La mort de mademoiselle Pauline de Broglie
tout cet intérêts! vif, que votre entrelien apportait dans la vie, se rattache aussi aux derniers jours heureux où Pauline était encore 1^. Albert viendra vous expliquer ce qu'il sait de latin, de grec et d'histoire. C*est à présent un des généalogistes les plus distingués du bourg de Broglie. n a composé^ dans ses moments de loisir, des tables exactes de toutes les races royales qui ont passé dans ce monde, et cela, avec des détails infinis qu'il va chercher en furetant dans tous les livres. Il pousse l'exactitude en ce genre jusqu'à avoir écrit sur ces tableaux la mort de Ferdinand VII, très-prématurément tué par les journaux. Je ne suis pas bien sûr que, malgré sa bonne nature, Albert n'ait été un peu désappointé en voyant démentir cette nouvelle qui fai sait une rature dans sa généalogie.
Je vais écrire à l'instant à Paris pour ce recueil de M. Schak et aussi pour la nouvelle publication dont vous avez la bonté de me parier. Je suis très -heureux que vous vouliez me permettre d'essayer un article sur ce sujet dans les Débats. L'éclat du nom de l'auteur reflétera toujours un peu sur le rédacteur et l'article ; cela est généreux à vous d'écrire de temps en temps en français ; pour nous, nous ne parlons plus guère cette langue ; nous avons un certain jargon
monstrueux qui ne ressemble à rien , je ne sais quoi de trivial et d'hyperbolique dans le style qui va tous les jours en s*exagérant. Parmi nos raisons pour avoir la rive gauche du Rhin, celleci est la meilleure^ que le seul écrivain qui conserve à la langue française le tour d'élégance exquise et la mesure qu'elle avait autrefois habite cette frontière.
Tout ce que Ton sait, même en France, de la supériorité d'esprit et de l'immense savoir de M. Lassen, tout ce que je vous en ai entendu dire à Paris, me donne un vif désir de lire ces soixantedix distiques qui résument la métaphysique des Sankhyas. Je comparerais ainsi avec l'original les explications déjà données là-dessus par votre savant ami, l'éditeur de Proclus.
Depuis que le choléra a cessé ici, M. de Broglie a fait faire à ses enfants un petit voyage de huit jours en Normandie, à travers les églises gothiques et les ruines des constructions normandes. Cette petite course les a vivement intéressés. J'ai lu, chemin faisant, mille petites [dissertations sur toutes ces ruines, écrites par des antiquaires de la province. Le plus souvent cela est à la fois lourd et frivole. La petite érudition superficielle estinfinimentfatigante.Mêmepour les ignorants, la haute érudition vaut mieux ; elle est comme la
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mer qui soutient presque sans effort ceux même qui ne savent pas nager.
J'entends regretter tous les jours ici, monsieur, que vous n*ayez pas vu Broglie. Madame de Broglie disait hier qu'il manquait à Broglie d'avoir été vu par vous. Pourquoi ne viendriez-vous pas l'habiter un peu l'été prochain? de là on partirait avec vous pour les bords du Rhin jusqu'à Bonn. Qui empêcherait ce roman de se réaliser?
Tout est fort calme dans notre monde politique. Je crois que le problème le plus compliqué est de savoir si M. Dupin sera ou ne sera pas ministre. Vraiment, nous sommes sortis depuis deux ans de crises plus violentes que celle-là. Avez-vous daighé jeter un coup d'œil sur l'éloge de M. Cuvier par cet académicien? Je ne doute pas que votre sentiment si délicat de la langue française n'en fût révolté. La pensée y est parfaitement au niveau de l'expression ; c'est une collection de quolibets. On y rencontre deux ou trois calembours qui ne sont peut-être pas tout à fait neufs, mais qui sont encadrés là avec im rare bonheur. L'Académie devait mieux à M. Cuvier qu'un pareil successeur. Pour moi, qui ne respecte pas infiniment les règlements académiques, j'aurais voulu quelqu'un qui représentât la science tout entière unie au ta-
lent d'écrivain, ce quelqu'un fût-il étranger, ce quelqu'un eût-il été quelquefois appelé Quintilien tudesque. La grâce française, comme nous disons, et l'élégance toute française du style, comme nous disons encore, valent bien des lettres de grande naturalisation.