rien de nouveau depuis ma dernière lettre. Nous avons eu la grande bataille de Solférino ; puis l'on s'est préparé à assiéger les plus formidables forteresses de l'Italie; puis, tout à coup, nous avons appris par une dépêche télégraphique que la paix était faite entre l'Empereur des Français et l'Empereur d'Autriche, que la Lombardie était donnée au Piémont, que la Vénétie restait à l'Autriche et faisait partie d'une confédération italienne dont le Pape était le président honoraire, et qu'ainsi, après ce bruit formidable, tout allait rentrer dans l'ordre, au moins pour un temps. La flotte qui menaçait Venise, toute cette petite flottille chargée de canons que M. Bouet faisait avancer vers les lagunes, vont rentrer à Toulon. Voilà le gros des choses. Tu comprends qu'il n'est pas aisé d'en saisir les conséquences à la première vue, et tu ne seras pas plus étonné que nous si tu es étonné de cet inattendu. L'Europe a l'air tout aussi ahurie que toi