LXXXVIII
A H. B. BB 8AHUNB.
Garcy, 4andi 8 septembre 1851.
Avouez-le, mon cher ami, vous espériez bien que la maladie, ou toute autre circonstance indépendante de ma volonté m'empêcherait de vous répondre. Vous vous seriez senti en règle avec moi pour toute votre vie, et absous de toutes vos énormités passées. Je viens donc, pour vous faire enrager, vous remercier de votre très-aimable lettre.
Je vois que, suivant le précepte de TÉcriture, vous ne vous inquiétez point du lendemain. Vous regardez paisiblement Toccident des vallées des Vosges ; vous écoutez le silence des grands bois et vos yeux se perdent dans l'immensité de Tair ; vous vivez au plus haut des cieux parmi les chœurs de Sophocle. Après tout, comme vous n'y pouvez rien , vous avez grand'raison de profiter de tout cet aimable spectacle des nuages qui
courent, de l'ombre qui fuit dans les vallons, des monts qui se couronnent de rose au déclin du jour. Tout cela durera plus longtemps qu'aucun des royaumes et qu'aucune des démocraties du présent monde. Que vous êtes heureux de poursuivre tant de lectures variées, depuis Sophocle jusqu'à M. Flocon ! J'espère que vous donnez aussi quelques moments à M. Granier de Cassagnac. Il prêche le dogme et la morale avec une rare séduction. Il semble faire la guerre pour l'ordre et la religion, comme les Anglais la faisaient dans le Canada avec des bandes de chiens féroces. Il n'y a rien qui nuise aux bons principes comme d'être défendus par des passions violentes. Les discours modérés gagnent, à la longue, beaucoup plus d'âmes au bon sens que ce dérèglement de violences et d'injures. Si jamais je suis évêque ou gouvernement, je mets quinze jours au pain et à l'eau quiconque me défendra autrement qu'avec douceur et par de bonnes raisons. La raison n'est raison que parce qu'elle n'est ni violente, ni injuste, ni injurieuse, ni croyant légèrement le mal. La raison doit être comme un officier français parfaitement posé jusqu'au moment où il sent la nécessité de tuer son homme. Les hurlements en faveur des bonnes causes leur donnent un air sinistre qui n'attire que les
faibles qui ont peur et, ceux-là, on ne les garde
pas longtemps de son côté, mais vous ne pouvez
^uère apprécier toutes ces nuances puisque vous
Ti'entendez le dimanche que les homélies de
Id. Flocon. Vous avez là un étrange chapelain et,
par-dessus le marché, assez ennuyeux. Il est de
la nature des poisons froids. On ne fait point ici
de ces lectures désordonnées ; il est vrai qu'on
lit peu ; on chasse tout le jour.
Ah ! vous dites aussi que notre Ocxcident n'est pas beau parce qu'il n'a pas la lumière de laGrèce ! Ces Vosges vous attristent parce qu'elles ne s'enflamment pas au soleil comme les vallées du Taygète. J'ai par moments l'idée que dans l'ordre de la nature tout est beau, à peu près au même degré, pour un œil attentif, et ma raison décisive, c'est que tous ces tableaux sont, apparemment, du même peintre, et, ajoutez, d'un peintre qui, apparemment aussi^ n'a pas de défaillance. Je sais bien que ma raison est si forte qu'elle est même un peu trop forte, car elle irait à prouver que les environs de Pantin valent les environs du Pénée et que M. Nadaud, pris en son genre, a autant de grâce que madame Norton; mais^ d'abord, la liberté de M. Nadaud a peut-être déformé Vhomme extérieur en lui, ce qui n'arrive point là où il n'y a pas liberté, et puis il ne faut rien
pousser à l'extrême et trouver beau ce qui est beau- dans les Vosges, sans songer toujours à Hélène, aux portes de Mycènes, aux oliviers du Céphyse et aux cygnes de TEurotas.
Quand revenez-vous à Paris ? Tout le monde ici veut le savoir et tout le monde vous dit beaucoup d'amitiés.
A MADAME d'hAUSSONYILLE.
Paris, 13 novembre 1851.
Je prends adroitement mon temps pour vous écrire. Ma lettre arrivera aux environs du dimanche ; peut-être que, pour varier un peu les occupations de la semaine, vous songerez aux pauvres gens qui sont à Paris. Si vous êtes sensible, vous devez nous croire tous les jours sur le point d'être emportés par une ravine d'eau. Ja crois pourtant, malgré les apparences, qu'il n'en sera rien, et que le Président de la République est, comme disait Âugereau, un jeune homme trop bien élevé pour méditer de pareilles choses. Ce que je puis vous garantir, c'est qu'aujourd'hui, premier jour de la discussion, il n'y a pas quatre chats devant l'Assemblée nationale. Il
a^^araît clairement que les hommes rouges ont assez de bon sens pour laisser les gens modérés se disputer et peut-être se manger en famille. Ces rouges ne viendront vraisemiblablement qu'au dessert, qui peut se faire attendre encore quelque temps. Le Président de la République ne fait pas mal de recrues dans les réunions modérées. On commence à y insister pour qu'on discute tout de bon et amicalement le projet de loi du gouvernement, sauf à y apporter tous les a.mendements qu'on voudra. Les faibles se multiplient et il devient beaucoup plus probable que œoi finira par une faiblesse que par une folie. Il ^st vrai que d'un autre côté les questeurs et le ministère ne peuvent pas s'entendre sur la question de savoir si M. Dupin doit ou vt&a être le génén^sime des armées de France, le cas échéant. lies ministres avaient^ommencé par avouer que c*était à M.Dupin et à M. de Panât de commander ces armées, quand ils en avaient le désir, mais, depuis lors, on les a fait réfléchir et ils soutien- Bent que ce qu'ils avaient dit là était une énorme sottise dont ils étaient tout à fait incapables* On usure qu'on a fait enlever des casernes lé détsret, resté affiché depuis lonigtemps, sur les dfmts du président de l'Assemblée à disposer de la troupe, mais je ne le tiens que d'un ennemi
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du Président de la République. Ce qui est certain, c'est que chacun croit à un prochain orage^ et qu'on ne se croit plus six mois devant soi, comme quand on espérait ne périr qu'à la fin de mai prochain. J'estime encore que ces terreurs passeront, et que tout le monde arrivera dépenaillé et en guenilles sur les bords de ce mois de mai, sans équipages de pont pour passer la rivière et pourchassé par les cosaques rouges.
14 novembre.
On n'écrit pas dix lignes de suite sans entendre frapper à sa porte un petit coup discret et voir un monsieur quelconque qui s'établit pour une heure à parler de la situation vraiment tendue dans laquelle nous nous trouvons. Vous verrez par le résultat de la discussion d'hier que la majorité n'était pas, en effet, bien ferme dans ses étriers. Neuf voix ne sont pas un grand signe d'une invincible résolution. La discussion avait été si peu brillante de la part du gouvernement que les moins portés à bien, juger de la résolution des modérés comptaient, au moment du vote , sur une cinquantaine de voix pour le rejet immédiat, mais on commence déjà à rendre à César ce qu'on doit à Dieu. Malgré la vivacité des débats de l'Assemblée, nous
ciissertons un peu sur les questions les plus déli- <3ates de la philosophie. Si le préfet de police écoutait à la porte, il entendrait rechercher s'il ■y a des atomes et si l'on peut concevoir un moment où rétendue matérielle est indivisible d'une manière absolue. Il entendrait M. de Broglie me menacer de tomber dans Tidéalisme^ parce que je ne peux pas conserver Tatome matériel, et que je soutiens que F indivisibi té absolue est le trait par lequel l'esprit se dégage de la. matière.
A M. E. DE SAHUNB.
Paris, 15 novembre 1851.
Mon cher ami, je n'attends pas de lettres de >ous, mais je veux vous dire que je ne vous ou- ])lie pas au milieu des pompes de Parb. Vous croirez peut-être que les pompes dont je parle sont des pompes à incendie et que nous sommes menacés d'être brûlés pour refus de suffrage universel. Il n'en est pas encore tout à fait cdnsi. On assure que nous avons encore quelques jours à vivre et, de matin en matin, nous arriverons à Taurore du mois de mai où nous entendrons
chanter le rossignol et rugir les Red-men, Il y a eu, le jour même du vote de rejet de la loi proposée par M. de Thorigny, une petite alarme parmi les membres de la majorité qui se croyaient les plus compromis devant le Président. Plusieurs d'entre eux ont soupçonné que le pouvoir exécutif aurait la fantaisie de s'assurer dans la soirée de leurs personnes à l'effet de procéder le lendemain à un 18 Brumaire paisible. Ce soupçon les a déterminés à aller passer la soirée chez le sage M. Baze, au sein de l'Assemblée nationale, afin d'être à portée des premiers secours si la gendarmerie venait les visiter. La soirée s'est prolongée jusque vers deux ou trois heures du matin, après quoi, n'entendant ni bruit de chaînes, ni pas de chevaux, chacun a pris le parti d'aller se coucher plus ou moins chez soi. Comme dans les jours de tempête, on voyait sous le grand chêne, qui est le salon de M. Baze, les êtres les plus divers de la création, tous réimis par un sentiment commun, M. Jules Favre, M. Emile de Girardin, M. Thiers, M. le général Lamoricière, M. le général Changamier et plusieurs autres membres très-respectables de la majorité. Ils se sont certainement trompés ce jour-là, mais il y avait de quoi se tromper, et je trouve que c'est une inquiétude
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assez bien placée. Voici Torage passé. Il en passera encore bien d'autres de ce genre sur le toit de r Assemblée avant la fin. Les gens qui connaissent bien Paris disent néanmoins que la fermen-^ tation est très-grande dans les classes ouvrières. On leur fait si souvent le catéchisme sur le suffrage universel qu'elles recommencent à s'en entêter ; tout cela fait que nous ne sommes pas à la noce ; excepté le général Cavaignac qui va se marier sur les ruines dumondeàune jolie demoiselle de dix-neuf ans. Je ne vois pas pourquoi on ne^e marierait pas à la veille du déluge. Il est vrai qu'on a chance de ne pas pouvoir établir ses enfants, mais on a aussi l'espoir fondé que les enfants ne réclameront pas d'établissement. Adieu, mon cher ami, je regrette beaucoup ces derniers temps de Broglie, quoique je tourne à la mort dans la campagne, vers les six heures du soir, quand la nuit vient et que les chemins de- -nennenttout noirs.
A MADAME LA BARONNB DE LASCOURS.
Paris, 11 février 1852.
Chère madame, oui, certainement, je veux
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toujours VOUS écrire, et je voudrais même vous écrire toujours, mais, durant ces jours de tremblement de terre universel, toutes les habitudes de la vie à quoi Ton tient le plus sont déroutées. Ce qui est très-fixe pour moi, c'est le désir de vous voir enfin arriver au mois de mai. Je croycds que vous aviez renoncé à Paris, à ses pompes et à ses œuvres. Ses nouvelles pompes et ses œuvres récentes n'ont, à la vérité, rien de bien fascinsmt. Ce n'est pas cependant qu'elles n'agissent sur un grand nombre de personnes et même sur celles dont on l'eût le moins attendu. Si on m'avait donné à deviner, l'an dernier, ceux qui, dans les derniers événements, iraient à droite et ceux qui tourneraient à gauche, j'aurais, pour beaucoup, deviné de travers. Le drame était si compliqué, que les impressions particulières de chacun, au moment de la crise, ont décidé de son jugement sur les événements. Quand la poussière de cette mêlée sera tombée, on reprendra sa pente naturelle, et on ne verra plus les scandales d'opinions dont nous avons été témoins. Pour moi, qui n'avais jamais vécu que parmi la liberté de penser, de parler et d'écrire^ j'aurais, je crois beaucoup de peine à m'accoutumer au régime bienfaisant inauguré le 2 décembre. Cela fait l'effet de vivre dans une autre planète, une pla-
nète où règne un grand silence, et un vent sec et froid. Les esprits profonds disent que c'est la condition de Tordre. Je suis bien incapable de les contredire. Je me ferai, probablement, à ces éléments.
On va nommer demain M. Berryer et M. de Musset en remplacement de M. Dupaty et de M. de Saint-Priest. Le pauvre M. de Saint- Priest est allé mourir bien tristement au fond de la Russie. Je Pavais vu assez souvent ces derniers temps chez sa tante. Il avait certainement beaucoup d'esprit et d'instruction.
Adieu, chère madame, je ne crois pas que vous
vous présentiez pour entrer dans la nouvelle
Chambre législative. Vous n'aimez pas beaucoup
les disputes. Il est vrai qu'il n'est pas probable
qu'on se querelle beaucoup dans ce lieu où on a
livré tant de batailles depuis trente ans. Je ne
vois ici, ni autour d'ici, aucun empressement à
le disputer aux candidats du gouvernement qui
ne seront pas pris parmi les esprits violents ni
les caractères audacieux. Ce sera, probablement,
tin asile de paix et il est juste qu'il soit situé sur
la place de la Concorde.
ex IL
A M. P18CAT0RY
Pariit, 8 mars 1852.
N'est-ee pas M. le duc de Bourbon qui disait un jour à M. de Talleyrand le lendemain de sa sortie du ministère : Monsieur va dans ses terres? C'était une coutume sage, bien qu'elle fût de l'ancien régime, que de se retirer dans ses terres quand on n'avait plus rien à faire dans l'État. La moitié des misères de Cicéron vient de ce qu'il n'avait jamais pu prendre son parti de cultiver des légumes du côté de Formies ou dans Frascati. Il recommençait chaque jour une petite toile d'araignée que le rude balai de ses ennemis emportait le lendemain. Il devrait y avoir dans les bonnes universités une chaire où l'on enseignât à ne pas parler et à ne pas agir, dans l'occasion. Quand l'abbé Sieyès répondait à qui lui demandait ce qull avait fait durant la Terreur : foi vécu , il ne disait pas du tout une platitude, à le bien entendre... Mais il paraît que le Français ' n'est pas propre à ce genre d'exercice assez pénible, il est vrai. Je suis sûr qtie les caporaux instructeurs ont toutes les peines du monde à
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enseigner aux conscrits le mouvement qu'ils nomment immobile. La destinée nous dit pourtant souvent : attention! immobile!
Si nous n'étions pas immobiles, pour le moment, c'est que nous y mettrions beaucoup de mauvaise volonté. Si Rousseau n'était pas d'avis d'emmsdlloter les enfants, M. le Président de la R^ublique est d'un avis contraire pour les grandes personnes. Je n'ai jamais entendu un si grand sMence de ma vie. Je crois que le gros du public n'en éprouve pas beaucoup de malaise. Il jouit encore du plaisir de n'être pas mort de la main des socialistes. Il tient comme un remède auquel il doit son salut tous les coups de bâton qu'il voit distribuer à droite et à gauche par la main paternelle du gouvernement. Quand il voit exiler les honnêtes gens, il en conclut que le pouvoii^ est encore bien plus rude envers les coquins et il sent redoubler le sentiment de sa sécurité. Il est vraisemblable que le temps modifiera ces dispositions, mais au moment où les hommes commenceront à ne plus aimer l'ordre parfait d'un couvent fort sévère, les grilles seront posées partout et l'impitoyable portier donnera des coups de clef sur la tête à ceux qui voudront retourner dans la Babylone du monde. On parlait beaucoup dans ces derniers jours d'un projet de
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loi sur renseignement public qui n'était pas tout à fait conforme aux idées de 1789. Il n'y aurait eu dans le plan ni philosophes ni professeurs de philosophie et l'insolence des libertins n'aurait pas été à la noce. Il se dit beaucoup aujourd'hui que ces mesures salutaires sontou ajournées ou remises à la délibération du conseil d'État. Les évoques, eux-mêmes, à ce qu'on assure, étaient tout effrayés de la charge immense qu'on leur donnait. Les dernières nouvelles sont que M. le Président de la République ne promulguera plus beaucoup de décrets de son motu proprio et qu'il est tout entier à la mise en mouvement de la vaste machine qu'il a conçue et qui commencera de travailler le 29 du mois courant. J'ai compté sur mes doigts que des deux cent soixanteet-un membres du corps Législatif, j'en connais tout au plus quinze, encore n'est-ce pour la plupart que de vue. C^est déjà beaucoup d'honneur pour moi, mais il faut que j'aie vécu en bien mauvaise société toute ma vie pour connaître si peu l'élite de la nation. La Chambre des députés a l'air d'un petit bijou depuis que vous n'y êtes plus. Tout est lavé et mis à neuf, afin que les honnêtes gens qui vont venir ne retrouvent pas la trace de cette vilaine race qui les a précédés. Toutes choses sont faites nouvelles, et l'Europe
entière, à peu d'exceptions près, semble comme une dame sur le retour qui se fait dévote. Je ne sais pourquoi je tiens, malgré toute apparence, que ce n*est pas encore pour tout de bon et que la dame aura encore un été de la Saint-Martin. Je crois à la domination iinale du sens commun, de réquité, d'une liberté honnête. On dit qu'il n'y a que les mauvais sujets qui puissent avoir cette façon de penser. Il y a ici une fièvre patriotique qui pousse à la recherche des bonnes places et des beaux uniformes avec une grande vivacité et une assez touchante unanimité. Pourtant il y a des gens plus modérés. Un ancien ambassadeur disait l'autre jour : c< Oui, sans doute, j'ai sou- » haité d'être du Sénat, mais ce n'est pas pour » ce que vous croyez bien ; ce n'est pas pou r la va- » nité d'être d'un des premiers corps de l'État; » c'est simplement à cause de cette dotation qui » est fort commode dans des temps difficiles » comme ceux-ci. » Voilà de bonnes âmes et quinese laissent pas aller aux fumées delà vaine gloire.
Vous avez vu que M. d'Haussonville va soutenir, le 17, un procès à Bruxelles pour la publication du Bulletin français. On ne peut pas me dire quelles pénalités porte la loi de 1816, aux termes de laquelle lui et M. Alexandre Thomas m. 19
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sont traduite en justice» Ces lois de 1816 étaient en général assez draconiennes . Tous }es siens ici sont fort attristés et sa mère n'est pas d*un âge où ces secousses soient sans danger.
Tout est vraiment trop triste. On ne voit nulle part de perspective tolérable. Le mieux est encore de se resserrer dans les plaisirs de la vto naturelle, de ne point écouter le bruit des serruriers qui travaillent au repos public et de regarder pousser ses arbres si Ton en a, de soigner les poules, les fleurs et son potager, comme fait mademoiselle Isabelle. Qu'il y a loin des cinq ans où vous étiez encore en Grèce! Que dirait le pauvre M. Coletti du spectacle des choses présentes, s'il était encore de ce monde? qu'en diraient ceux qui vivaient près de vous où vous êtes aujourd'hui? Il y a un beau passage de Cicéron et d'un grande mélancolie sur la mort de l'orateur. Crassus et qu'on applique volontiers à tous ceux que nous ne verrons plus : sed ii tamen rempublicenn casus seeuti sunt ut mihi non erepta L. Crasso a Dits immortalibus vita sed donata mars esse videatur.
Comment va votre bras ? Vous avez traité cette fois votre épaule co mme vous avez fait, il y a- bien des années à Saint-Cloud, quand notre ami Raulin et moi nous vous avons accompagné
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tians une caseroe pour y chercher un chirurgien. Vous n'avez tenu aucun compte d'aucun avis de médecin. Si c'eût été de ce temps-ci, noas aurions demandé un flrman du ministre des Travaux publics qui vous aurait fait rajuster la clavicule par mesure de sûreté générale, tout comme il vous ferait casser bras et jambes par cette même mesure de sûreté générale, si cela lui faisait plaisir.
Adieu, mon cher ami, mille tendres amitiés.
10 mars.
Je vous disais qu'on croyait qu'il ne pleuvrait pins de décrets d'ici à la réunion du Corps législatif. En voici pourtant un sur i'i&struction publique qui mettra enfin un terme aux témérités de l'enseignement. Les gens qui broncheront seront révoqués par le ministre qui les conduira dervant le conseil qui les jugeait autrefois , et le ministre dira au conseil : « Regardez-bien » ce monsieur, c'est un drôleque je viens de ré- » voquer,jenevous en dis pas davantage ni à hii » non plus. I» Ce procédé, appliqué àr l'administratiOB de la justice ordinaire, consisterait à faire conduire par la gendarmerie un homme devant la cour et à dire aux juges : « je vous avertis que » j'ai condamné,en ma qualité de gouvernement.
» cet individu aux galères à perpétuité. Gendar- » mes, menez monsieur en Cassation, et donnez » avis à la cour de ce que je viens de faire. La » séance est levée, demi-tour à droite, marche ! »
A MADAME LA BARONNE A. DE STAËL
. Paris, 16 octobre 1852.
Toutes choses sont ici dans le grand repos qui précède les grands événements. Il n'est pas douteux que l'Empire soit constitué d'ici à un mois, mais M, lô Président de la République n'y met pas d'empressement. Il agit comme Dieu par nombre, par poids et par mesure. Il est à peu près sûr que la nation sera pour lui, la semaine prochaine, ce qu'elle était cette semaine-ci. Il ne l'épousera donc que la semaine prochaine, afin que cela n'ait pas Pair d'un rapt autorisé seulement par un mouvement de passion. Ce ne sera pas un mariage de Gretna-Green. Je crois même que le Pape viendra bénir cette union. Ce sera un mariage de raison aussi bien que d'inclination. Ce n'est pas un motif pour qu'il ne tourne pas mal. Nous avons vu samedi, Paul et
xnoi, toutes les pompes de l'entrée dans Paris. Il tx'Y avait nul enthousiasme apparent sur les points que nous avons visités. C'était le quartier de la Madeleine et des Affaires étrangères. Il en était tout autrement, dit-on, dans les lieux plus voisins de la Bastille et du faubourg Saint-Antoine, où les cris de: Vive l'Empereur! avaient beaucoup de vivacité. L'exaltation tient à si peu de chose dans le monde et il y a tant d'éléments qui entrent dans sa composition, surtout dans le's masses du peuple, qu'il n'y a pas beaucoup de conséquence à tirer du peu qu'on voit de ses yeux. Quoi qu'il en sù%Y Empire est fait. Reste à voir la suite qui est fort obscure, comme l'avenir, en général, et comme aussi cQlinvenir^ en particulier. Le pauvre ami mahométaii de M***, Abd-e^Éader, est mis en liberté. Ce n'est pas ce que je désapprouve, mais il est mis en liberté avec des considérants injurieux pour les gouvernements qui ont précédé et c'est là un procédé un peu révolutionnaire. Les gouvernements qui se succèdent ne doivent, en bonne politique, que s'injurier le moins possible et il n'y avait pas ici nécessité à l'injure.
Vous voilà donc dans ce grand et aimable repos de Carra, après tant de courses sur terre et sur mer? Quinze jours sans aucun souci, avec les
siens, n'est pas un petit trésor. Je crains que le froid ne gâte un peu ce plaisir; on dit que vous vivez dans la neige. Voilà Paul en bonnes mains, son père étant revenu. Je n'ai pas encore de projets pour cet hiver, en ce qui me touche personnellement.
A MADAME PISCATORT.
Paris, 19 juin 1853.
Madame^
Je me fais sans cesse décrire Chérigny dans les plus ladmitieux détails. J'ai les tableaux qu'en font M. d'Haussonville, Albert, M. de Viel-Castel, madamed'Haussonville. J'aurais pourtantla passion de le voir de mes yeux. SU passait par Chérigny un de ces artistes en daguerréotype' qui courent la Fr6uice, il serait bien beau à M. Piscatory de me faire faire une petite vue microséopique de votre maison par le côté que vous habi^ tezle plus. J'en ornerais les murs un peu sombres de mon cabinet. J'aurais aimé à Tavoir devant moi ces derniers jours, à Paris. Ce Paris était d'une solitude xm peu triste durant ces grandes IStes, qaand on n'y était pas invité. La foule
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était si grande cpie je n'ai pu apercevoir le profil d'aucun de ces maîtres du monde qui se promenaient sous des arcs de triomphe. Rien ne marque mieux la grandeur et la force du gouvernement que le luxe, Téclat, les plaisirs mêlés À la conduite d'une grande guerre. Ce n'est plus • de nos jours qu'on dit : « Demain relâche à cause fie la bcUaille ». Ce calme, dans un si grand sujet de trouble, tient probablement à la division du travail. Chacun est à son affaire et fedt ce à quoi il est propre. Ce qui est certain c'est que si Colbert ou M. Turgot ou le premier Empereur luimême revenaient au monde ils seraient bien étonnés de ce que nous voyons.Ces gens-là étaient affairés, avares, tatillons. Aujourd'hui on dirait que c^est dans les Mille et une Nuits qu'on a pris les principes de notre économie politique. On n'avait pas bien étudié encore la véritable nature du crédit, qui est sans limites tant que la confiance est sans bornes, de même qu'on homme qui tombe ne se ferait jamais de mal s'il pouvait tomber toujours. Aussi dit-on que les £ête9 de raôtel de Ville surpassaient toute intelligence. La reîne d'Angleterre a trouvé que les jours de LondreB étaient sombresen comparaison de cette nuit enflammée. Que de choses a vues cet H&tel de Ville depuis deux siècles,, depuis le grand
Condé jusqu'au prince Napoléon! que de choses la reine d'Angleterre elle-même, toute jeune qu'elle est, n'a-t-elle pas vues depuis son séjour à Eu jusqu'à cette dernière promenade sur les ruines de Neuilly! M. de Viel-Castel est parti d'ici samedi ; il avait été assez souffrant, ce qui ne Ta pas empêché d'être fort en train de conversation et de poursuivre son histoire de la Restauration. Je compte sur cette histoire pour me rendre équitable en matière politique. Mais si les passions sont bien folles^ l'équité est bien sage.
J'espère que la saison ne contrarie pas les plaisirs un peu sévères que M. Piscatory trouve dans l'agriculture. Malgré tous les souvenirs de l'antiquité romaine, alors qu'on cultivait ses champs après avoir gagné des batailles, il semble un peu rude de cultiver des pommes de terre et d'engraisser des moutons, après avoir travaillé au gouvernement de son pays et travaillé à la prospérité de la Grèce ; mais, s'il est désintéressé, il a bien des sujets de se consoler en voyant les autres faire tout ce qu'il ne peut plus faire. Il a vu M. de La Valette assurer aux catholiques latins plusieurs clefs de plusieurs chapelles dans Jéi^usalem. Il voit . conduire une flotte française non loin des Dardanelles, tandis
que l'empereur de Russie prendra possession de la Moldavie et de la Valachie. A l'intérieur, Paris entier va être prochainement remis à neuf et cela de toute nécessité puisqu'il est présentement couvert de démolitions. Le bruit des factions est absolument étouffé et vous n'entendriez pas une plainte dans tout l'Empire. L'œil vigilant de la police pénètre partout et peut-être qu'elle surprendra dans ma lettre même la juste expression de mon admiration. Tout cela est bien fait pour mettre un peu de baume dans le sang, et pour faire bêcher avec courage des champs qu'on laissera à ses petits-enfants.
Il faudrait joindre quelques livres un peu intéressants à tant de motifs de satisfaction ; mais c'est l'inconvénient des époques très-heureuses où l'ordre règne sans contradiction de fournir très-peu à l'imagination. Il semble qu'on s'endorme dans l'excès du bien-être. Mademoiselle Isabelle vous dira que jamais un poulet qu'on engraisse avec soin et qui ne manque de rien ne s'avise de penser et d'écrire avec quelque vivacité. Il est heureux et voilà tout. Il verrait mille objections à toute idée un peu nouvelle, si par hasard il lui en venait ; elle pourrait choquer la fille de Basse-cour qui lui ferait sa part plus petite ; elle pourrait irriter le cuisinier et le faire arriver
29S LBTTKSS.
aux plus grandes extrémités. Les idées de M. Cousin sur le beau, soit dit sans comparaison, ne choqueront aucun cuisinier. Ce n'est pourtant pas la peine d'être un grand esprit et d'avoir passé cinquante ans en tête à tête avec le beau pour n'en avoir tiré que cela. A quoi sert d'avoir vécu toute sa jeunesse avec Platon, d'avoir consacré son âge mûr à tourner autour des grandes dames du dix-septième siècle, pouf nous dire d'une façon trop dogmatique ce que tout le monde sait sans en faire gloire? J'ai droit de-me plaindre de M. Cousin, ne me sentant que beaucoup d'admiration pour son esprit, et n'ayant aucun des penchants qui font qu'on se déchaîne si injustement contre lui aujourd'hui; mais je n'aime pas qu'on me parle avec le ton d'empire qu'il affecte pour me dire des choses, ou trop vraies pour qu'on les redise ou trop fausses pour qu'on les soutienne. Il a beau dire des lieux communs dans le style du grand siècle, cela ne fera jamais que de vieilles idées dans un s4yle renouvelé des Grecs. Le bon sens même chez lui prend trop des airs de majesté. Je déteste toutes les tyrannies. Du reste, il est pour le moment au plus haut descieux de Taristocratie. Ha le mépris le plus altier pour la classe 'bourgeoise qui n'a pas le sentiment de sa dignité,
LSTT&ES. £99^
qui^bange d'aidées et d'impressions à tout moment. A T^ntendre parler, je crois par instants q^*il a raison. Pour moi cependant Je reste dans mes très-vieilles croyances. Ces rêves-là sont toujours les mêmes pour toutes les générations M, si Ton y restait fidèle, le monde irait mieux et plus vite.
xov.
A VADC^MB LA PRIKX3£S8S DB BROQi^lU.
Gurcy, 18 juillet 1853.
Votre lettre est arrivée pour illuminer une grande solikide. Voici une lettre pour M. Saint- MaroGirardin. Il est bien loin. Od est grognon qaand on «st aux eaux, exœpté aux bains de Plombières. On est profaabieiDent seul dans tf&s bains de Bourbon ; on n'a point autour de soi rt de sa baignoire une société brillante. Un garçon de bain vous apporte une lettre; on tire set mains de l'eau ; on lit tristement : VeméUez recommander^ eto. ; on sort de te bain d'une humeur de chien ; on se dit : « Gertainement, je n'en iérai rien, p On lanterne trois ou quatre jours la rage dans le eœur, et pui6 on
lit par écrire quelques lignes glaciales et pour
l'amour de Dieu. C'est avec ce genre d amour de ZWew qu'on fait des glaces, à ce que je crois... Il ne faut pourtant pas négliger l'appui de M. C. Il est fort considéré ; il ne demande jamais rien. Bien loin d'agir dans ces occasions où il s'agit de servir quelqu'un pour l'amour de Dieu, il a tout au contraire le diable au corps. (Je ne me permettrais pas de hasarder une pareille expression, si je ne voulais vous faire remarquer comme les langues sont singulières. L'amour de Dieu, dans le thermomètre des passions bienveillantes, est au degré de la glace fondante, tandis que l'autre marque la chaleur du Sénégal.)
Avez-vous épuisé tous les livres qu'Albert avait emportés. Ici, il n'y a que de vieux livres. Je lis et relis Réaumur sur toutes les petites bêtes de la création. J'étais né pour vivre avec les bêtes et j'ai joliment manqué ma vocation. J'ai luaussi^ et cela est récent, un roman anglais écrit par un Italien dont tout l'artifice est de raconter la vie d'un jeune Piémontais qui a un père, une mère, un oncle, des frères, qui va au collège, qui se fait avocat, qui devient carbonaro, qui devient amoureux aussi d'une dame tout ordinaire. On croirait entrer dans une maison bourgeoise de Gênes. Il n'y a nul événement considérable ; c'est la vie ordinaire et cette description longue et exacte,
ennuyeuse au commencement, amuse à la longue. C'est bien un Italien qui a écrit ce livre, car il n'y a pas un rayon de soleil, pas une vue de l'Apennin, pas une des choses que remarque tout d'abord un étranger. Madame de Catelan , que vous n'avez pas connue, disait : « Je déteste les gens qui parlent de ce qu'ils savent. » Elle avait raison en cela que les traits saillants des objets ne frappent que dans la nouveauté. Quand on y estaccoutumé,il faut, si l'on veut les revoir dans tout leur effet, s'en éloigner quelque temps. Ce n'est vraisemblablement que dans l'exil qu'un Italien voit avec plaisir ce fond bleu ardent qui est à l'horizon de votre tableau de 40,000 francs.
A MADAME PISCATORY
Troaville, 8 août 1853.
Les lettres arrivent ici avec une lenteur extraordinaire, quand elles arrivent. Celle que je dois à votre bonté me paraît avoir fait le tour du monde; elle m'a fait un extrême plaisir dans ce désert froid, humide et un peu silencieux que nous habitons. C'est ici qu'on regrette les
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irk de Florence et les roses de Pcestum. Ce Trouvilte m'avait laissé autrefois un souxi^nir bien plus agréable. Ces vapeurs grises de TOeéan sont passablement monotones et les eaux de la mer de Naples ou de la mer Egée sont à eelles^ comme Fémeraude est à Targile. Vous avez bien raison de n'aimer que le Midi. Les grandesdamea de l'ancienne Grèce seraient certainement moi!tes de chagrin sur les côtes de Normandie. Pénélope n'aurait jamais attendu vingt ans son mari ni à Saint-Malo, ni au Tréport, ni à Trou* ville, ni au Havre-de-Grâce. Je ne sais comr ment toute la brillante jeunesse qui tient garnison dans la Baltique s'arrangera pour pass» l'hiver parmi les Finnois et les Finnoises, ceux surtout qui viennent de passer un autre hiver dans l'archipel grec et sur THellespont. Avezvous des nouvelles de ces régions polaires? Nous apprenons tout à coup que ce n'est plus de ce côté qu'il y aura du danger et de la renommée à trouver. Nous voilà décidés à saccager Sébastopol. Au milieu de beaucoup de sentiments mâles^ je serais pourtant charmé d'apprendre cette humiliation de Tempereur de Russie. L'habitude est si forte que c'est toujours lui qui est resté pour moi le représentant du mauvais principe. Les choses se sont modifiées depuis lors,
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mais la cotttume est la plas forte; de plus, il est certain que itous ne ferions pas mal de prendre des drapeaiix à Fennemi^ d'enlever des batteries de canoAt et de brûler des places de guerre. Oq dit à un jeune homme qui ne se soucie ni des sckeioes ni de rien de sérieux dans la vie civile : «Mon ami, tu devrais t'eagager », et ce jeune homme revient chez lui avec un air grave et le grade de lientenant-cûlonel. La France fait bien de s'engager. On dira, si Ton veut, que notre intérêt bien entendu n'est pas de nous battre trop fort contre les Russes pour faire plaisir à l'Angleterre ; il me semble que nous n'avons guère d'intérêt bien déterminé pour le moment, le mieux est donc de céder à ses petites passions et j'aime mieux qu'il arrive du mal à l'empereur de Russie qu*à tout autre étranger de ma connaissance. Peut-être que vous pensez très-peu à la politique dans vos jardins de Touraine. Mademoiselle Rachel fait probablement de mémoire de beaux desdns de tout ce qu'elle a vu en Italie. Si elle a lu un morceau de M. Delacroix sur le beau dansla/few/e des Dettx Mondes^ y ose espérer qu'elle n'y a rien compris du tout; la question du beau est surtout obscure quand oi travaille à réclaircir, et les exemples sont beaucoup plus frappants que les théories.
Il n'y a pas grand monde ici, et, sans le salon de madame de Boigne, on n'aurait d'entretien qu'avec les oiseaux de mer; mais on est bien accueilli dans ce salon, et le Chancelier y est plus vivant que les gens qui le viennent voir. Sauf quelques petits emportements de conversation qui passent vite, il n'a pas de préjugés ni sur le présent, ni sur le passé, ni sur l'avenir.
Adieu, madame, mille tendres respects et mille amitiés à M. Piscatory.
A LA MÊME
Broglie, 15 septembre 18&3.
Je n'ai pas osé, chère madame, vous envoyer ces derniers jours de ma très-fine écriture de peur de renouveler vos douleurs de tête. Je compte pourtant que ces maux de tête sont bien loin. M. de Viel-Castel, qui est ici depuis cinq ou six jours, ne nouis a donné que de bonnes nouvelles de Chérigny. Albert de Broglie, qui navait vu dui;ant un mois que les magnificences des Pyrénées, a été charmé de son petit séjour dans votre Touraine. Tous ceux qui reviennent
de chez vous s'imaginent qu'il n'y a rien de plus ciiarmant que de passer toute Tannée à la campagne. Votre maison produit le même effet que les romans qui font croire que la vie des champs est préférable à tout. Est-il vrai que M.Duvergier rêve aussi de vivre suivant Théocrite et les Géorgi- ^es? M.Duvergier adûvous sembler comme une apparition, lui qui garde les nuances les plus délicates de ses colères les plus anciennes.il y a ainsi dans les cabinets des curieux de petites coquilles d'avant le déluge qui ont conservé leurs plus fines arêtes et leurs pointes les plus aiguës depuis le commencement du monde. Tout cela n'empêche pas qu'il n'ait beaucoup d'énergie, d'esprit et de talent d'écrire ; peut-être même est-ce pour cela qu'il a beaucoup de talent et d'esprit. Il faut y regarder à deux fois avant de se corriger de ses défauts, car tout se tient par des liens invisibles. Si le curé de sa paroisse ramenait M.Duvergier au pardon des injures, peut-être que. prenant l'air doux et découragé, il écrirait mollement des choses bienveillantes et insignifiantes. Chérigny est devenu comme Ferney, tous les gens d'esprit y font un pèlerinage. Vous avez eu aussi la visite d'un autre homme de talent qui n'a pas les mêmes aspérités et qui n'écrit pas avec le même emportement. M. de Viel-Cas-