‹ MélangesChapitre 11 sur 80 · COMMUNIONS CHRÉTIENNES. IO · texte numérisé non relu

COMMUNIONS CHRÉTIENNES. IO

les institutions sociales; et le peuple écoute. Des bandes de niveleurs s'organisent dans les universités du Nord. Impatiens d'accomplir leur œuvre , déjà ils ont tiré le poignard contre la société. Un jeune adorateur de l'anarcliie s'est dévoué pour offrir à l'idole les premières libations de sang bumain, et, comme autrefois l'bonneur eut ses chevaliers , le crime a ses preux.

La Russie, jusqu'à ce jour, a été garantie de ces excès ; mais qu'elle ne s'endorme pas dans une sécurité trompeuse. Elle touche à une époque critique , celle où finit le premier âge des nations. Ses peuples nombreux ont eu trop de rapports avec les autres peuples de l'Europe , pour qu'ils puissent continuer de vivre dans le repos de l'ignorance. De nouvelles idées, de nouveaux désirs les poussent vers des destinées nouvelles. Il faut qu'ils obéissent à cette grande loi qui ordonne à la société , comme à l'homme , de croître et de se développer. Mais la société religieuse , faible et imparfaite , contrariant les progrès de la société politique emportée par le mouvement des esprits ; l'Etat , au lieu de se perfectionner , se corrompra , et il arrivera infailliblement , après de longues commotions , à la pire des barbaries , la barbarie policée, sans avoir même passé par la civilisation. Des hommes grossiers deviendront facilement des enthousiastes, sous l'empire d'une religion où le principe d'autorité, incertain et presque nul, n'op-

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posera qu'une impuissante digue aux erreurs qu'enfanteront des imaginations exaltées, et les eifels que doit produire ce défaut d'autorité se manifestent déjà dans quelques apologies de l'Eglise grecque, où l'on remarque une teinte trèssensible de cette mysticité voisine du fanatisme qui caractérise la doctrine des diverses sectes d'Illuminés.

Toutes les communions chrétiennes, grecques et protestantes, portent donc en elles-mêmes un principe de division , de désordre et de ruine. La religion catholique forme seule une société , puisqu'on ne trouve qu'en elle un véritable pouvoir, le droit de commander, le devoir d'obéir; société une , parce que ce pouvoir est un -, société générale, parce que ce pouvoir, purement spirituel , s'étend à tous les temps , à tous les lieux, partout indépendant du pouvoir politique, indépendant lui-même dans les limites qui le circonscrivent ; société immuable , parce qu'elle n'est soumise ni à la volonté ni aux pensées de l'homme , et que , dans ses dogmes et dans ses préceptes , elle est l'éternelle loi des intelligences ; et tandis que hors d'elle tout varie, tout s'altère , tout passe , immobile elle demeure , et rassemblant les peuples les plus éloignés, les plus différens de langage , de gouvernement , de coutumes et de moeurs, elle les unit par la même foi ,'le même culte , les mêmes devoirs , et les perfectionne sans cesse, parce qu'elle possède en ellemême un principe infini de perfection.

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Pourquoi donc, après avoir péniblement vieilli dans leur solitude , les communions séparées de celte Eglise mère , ne viendraient-elles pas s'y réunir, et oublier le passé dans son sein? La vie n'est que là , car là seulement est la vérité. Partout ailleurs on ne trouve que le doute, un besoin de croire, qui, égarant les hommes dans de vaines spéculations, les dispose à tous les genres de fanatisme , et une impuissance d'arriver à rien de certain , qui désespère la raison et l'assoupit dans l'indifférence. Entre ces deux maladies également mortelles, que deviendra l'Europe? Que deviendront les peuples , livrés à la plus profonde anarchie spirituelle , et dans leur indépendance ne connaissant de loi, de droit , d'ordre et de vérité que la force ? Il est temps que les rois y pensent ; il est temps qu'ils s'occupent de mettre un terme à la démagogie des opinions , en rentrant dans la seule société dont le pouvoir commande tout ensemble à la volonté et à la raison. Et qu'ont- ils à redouter de ce pouvoir , fondement de leur propre autorité ?

La résistance que pourrait éprouver la réunion , serait presque nulle en beaucoup de lieux , et céderait partout aisément à des moyens de douceur , de persuasion et de charité, soutenus de l'exemple des grands et du souverain. Il n'y a plus de croyances dans la Réforme, et les peuples ont besoin de croyances. Ils n'ont pas moins besoin d'ordre ; et la sévérité même de la re-

ligion véritable , les œuvres de miséricorde et toutes les vertus qu'elle inspire , la majesté de son culte j la pompe de ses cérémonies, ne tarderaient pas à triompher des préjugés et des habitudes. On sait d'ailleurs, et les lettres de Bossu et à Leibnitz le prouvent , jusqu'à quel point l'Eglise catholique porterait la condescendance, en ce qui tient uniquement à la discipline , pour obtenir un aussi grand bien que le rétablissement de l'unité.

Que les chrétiens se réconcilient enfin. N'estce pas assez de trois siècles de division ? Quel en a été le fruit? des guerres atroces, des calamités inouïes, la destruction de la société. Que tant de soulFrances ne soient pas perdues ; qu'elles apprennent à l'homme à se défier de ses pensées. Nous devons le savoir aujourd'hui , l'union vaut mieux que l'orgueil de l'indépendance. Nous nous sommes combattus dans la nuit des doctrines enfantées par la raison humaine , embrassons-nous à la lumière de la religion d'amour. Possédons en commun les mêmes vérités , et cessons de vouloir en créer de nouvelles. La vérité, c'est Dieu qui ne change point-, comment la vérité changerait-elle ? Elle réside dans l'Eglise antique , sous la garde de l'autorité , et la foi seule en approche. La raison hautaine erre au-dehors, se fatigue à poursuivre des ombres qui lui échappent; et comme l'homme déchu, exilée du lieu de son repos , elle s'enfonce avec douleur dans des déserts inconnus.

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