RÉFLEXIONS SUR LA CENSURE
joindre , comme à celui-ci , quelques nouvelles réflexions pour justifier soit les faits, soit les principes dont les censeurs se seraient crus obligés de prendre ombrage. La vérité ne peut que gagner à ces discussions, et peut-être apprendrontelles à ceux qui l'ignorent que le sentiment du devoir est aussi une force, et qu'on n'étouffe pas aisément la voix de l'bonnête homme qui ne craint rien et ne désire rien.
Sur la nécessité ^ pour le gouvernement ^ de s'occuper de la religion.
Dans un moment où les destinées de la France se décident peut-être , et où l'on paraît chercher quelques appuis pour soutenir l'édifice social ébranlé ; dans un moment où un nouveau ministère, montrant avec ménagement des espérances timides encore , des désirs modestes , semble essayer d'agir et s'encourager lui-même à vouloir , il nous sera sans doute permis d'appeler son attention sur ce qui fait seul la véritable force des états et des gouvernemens , la rehgion.
Qu'on observe la conduite des révolutionnaires; n'est-ce pas contre le christianisme, contre le culte catholique et ses ministres, que se dirigent leurs plus grands efforts; d'où vient leur haine pour les missions, si ce n'est de la crainte qu'elles leur inspirent ? Ils savent que prêcher
ET SUR l'université. 2^3
les devoirs , le pardon des torts , le repentir , c'est porter la désertion dans leurs rangs, et leur ôter l'espoir de vaincre , en désarmant le crime. Aussi voyez que de soins ils prennent pour exciter les passions du peuple ; et avec quelle fureur ils attaquent quiconque a l'audace de troubler le sommeil innocent du remords. Réchauffant sous leurs ailes toutes les erreurs et tous les désordres, ils se flattent d'en faire éclore une nouvelle révolution.
On doit le dire , les souverains ont trop espéré jusqu'à présent séparer leur cause de celle de Dieu. En renonçant à cette grande alliance, ils ont cru qu'ils résisteraient plus aisément à leurs ennemis. Au lieu d'élever en haut leurs regards , ils ont résolu de baisser leurs yeux sur la terre (i)^ sur cette terre chancelante qui ne peut plus porter un trône. Dès-lors il leur a fallu discuter leurs droits devenus incertains. On leur a demandé de qui ils tenaient le pouvoir , et à quels titres ? Qu'a-t-on répondu ? L'Europe le sait. Jouets de l'homme aussitôt qu'ils ont cessé de relever du ciel , contraints de négocier , de transiger avec le peuple , ils ont mis leur autorité et leur vie même en arbitrage , heureux d'être tolérés comme ils toléraient Dieu.
Qu'ils l'apprennent enfin , point de christianisme , point de rois. Le sceptre , c'est la croix :
(i) Oculi eorum statuerunt declinarc in terram, Ps. xvi; ii.