‹ MélangesChapitre 58 sur 80 · RÉFLEXIONS SUR LÀ CENSURE · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUR LÀ CENSURE

qu'elle règne sur les peuples , et ils régneront eux-mêmes. Il y a dans ce signe sacré une vertu qui les sauvera. Mais s'ils le livrent à la dérision , s'ils souiFrent que des factieux ébranlent, en l'insultant 5 les croyances sur lesquelles repose la société 5 il sortira de cette croix , arrosée du sang qui demande grâce , des malédictions terribles et de prophétiques menaces.

On ne saurait le dissimuler, depuis quatre ans la religion de l'État est opprimée en France. Qu'a fait pour elle l'ancien ministère , ou plutôt que n'a-t-il pas fait contre elle ? Salariant les factieux des débris de l'Eglise, chaque jour il démolissait ce que Buonaparte même avait conservé* N'avons-nous pas vu l'épiscopat près de s'éteindre. La piété du roi a provisoirement arrêté les^ progrès de la destruction ; mais le nombre des sièges, qu'il était indispensable d'augmenter, est demeuré le même, malgré le traité le plus solennel ; mais les écoles ecclésiastiques , destinées à repeupler le sanctuaire , n'ont pas cessé d'être en butte aux persécutions de l'université ; mais , en même temps que l'on consacrait l'athéisme politique par les lois et par des arrêts des tribunaux , une administration jalouse envahissait de toutes parts la juridiction spirituelle , commandait l'enseignement^, réglait la discipline , et se faisait un jeu cruel de tourmenter la conscience des prêtres. Chose sans exemple , l'autorité établie pour maintenir l'ordre public

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semblait regarder comme un devoir de protéger contre la religion l'impiété des mourans, le duel et le suicide. Au nom de l'humanité , elle demandait à des ministres de paix de tolérer Teffasion du sang , et au nom d'une loi athée elle leur ordonnait de bénir le crime.

On doit espérer que de pareils scandales ne se renouvelleront pas. Mais suffit- il de mettre un terme à l'oppression de l'Église? la France n'attend-elle rien de plus de son gouvernement? Ne pas opprimer , ce n'est que de l'indifférence ; et quand il s'agit de religion , il n'y a pas loin de celui qui dit , Que m'importe ? à celui qui dit : Dieu n'est qu'un mot.

Voilà ce qu'on défend de dire sous un ministère qui, à la vérité, n'a pas, que je sache, la prétention d'être religieux , mais qui ne désavoue pas encore celle d'être royaliste. Les censeurs forment, à l'entendre, une espèce de jury dont il doit respecter l'indépendance. Mais , d'abord , qui nomme les censeurs? et, en second lieu , est-ce à huit ou dix hommes amovibles et non responsables, ou au ministère, que les pouvoirs de l'État ont confié la censure? Pourquoi les ministres la demandaient-ils , s'ils ne voulaient pas l'exercer? Qui les autorise à faire présent d'un pareil privilège à qui que ce soit? Pensent-ils sérieusement pouvoir se cacher derrière

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les agens qu'ils emploient? Espèrent-ils qu'on se méprendra sur la main qui donne l'impulsion ? Et voudraient-ils , d'ailleurs , en condamnant à l'indépendance des hormnes qui n'ont pas dû s'y croire exposés en cette occasion , paraître dédaigner leurs services , et affliger leur docilité ? Cela est impossible. Les censeurs sont leurs délégués , ne peuvent être que leurs délégués. Tout ce qu'ils font , le ministère le fait 5 et c'est par la censure qu'en ce moment on peut le mieux juger de ses principes et de l'esprit qui l'anime. Or, jusqu'ici, l'on ne voit de sa part que de tristes eiOforts pour garder un certain milieu entre le bien et le mal , entre la vérité et l'erreur, et une continuelle hésitation qui laisse subsister toutes les espérances et toutes les craintes.

Et pour ne parler que de l'objet qui nous intéresse spécialement, que penser des dispositions du ministère à l'égard de la religion , lorsque la censure ne souffre pas qu'on en expose l'état réel? Reprenons le seul paragraphe qui l'ait blessée dans notre article , et voyons s'il renferme rien d'exagéré.

Depuis quatre ans la religion de F État est opprimée en France. Pour nier ceci , il faudrait soutenir , entre autres choses , que mettre une religion dans l'impuissance presque absolue de perpétuer son sacerdoce , ce n'est pas opprimer cette religion ; ou , en d'autres termes , que la détruire ce n'est pas l'opprimer. Nous ne serions

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pas étonnés qu'en effet on le soutînt , même sans choquer la censure ; mais on ne s'étonnerait pas non plus, apparemment, que nous eussions quelque peine à nous laisser convaincre.

Qu'a fait pour elle V ancien ministère ^ ou plutôt que n'a-t-il pas fait contre elle ? Salariant les factieux des débris de rÊglise y chaque jour il démolissait ce que Buonaparte même avait conservé. Quatre millions de bois, faible débris de l'antique domaine du clergé , existaient encore sous Buonaparte : qu'en a fait l'ancien ministère, et à quels hommes a-t-il cru en devoir le sacrifice? Sous Buonaparte on respectait extérieurement la religion; il ne souffrait pas qu'on l'insultât chaque jour dans les feuilles publiques et dans une multitude de pamphlets ; qu'on provoquât sur elle et sur ses ministres le mépris et la haine du peuple par des gravures infâmes : que s'est-il passé depuis ? Buonaparte protégea toujours les Frères des écoles chrétiennes : n'a-t-on pas tenté d'abolir cette institution vénérable , pour y substituer des écoles d'anarchie et d'irréligion ? des écoles avec lesquelles le triomphe de la démocratie était assuré , disait un homme qui s'y connaît , et qui , revêtu d'une charge importante , favorisait de tout son pouvoir, pour le plus grand bien de la monarchie, la propagation de l'enseignement mutuel.

N* avons- nous pas vu Vépiscopat près de s* éteindre ? La piété du Roi a provisoirement

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