‹ Mélanges et lettresChapitre 19 sur 67 · NOTICES- XXI · texte numérisé non relu

NOTICES- XXI

Avec la liberté, née de la Charte et garantie par elle, une ère nouvelle semblait aussi s'ouvrir pour les lettres, pour la philosophie, pour tout ce qui relève et honore l'esprit humain. On aurait dit qu'un autre soleil allait • rajeunir le monde et verser sur cette vieille terre, à côté des fleurs anciennes, un peu fanées, quoique toujours belles, une inépuisable corbeille de fleurs plus brillantes et plus fraîches, encore humides de la rasée du matin. Les littératures étrangères, mieux connues, agrandissaient notre horizon. Le livre de madame de Staël, proscrit par l'empire et lu avec enthousiasme par la naïve jeunesse de la Restauration, nous familiarisait avec l'Allemagne. Les noms de Schiller, de Goethe et de Kant se mêlaient dans nos conversations avec ceux du vieux Shakespeare, de Byron et de Walter Scott. Dès qu'un roman de ce dernier paraissait, nous l'avions lu. De jeunes écrivains se formaient à l'art du style et préludaient à leur célébrité personnelle en faisant passer dans notre langue les chefs-d'œuvre des théâtres étrangers. L'école romantique, encore modeste, naissait sur notre propre sol et tentait quelques innovations dont M. de Chateaubriand avait déjà donné le signal au grand scandale de ia vieille école de Voltaire. En littérature, pas plus qu'en politique, qui prévoyait, qui pouvait prévoir tout ce que la liberté enfanterait de licence et de folie?

Doudan et Saint -Marc Girardin penchaient vers le romantisme autant que le leur permettaient la justesse de leur esprit et la délicatesse de leur goût. Vous me pardonnerez peut-être de le dire aujourd'hui avec un

Page 1