NOTICES. XXXI
rêté, inquiet et défiant, après une série d'heureux essais, et il n'y était guère revenu. Aussi la lettre du duc de Broglie ne me décida-t-elle pas aussi vite que sa pieuse amitié le désirait. « Je ne sais, disait Chateaubriand, ayant à parler de M. Joubert qui venait de mourir, je ne sais si, au fond de sa tombe, il me saura gré de révéler la noble et pure existence qu'il a cachée. » Le même scrupule m'arrêta quelque temps. Le dirai-je? écrire une biographie de Doudan me semblait impossible, tant sa vie avait été simple, uniforme, en dehors de tout mouvement extérieur et de toute action publique. Peindre son portrait, retracer avec quelque vérité cette physionomie incomparable, connue seulement, mais bien connue, de quelques amis délicats et difficiles, quelle œuvre et quel travail ! Je ne l'essaye pas. Je m'attache seulement à rassembler quelques souvenirs d'une fidèle amitié. Si quelqu'un s'occupe un jour de réunir, soit ses rares articles, soit quelques-unes de ses lettres (il était un correspondant très-châtié), mon témoignage devra être consulté avec confiance. C'est le seul mérite qu'il puisse avoir
M. Ximenès Doudan , mort à Paris , à l'âge de soixante et douze ans, avait fait ses études à Douai. Il ne parlait guère de sa vie passée, non plus que de sa famille. Quand il fut près de mourir, il prononça le nom d'un frère qu'il avait encore et qui put arriver à temps, homme très-honorable, qu'il voyait rarement et jamais chez lui. Il avait contribué largement à l'éducation de ses neveux. Tout cela, on ne l'a su que lorsqu'il n'était plus. Il ne s'en ouvrait jamais à personne.