‹ Mélanges et lettres (volume 3)Chapitre 18 sur 38 · I. M. le marquiftde Sainte-Âulaire · texte numérisé non relu

I. M. le marquiftde Sainte-Âulaire

laisser dire mes enneinîs. Je suis bien flatté que M. G. veuille être irrité contre moi ; c'est encore tine marque d*attenlion et la seule, peut-être, sur laquelle on puisse encore compter quand on avance dans la vie, dans la maladie et dans Tinsigniflatice. Aussi, je tié sais où Albert va chercher cette crainte qu'on ne me gâte ; il faut qu'il ait une terrible sollicitude pour le perfectionnement d'àùtrui en matière d'atnour-propre. Voulez-vous le lui dire â son passage à Paris qui sera le 20 ? Le pauvre garçon n'a pas pu résister à la tentation quand il a vu passer Éôn père et ils s'en sont allés bras dessus bras dessous à Coppet, toujours causant et toujours

courant

Oui, je pense tous les jours au plan que vous me recommandez de faire : j'y pense sans cesse avec beaucoup de colère contre vous sur la manière dont vous vous traitez. Pharaon ne traitait pas si mal, à beaucoup près, les Hébreux durant leur séjour en Egypte. Ils les faisait travailler de leurs mains, mais il ne les tracassait pas moralement et ^intellectuellement toute la sainte journée, et toutefois, à force d'être surmenés, ils avaient perdu toute force extérieure : a Moïse n raconta tout ce qu'il avait entendu aux enfants )> d'Israël, mais ils ne l'écoutèrent point à cause

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» de l'angoisse de leur esprit et de leurs péni- )i blés travaux. » J'espère que ce texte est décisif en faveur de l'obligation où l'on est de se conquérir du repos et du repos d'esprit. VoDà des gens qui, à force de travailler et de travailler innocemment et par devoir, en apparence, se rendent incapables de comprendre Moïse. Sans être prédicateur de mon état, il m'est impossible de ne pas voir là pour vous une nécessité de vous tenir au moins deux heures par jour et de suite dans un repos agréable où Ton cultive son esprit sans effort, et où l'on endort, le mieux possible, ses agitations intérieures. Ce sommeil de l'âme est, au moins, aussi nécessaire que l'autre sommeil ; mais^ à quoi bon vous conseiller une suite de lectures déterminées tant que vous n'aurez pas conquis ce lieu de sûreté contre les visites, les petits devoirs, le bruit des enfants? Tant que vous n'aurez pas posé des sentinelles inexorables autour de ce lieu de repos dont Virgile a dit :

Svb vertice laie jEquora tuta silent.

« Là une grande paix et un grand silence régnent sur les flots. »

En fait de lectures, il ne faut suivre que sa fantaisie et le tour particulier de son imagination ; obéir à ses instincts intellectuels ; rechercher les choses qui plaisaient avant cette vie agréablement tracassée, mais tracassée par Timmensité des soins d'une famille et d'une maison : Avant que les jours mauvais n arrivassent, deS" quek VOUS dites : j'y prends un très-grand plaisir. A mesure que ce repos agira, vous retrouverez au dedans cette lumière vive et tranquille dans laquelle planent les pensées de la première jeunesse. L'agacement de nerfs fait disparaître ce milieu limpide et éclatant où se jouaient les idées. On a beau laisser aux autres la même impression de son esprit, on sent, au dedans, je ne sais quoi d'aride et d'irrité qui ôte tout plaisir intérieur à l'exercice de l'intelligence. C'est un chant qui n^est plus soutenu par Taccompagnement. On est obligé de faire comme les souverains qui ont perdu de grandes batailles ; on rappelle, en fait d'idées, ses soldats licenciés. On a encore une armée, mais une armée moins jeune, moins animée, qui ne court plus dans le soleil à la conquête de l'Italie. Enfin, il faut cesser de surmener son âme^ pour faire face à tout. C'est un devoir de négliger certains devoirs apparents. C'est dans ce sens qu'il est dit (pardon !) : « Les

» yeux du fou sont à toutes les extrémités de la » terre. » Fénelon a bien raison de dire à une belle dame, dans ses Lettres spirituelles : $cll ne » faut pas mener votre âme comme on traite à » la maison la Cendrillon de Rossini, Cer^erentola » par-ci^ C ener en to la par'là; on sonne de tous cô- )) tés à la fois ; on ne sait à qui entendre. X^a » pauvre fille maigrit et s'épuise pour satisfaire )) à tant de devoirs contraires. Dieu, ajpute Fé* » nelon, n^est pas comme don Magnifico. Il veut )> de Tactivité, maia il veut du repos pour tous )) les membres de sa famille. La sérénité^ qui ne » peut naître dans le tumulte, est aussi bien une » vertu chrétienne que le courage; peut-être » même est-elle plus dans Tesprit du christi^- )) nisme ; Marie semble préférée k Marthe pour » marquer cette supériorité. Tout se fait ^aus » trouble, en ordre^ et avec mesure, dans xm » monde parfait. Les anges, dans le^rs actions x> les plus vives, n'ont Tair ni pressé^ ni agité ; » ils prenneat leur temps pour tout. Qui s'agite, » doit réduire le champ de son activité, car la * paix, c'est-à-dire le mouvement libre et facile » de la pensée dans la contemplation de toutes » les vérités, est le but final ! »

Ainsi parlait Fenelon sortant de l'Opéra-Italien, et qui osera le contredire ?

Adieu, madame, je vous en dirai davantage sur la direction spirituelle quand vous aurez fait la conquête de ces deux heures, qui doivent être £aboiij comme parlent les juifs. N'allez pas croire cjue vous vous soyez fait un mal ni sensible pour les autres ni peu réparable pour vous parce que

Pénelon nomme la vie de Cenerentola dans son

langage un peu libre.

A MADAME LA BARONNE A. DE STAËL

Broglie, mardi 4 septembre 1850.

Je ne sais comment il se fait que je ne vous aie point écrit tous ces jours-ci. J'ai été ce que vous nommez gringe de Tautre côté des montagnes. Nous voilà déjà entrés dans les défilés de l'automne; il a fait froid tous les jours depuis trois semaines et les nerfs qui ne sont pas d'airain s'en ressentent. Tout va bien ici. M. de Broglie arrive aujourd'hui très-probablement. Il a dû attendre à Évreux le passage de M. le Président de la République, en sa qualité de président du Conseil général. Bien qu'Évreux ne soit pas exempt d'un très-grossier républica-

nisme, on pense néanmoins que Ton n^aura pas trop mal reçu le seul représentant du bon ordre dont nous jouissions aujourd'hui. Ce Président passe à Bernay tout à l'heure et il a fallu qu* Albert mît son uniforme de chef de bataillon et montât à cheval pour conduire sa garde nationale sur son passage. Il aimerait mieux être au coin de son feu à lire les Pères de TÉglise grecque, mais la Providence ne paraît point disposée à laisser du loisir à ceux qui veulent étudier sa marche dans les premiers siècles de TÉglise. Enfin ce soir, probablement, le tourbillon de cavalerie qui va voir les vaisseaux de Cherbourg faire feu de tous leurs canons sera passé ; mais on ne vit jamais tranquille. Voilà qu'il est arrivé ce matin une lettre de M. Raulin, dictée par lui et signée d'une main fort incertaine. Il dit à Albert qu'il est malade au Colombier d'une reprise de cette névralgie dont il avait souffert récemment à Paris. Le ton de la lettre a une certaine gravité triste qui donne du souci.

Voilà l'avenir commencé pour ce pauvre excellent Roi. On commence à en parler comme on aurait dû en penser toujours. Il est bien temps, après l'avoir chassé avec le fer et le feu, de dire que c'a été un des meilleurs princes que les peuples aient jamais connus. Les bourgeois

de Paris, tout en le regrettant, ont toujours Tinsolence de dire qu*il manquait de grandeur. Je voudrais bien savoir qui il aurait trouvé pour le suivre s'il avait eu ces fantaisies de grandeur dont on parle si sottement. On lui reprochait déjà, avec la plus grossière violence, le peu qu'il pouvait employer à peindre sur les murailles de Tersfidlles les grandes histoires des autres temps. On aurait poussé de beaux cris s'il avait voulu faire lui-même avec les bourgeois d'aujourd'hui uoe suite à ces tragiques aventures. Ce que nous avons toujours souhaité, c*est d'être bien nourris, bien vêtus, bien couchés et couchés de bonne heure, et de marcher en même temps pieds nus et sans pain à la conquête de l'Europe. C'est un problème que ni César^ ni Bonaparte n'auraient pu résoudre apparemment.

Adieu, mille et mille respects et mille et mille tendresses.

A LA MÊME

Brogiie, 20 septembre I850.

Il me semble que tout est bien changé et tristement changé depuis que je ne vous ai écrit, il

y a seulement quelques jours pourtant. C'est le premier effet d'une grande perte dans la vie. Notre pauvre ami Raulin manque partout, lui qui faisait si peu de bruit et ne demandait aux autres que de l'amitié ! Il avait une chaleur de cœur et une ardeur d'esprit qui agissaient, même de loin, comme une température douce et amicale. Nous ne verrons personne qui lui ressemble pour la sincérité, l'énergie, la douceur, la fidélité dans l'amitié avec le scrupule le plus délicat, tous les agréments d'un esprit rare avec tant d'élévation morale. Il est resté jusqu'au dernier jour ce qu'il avait toujours été,el, dans les angoisses de cette cruelle maladie, il perçait avec effort le nuage qui l'environnait, et on retrouvait cette âme courageusement bienveillante qui se préoccupait des autres avec sollicitude, et regardait avec calme tout ce qui la menaçait. Nous n'avons vu que trop ce triste dernier jour, Albert et moi. Il reste une bien misérable confusion d'esprit entre ces cruelles images et tout ce passé si agréablement écoulé avec lui. Ces souvenirs funèbres noircissent tout ce qui a précédé. Ma pensée ne s'était jamais arrêtée sur la possibilité de ce malheur. Il atait tant de force et de résolution qull semblait qu'un mal sérieux ne pouvait avoir de prise sur lui.

Souvent il m'avait dit que sa vie ne serait pas longue ; que ses parents étaient morts de bonne heure ; qu'il aurait la même destinée ; qu'il sentait un grand ennui de tout qu'il prenait pour un présage, mais, quelques minutes après^ il montrait tant d*entrain, tant de curiosité pour tant d'objets d'études, tant de gaieté, qu'il fallait bien prendre ces pressentiments pour des ombres de mélancolie sans motifs, comme les âmes vives en ont souvent. Aujourd'hui que ces impressions sinistres sont justifiées, il devient visible que le mal avait commencé dès longtemps... Il vaut mieux croire que le terme de la vie est immuable que de s'arrêter à toutes les petites précautions qui auraient pu suspendre le cours des choses.

Ma santé n'est pas bien forte en ce moment et je fais toutes choses avec quelque effort. Est-il bien vrai que vous pourriez arriver bientôt ici? Ce serait une grande joie au milieu de cette tristesse.

A M. A. DE BROGLIB.

Paris, mardi tt janvier 1851.

Mon cher ami, on n'est aimable qu'à la Roche. A Paris, on est d'une humeur hargneuse. •• Il est plus clair que le jour que quand les légitimistes sont sages, ils en ont du chagrin... Il ont contribué de leur mieux à ce blâme grossier contre le gouvernement, qui met à peu près les ministres en demeure de s'en aller. Je ne sais ce que feront ces ministres, car les règles du point d'honneur parlementaire changent certainement dans les temps d'orage... Je cherche vainement dans le discours de M. Charras les torts des ministres... Dans des jours comme ceux-ci, tirer le canon d'alarme pour quelque balourdise d'un maire ou d'un préfet isolé, c'est certainement une œuvre insensée. Nous voilà déjà bien loin des harangues de M. Berryer et de M. Barrot. M, Berryer a eu tout l'éclat d'un beau coup de tonnerre du haut des montagnes. J'eusse aimé mieux que ces foudres vinssent de notre côté que du sien; je n'aime pas qu'on prêche bien ailleurs que dans ma paroisse, mais, enûn, il faut

prendre tous les beaux orages en bonne part. Pour M. Barrot, il a parlé d'or. Il avait toute Tautorité d'un homme qui, ayant fait quelques sottises dans sa vie constitutionnelle, peut parler en connaissance de cause. Il y a une sagesse qui vient des folies passées et qui n'est pas la moins propre à faire impression. Je voudrais te dire ce que feront les ministres, mais, pour le moment, ils ne le savent pas plus que moi. C'est beaucoup que de céder la place à un ministère de gauche. On ne vient pas de ce côté pour faire des choses sensées; il faut peu de temps pour mal faire et si, de plus, des gens de gauche présentables venaient à gouverner jusqu'aux élections, nous en verrions de belles, à coup sûr.

Ton père est charmé du ton de simplicité aimable .et de l'élévation de sentiments qu'on trouve dans M. de Maistre. Pour moi, je n'aime aucun genre de possédés. Comme le diable est un être fort entendu, je suis convaincu qu'il tire parti du bien pour séduire les gens qu'il ne peut mener ouvertement à mal. Il leur met une idée, une seule idée saine dans Tesprit et, avec cette chaleur dont il a le secret, il dilate cette unique idée jusqu'à ce que les pauvres gens qui en sont dominés deviennent comme les vaches qui ont mangé trop de trèfle. Les esprits systématiques

sont tous, plus ou moins, sous le règnô du iiialin esprit, de là leur ton impérieux, le mépris et le dénigrement d'autrui, le mépris et le dénigrement de toute autre idée que la leur. C^est le ver qui est au fond de cette rose mousseuse que vous notnmez M. de Montalembert et au fond de cette fledr de coloquinte que vous appelez M. de Maistre. Ce qui prouve quil n'est pas bon que rhomme soit seul avec une idée, c*est que toute domination exclusive de ce genre, quelle que soit Tidée^ donne les mêmes symptômes ou à peu près, chez le malade. De là la ressemblance des grands légitimistes et des grands jacobins. C*est dans le sens qu'il faut entendre a dcemonio meridianoj délivrez-nous de cette dangereuse clarté qui dessèche ou qui brûle tout ce qui n'est pas elle.

A MADAME LA MARQUISE d'uaRCOURT*

Paris, l« août 1851.

Je puis bien vous assurer que si je ne vais pas vous voir, ce n'est pas faute de bonne volonté. J'cd été chaque jour sur le point de me mettre en route et chaque jour arrêté par ces insupporta*

bles angoisses de nerfs que je ne peux calmer. Je vous prie d'avoir pitié et surtout d'être juste pour les malades qui ne paraissent pas Têtre au degré voulu pour exciter l'intérêt. Un malade méconnu est un être bien misérable. Les gens qui ont Tâme vraiment charitable devraient faire une institution pour défendre cette classe de malheureux si peu intéressante aux yeux de la société mangeante, buvante et agissante. Il faudrait savoir braver ce qu'ils ont de monotonie, d'idées fixes, d'idées changeantes, de fausse sagacité, de découragements absurdes, de raisonnements rigoureux et bêtes aussi. Qui ferait cette institution avec un bon règlement ferait vraisemblablement son salut. Mais on n'aime à travailler qu'au soulagement et à la conversion des Gentils. On n'a pas plutôt passé la fleur de la jeunesse et l'âge des grandes espérances que tout le monde dit : ce Mais il n'est pas malade ; il a très-bon visage ; de quoi se plaint-il ? »

Qu'est-ce que vous faites dans Étiolles? je croîsJ bien que vous ne vous y ennuyez point du tout. Quand je me figure que j'ai une heure agréable, le fond du passage est toujours Étiolles... J'ai vu mercredi M» d'Harcourt qui s'en allait en Angleterre comme un homme qui aimerait incomparablement mieux rester à Étiolles. C'est une dure

responsabilité devant le monde que Targent e1 les chances d'augmenter son bien. Ce monde vous regarde pour vous mépriser et vous anathématiser si vous manquez d'ardeur un seul moment pour soigner ce qu'on nomme le patrimoine des enfants. Pour moi qui crois que tous les instincts très-positifs et très-généraux soni providentiels, je commence à croire qu'il y a une vertu, une vertu morale à être riche, sans quoi le chœur des hommes ne dirait pas continuellement : c'est une des familles les plus riches, les plus respectables de notre département; et, en effet, il y a du vrai là-dessous. Ce vrai ne simplifie pas du tout les problèmes qui pèsent sur le genre humain où il est de toute nécessité que les neuf dixièmes des hommes aient juste le nécessaire pour ne pas ipourir de faim; le socialisme serait un pauvre remède à ce mal universel puisqu'il ne saurait donner au mieux qu'un genre humain où il n'y aurait plus de riches du tout et où chacun aurait l'air bien peu respectable dans son arrondissement, avec la petite portion congrue qu'il mangerait paisiblement dans une manière d'hospice universel. Enfin, est-ce que dans le plan de la Providence Lucain aurait raison de dire : Humanum paucis vivit genus? ce qui signifierait, à le bien entendre : tout tend et con-

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court à produire un petit nombre d*homines triés, pour ainsi dire, dans ces millions d'ébauches qui meurent sans nom , sans développement moral, même sans avoir connu le bien-être; an petit nombre d'hommes éclairés et d^ mœurs délicates; un petit nombre d'êtres heureux et vertueux; un plus petit nombre d'hommes de génie; en un mot, Alexandre, Scipion, César, Pascal, Racine, Leibnitz, Newton et la petite société d'élite qui les comprend à peu près; voilà un monde un peu étroit, quoique fort brillant, et cette doctrine a l'air un peu abominable. Il n'y a, en sa faveur, qu'une doctrine à peu près semblable dans l'ordre religieux, c'est celle du petit nombre des élus* Les jansénistes disaient bien avec Lucain du monde à venir : Humanum paucis vivii genus.

Faites-moi le plaisir de me dire par quel hasard je vous dis tout cela ? C'est certainement pour causer et comme je ferais si nous nous promenions dans vos allées d'ÉtioUes, qui ne sont pas grillées, noircies, arrosées àlamécanique comme les Champs-Elysées. Comment voulez-vous que je sois volontairement à Paris ?

Ah! je suis sûr que vous ne lisez pas V Histoire

de Ifl Restauration^ de M. de Lamartine. Vous le

liriez pourtant avec intérêt ce livre que vous déni. 18

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daignez ; il y a des pages bien pathétiques et trop pathétiques sur M. le duc d'Enghien et sur le pauvre petit dauphin. Je l'ai mis dans les bagages de madame de Staël qui part aujourd'hui oa demain pour Londres. Je suis sûr que ces paragraphes d'une teinte un peu vive sont efficaces contre le mal de mer. Avez-vous vu dans le numéro d'aujourd'hui de la Hevue des Deux Mondes j avec quelle fureur M. Cousin parle des femmes du dix-huitième siècle? Je voudrais savoir ce que madame d'Épinay, ou madame du Deffand ou mademoiselle de Lespinasse lui ont fait de particulièrement désagréable. Je voudrais savoir aussi ce que les grandes dames de la Fronde ont fait pour lui. Il a l'air d'avoir été le maréchal d'Hooquincourt avant que d'avoir été professeur de philosophie ; et puis, c'est un emportement contre les femmes maigres qui passe vraiment toutes les bornes, et aussi un dédain sourd, mais profond pour madame de Sévigné quand il la ôompare à cette génération de géantes rebondies. Qui m'aurait prédit, il y a vingt ans, que M. Cousin s'occuperait à ranger les femmes des quatre derniers siècles suivant leur poids ? toutes ces singularités sont mêlées d'impressions assez originales.

Adieu, madame, dites ce que vous faites, ce que

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VOUS ferez, et si vous êtes mieux... J*ai idée que mademoiselle Marie m'a pris en grippe. Je ne le lui rends pas, contre ma coutume.

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