DÉEENSE DE LA VÉNÉRABLE COMPAGNIE
résultera, ce nous semble, la justification la plus complète de la vénérable compagnie.
§ I. Pour maintenir le principe du protestantisme y la vénérable compagnie a dû nécessairement renoncer aux opinions qu'on lui fait un crime d^ avoir abandonnées.
Le droit d'examen est le fondement de la religion protestante , et tout ce qu'elle contient d'invariable. Tant que ce droit est reconnu, exercé sans entrave, elle subsiste elle-même sans altération ; ce droit aboli , elle n'est plus. Mais combien ne serait-il pas absurde d'ordonner à cbacun d'examiner pour former sa foi , et de lui contester ensuite la liberté d'admettre le résultat, quel qu'il soit, de cet examen? Conçoit-on, je le demande, de plus manifeste contradiction? Nos pasteurs ont donc pu légitimement rejeter telle ou telle croyance , conservée par les premiers réformateurs. Et que signifie même ce mot de réforme y entendu dans son vrai sens , sinon un perfectionnement progressif et continu? Prétendre l'arrêter à un point fixe , c'est tomber dans la rêverie des symboles immuables , qui conduisent tout droit au papisme par la nécessité d'une autorité infaillible qui les détermine. Souvenons-nous-en bien, la plus légère restriction à la liberté de croyance, au droit d'alTirmer et de nier, en matière de religion , est mortelle au protestantisme. Nous ne pouvons condamner personne sans nous condam-
DES PASTEURS DE GENÈVE. SSq
ner nous-mêmes , et notre tolérance n'a d'autres limites que celles des opinions humaines. .
On ne peut donc, sous ce rapport, que louer la sagesse de la vénérable compagnie. Provoquée par des hommes qui , en l'accusant d'erreur , sapaient la base de la réforme, elle s'est peu inquiétée des opinions qu'elle sait être essentiellement libres , mais elle a défendu le principe même de cette liberté , en repoussant de son sein les sectaires qui le violaient. Permis à vous, leur a-t-elle dit , de croire ou de nier personnellement tout ce qu'il vous plaira , pourv u que vous laissiez chacun user tranquillement du même droit, pourvu que vous ne prétendiez pas donner aux autres vos croyances pour règle *, car c'est là ce que nous ne souffrirons jamais. Qui ne reconnaît dans ce langage et dans cette conduite le plus pur esprit du protestantisme ?
On ne le reconnaît pas moins dans le choix des opinions que la vénérable compagnie admet ou rejette. Le devoir d'examiner pour former sa foi a des conséquences nécessaires qu'on ne remarque pas assez ; et de là naissent souvent des contradictions fâcheuses, que le corps enseignant doit surtout s'attacher à éviter.
En effet , nul ne y \t examiner qu'avec sa raison; la raison ne peut juger que de ce qu'elle comprend ; aucun dogme incompréhensible ne saurait donc être admis par un protestant qui règle sa foi d'après les maximes fondamentales de
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sa religion. Or, qu'on me dise si parmi les dogmes que rejette la vénérable compagnie , il en est un seul qu'un homme sensé se flatte de comprendre. On aura beau crier qu'ils sont clairement dans l'Ecriture ; d'abord c'est la question même ; et puis faut-il donc prendre à la lettre tout ce qu'on lit dans l'Ecriture ? Personne ne soutiendra une pareille absurdité. Ceci est mon corps ; ceci est mon sang : qu'y a-t-il de plus clair que cela dans l'Ecriture ? Nous convenons tous cependant qu'on ne doit pas entendre ces paroles littéralement. Et pourquoi ? uniquement parcequ' elles choquent notre raison. C'est donc toujours notre raison, la raison de chacun de nous qui décide du sens de l'Ecriture , et qui décide selon ce qu'elle comprend. A moins donc qu'on ne soutienne que la Trinité, qu'un homme Dieu, etc., sont des dogmes qui se comprennent mieux que la présence réelle , il restera prouvé qu'en rejetant ces dogmes inconcevables , la vénérable compagnie s'est conformée très-strictement à un principe non-seulement essentiel au protestantisme , mais qui est le protestantisme tout entier. Si une fois l'on se mettait à croire ce que l'on ne peut comprendre , je ne vois pas sur quel fondement on refuserait d'admettre un seul point de la doctrine des papistes. Quand on veut protester , il faut savoir pourquoi , et s'y tenir , quelque inconvénient qui en résulte. 11 n'y a rien de pire que l'inconséquence , et ce
n'est pas le moment de fournir de nouvelles armes contre nous. Je passe à ma seconde proposition.
§ IL Les adversaires de la vénérable compagjiie renversent totalement le principe du protestantisme -y et ils y opposent des maximes qui les obligent ^ s'ils sont conséquens , à rentrer dans FÉglise romaine.
Lorsque les réformateurs se séparèrent de 1^glise de ce temps-là , il fallut établir dans l'Eglise nouvelle un ministère nouveau ; car évidemment nous ne succédions pas à ceux avec qui nous rompions à ce moment même. De là naquit une difficulté d'autant plus grande que la vraie notion de la réforme n'était pas encore, à beaucoup près, parfaitement développée dans les esprits. Chacun réformait à sa manière et dès-lors un peu au hasard, je veux dire sans concert, sans ordre arrêté pour l'exécution d'un plan commun. En secouant le joug du catholicisme , on ne secoua pas également celui de toutes les croyances qu'on avait puisées dans son sein; on eut surtout une peine extrême à se faire une juste idée de l'Eglise, qu'on voulait toujours se représenter comme une société immuable , instituée par Christ , et gouvernée en son nom par des ministres investis d'une mission divine.
Nous pouvons l'avouer aujourd'hui, en partant de ces maximes il était impossible aux pre-