‹ MélangesChapitre 13 sur 92 · PREMIER INTERROGATOIRE · texte numérisé non relu

PREMIER INTERROGATOIRE

Les questions du conseiller Violle vont nous faire connaître le texte de quelques-unes des remarques manuscrites de Geoffroy Vallée. Sur sa Bible, en face du nom de Moïse, il a mis « méchant et délié », et, en marge de V oraison dominicale du Catéchisme^ que « le fils n'est de Dieu et qu'elle n'est instituée par le fils de Dieu, mais par le Diable ».

Geoffroy Vallée se défend mal, il se reconnaît coupable à peu près de tout ce dont on l'accuse, il omet d'insister sur « sa fièvre chaude » ; il n'a même pas gardé le souvenir de la tentative qu'il avait faite, pendant un accès (en avril 1572), de se jeter par la fenêtre. Il plaide à peine les circonstances atténuantes. Cependant, il débutait bien en manifestant son ébahissement d'apprendre qu'on le tenait pour l'auteur de La Béatitude des Chrestiens ; sa surprise à cet égard pouvait faire douter de l'intégrité de ses facultés mentales : son nom figure, en effet, au titre de ce livret accompagné de ceux de ses père et mère ! La vérité, c'est que son naturel a vite repris le dessus ; il a oublié toute prudence en déclarant : a ce n'est pas science et sagesse de croire au Pape » et il a invoqué, pour justifier cette opinion, « son libre arbitre ». Sur son appréciation de Moïse, il a confirmé qu'il l'estimait bonne, tout en déniant son jugement sur Voraison dominicale. Il déclare qu'il ignore les traités de Luther et de Calvin ; mais où a-t-il pris la notion du « libre arbitre » et pourquoi a-t-il écrit dans La Béatitude des

(1) Mardi XII' janvier M. V' LXXIIII. Information pour Jelian Vallée contre Geoffroy Vallée. Joint au procès dudit Vallée prise le II de ce mois.

Jeudi XIIII' janvier M. V' LXXIIII. Information pour Guillaume Brochet contre Geoffroy Vallée. 1 s. joint au procès dudit Vallée du II de ce mois. (Archives nat., X2A 1203).

Il ne reste rien de toutes ces informations en dehors des mentions ci-dessus et nous ne savons pas quel était exactement leur objet.

Chrestiens « que le libertin qui a passé par la huguenoterie arrive à plus heureux port que tous les autres qui croient » ? Evidemment, s'il n'a pas lu les Pères du Calvinisme, il a fréquenté les religionnaires.

Du jeudi XIIIP de janvier M. Vc LXXIIII en la Chambre criminelle

Messieurs P. Hennequin, 1*"" présid', A. de Harlay.

Mess. Anjorrant, de Maulevault, N. Chevalier, Perrot, Quélain, Briçonnet, de Chanleclerc, Brulart, de Beauveau, C. Violle, Spifame, Thomas, Le Jau.

Geoffroy Vallée -j-

Dit qu'il est natif d'Orléans et a esté secrétaire du Roy et qu'il est en prison depuis VII mois (1) et depuis le dit temps n'a office.

Pourquoy il est prisonnier.

Dit qu'il a esté prisonnier au Chaslelet pour un petit livre qui est imprimé et s'est amusé à le faire y a VII ou VIII mois.

Si quant il l'a fait, il savait ce qu'il faisoyt.

Dit qu'il a esté esbahy quant il a seu que on le tenoyt pour l'autheur et y a mis la consolation dedans et que chacun en pensoit, dit qu'il croit en Dieu et dit en luy mesmes comment se pouvoyt faire cela et pensoyt savoir toutes les choses du monde.

Qu'il a escript en la Bible où il appelle Moyse meschant et deslyé.

Dit qu'il a escript cela et le croyoit ainsi et pensoit bien faire.

Remonstré qu'il a appostillé un Cathéchisme.

Dit que oy et qu'il a esté commissaire à refaire ledit cathéchisme.

Remonstré qu'il a fait imprimer ledit livre.

Dit qu'il y a II ans que ses parens l'ont fait mettre en tutelle et avec tout son bien chez Ville, tuteur qui le reçoit et quant il va par la ville on le monstre au doigt et dit-on voylà ce fol Vallée.

Remonstré que sa doctrine est contraire à la doctrine clirestienne et pourquoy il est en tutelle.

Dit qu'il y a XX moys qu'il y est et que sesdits parens l'ont poursuivy à cause de son livre.

S'il a eu fiebvre chaude.

Dit que ouy et luy ont dit sesdits parens qu'il a fait beaucoup d'actes de follyes mais il ne luy en souvyent.

Remonstré que l'on a dit qu'il se vollu jeter par la fencstre, si la chose est vraye.

Dit qu'il ne s'en souvyent.

Remonstré qu'il a esté à Rome.

Dit que ouy. Pape est le commissaire de Dieu, confessé et esté inter-

(1) Cette déclaration est inexacte : il veut dire deux ou trois mois au plus.

rogé, le pape le fit renvoyer vers l'ambassadeur, et qu'il n'est venu pour loger en ceste ville et luy dit que n'est science la sapience de croire en luy.

Sur quoy il fonde cela et s'il est si présumptueux de présumer cela de luy.

Dit qu'il s'est fondé sur le libéral" arbitre.

Remonstré qu'il a escript que c'est luy qui fait la sapience de croire.

Dit qu'il l'a escript.

S'il recongnoist qu'il a failly en escripi'ant lelz blasphèmes.

Dit que oy et n'entent persévérer puysque tant de gens ne le trouvent bon et qu'il n'a jamais failly d'aller à la messe et qu'il a blasphémé par parabolle.

Dit sur ce interrogé.

Qu'il ne sait qui a imprimé le livre et que l'escolier lui apporta ledit livre imprimé et que ledit escolier est messager de Flandres, logé aux III chandeliers.

Remonstré qu'il a esté imprimé par Prigent Godec, imprimeur, demeurant en la rue de Montorgueil.

Dit qu'il n'en a parlé.

Remonstré qu'il a baillé argent aux colporteurs pour ce lii>re.

Dit que non.

Remonstré qu'il a esté prisonnier et mis en tutelle.

Dit que oy.

S'il en a esté osté et deffense à son curateur de le transporter hors de ceste ville.

Dit qu'il n'en a esté osté.

Remonstré que on fit présenter pour le oster de tutelle.

Dit que oy.

S'il a eu fiebvre chaude.

Dit que oy et ne se souvyent de ce qu'il a fait durant la dite fîebvre et par intervalles se le voyt et alloyt par la ville.

S'il a escript toutes les appostilles dudit catheschisme.

Dit qu'il l'a escript y a VII à VIII moys.

S'il veult soustenir ledit escript.

Dit que non.

S'il a esté recognoissant que au commun de la Bible il a croyance et qu'elle est véritable, et s'il croit particulièrement que en icelle y ayt autre chose que vérité.

Dit que non.

Interrogé qui lui a appris la doctrine qui est audit livre.

Dit qu'il l'a apprise des sages et des docteurs, en voyage.

S'il a point leu les escripts de Luther et de Calvyn.

Dit que non.

Reinonstré qu'il a dit que le fllz n'est de Dieu et que l'oraison dominicalle

n'est instituée par le filz de Dieu mais par le diable.

Dit qu'il ne pense rien de cela et pense que cela ne soyt sorty de sa

bouche.

Signé : G. ViOLE (1).

Quatre jours après, le 18 janvier, Geoffroy Vallée est à nouveau interrogé.

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