‹ Mélanges et lettresChapitre 18 sur 67 · XX NOTICES · texte numérisé non relu

XX NOTICES

et de tant d'autres dont les leçons ne sont que trop oubliées aujourd'hui. Sans être passionnés pour la Restauration, nous l'acceptions de bonne foi, ne lui demandant que d'accepter aussi sincèrement la Charte. Attachés aux grands principes de la révolution, nous en repoussions les excès et les crimes sans prévoir, hélas! qu'ils pussent jamais se renouveler. L'ère des violences nous paraissait à jamais fermée. M. Doudan faisait partie avec nous d'une conférence politique à laquelle nous avions donné le nom rassurant de conférence Montesquieu, et où M. Duchâtel, de même âge que nous, parlait déjà en ministre. Nous avions une tribune; je ne me souviens pas d'y avoir vu monter M. Doudan qui n'en exerçait pas moins sur nous cette influence d'un esprit aimable et supérieur à laquelle rien ne résiste.

Une fois, une seule fois, un vrai révolutionaire, un rouge comme on dirait aujourd'hui, s'introduisit, je ne sais comment, parmi nous, cœur généreux, mais esprit violent et fanatique, tranchant toutes les questions avec le couperet de sa logique jacobine, jeune encore et déjà conspirateur émérite. Il nous effrayait. M. Doudan, qui recherchait volontiers les conquêtes difficiles, sans se rebuter de ses façons un peu brutales, entreprit de le subjuguer à force de grâce et de douceur; il y réussit. La conférence seule succomba, et notre tribune où s'étaient fait entendre des voix dont beaucoup devaient plus tard devenir célèbres, se ferma d'elle-même. Nous voulions bien jouer au gouvernement constitutionnel; à la convention et au tribunal révolutionnaire, l'idée seule nous en faisait horreur.

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