‹ Mélanges et lettresChapitre 27 sur 67 · XXX NOTICES · texte numérisé non relu

XXX NOTICES

raire, la richesse acquise ou héréditaire transportent successivement l'importance sociale , la faveur de l'opinion, le crédit moral. Il y a de grandes existences, utiles ou brillantes, qui sont, non pas l'aristocratie, mais le sommet sans cesse renouvelé, toujours agité, souvent orageux de la nation.

Dans un de ces groupes, celui auquel se rattachait le souvenir de M. Necker et de madame de Staël, — celui que la duchesse de Broglie, sa fille, avait longtemps édifié et charmé, et dont le duc de Broglie, mort en 1870, avait été pendant cinquante ans le centre, absorbant tout dans l'éclat de son éloquence, de son savoir et de sa vertu, — M. Doudan a passé presque toute sa vie, estimé, honoré, recherché, doucement fier, spirituel avec grâce et finesse, pouvant, par l'élévation de son cœur et de son esprit, atteindre, comprendre, partager et, au besoin, juger toutes les supériorités qui l'entouraient.

Malgré tout, et de quelque considération qu'il ait joui au sein de cette famille illustre, hors de ce cercle, Doudan n'était connu de personne. Il avait mis une certaine recherche à ne pas l'être, « fuyant les regards du public avec autant de soin que d'autres, qui devraient les fuir, mettent à les rechercher.» J'emprunte ces lignes aune lettre que M. le duc de Broglie (Albert) m'écrivait le lendemain de la mort de notre ami. J'étais loin de Paris. Il voulait bien me recommander sa mémoire. Doudan avait autrefois écrit, et avec distinction, dans le Journal des Débats. Il nous avait laissé, à nous les anciens, le souvenir d'un talent dont il n'avait en quelque sorte montré que la fleur. 11 s'était ar-

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