‹ MélangesChapitre 73 sur 80 · DÉFENSE DE LA VÉNÉRABLE COMPAGNIE · texte numérisé non relu

DÉFENSE DE LA VÉNÉRABLE COMPAGNIE

de l'intolérance , arrêter le progrès des lumières , faire rétrograder la réforme vers de vieux préjugés aujourd'hui presque éteints. Nous le disons hautement, il est du devoir de la vénérahle compagnie de prévenir ces funestes effets, et de prouver qu'elle est digne encore de se placer à la tête de la réforme ; par sou invariable attachement au principe qui en est la base, et par un généreux aveu de toutes les conséquences de ce principe conservateur de la raison humaine. C'est en imitant le courage des premiers réformateurs , plutôt qu'en adoptant servilement leurs opinions particulières, que nous nous montrerons leurs dignes successeurs. Ils ont fait beaucoup sans doute , mais ils n'ont pas tout fait ; et comment ceux , qui ouvrirent la vaste carrière que nous parcourons, auraient-ils pu en marquer le terme ? Y a-t-il même un terme assignable aux découvertes que le génie peut faire dans la religion, qui n'est autre chose que la science de l'infmi ? Les Luther , les Calvin , les Bèze , en élaguèrent quelques erreurs : s'étonnera-t-on que, par une suite d'anciennes habitudes d'esprit, et peut-être par condescendance pour la faiblesse de leur siècle , ils en aient conservé d'autres ? Qu'on ne l'oublie jamais , leur gloire n'est pas d'avoir cru ceci ou cela, mais d'avoir rejeté toute croyance spéciale , imposée comme un devoir. On s'imagine embarrasser beaucoup la vénérable compagnie et la rendre odieuse en insi-

DES PASTEURS DE GENÈVE. SSy

nuant qu'elle ne croit plus à la Trinité , au péché originel , à la nécessité du baptême et d'une grâce surnaturelle , à la divinité du Christ , à sa rédemption , à l'éternité des peines. On la somme de s'expliquer nettement sur tous ces points , et l'on triomphe de son silence avec une joie digne du seizième siècle , comme si la religion dépendait de ces questions scolastiques. Le mieux serait de laisser chacun les décider pour soi dans l'intérieur de sa conscience. ]\Iais puisqu'on veut une réponse nette , nous dirons , sans craindre d'être désavoués, que la vénérable compagnie n'admet point de dogmes incompréhensibles , parcequ'au fond ce n'est rien admettre , ou c'est admettre une absurdité ; et nous ajouterons qu'elle n'a pas l'orgueilleuse prétention de comprendre les mystères qu'on lui reproche de ne plus croire et de ne plus enseigner.

Qu'on ne se hâte pas cependant de se réjouir de cet aveu comme d'une victoire ; car nous soutenons et nous allons démontrer avec évidence ,

1° Que 5 pour maintenir le principe du protestantisme , la vénérable compagnie a dû nécessairement renoncer aux opinions qu'on lui fait un crime d'avoir abandonnées ;

2° Que ses adversaires renversent totalement ce principe tutélaire , et qu'ils y opposent des maximes qui les obligent, s'ils sont conséquens, à rentrer dans l'Église romaine.

Ces deux propositions étant prouvées , il en

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