‹ MélangesChapitre 37 sur 80 · CONCLU AVEC LE SAINT-SIÉGE · texte numérisé non relu

CONCLU AVEC LE SAINT-SIÉGE

Lorsque le roi monla sur le trône , ses regards durent se fixer sur la religion , son antique appui. Il la vit affaissée sous des lois oppressives. Les mains de son chef portaient encore l'empreinte des chaînes dont le tyran les avait chargées. Cinquante sièges épiscopaux, disséminés sur un vaste territoire, remplaçaient les dix-neuf métropoles et leurs cent dix-neuf suffragans , qui formaient autrefois l'Église de France. Une partie de ces sièges , si insufiisans que Buonaparte luimême jugeait nécessaire d'en augmenter le nombre 5 étaient , pour surcroît de malheur , vacans depuis plusieurs années. Près du quart des paroisses demandaient en vain des pasteurs. Les entraves apportées à l'éducation ecclésiastique n'ôtaient pas seulement l'espérance de combler le vide du sanctuaire , mais ne permettaient pas même d'en réparer les pertes journalières. Privés d'instruction religieuse , les habitans des campagnes tombaient dans la barbarie. Des désordres prodigieux , des mœurs inconnues , succédaient aux mœurs chrétiennes. On prévoyait le moment où , avec la foi , le peuple aurait perdu jusqu'à l'idée du devoir.

Que s'est-il passé depuis ce temps? en quoi le sort de la religion a-t-il été amélioré ? Les faits vont nous en instruire.

Après de longues négociations , confiées d'abord à un évêque digne , par ses vertus et par les hautes qualités qui le distinguent , de re-

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présenter le clergé français , remises ensuite en des mains également honorables , un concordat est signé par le souverain Pontife et le Roi (i). L'érection de quarante nouveaux sièges semble présager à l'Eglise un avenir plus heureux. Elle a trouvé enfin le protecteur qu'elle attendait •, et , sous un fds de saint Louis , la religion , recouvrant son ancienne influence , va réconcilier les cœurs et cicatriser les plaies de la patrie. Telle était l'espérance des catholiques ; mais bientôt le camp ennemi s'agite : les révolutionnaires , les sectaires , les artisans de discordes , sous quelque bannière qu'ils fassent enrôlés , jettent un cri d'alarme, lis attaquent avec fureur la transaction qui a réveillé l'espoir de la France chrétienne. Le ministère avait-il quelque part à ce soulèvement ? Sa conduite autorise à le penser. Au lieu d'exécuter sans délai le concordat , il prend la résolution de le soumettre aux Chambres. La prérogative royale , que son devoir était de défendre 5 il la sacrifie à ses petits systèmes, à ses petites passions ; et ici l'absurdité le dispute à l'inconvenance : car , au fond , les Chambres ne pouvaient rien dire , rien statuer sur le traité qu'on leur soumettait.

Il y a deux choses dans ce traité comme dans tout concordat semblable. D'un côté , le Pape , en vertu de son droit , ou plutôt de son devoir ,

(i) Le II juin 1817,

CONCLU ATEC LE SAlNT-SlÉGE. IQ']

prépose aux Eglises des premiers pasteurs 5 et , pour conserver la bonne harmonie entre les deux puissances, il accorde au Roi le privilège de présenter les sujets qui lui sont agréables. D'uti autre côté , le Roi accepte ce privilège , reconnaît les sièges érigés , et s'engage à protéger l'ordre établi de concert entre lui et le souverain Pontife.

Or , les Chambres peuvent-elles priver le Pape de ses droits , ou le dispenser de ses devoirs ? Non. Peuvent- elles empêcher le Roi d'accepter le privilège que le Pape lui concède ? Non. Peuvent-elles ériger des évêchés et les circonscrire ? Non : un pareil pouvoir , si la Charte le leur attribuait, serait une sacrilège usurpation de l'autorité spirituelle , une renonciation véritable à la religion catholique , que nos lois , au contraire , déclarent être la religion de l'état.

Il n'y avait donc pas même dans le concordat matière à délibérer. Aussi le ministère fut-il obligé de soumettre aux Chambres , non le concordat même , mais une loi faite à l'occasion du concordat; et il la rédigea de telle sorte qu'elle devait infailliblement être rejetée par tous les partis. Le seul point qui fût de la compétence des Chambres, l'octroi des fonds qu'auraient pu rendre nécessaires les arrangemens faits avec le Saint- Siège , était l'objet, non d'une loi particulière, mais d'un article du budget.

Des mesures si bien concertées pour prévenir

iijS SUR l'arrangement

le rétablissement de l'Eglise eurent un plein succès. Le concordat est retiré. Le ministère regarde comme non avenu un traité revêtu de la signature du Roi 5 un traité publié solennellement , et qui avait reçu de part et d'autre un commencement d'exécution. Jamais exemple semblable n'avait encore été donné. Ministres du Roi trèschrétien, est-ce là le soin que vous prenez de la dignité de votre maître? Et que feriez-vous de plus si vous aviez dessein de persuader à l'Europe qu'il doit recevoir de vous la permission de vouloir ?

Cependant de nouvelles négociations sont entamées et prolongées avec art. On cherche inutilement à obtenir des évêques une déclaration favorable aux vues du ministère. Pour les tromper plus aisément, on les isole de leur chef, et ils sont contraints, chose inouie, de répondre à une lettre du Pape, qu'on refuse de leur montrer (i).

Durant le cours de ces basses intrigues, la destruction se consommait. Chaque année la mort enlevait quelque évêque, et la religion de l'État , seule privée de la liberté dont jouissaient toutes les autres , menaçait de s'éteindre faute

(i) Les sourdes menées qui eurent lieu alors formeront un article curieux des me'moires de cette époque. On y yerra jusqu'où l'ambition personnelle peut conduire certains hommes pour qui la religion n'est qu'un moyen de parvenir.

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