HAINE DE CERTAIN S HOMMES
il est naturel qu'elle inspire une haine proportionnée au désir qu'on a de renverser l'ordre existant. De là les efforts des révolutionnaires pour la décréditer dans l'esprit de la multitude , pour armer contre elle les passions que désolent ses préceptes et que ses menaces inquiètent , et pour porter l'administration , qui ne leur obéit que trop bien , à l'opprimer avec art , et à l'étouffer sous le poids de sa tyrannique protection. De là encore les entraves que l'on met aux missions, et les invectives qu'on prodigue aux missionnaires 5 véritables soldats de la royauté aussi bien que de l'autel , dans des temps d'erreur et de lâcheté. Ils apprennent aux Français à obéir au chef que Dieu leur a donné, à respecter leurs sermens , à s'aimer les uns les autres , à pardonner les torts et à les réparer ; quel scandale ! Si l'on n'arrête leur fanatisme , ils finiront par éteindre toutes les animosités, ils détruiront jusqu'au dernier germe de discorde. Guerre donc aux missionnaires, à ces perturbateurs du crime , qui s'en vont en tous lieux réveillant les consciences , et répétant cet horrible cri : Repentir et pardon !
Les révolutionnaires craignent peu les lois ; faibles ils les éludent , forts ils les bravent : ils ne redoutent pas même les armées , il y a des movens d'en changer l'esprit ; mais ils tremblent devant la Croix , ils connaissent sa puissance. Le souvenir des prodiges qu'elle opéra dans la Bre-
ta£*ne et dans la Vendée agite leur sommeil. De ce bois sacré sort une vertu qui les trouble et les abat. Ils voient une menace de vengeance partout où les autres hommes découvrent un signe de salut.
Mais , pour mieux entendre combien la religion les importune, considérez quels sont leurs desseins : Ils attaquent la dynastie légitime , la justice, puisque le crime n'est à leurs yeux qu'une opinion qui doit avoir dans les Chambres ses représentans ; la morale , puisqu'ils ne reconnaissent d'autre droit que la possession ; en un mot , ils attaquent l'ordre social tout entier. Il leur faut donc nécessairement renverser la religion , qui est le fondement et la garantie de toutes les légitimités, qui consacre tous les droits, condamne tous les crimes , et oppose ainsi une barrière invincible aux révolutions.
Mais si , à cet égard , les révolutionnaires comprennent parfaitement leurs intérêts, que penser du gouvernement , qui , au lieu de réprimer ces hommes pervers , et de défendre contre eux la religion qui le défend lui-même , la leur jette comme une vile pâture, pour apaiser leur faim? Comment expliquer un pareil délire ? et c'est pourtant ce qu'on appelle sagesse et modération! En vérité, selon l'expression d'un paysan vendéen , les choses rêvent à présent.
Jusqu'ici nous avons parlé de ce qui frappe les yeux. En s'élevant à de plus hautes consi-