LA. PLAINTE DE TIRCIS A CLORIS
On remarquera que les trente et une pages supplémentaires contiennent La Plainte de Tircis à Claris. Nous ne pouvons donner l'analyse de cette pièce ; il suftit de dire que c'est une description digne de TArétin. Sans un mot choquant, sans une expression libertine, elle est obscène par son sujet et anticipe sur la littérature du xviii* siècle. Sauf la forme alambiquée qui se ressent de la fréquentation des précieuses, elle pourrait être signée Crébillon fils ou Andréa de Nerciat. 11 n'est pas surprenant que le syndic des libraires, Louis Turpin, et le procureur du roi se soient émus et que la seconde partie des Pensées du Solitaire ait été l'objet de poursuites devant le prévôt de Paris au Châtelet, Chose à noter, et qui s'explique par la personnalité de Gramail, les libraires seuls ont été mis en cause, aucun effort n'a été fait pour découvrir l'auteur de La Plainte de Tircis à Claris ; la sentence du prévôt de Paris est très explicite à cet égard :
A tous ceux qui ces présentes lettres liront, Louis Seguier, Chevalier baron de Saint-Brisson, sieur des Quaulx et de Saint-Firniin, conseiller du Roy, gentilhomme ordinaire de sa chambre et garde de, la Prevosté de Paris salut, sçavoir faisons que sur la requeste faicte en jugement devant nous en la Chambre civille du Chastelet de Paris par M^ (Louis) Turpin, procureur des syndiqs et adjoinctz de la communauté des marchands libraires imprimeurs et relieurs de ceste ville, prevosté et vicomte de Paris, le Procureur du Roy au dit Chastelet joinct avecq aulx demandeurs à l'encontre de Augustin Courbé et Anthoine Sommaville , marchands libraires, deffendeurs. Avons ouy le dict Procureur du Roy en ses conclusions, ensemble ledict Courbé, présent en personne, lequel par serment a recogneu luy et ledit Sommaville, son associé, avoir en leur possession cent cinquante exemplaires d'un petit traité Intitullé Plainctes (au lieu de Plainte) de Thircis et Cloris qu'ils ont adjousté ou fait rellier en fin du livre Intitullé Les pensées du solitaire, seconde partye, qu'ilz n'ont pas imprimé ledit Traité ains leur a esté baillé par l'Autheur, Ordonnons que i Impression en exemplaires es dites Plaintes de Thircis et Cloris seront et demeureront supprimées avecq deffenses auxdits deffendeurs et à tous autres libraires et imprimeurs de les vendre ou débiter ny adjouster... aux livres qui auront le privilège du grand sceau sur peyne de cinq cens livres d'amende et autre plus grande peine s'il y esc/iet, et pour ta faulte commise par lesdits dc/fendeurs les avons pour ceste fois condamnez et les condamnons chascun en vingt-quatre livres parisis d'amande applicable moitié au Roy et l'autre moitié à... des pauvres de Paris tels que de raison, en tesmoing de ce nous avons faict mettre à ces