‹ MélangesChapitre 20 sur 80 · SUR LES PÈRES DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

SUR LES PÈRES DE L'ÉGLISE

Jl n'est personne qui n'ait entendu parler des Pères de l'Église : la chaire retentit de leurs noms, les chrétiens sont, dès l'enfance, habitués à les révérer. D'où vient donc qu'on les lit si peu ? Est-ce qu'ils manquent des qualités qui rendent l'instruction tout ensemble et solide et attachante? Non; sous ces deux rapports, ils n'ont point été surpassés : mais la plupart de leurs ouvrages , ou ne sont pas traduits , ou le sont mal ; quelques-uns traitent de questions importantes à l'époque où elles étaient agitées, mais aujourd'hui de très-peu d'intérêt pour les simples fidèles , que rien n'oblige à faire une étude particulière de la théologie. D'ailleurs , les grands écrivains religieux qui ont paru dans les derniers siècles , nourris de la lecture des Pères , ont reproduit sous de nouvelles formes les beautés de tout genre qu'on admire dans leurs écrits. On a dès-lors négligé de recourir à la source même , et c'est un malheur -, car cette SQurce , aussi pure que féconde , est loin d'être épuisée.

On a donc cru faire une chose utile , en choisissant dans les Pères une suite de morceaux qui formassent comme un cours abrégé de doctrine

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et de morale chrétienne. Ces morceaux , traduits avec soin , donneront une légère idée du mérite propre aux ouvrages d'où ils sont tirés ; et peutêtre qu'en les comparant aux passages de Bossuet même et de Fénélon qu'on y a joints , on reconnaîtra que non-seulement ils ne sont pas effacés par ce redoutable voisinage , mais que pour la justesse et la force du raisonnement , l'élévation des pensées , la chaleur des mouvemens , l'heureuse abondance des images, les Pères n'ont rien à envier à leurs successeurs , et qu'on pourrait quelquefois en lisant ceux-ci regretter une certaine simplicité mâle et naïve , une vigueur entraînante, un naturel exquis, en un mot, je ne sais quelle fleur virginale de christianisme qui semble n'appartenir qu'aux premiers siècles de la religion.

Les Pères vivaient à l'époque de la décadence des lettres; et cette décadence, qu'ils retardèrent seuls , est à peine sensible dans les ouvrages de plusieurs d'entre eux. Un goût délicat peut sans doute y découvrir quelques taches, ce qui n'empêche pas qu'ils ne soutiennent avantageusement le parallèle avec les chefs-d'œuvre de l'antiquité profane ; et si l'on veut juger de la puissance de la parole par ses effets, c'était certes une belle éloquence que celle qui a sauvé le monde.

Deux caractères surtout la distinguent , une tendresse pénétrante qu'on a nommée onction y et une foi vive qui se communique , et triomphe

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