‹ MélangesChapitre 68 sur 80 · DANS LES AFFAIRES D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

DANS LES AFFAIRES D'ESPAGNE

ij NE révolution n'est autre chose que la destruction du pouvoir ; tandis qu'il subsiste , on sait où est l'État et où sont les lois ; mais le pouvoir détruit , tout est détruit. Il n'existe donc pas d'autre moyen de finir une révolution , que de relever le pouvoir qu'elle avait abattu , et jusqu'à ce qu'il soit rétabli complètement, la société , partagée entre l'autorité légitime qui cherche à s'afifermir , et la révolution qui s'efforce de la renverser , est en proie à une guerre intestine et permanente.

C'est dans cet état de trouble et de désordre , cet état de demi-révolution , vanté par de demirévolutionnaires comme la perfection de l'ordre social , qu'on a essayé de placer l'Espagne en conseillant au roi de reconnaître aux factieux le droit de l'attaquer dans de certaines limites , et aux factieux de rendre au roi le pouvoir de se défendre dans les mêmes limites. Voulez-vous

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assurer la paix , leur a-t-oii dit , érigez la discorde en loi fondamentale.

Mais, au milieu de leurs intrigues, une haute autorité est venue apprendre à ces officieux conseillers qu'il n'y aura de tranquillité pour l'Espagne , que lorsque Ferdinand VII sera libre de donner à ses sujets les institutions qu^ils ne peuvent tenir que de lui (i) : paroles vraiment royales et dignes d'un descendant du monarque qui trouva dans son âme ce mot si profond, Uétat c'est moi {2); non, sans doute, que l'état lui appartînt comme un troupeau appartient à son maître, mais parceque l'état n'existe que par le souverain , et ne peut être véritablement représenté que par lui.

Que la royauté est grande dans sa force! elle est la vie et le salut des peuples. A peine Louis XVIII a-t-il prononcé les paroles que nous venons de rappeler , toute l'Espagne se réveille , l'espérance renaît dans les cœurs, tous les bras s'arment pour délivrer le roi captif; les factieux voient flotter aux portes de Madrid l'étendard de la fidélité; ils tremblent au pied du trône qu'ils ont profané ; quelque chose leur dit qu'ils sont vaincus.

(i) Discours du roi à l'ouverture des chambres en iSiS.

(2) L'empereur, annonçant à sa cour la mort de Louis XIV, ne dit que ces mots : Le roi est mort. C'e'tait assez, il avait nommé cciui qui n'e'tait plus.

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Portez ensuite vos regards sur la France, voyez Tenthousiasine des soldais, la confiance de leurs chefs , la joie du peuple , la terreur des ennemis de la royauté , et comprenez ce que c'est que le pouvoir !

On ne doit pas croire cependant que les hommes d'intrigue aient perdu Tespérance, et moins encore le désir de transiger avec les coniinuneros y et de transporter en Espagne des institutions étrangèies à ses idées , à ses mœurs , à ses habitudes. Us seconderont de toutes leurs forces la politique de l'Angleterre, occupée d'affermir la domination de ses armes et de son commerce par la domination de ses lois, et qui, ne craignant rien tant que l'union des nations continentales , cherche à les diviser par la nature même de leurs gouvernemens, et à se créer ainsi sur le midi de l'Europe un nouveau genre de suprématie. Et certes , quand on la voit ménager avec un soin si persévérant , et la révolution d'Espagne , et la révolution de Portugal , et toutes les révolutions qui éclatent chez les autres peuples , refuser constamment d'intervenir pour les étoullèr , y applaudir au contraire, les encourager par ses vœux officiellement exprimés, et mettre autant d'ardeur à propager ses institutions qu'à répandre les produits de ses fabriques; il est clair qu'un puissant intérêt l'anime, et l'on a peine à concevoir que des gouvernemens sages, nous ne disons pas favorisent, mais

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contemplent sans inquiétude le développement d'un système si menaçant pour la sécurité et la prospérité de l'Europe.

Après ce qui s'est passé dans la Péninsule , négocier avec les cortès ce serait négocier avec l'anarchie , l'impiété , l'athéisme ; ce serait sanctionner la révolte , légitimer les proscriptions , et presque le régicide.

Qu'on y prenne garde , c'est de l'existence de la société qu'il s'agit. Il n'y aura plus de civilisation , plus de monarchie du moment où il sera établi que la rébellion a aussi des droits , que la force crée la souveraineté, et qu'elle peut, aidée du crime , changer un comité de conspirateurs en un véritable gouvernement.

Qu'est-ce que les cortès aux yeux de nos ministres? Les regardent-ils comme une réunion de simples individus sans autorité ? Il est absurde de traiter avec des individus. Que peuvent-ils décider ? que peuvent-ils promettre ? que peuvent-ils garantir?

Les cortès sont-elles un pouvoir public et légal? Est-ce ainsi que les ministres les considèrent? Ils reconnaissent donc que la révolte peut être le fondement d'un pouvoir légal , et de plus ils reconnaissent à la fois deux pouvoirs opposés , celui du roi et celui des ennemis de la royauté.

Diront-ils que Ferdinand a légitimé, par son libre assentiment , le pouvoir des cortès ? Ce serait dire que la France fait aux cortès une guerre

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injuste , puisque le motîî avoué de la guerre est de délivrer Ferdinand de la tyrannie des cortès.

Les ministres ne peuvent donc négocier avec cette assemblée de factieux sans se mettre en contradiction avec eux-mêmes, et sans consacrer des principes destructifs de la société.

Sur quoi d'ailleuis porterait une transaction avec les rebelles ? Voudrait-on prudemment obtenir leur aveu , ou s'aider de leur zèle pour reconstituer la monarcbie qu'ils oftt renversée? Étendrait-on jusqu'en Espagne la politique des concessions? Serait-il décidé que là aussi les révolutionnaires peuvent avoir autre cbose à demander que leur pardon ? ou enfin entrerait-il dans les vues de quelques hommes de se servir d'eux pour diriger en un certain sens la restauration de la Péninsule? Nous ne saurions le croire. Il est trop visible qu'un pareil projet échouerait infailliblement.

On le sait aujourd'hui mieux que jamais , ni l'Espagne , ni son roi n'ont besoin de conseils étrangers. Entouré de ses sujets fidèles y qui se sont si héroïquement dévoués pour le trône , Ferdinand fera , n'en doutez nullement , tout ce qu'attendent de lui les vrais Espagnols ; et pour assurer le bonheur de son peuple , inséparable de la dignité de sa couronne , rien ne Fobhgera de chercher au dehors des modèles ni des leçons.

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