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II. LE TRESOR INESTIMABLE OU MAUSERISME, DESCRIPTION DU MAUSER

L'attitude de Jean Fontanier au moment de son supplice n'est pas celle d'un innocent, d'une victime, ce n'est plus le catholique sincère qu'il se proclamait. Il persiste dans ses erreurs, cède seulement à la dernière minute à la pression des deux docteurs de Sorbonne. Qu'était-ce donc que ce Trésor Inestimable ou Mausérisine, description du Mauser ? Fontanier en est-il l'auteur? Le Trésor Inestimable était-il manuscrit ou imprimé ?

Sur la première question, comme le Trésor a disparu avec Fontanier, il est impossible d'y répondre; mais en consultant l'histoire du condamné du 10 décembre 1621, les interrogatoires qu'il a subis et l'arrêt du Parlement, on peut essayer d'en tirer quelques inductions. Le titre du livre serait susceptible, à lui seul, de nous mettre sur une bonne voie, à la condition de l'interpréter exactement. Le Mausérisme signifiet-il : doctrine de Moïse, et la description du Mauser en est-elle l'exposé ? Quelle doctrine Fontanier a-t-il pu prêter à Moïse ? Pour guider nos recherches de ce côté, nous avons les personnalités disaac et de Daniel Montalte , ses inspirateurs , et surtout celle de leur père, le fameux médecin portugais Philotée- Elien Montalte (1). Cet Elien soigna et guérit la maréchale d Ancre, abandonnée de toute la Faculté en 1G07 ; il devint, grâce à l'autorisation expresse du Saint-Père, son médecin préféré de 1612 ou 1614 jusqu'aux jours gras de 1616, époque où il mourut à Tours, au moment du passage dans cette ville de la Cour de Marie de Médicis.

(I) Parmi les pièces transmises au Parlement par le procureur gj'néral pour le procès du maréchal d Ancre et de sa femme, se trouvaient : 1° Uue lettre écrite de Venise, à Vincence Lodovici, par Jean Pesco. du 26 avril 1611, avec sa version pour la recherche de Montalte. suivant la lettre qui lui avoit esté escrite pour faire venir ledit Montalte vers ladite Maréchale par lanuelle se veoit que ledit Montalte est tenu pour un grand Hebriou et vrai juif; 2* Aultre lettre de Montalte à ladite Galigaï par laquelle il déclare qu il est prest de venir sous sa b(Miigne protection, n'entendant renier la religion dont il fait profession, qu'en un seul costé on pourra reconnoistre son intention, son âme, c'est qu en pratiquant à Paris, il ne pourra prendre argent le jour de son observance, mais qu'il y proceddera le plus subtilement qu'il se pourra,

Grâce au procès intenté à Léonora Galigaï dont toutes les pièces existent encore aujourd'hui (1), on peut, en consultant les dépositions des témoins ayant parlé d'Elien Montalte, apprécier la mentalité de ce dernier personnage et, par analogie, celle de ses deux fils. Léonora, rappelons-lc, a été toute sa vie la proie d'accidents nerveux connus aujourd'hui sous le nom d'hystérie ; ils passaient alors pour être d'origine diabolique. Afin de lutter contre le diable, à défaut des exorcismes de l'Eglise, — leur impuissance étant jnanifestc, — il fallait, croyait-on, une sorte de magicien, c'est-à-dire un pseudomédecin, versé dans la cabale. Elien Montalte était à la hauteur de ce rôle ; la maréchale d'Ancre le considérait à l'égal d'un sauveur, elle voyait en lui l'homme indispensable à son existence. Aussi eut-elle les plus vifs regrets de son décès et (it-ellc verser à sa veuve et à ses enfants une somme de 3.000 écus pour qu'ils pussent se retirer à Amsterdam en emportant le corps de Montalte.

Les deux dépositions suivantes nous paraissent assez suggestives :

Déposition de Jean Desdiguière, dit Laplnce, mercredi 3 mai 1611, devant Jean Aitbery, Robert Aubery et Xicolas de Bailleul, conseillers du roi en tion Conseil d' Etat et maîtres des requestes ordinaires de son Hôtel :

...(Au coiiimencement de 1G14) arriva au service de la dite Maréchale un norurné Montalte, médecin, juif de religion et qui en faisoit profession ouverte avec toute sa famille, ne sçait qui l'a introduit, mais a ouy souvent dire à la dite Mareschale qu'elle faisoit venir un grand habile homme de médecin qui avoit été autrefois en France, mais que le feu roy l'avoit renvoyé à cause de sa religion.

Dit que depuis la dite venue, il vit la dite Maréchale changer d'humeur, et ne se soucier pas de visiter les églises et mesmes d'ouyr la messe, comme elle avoit accoustumé, ains estoit quelquefois quinze jours et un mois sans l'ouyr, et quitta le confesseur qu'elle avoit et ne faisoit plus de bien auxdils religieux des Carmes déchaussés.

Qu'elle estimoit grandement le dit Montalte, estoit perpétuellement avec luy et le dit André i Néapolitain, guitariste et chanteur) et lisoient ensemblement.

Dit aussi qu'elle s'arausoit à faire de petites boullettes de cire qu'elle

(Ij A la Bibliothèque Nationale, Cinq cents Colbert, 221.

mettoit dans une boueste, et puis les mettoit dans un coffre que ledit respondant nous a monstre et exhibé estant en la chambre de ladite Mareschale. Dit aussi avoir recogneu que depuis ledit temps, elle devint d'humeur fascheuse et mélancolique et s'imaginoit qu'on la pouvoit ensorceler en la regardant fixement, et qu'en lisant des lettres on la pouvoit empoisonner et de fait, depuis ledit temps elle ne lisoit aucunes lettres, si ce n'estoit celles de son mary, qu'elle les faisoit lire à son frère, et trouvoit mauvais qu'on la regardast fixement, et un nommé Darquy l'ayant regardée entre deux yeux elle se fascha contre luy, dont ledit Darquy fut grandement estonné.

Que ledit Montalte mourut au voyage de Bordeaux, dont ladite Mareschale fut grandement affligée et en jeta plusieurs larmes

Déposition de Philippe d'Aquin (1) du 6 may 1611.

Il dit avoir nom Philippe d'Aquin depuis quatre ou cinq ans qu'il

est chrestien. Auparavant de ce temps et pendant qu'il faisoit profession de judaïsme avoir esté nommé Mardochée Cresque, estre natif de Carpentras, avoir fait ses études en Piémont et depuis tousjours esté en Italye jusques à l'âge de vingt-deux ans qu'il se vint marier à Carpentras. Il est depuis trois ans à Paris, il y a cinq ans ou environ qu'il fut baptisé à Avignon. Durant les dix-huit premiers mois de son séjour à Paris, il a demeuré avec Tevesque de Comminges.., Du temps qu'il estoit avec l'evesque de Comminges, il ne connoissait les Concini que de vue « parce qu'il les voyoit quelquefois dans le Louvre passer ». Mais il connoissait Montalte qui servoit de médecin à la Mareschale « lequel il sçavoit estre juif de religion. Lorsqu'il estoit avec l'evesque, Montalte l'envoya quérir par un juif qui demeuroit chez le S"" de Fleurance, précepteur de sa Majesté », et qui l'amena à Montalte : celui-ci lui fit traduire pendant sept ou huit jours un livre manuscrit hébreu qui traitoit de médecine « et croit qu'il appartenoit au sieur de Lapauze, aumônier de madame la Princesse d'Espagne. Pendant ces huit jours Montalte l'entretint souvent d'un livre qui se nomme en hébreu Cepher gheissira (2) qui vault autant à dire que

(1) D Aquin, ou Daguin, était marié et avait trois petits enfants.

(2) Le Sefer lecira a été analysé par M. Isidore Loeb, dans l'article de la Grande Encyclopédie consacré à la cabale juive, c'est-à-dire aux doctrines mystiques et gnostiques des juifs. Guillaume Postel a traduit en latin le Sefer sous le titre : Abrahami patriarchae liber lezirah, sive Formationis miindi, Patribus quidem Abrahami tempora praecedentibus revelatus, sed ab ipso etiam Abrahamo expositus Isaaco, et per Profetarum manus posteritati conservatus, ipsis autem 12. Mosis anditoribus in secundo divinae veritatis loco, hac est in ratione, quae est postérior antho ritate, habitas. Vertebat ex Hcbraeis, et commentariis illustra bat 1551, ad Babylonis ruinant et corrupii mundi sinem, Guielmus Postellus, Restitutus, Parisiis, Vaenunt ipsi authori, sive interpreti, G. Postello. In scholis Italorum. 1552. In 16.

En voici une traduction récente :

Sepher letzirah. Traduction du livre cabalistique de la création acec annotations

Livre de la Création, qui contient les fondements plus particuliers de la caballe hébraïque, qui est proprement la Magye, que par ceste science le Thalraud et les Rabbins croyent qu'un homme qui en sçait la pratique et la mettre à effet peut comme de nouveau créer un homme à sa dévotion, changer ses humeurs et habitudes, s'en faire aymer de sorte qu'il ne luy puisse rien refuser, luy faire un autre cœur et une autre volonté. Et lui, d'Aquin, sait que le Talniud parle de plusieurs exemples où telles choses se sont faites, comme guérir les malades, avoir pouvoir sur autruy et autres choses émerveillables. »

Les paroles de Montalte lui prouvèrent qu'il n'était pas bien versé dans l'interprétation des livres de la dite caballe ou magye et peu savant en langue hébraïque, qu'il faut parfaitement savoir. Mais il reconnut qu'il « sçavoit la tradition et la pratique de ladite science et qu'il y avoit de grands secrets ». D'Aquin lui interpréta quelques livres concernant icelle, mais ce n'est pas suffisant pour être d'aucun effet ; ce qu'il faut, c'est savoir la pratique de la science, « y savoir opérer, ce que les hébreux appellent avoir la clef d'icelle. » Pour lui, il ne sçait qu'interpréter et ignore le secret de la science ; étant juif, il n'a jamais voulu l'apprendre pour la mettre en pratique « parce que les pères de l'Ancien Testament ont tousjours creu que ceux qui se mesloient de faire tels effets mouroient de mort violente, et estoient damnés, par les mots hébreux signifiant « que tout homme qui se sert de la couronne de Dieu est couppé, et que c'est se servir de sa puissance et couronne que vouloir l'imiter et faire les choses que seul il peut faire, comme font ceux qui mettent en pratique ladite science dont le dessein est de contraindre Dieu à agir selon leurs intentions, et, comme ils disent, faire mentir le conseil de Dieu ». Sûrement Montalte savait la pratique de cette science : la preuve est qu'il disait, grâce à elle, savoir « par l'invocation d'un ange appelé par les cabalistes Abrael si un homme devoit ou non mourir, passés les trois premiers jours de sa maladie ». Montalte avait donc la clef «qui consiste par les invocations de certains noms et en disant quelques versets des pseaulmes en hébreu, ou de la Sainte Escriture, à faire des choses impossibles à la nature »....

Déposition de Charles Garcia, natif de César Auguste, au royaume d' Aroj^on, faisant profession de médecine et de diverses sciences, philosophie, mathématiques, aagé de 36 ans ou environ demeurant rue de l'Arbre Sec près la croix de Trahouer.

A eu grande familiarité avec un juif se disant médecin, Montalte, lequel

prises d'anciens commentaires et deux tableaux explicatifs inédits par la Comtesse de Calomira de Cimara, 1913. Paris, Henri et Hector Durville, éditeurs.

Citons encore :

Sepher Ha-Zohar (le livre de la Splendeur) . Doctrine ésotérique des Israélites. Traduit pour la première fois sur le texte clialdaïque, et accompagné de notes par Jean de Pauly. Œui're posthume entièrement revue, corrigée et complétée. Publiée par les soins de Emile Lajuma-Giraud. Paris, Ernest Leroux, 1901), et années suivantes.

sûr de son amitié, lui demanda plusieurs fois s'il savait « la Magie, négromencie et aultres sciences pour contraindre les esprits» ou s'il connaissait quelqu'un qui y fut versé, non pour lui, mais pour la maréchale d'Ancre au nom de laquelle il promettait toutes sortes de biens pour lui déposant ou celui qui aiderait Montalte. Le déposant ne connaît ni magie ni magicien, mais Montalte réitère plusieurs fois son instante prière et sa promesse : il le presse « de trouver quelque étranger magicien qu'il peut amener à lad. marquise, et confessa ledit Montalte au déposant qu'il savait un secret pour émouvoir les volontés, mais disoit ledit Montalte son secret n'estre si fort et si violent qu'il eust voulu ». Quelque temps après Montalte se rencontra avec lui rue Dauphine, il allait chez la Maréchale et lui dit qu'il avait trouvé « un more » nommé Alonce de Loppès « qui lui a fourni un homme sçavant en magie ». Tout cela se passait au mois de juillet ou d'août 1614. Et 4 jours après cette rencontre, Montalte dit qu'il avait trouvé « choses émerveillables et entre aultres un secret qui avoit très grande puissance à obtenir la bonne grâce et forcer la volonté » et depuis il a toujours vu ensemble jour et nuit Montalte et Loppès, et d'autres le lui ont rapporté — (1)

Il est question du fils aîné d'Elien, Isaac, dans la déposition de Vincent Lodovici (2), domestique de la Galigaï et également inculpé :

...Sur la fin de septembre (1616) le maréchal d'Ancre l'envoya à Amsterdam en partie exprès pour trouver le fils de Montalte et entendre de lui « s'il n'avoit point le secret duquel se servoit feu son père pour guarir les personnes ensorcellées » et s'il l'avait, l'amener à Paris. Il trouve le fils de Montalte, qui sait le secret « qui consistoit en jeusnes, prières, aumosnes et abstinence, mesme de ne point habiter avec sa femme par l'espace de quarante jours, ce luy semble, ce qui devoit estre fait par ledit Montalte ». Inutile pour cela de venir en France. Montalte fils promet « d'exécuter lad. recepte, laquelle se feroit beaucoup mieux aud. lieu d'Amsterdam, d'autant qu'ils avoient en ladite ville les livres de la loy et de leur synagogue ». Revient à Paris avec lettre de Montalte au Maréchal, qui est mécontent et renvoie le déposant trois ou quatre jours après porter 150 pistoles à Montalte, et chercher un autre juif qui ait autre meilleur remède «pour ledit mal de sorcellerie ».

Maintenant, nous savons qu'lsaac Montalte, médecin juif comme son père, était son élève et riiéritier de ses secrets ; son

(1) Tous les extraits des dépositions, y compris le suivant, ont été pris dans l'analyse des pièces du procds de la Galigaï qui se lit dans l'ouvrage de M. Fernand Hayem : Le Maréchal d'Ancre et Léonora Galigaï.

(2) Né à Trévise et âgé de trente-huit ans. Sa déposition est du vendredi 12 mai

frère Daniel ne les ignorait pas non plus et sa qualité de rabbin leur ajoutait une auréole presque surnaturelle au yeux d'un naïf comme Fontanier. D'ailleurs, le contraste entre les deux hommes que le destin a mis en présence à Cambrai est saisissant : le premier, Daniel, d'esprit ferme et pratique, conscient de sa force intellectuelle qu'il dissimulait par nécessité, comme tous ceux de sa race ; le second, Fontanier, tout en dehors, léger et inconstant, sans aucune conviction solide. L'emprise judaïque sur son intelligence, préparée par son éducation huguenote qui lui avait donné la Bible pour livre de chevet, développée pendant son séjour en Orient par son étude de l'hébreu, était prête à porter tous ses fruits. Daniel l'a donc considéré comme un coreligionnaire en lui communiquant l'ouvrage de son frère Isaac (etd'Elien ?), dont les éléments avaient été vraisemblablement puisés soit dans le fameux Sefer lecira, soit dans des traités de même genre, peut-être ceux des Roses- Croix (1). Ce rabbin a suggestionné notre méridional, car il n'est pas douteux qu'Elien Montalte avait dévoilé la pratique de l'hypnotisme à ses deux enfants.

Nous sommes maintenant lixé sur les tendances du Trésor Inestimable ! Elles étaient celles d'un adepte de la cabale juive (2), et Fontanier, par surcroît, avait donné à ce livre un caractère hostile au christianisme, ou, plutôt, au catholicisme. Les attaques qu'il contenait, en langage populaire, contre la Sainte-Vierge et les Saints en apportent une preuve, corroborée

(1) Voici un extrait de la plaquette de 1623 : Examen sur l'Inconnue et Nouvelle Caballe des Frères de la Rosée-Croix :

« Adam fut le premier inventeur de la caballe ; ce fut en l'cstude de cette doctrine qu'après sa chute le Roi de l'Univers trouva de l'allégement à sa douleur, et que, par elle, il vid en esprit j^rophétique que de sa race devoit naistre le Restaurateur du genre humain, ce fut par ceste fabuleuse Magye qu Enoch et llëlie furent ravis, que Noé se sauva du déluge universel et que Moyse n'cust jamais fait de miracles en Egjpte, en la terre de Gham, divisé les flots de la Mer Rouge, fait sourcer les eaux des rochers, s'il n'eust estudié en ceste mystique Science, ce fut par elle que Josué arresla le soleil au milieu de sa carrière, que Ezéchias se prolongea la vie de XV ans, Gédéon, Samson, Jepté estoiont de la première classe, Abraham en tenoit escole ouverte, Daniel et Joseph en aprindrent l'explication des songes, par elle S. Paul monta jusqu au 3° ciel et luy revella les secrets cachez au reste des hommes, par elle les trois Roys Orientaux eurent l'honneur d'adorer premiers le Sauveur dans sa creiche, c'estoit l'exercice des premiers Anachorètes, et les Apôtres n'eussent eu jamais le don des langues qu'abreuvez de ceste ancienne et vénérable discipline. »

(2) Le Père Mcrscnne donne une explication très claire et très exacte des Sephirots de la cabale juive dans son Impiété des Déistes, 1624, T. I. chapitre VH.

d'ailleurs par Topinion des juges, qui ont voulu s'assurer si son auteur était juif. L'interrogatoire du 10 décembre 1621 et l'arrêt du Parlement sont très explicites à cet égard.

Sur la seconde question : « Fontanier est-il l'auteur du Trésor Inestimable .^», la réponse est facile. Si on s'attache au fond, il a été fourni, on l'a vu, par Isaac et Daniel Montalte ; si on s'arrête à la forme, il est, sans aucun doute, de Fontanier. Sa faconde y a ajouté les hors-d'œuvre : quolibets, blasphèmes, etc., plus accessibles au public que les raisonnements abscons.

La troisième question : « Le Trésor Inestimable était-il imprimé ou manuscrit ? », ne soulève guère de discussion. Le Trésor Inestimable, imprimé, eût entraîné la recherche de l'imprimeur et il n'est question de rien de tel dans le procès. Le Trésor Inestima le n'a donc vu le jour qu'en manuscrit et son existence a été très courte.

En résumé, la Cour de Parlement, en frappant dans Fontanier le répondant du Trésor Inestimable^ a bien jugé. Si elle a frappé trop fort, il faut s'en prendre aux lois de l'époque.

On ne peut s'empêcher de rapprocher Jean Fontanier de Geofîro}' Vallée, quoique le Trésor Inestimable soit tout à fait différent de La Béatitude des Chrestiens, qui' est l'œuvre d'un libre-penseur. Tous deux sont d'excellente famille ; tous deux sont titulaires d'une charge de Secrétaire du roi et la revendent quelques années après ; tous deux montrent, dès leur adolescence, la même légèreté d'esprit, la même insouciance ; tous deux subissent deux atteintes graves à leur santé : Geoffroy Vallée a une fièvre chaude et Fontanier une attaque de paralysie ; tous deux ont le désir de se distinguer par la nouveauté de leurs doctrines : Geoffroy Vallée, né catholique, influencé par le protestantisme, et, tout en s'en défendant, devient libertin ; Jean Fontanier, né protestant, un instant catholique, retourne au judaïsme ; tous deux terminent leur vie sur un bûcher.

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