SUR UN ARRÊT RENDU
loi 5 le règne du Roi très-chrétien. On aurait pu , ce semble , à toute force , en trouver dans le code révolutionnaire , qu'il eût été plus pressant d'effacer du code monarchique.
Enfin , la sagesse d'une cour souveraine en a jugé autrement; elle a déclaré que l'État ne connaît pas Dieu, que dès-lors la religion de l'État n'est qu'un vain nom. Mais comme elle n'a pas expliqué ce que c'est que la morale sans religion , sans Dieu , il s'ensuit que l'État ne connaît point de morale , dans le sens où ce mot a été entendu jusqu'ici; et, pour être conséquent, il faut tolérer les morales individuelles , comme on tolère les religions et les opinions individuelles. Nous disons tolérer y parcequ'on ne doit pas parler de protection dans un pays où l'on permet que la religion de vingt-cinq millions d'hommes soit chaque jour insultée, calomniée, tournée en dérision, dans des multitudes de pamphlets et de journaux , et où quelques factieux peuvent , à volonté , sans que les dépositaires de l'autorité s'y opposent, en troubler et même en, empêcher l'exercice.
Et quand nous disons que l'État , dans notre système de législation, doit tolérer toutes les morales, nous ne faisons que répéter, en d'autres termes , ce qui a été soutenu à la tribune de la Chambre des Députés. N'a- 1- on pas demandé que le mot même de morale fût effacé de notre code ? Quand une nation repousse Dieu de ses
PAR LA COUR DE CASSATION. 2l3
lois , toutes les vérités , tous les devoirs , toutes les vertus se retirent; et, comme autrefois, dans ce temple célèbre que la Divinité n'habitait plus, on entend des voix qui disent : Sortons cVici ! Bientôt après, raconte l'histoire, un soldat, poussé pai^ une inspiration divine y met le feu à ce temple vide , et le peuple est dispersé.
L'arrêt dont nous essayons de montrer les conséquences offre encore une particularité digne d'observation , c'est qu'à peine a-t-il excité l'attention publique. Un procès en police correctionnelle eût fait plus de bruit. Il est vrai que les circonstances étaient peu favorables. On était occupé d'autre chose , on n'avait pas le temps de songer à Dieu. Hélas ! tels que tous les peuples sans doctrines et sans avenir , rien ne nous touche plus que ce qui frappe les sens. Nous ne voyons partout que l'homme ; nous n'attribuons nos maux qu'aux hommes : nous ne comptons , pour nous sauver, que sur les hommes; oubliant que les hommes sont impuissans à sauver ou à perdre les peuples, et que c'est l'erreur qui perd, et la vérité qui sauve et qui conserve, ainsi que nous l'apprend le suprême Législateur de la société : Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice y et le reste vous sera donné par surcroît. On s'est ému pour rejeter du sein des Chambres un homme qui a prêché le meurtre des Rois et l'abolition de la royauté ; et on a vu tranquillement des magistrats déclarer l'abolition