HAINE DE CERTAINS HOMMES
délations, on découvre dans la nature même de l'homme déchu une cause générale de haine pour la religion catholique, cause dont l'influence se manifeste de mille manières, dans toutes les contrées et dans tous les temps , et à laquelle on doit originairement attribuer les nombreuses persécutions que le christianisme a subies.
Nous naissons pour obéir. Il existe une loi de vérité qui est la règle de l'intelligence et une loi d'ordre qui est la règle du cœur. Mais naturellement l'homme est impatient de toute règle; il abhore l'obéissance. Son orgueil, aspirant à une pleine souveraineté, s'irrite contre les devoirs qui l'avertissent de la dépendance d'un pouvoir supérieur. Or , la religion catholique , manifestation complète de la loi de vérité et de la loi d'ordre, renferme tous les devoirs de l'homme; elle contraint sa raison, son cœur, ses sens d'obéir à ces deux grandes lois. L'esprit ne compose point avec ses dogmes , ni la conscience avec ses préceptes. Forte de l'autorité de Dieu même , elle exige une soumission universelle , absolue , et désespère l'orgueil par l'inflexible fermeté de ses commandemens , et l'immutabilité de sa doctrine.
On conçoit aisément qu'une religion si opposée à nos penchans les plus vifs inspire une aversion profonde à certains hommes. Quelque route que prennent leurs passions, elle se présente pour les combattre ; avec elle nul traité , nul accom-
Tnodemêiit. Elle ne souffre pas qu'on rejette une seule des vérités qu'elle ordonne de croire, qu'on se dispense d'une seule des vertus qu'elle enjoint de pratiquer. Pensées, volonté, actions, il n'est rien qu'elle ne règle; elle maîtrise tout l'homme, et l'affranchit par l'obéissance de la faiblesse de l'esprit qui est l'erreur, el de la faiblesse du cœur qui sont les passions. Faut-il donc s'étonner que ces passions murmurent? Si quelque chose devait surprendre, ce serait de voir la religion, persécutée par elles, conserver l'empire qu'elles lui disputent. Et remarquez que la haine se concentre sur l'Église catholique parcequ' elle seule possède et exerce l'autorité qui blesse l'orgueil. On s'inquiète peu qu'elle croie , qu'elle enseigne tels ou tels dogmes , mais on s'indigne qu'elle refuse la permission de ne pas croire. Aussi ses ennemis laissent-ils en paix le protestantisme , qui lui-même laisse en paix toutes les opinions , ou du moins ne peut en proscrire aucune sans violer son principe fondamental. Et cela s'est bien vu en Angleterre dans le procès du libraire Carlisle. Cet homme a ouvert une controverse devant les tribunaux ; il a même cité quelques actes du parlement en faveur des unitaires. Que lui a-t-on répondu? Le juge a parlé de sa persuasion , de sa croyance personnelle , et il a condamné Carlisle sur des motifs indépendans de la vérité de la doctrine que ce déiste enseigne. L'ordre public a triomphé; mais la religion a été vaincue. Nos révolutionnaires
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l'ont bien senti, et c'est pourquoi ils n'ont pas, que je saclie , attaqué avec leur violence ordinaire un jugement qui devait leur paraître d'un exemple dangereux.
Qu'on ne s'y trompe pas , l'athéisme est rare ; ce n'est guère qu'un doute affreux, confiné dans quelques âmes ténébreuses , pour y consoler le remords. La plupart des hommes admettent volontiers la nécessité d'une religion , même pour eux; tout ce qu'ils demandent, c'est qu'elle n'ôte pas à l'esprit son indépendance , ou qu'elle ne soit loi que de son consentement. Telles sont toutes les religions fondées sur l'examen particulier. Elles ne choquent , elles n'inquiètent personne,^ parcequ'elles ne disent à personne croyez ^ et qu'on sait bien qu'après tout ce ne sont que les pensées d'un homme qui ne privent pas les autres hommes du droit de penser différemment.
L'orgueil est donc en sûreté dans ces espèces de systèmes philosophiques , où il n'existe ni autorité, ni obéissance. Il y trouve même un aliment aussi doux que pernicieux. Quand un homme se fait lui-même sa religion , il est ordinairement meilleur que cette religion, précisément parcequ'il l'a faite pour lui-même , et , dès lors , telle qu'elle convenait à sa raison , à son caractère, à ses penchans; il pose en quelque sorte la barrière à l'extrémité de ses passions , et se tenant sans peine toujours en deçà, il s'applaudit de sa perfection. Parmi les catholiques, c'est autre chose;
ils sont tous moins Lons que leur doctrine , parcequ'elle est réellement la loi de Dieu y loi parfaite, et qui exige de l'homme la perfection de Dieu même, ou la parfaite conformité de la raison à la vérité infinie , et de sa volonté à l'ordre éternel. Soyez parfaits comme votre père céleste est parfait. Tel est le but où nous devons tendre, et nous ne l'atteignons jamais ici-bas, car le plus > juste a toujours des faiblesses assez nombreuses pour s'humilier profondément. Ainsi le même regard sur soi-même qui nourrit l'orgueil du sectaire confond l'orgueil du catholique , et sa foi seule est un acte d'humilité , puisqu'elle en est un d'obéissance.
Il n'y a qu'une erreur dans le monde , la souveraineté de riiomme \ et qu'un crime , la révolte contre Dieu. Tous les désordres du cœur et de la raison sortent de là , comme FeiFet de sa cause. Or la religion catholique seule établit pleinement la souveraineté de Dieu , et la dépendance de l'homme. Voilà le vrai , l'unique motif de la haine exclusive dont l'honorent certains hommes , qui poussent jusqu'au fanatisme l'orgueil de l'indépendance et l'aversion de la règle. Tant qu'ils ne forment que le petit nombre , contenus par les lois de la société , par les mœurs , les usages , l'opinion publique , on ne juge qu'imparfaitement des suites de leur erreur. Mais si leurs sentimens deviennent ceux d'une nation entière , ou de la plus grande partie d'une