‹ MélangesChapitre 4 sur 80 · DE L ESPAGNE · texte numérisé non relu

DE L ESPAGNE

périra s'il le veut , s'il veut elle sera sauvée. Que fera-t-il? Pas un doute n'entre dans un seul esprit. L'organe officiel du cahinet anglais lui-même croit la plus légère hésitation impossible, parce qu'il la juge également impolitique et déshonorante. Il se trompait. On hésite , on tergiverse ; on montre aujourd'hui la velléité d'obéir, si ce n'est au commandement de l'honneur, aux conseils impérieux d'une politique saine , au moins à l'instinct pressant de la conservation. Le lendemain ce n'est plus cela : on a vu des inconvéniens. Qui sait , si , en regardant bien , on n'en verra pas d'autres ? Les révolutionnaires assurent qu'il y en a tant ! Après une pensée de guerre, précédée de douze mois d'inaction complète , effrayé de son courage , le ministère dit : négocions ; et il négocie effectivement sur les cadavres des défenseurs de Ferdinand VU ; et , rassuré parce qu'il négocie avec les hommes à marteau y il annonce enfin que la paix ne sera point troublée , c'est-à-dire qu'en ce qui le concerne , la révolution s'accomplira paisiblement en Espagne , pourvu que Vhonneur de la France et sa dignité n'en souffrent point.

D'honneur et de dignité, il n'en faut plus parler , on le conçoit trop bien ; parlons de l'existence.

Avez-vous donc espéré que la révolution d'Espagne , si elle triomphe , se renferme entre ses frontières ? Ne voyez- vous donc pas qu'en ce

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moment elle est le bras de la révolution européenne 5 et que ce bras est levé sur vous ? Vous croyez éviter la guerre , et vous ne faites autre chose que nous en préparer une plus terrible. Vous montrez votre faiblesse au-dedans , votre faiblesse au-debors , et , poursuivis par les fantômes d'un esprit troublé , vous vous réfugiez dans votre peur comme dans un asile inviolable : eh bien donc ! dormez-là , jusqu'à ce que la révolution vous réveille !

Ecoutons cependant le ministère , ou du moins ceux qui se sont chargés de justifier sa politique. Quand la malheureuse Espagne sera couverte de ruines et inondée de sang ; lorsque les derniers soutiens de la royauté et de la religion auront succombé ; lorsque des millions de frénétiques ( car la contagion s'étendra ) , las de s'égorger entre eux , jeteront sur la France un regard avide , et se précipiteront dans nos provinces pour s'unir aux révolutionnaires qui les attendent ; alors que fera-t-on ? La guerre ? Non ce n'est pas ainsi que nos profonds politiques l'entendent. Ils ont trouvé un autre moyen de préserver le pays , un moyen beaucoup plus constitutionnel , disent-ils : ils feront murer les Pyrénées !

A la vérité ils espèrent qu'on ne les forcera pas d'en venir à cette extrémité; car enfin, ajoutent-ils , si la révolution consent à se modifier elle-même ? Pauvre illusion ! elle le devrait pour

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ses intérêts , elle le devrait pour rendre son triomphe plus sûr , en le retardant de quelques instans. Mais je vous ferai une senle question : dites-moi avec qui vous traiterez , quelles garanties on peut vous donner , quelles garanties vous pouvez recevoir ? Votre traité , quel qu'il soit 5 car je ne veux pas discuter ici cette question , votre traité ne sera qu'une consécration solennelle de la révolte, et un appel général à la rébellion.

Mais qui peut prévoir les suites de la guerre ? Eh î sans doute , qui peut les prévoir , quand on a fait tout ce qu'on pouvait faire pour tourner les chances contre soi ? Cependant le succès offre peu d'incertitude : on n'imagine qu'un événement qui pourrait amener de grands revers ; et de cet événement sortirait une accusation si terrible contre le ministère, qu'on ne saurait se permettre de le supposer possible. Au reste , ne vous y trompez point : vous n'avez pas à calculer si vous ferez la guerre , mais quand vous la ferez. La révolution avance ; elle avance en écrasant ceux qui seraient aujourd'hui pour vous d'inappréciables auxiliaires. Serez-vous plus forts quand ils ne seront plus? Pensez-vous que vos soldats seront plus en sûreté dans l'Espagne , lorsqu'au lieu des frères d'armes qui les appellent , ils n'y rencontreront que leurs tombes et leurs mânes indignés? On a osé calomnier ces nobles défenseurs du trône , on a osé dire que c( le jour où

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)) l'armée française entrerait dans leur pays, les » royalistes s'uniraient aux révolutionnaires pour )) les repousser. » Qu'ont répondu les royalistes? (( Nous n'avons point réfusé contre Buona parte » le secours des Anglais et des Portugais , com- )) ment repousserions-nous le secours des Fran- )) çais , nos alliés naturels , pour détruire la ré- » volution ? Si les Catalans , les Arragonais , les » Navarais, sont étonnés de quelque chose, c'est » d'attendre encore les Français ( i ). )) Ils ont lieu en effet d'être étonnés : appelés pour défendre Dieu et le roi , ce sera la première fois , depuis douze siècles, que les Français libres auront manqué à un semblable rendez-vous.

On feint d'appréhender de compromettre les jours du roi; comme si la révolution victorieuse devait être plus douce, plus humaine que la révolution vaincue ! N'est-ce pas au contraire ses craintes qui ont protégé le roi jusqu'ici? Personne, assurément, ne forme des vœux plus ardens que les nôtres pour la conservation de cette tête sacrée ; nos sentimens ne peuvent être douteux ; et c'est pour cela que nous oserons dire qu'il ne s'agit pas uniquement de sauver le roi , mais encore la royauté , et non-seulement la royauté chez un seul peuple , mais la royauté dans l'Europe entière. Le temps presse : puisse la dernière heure ne pas sonner pendant que les ministres négocient !

(i) Lettre du général Quesada, insérée dans les journaux.

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PAR

l'Abbé F. DE LA MENNAIS.

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lEU a bien fait toutes choses. Que les impies blasphèment tant qu'ils voudront : leurs blasphèmes n'ont aucun fondement. La création tout entière élève la voix pour rendre témoignage à son auteur.

Dieu a bien fait toutes choses dans l'ordre de la nature. Tout y est plein de sa majesté et de sa grandeur; il s'y révèle à nous par des merveilles sans nombre ; et certes , à la vue d'un si ravissant spectacle , nous nous sentirions élevés au-dessus de nous-mêmes si nous n'étions pas appesantis par une insensibilité léthargique.

Dieu a bien fait , a divinement fait toutes choses dans l'ordre de la religion. Le Verbe incréé , engendré de toute éternité dans la splendeur de sa gloire , est descendu de son trône , et s'est fait chair pour sauver sa créature.

Qui pourrait méconnaître en lui l'envoyé du Tout-Puissant? Approchez, enfans des hommes : voyez le Pasteur dont il faut écouter la voix , le Maître dont il faut recevoir les leçons , le

Grand-Prêtre par excellence dont il faut accomplir les préceptes ; en un mot , contemplez le Rédempteur promis , qui nous a , dans sa clémence, apporté le plus grand des biens, je veux dire la religion chrétienne ; religion venue du ciel et digne de régner sur la terre ; religion où l'on découvre évidemment le signe de l'autorité suprême , devant laquelle toute raison doit s'humilier ; signe d'unité , qui doit réunir tous les cœurs ; signe de vérité , qui doit subjuguer tous les esprits ; signe de sainteté , qui doit extirper tous les vices ; religion manifestement divine , soit qu'on la considère sous le rapport de sa propagation ou de son institution primitive.

Pensons-y sérieusement , car jamais question plus importante ne s'offrit à notre examen. De sa solution dépendent et nos devoirs et nos espérances , et la conduite entière de notre vie , et notre sort éternel : ce sont là , ce me semble , d'assez hauts intérêts, et des objets dont la raison la plus dédaigneuse peut sans rougir s'occuper quelques instans. Qui que nous soyons , il nous faudra comparaître un jour devant Dieu : cités à son tribunal redoutable pour y rendre compte de notre foi , voulons-nous n'avoir pour toute réponse à articuler que ces paroles : Cela m'était indifférent : je n'y ai point songé ? Ah ! loin de nous cette indifférence coupable , ce mortel assoupissement bientôt suivi d'un si terrible réveil ! sachons ce que nous devons croire, pour savoir

ce que nous devons faire , ce que nous devons espérer , ce que nous devons craindre. Voilà la véritable science de l'homme ; les autres ne sont que des curiosités futiles, dcs jeux d'enfans dont on berce son ennui , ou dont on amuse ses loisirs.

Etait-il nécessaire que Dieu révélât une religion ? J'abandonne aux philosophes cette discussion où rien ne me force d'entrer. Je m'en tiens uniquement au fait , et je dis : Il existe une religion qui porte en elle-même des caractères visibles de divinité ; donc cette religion est divine, donc elle est révélée, donc elle est vraie, et par conséquent la seule à laquelle on doive s'attacher. Si le christianisme a réellement les caractères que je lui attribue, ces conséquences sont rigoureuses.

Et d'abord est-il rien de si grand , de si sublime que ce que la religion nous enseigne par rapport à Dieu , c'est-à-dire touchant notre dernière fin et les moyens d'y parvenir? Cette parole , je crois en Dieu , cette parole que tout chrétien , que le pauvre paysan répète tous les jours, il n'a pas été donné aux philosophes païens,* aux plus vastes génies éclairés des seules lumières de la raison de la pouvoir prononcer. Aucun n'a dépassé le doute , aucun n'a dit avec cette simplicité et cette force : je crois en Dieu : c'est que Dieu seul pouvait élever jusqu'à lui l'esprit de l'homme ; c'est que lui seul pouvait

mettre dans son cœur la foi , don surnaturel , don infini dans sa nature comme dans ses effets , et qui , nous conduisant à la certitude par des routes inconnues à ^ 'intelligence , nous fait entrer en participation de ce sentiment intérieur par lequel Dieu prononce qu'il existe. Je suis ^ dit-il 5 celui qui suis ; et le petit enfant qu'il a instruit dans le secret du cœur , répète : il est celui qui est !

Or 5 une religion qui repose sur une véiité si féconde et si haute ; une religion qui m'offre pour modèle un Dieu-Homme, et l'éternité pour récompense ou pour punition de mes œuvres ; une religion qui me montre un Être tout-puissant dont les yeux sont toujours ouverts pour observer ma conduite ; qui me laisse dans l'attente d'un jugement formidable , où mes pensées les plus secrètes seront examinées; qui me représente cette vie comme un pèlerinage , et ce monde comme un lieu d'exil , afin qu'étant créé pour le ciel je ne m'attache point à la terre; qui, m'arrachant à l'empire des sens , m'apprend à regarder la mort comme le passage à une vie meilleure , où je dois continuellement m'efforcer d'arriver : une religion qui me dit : sois parfait comme Dieu même est parfait ; qui me relève avec tendresse dans mes chutes, parce qu'elle ne connaît point de crimes inexpiables, et qu'elle peut appliquer des mérites infinis; qui ordonne au juste de trembler, et fait de l'espérance la

première vertu du pécheur; qui arrête la présomption par la crainte, sourit au repentir , déclare heureux ceux qui pleurent, maudit les joies dissolues du siècle , détrône l'orgueil humain , et proclame le règne de Tamour : cette religion , sans aucun doute , mérite tous les hommages de ma raison et de mon cœur.

Je sais qu'elle contrarie les penchans de la nature corrompue, qu'elle déclare aux passions une guerre inexorable. La vanité, la mollesse, la vengeance , la haine sont autant de victimes qu'il lui faut immoler : mais il n'y a rien là qui m'étonne , rien qui n'ajoute à la confiance qu'elle m'inspirait déjà. J'y vois un nouveau caractère de vérité très-éclatant ; car plus la religion est pure et rigoureuse dans ses préceptes, moins je puis reconnaître en elle l'ouvrage de l'homme. Les passions troublent l'ordre moral ; la religion , qui a pour but de le rétablir, doit donc combattre les passions. Les lois mêmes n'ont pas d'autre objet, et la religion n'est plus sévère, elle ne commande des vertus plus diliiciles, elle n'interdit des fautes plus légères, elle ne prescrit, en un mot, une plus haute perfection, que parce qu'elle est la plus parfaite des lois.

Il est vrai qu'elle me propose à croire des dogmes incompréhensibles, des mystères impénétrables qui consternent la raison. Mais cela même, loin de m'ébranler, m'affermit de plus en plus. Tout, et l'homme même, est mystère pour Fhom-

me. Que croirais-je, si je ne croyais que ce que ma raison conçoit? Le ciel, la terre, la vie, la mort, le grain de sable que je foule aux pieds, la paille que le vent emporte , me sont éternellement incompréhensibles *, et je prétendrais comprendre Dieu, sa nature, ses attributs, son essence ! Insensé ! contemple ton néant , ta bassesse profonde , et cesse de demander compte à l'Eternel de son être et de ses perfections. Il t'en a révélé ce qu'il t'était possible, ce qu'il t'était utile d'en savoir : crois et adore; car l'inaccessible hauteur de la doctrine qui fait le désespoir de ton esprit est la plus invincible preuve de son origine céleste. Une religion sans mystère serait une religion fausse , puisqu'elle ne nous donnerait ni l'idée ni le sentiment de l'infini : une religion sans obscurité serait une religion absurde, ou plutôt ce ne serait rien, puisque cette religion nous laisserait dans une ignorance complète de la divinité , qui est évidemment au-dessus de notre intelligence et par conséquent n'établirait entre elle et nous aucuns rapports.

Le christianisme n'est donc obscur en quelques-uns de ses dogmes, que parce qu'il est divin, que parce qu'il nous transporte dans les régions de l'infini , et déploie à nos regards une perspective immense, dont l'œil ne saurait embrasser l'étendue, et où il cherche en vain des bornes qui fuient toujours. Si la religion se vantait de dissiper entièrement les ténèbres de notre

esprit, il serait sans doute facile de la convaincre de mensonge ; mais au contraire elle nous dit : « Vous n'apercevrez jamais clairement ici- » bas les sublimes vérités que je vous révèle ; » vous n'en pourriez soutenir l'éclat ; et voilà )) pourquoi je vous les présente enveloppés d'un » voile que la mort seule décliirera. Croyez sans )) essayer de comprendre : courbez votre raison » altière sous l'humble joug de la foi; avec le )) sacrifice du cœur, j'exige encore celui de l'in- » telligence. »

Tel est le langage de la religion, et la raison elle-même découvre aisément les motifs du sacrifice qu'on lui demande. L'homme est tombé par l'orgueil. Dans l'insensé désir de s'égaler à Dieu il voulut ravir la science et ne conquit que l'erreur. Au lieu de s'élever, comme il s'en flattait, jusqu'au niveau du souverain Etre, toutes ses facultés se dégradèrent, et il descendit audessous de la brute. Si tu manges de ce fruit y tu mourras , lui avait dit le Créateur : il osa douter de sa parole et braver ses menaces ; le châtiment suivit de près. La rébellion de ses sens devient le premier fruit de sa rébellion contre Dieu : son entendement se couvre de ténèbres : de honteux mouvemens jusqu'alors inconnus l'agitent et le fatiguent presque sans relâche. Devenu le roi de ses pensées en même temps que l'esclave de la concupiscence , il règne dans les ténèbres et gémit sous le fouet vengeur du re-

mords. Suivez-le dans ses prodigieux égaremens , cet être déchu : il ne sait ni ce qu'il est, ni d'où il vient, ni où il va; ses devoirs ne lui sont pas moins inconnus que ses destinées : il ignore tout, il s'ignore lui-même , il ignore jusqu'au crime pour lequel il est tourmenté. Comment donc l'expier , ce crime énorme ? Comment guérir cette profonde plaie? L'un et l'autre est l'œuvre de la foi. Elle guérit notre ignorance en nous remettant en possession de la vérité que nous avions perdue ; elle change notre arrêt de mort en la promesse d'une vie immortelle; elle expie enfin la révolte de l'orgueil par une soumission absolue, de sorte que, proscrits pour avoir refusé de croire , nous rentrons en grâce en croyant ; et la foi , dans sa consolante obscurité comme dans la certitude et la paix qui l'accompagnent, est tout ensemble notre sacrifice , notre lumière , notre mérite et notre récompense.

O foi ! appui de ma faiblesse et charme de ma misère, viens dans mon coeur, viens l'éclairer , le fortifier, le remplir de l'espérance et de l'amour des biens ineffables que tu nous annonces ! Viens me dévoiler le secret de mon être, m'instruire des mystérieux rapports qui unisse al l'homme à son auteur et le ciel à la terre. A la lueur de ton flambeau, mes yeux s'ouvrent : quel spectacle vient les frapper? Dans le ciel , la majesté du Très-Haut sur un trône resplendissant de gloire ; sur la terre , des hommes qui gémissent dans une vallée de

larmes. Ces deux objets si indifférens , si iniinement éloignés l'un de Fautre, il faut les rapprocher; il faut établir entre le Créateur et la créature une communication divine. Que fait la religion ? elle place entre Dieu et l'homme un Homme-Dieu : comme homme il satisfait pour l'humanité coupable , comme Dieu il donne un prix infini à sa satisfaction. Prêtre et victime , il s'immole lui-même ; il s'interpose entre nos crimes et la justice éternelle : l'instrument de son supplice et de notre rédemption à la main , il se présente à son père , il lui offre son sang , ses douleurs , son agonie , sa mort ; les entrailles de la miséricorde divine s'émeuvent, et le genre humain est sauvé.

Dès lors de nouvelles relations s'établissent entre la terre et le ciel ; le médiateur en est le lien : hostie perpétuelle , pontife toujours vivant pour intercéder en notre faveur , c'est en son nom que nous demandons , en son nom que nous obtenons; nos prières sont ses prières, il les purifie , les sanctifie , les rend dignes d'être écoutées de celui à qui elles s'adressent. Par l'union que nous avons avec lui , par l'application qu'il nous fait de son sacrifice et de ses mérites , notre repentir 5 nos vertus , notre amour , tous nos sentimens s'agrandissent , s'élèvent , se divinisent , pour ainsi parler. Le Tout-Puissant voit en nous ses fds comme son fds voit en nous ses frères. Tout, dans la religion de l'Homme-Dieu, prend

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le caractère de l'infini , tout s'embellit et s'épure. La terre n'est plus seulement le séjour de douleur où un être criminel et misérable attend dans l'effroi l'exécution de sa sentence : elle est encore le lieu où la vertu se perfectionne pour le ciel , le temple auguste où commence l'adoration en esprit et en vérité, qui se prolongeant à jamais dans la Jérusalem céleste , et s'y confondant avec la possession de l'objet même de ce culte ineffable 5 fera éternellement l'occupation des élus , et leur indicible félicité.

Que sont les stériles spéculations de la pbilosopliie , ses absurdes systèmes , ses doctrines désolantes, près de ce magnifique ensemble de vérités si sublimes et si simples , si étroitement liées entre elles , si conformes à ma raison , si appropriées à mes besoins , si douces et si consolantes pour mon cœur? Avouez-le ingénuement, n'êtes- vous pas ému en méditant ces toucbans mystères de l'Homme-Dieu descendu du sein de sa gloire pour s'humilier, pour souffrir, pour mourir d'une mort cruelle , afin de nous donner la vie ? N'y a-t-il pas en vous quelque chose qui vous dit que cela est divin? Ne sentez-vous pas vos yeux se mouiller de larmes à la vue de Jésus en croix ? Ab ! malheur, malheur aux âmes dures que n'attendrirait point une bonté si ravissante , un si prodigieux excès d'amour ! Oui , pour renier Jésus expirant sur un bois infâme en pardonnant à ses bourreaux 5 pour refuser de croire en lui , il faudrait

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n'être pas homme, il faudrait être un je ne sais quoi de monstrueux, un démon, plus qu'un démon, car si les démons ne sauraient aimer, ils croient du moins et ils tremblent : credunt et contremiscunt.

Voyez combien déjà une attentive considération du christianisme nous y fait découvrir de caractères de vérité ; et pourtant nous sommes loin d'avoir épuisé ce sujet immense; à peine au contraire l'avons-nous efîleuré. Ce ne serait pas trop de plusieurs volumes pour développer complètement les preuves que notre plan nous contraint de resserrer en quelques lignes. Nous avons par exemple envisagé Jésus-Christ comme médiateur et comme rédempteur; mais quel nouveau jour cette doctrine n'emprunte-t-elle pas de sa liaison intime avec le dogme de notre chute originelle , dogme attesté lui-même par la tradition de tous les peuples, et consacré pour ainsi dire par la conscience du genre humain? Que l'orgueil se révolte, qu'une raison hautaine et débile plie sous le poids de cette formidable vérité , une naturelle et invincible conviction nous force à la reconnaître devant ce tribunal intérieur qu'on ne peut ni décliner ni séduire. Je ne sais quelle voix douloureuse se prolonge à travers les siècles et nous crie que nous sommes tombés; la souffrance, le péché, la mort nous en avertissent à chaque instant. Eternellement inexpliquables à nous-mêmes , dès que nous perdons de vue notre dégradation primitive,

elle seule répand quelque lumière sur notre être et nos destinées j notre crime explique notre punition ; et l'homme , dit Pascal , est plus inconcevable sans ce mystère, que ce mystère n'est inconcevable à l'homme.

O homme! abaise-toi donc : mortel coupable, humilie-toi 5 prosterne-toi, mets ton front dans la poudre , et remplis de tes inconsolables gémissemens cette terre, royaume de désolation que Dieu t'a donné dans sa vengeance pour exil et pour tombeau, comme on assigne un vil domaine à un roi dépossédé ! Mais que dis-je ? Réjouistoi plutôt , et chante avec la nouvelle Sion : Heureuse faute , qui a mérité d'avoir un si grand Rédempteur ? la religion te rend , et bien audelà, ce que tu avais perdu : elle t'élève à une perfection qui te place autant au-dessus des anges, que les triomphes de la vertu sont avi-dessus d'une innocence paisible et sans combats. Soutenu par la grâce divine , il n'est point de vicieux penchant que tu ne puisses surmonter. Qu'on cesse de me parler de nature corrompue , je ne vois plus , je ne veux plus voir que la nature réparée et resplendissante de gloire. La foi m'ouvre le ciel , éclaire mon ignorance , fixe mes incertitudes , dissipe les sombres nuages qui environnaient ma raison , et la remplit d'un torrent de lumières. A sa suite marche l'espérance, charme éternel de la vie , et l'aimable compagne de l'amour. Croire, espérer, aimer, voilà

toute la religion. Aucun sacrifice ne coûte lorsqu'on est assuré du prix ; tous les devoirs sont doux à celui qui aime. Aimez et faites ce que vous voudrez , disait un des pères de l'Eglise : c'est qu'on n'a de volonté , quand on aime , que celle de l'objet aimé. O loi d'amour ! loi sublime, loi adorable, que n'obtiens tu pas des vrais cbrétiens î A l'exemple de leur maître ils passent dans le monde en faisant le bien. Une cbarité immense comme Dieu même , qui la leur inspire , anime toutes leurs actions, remplit toute leur pensée , féconde tous leurs sentimens. Est-ce pour eux-mêmes qu'ils vivent, ou n'est-ce pas uniquement pour les autres qu'ils existent? Voyez-les voler au secours de toutes les misères liumaines ; voyez-les verser, comme le Samaritain, l'huile et le baume sur les plaies de leurs frères : rien ne les lasse, rien ne les rebute : plus vous êtes infortuné , plus vous leur êtes cher. Leurs trésors sont le patrimoine de l'indigence*, leur temps, leurs soins, leur compassion, leurs larmes appartiennent à tous ceux qui souffrent. Etes-vous pauvre , malade , infirme? venez, ils vous soulageront. Votre cœur saigne-t-il de l'une de ces blessures secrètes que l'on s'efforce de "dérober à la dure pitié d'une philanthropie égoïste? accourez, ils vous prodigueront des consolations ineffables qui adouciront vos maux et vous les feront oublier. Pour eux il n'y a point d'ennemis , point d'étrangers , il n'y a que des hommes. Av€z-vous commis quel-

que faute ? approchez , ne craignez point ; leur bouche ne connaît pas le reproche insultant ; ils vous plaindront , ils pleureront avec vous , ils s'avoueront faibles comme vous, et vous montreront , avec le souris de l'espérance sur les lèvres , le commun libérateur. Bons pères , bons fils, bons époux , amis surs, sujets fidèles , quelle vertu n'est pas la leur ? et pourtant , loin d'être épris de leur propre excellence , ils gémissent incessamment sur leur indignité, se regardent comme des serviteurs inutiles , et n'attendent leur récompense que de la gratuite miséricorde de l'Etre infiniment bon qui la leur a promise. Détachés des biens terrestres , ils n'aspirent qu'à la céleste patrie où le sauveur les a précédés. Honneurs , plaisirs , richesses , rien de ce qui est du monde ne les touche ; ils n'en aiment , ils n'en désirent que les tribulations et les croix. Les larmes sont leur joie, les humiliations leur gloire, les souff'rances leur lit de repos. Frappez-les sur la joue droite , ils vous présenteront aussitôt la gauche ; enlevez leur habit , ils vous abandonneront encore leur manteau. Persécutez-les, emprisonnez-les , arrachez-leur la vie dans d'effroyables tortures , ils prieront pour vous le Dieu qui pardonne , et leurs douces paroles seront des paroles de bénédiction.

Je m'arrête : sont-ce des hommes que j'ai peints? non, ce sont des disciples de Jésus-Christi Que celui qui n'aperçoit dans la religion qu'une

invention humaine se lève maintenant et dise : J'aurais créé cette doctrine , j'aurais changé la nature de l'homme , j'aurais inventé la foi , l'espérance et l'amour.

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