SUR LES PÈRES
de toutes les résistances de l'esprit. On est persuadé 5 entraîné par la conviction de l'écrivain et par le désir de convaincre que l'on sent dans tous ses discours. Ce n'est pas un rhéteur qui disserte pour éblouir : c'est un ami qui vous entretient avec une émotion profonde de vos plus grands intérêts , et dont le bonheur serait d'assurer le vôtre. Ce qu'il dit remue le cœur, parcequ'il part du cœur. Sa voix a des accens qui étonnent l'âme et qui la ravissent , une grâce attirante , une douceur dont le charme céleste peut à peine se comprendre , et ne saurait être peint. Que voyez- vous presque toujours dans les orateurs que l'antiquité nous vante ? L'orgueil s'efForçant de vaincre et de se soumettre les esprits. Ici , c'est un homme qui s'abaisse , qui s'humilie, qui prie, qui conjure; et pour qui? pour ceux-mêmes à qui s'adressent ses pressantes supplications , content d'être oublié pourvu qu'il les sauve. On ne connaissait , avant le christianisme, rien de semblable. Considérez ces sublimes docteurs d'une religion sublime : Dieu est le fond de toutes leurs pensées , de tous leurs sentimens. Plongés dans son immense lumière et dans son amour immense , leur parole ardente , et néanmoins calme , éclaire à la fois et féconde comme celle du Créateur. Tous les secrets du temps et de l'éternité leur sont connus. Ils dévoilent l'homme à l'homme , en l'élevant jusque dans le sein de l'Être de qui émanent tous les êtres. Us déve-