CRAMAIL ET VA.N1NI
plante abbreuvée d'une si dangereuse doctrine, n'en retint quelque mauvaise odeur, la Court de Parlement de Toulouse députa deux de ses Conseillers vers le mesme Comte. Ce juste et religieux Sénat ayant esté informé que Lucilio non content de mesdire publiquement de l'Eternel fils de Dieu, avoit des sectateurs en ses exécrables opinions, luy eust desjà faict mettre la main sur le collet, mais auparavant elle vouloit sçavoir du sieur Comte s'il avoùoit un si meschant liomme. Les deux Conseillers ayant exposé leur commission au Seigneur de Cremail, ils eurent telle satisfaction de luy. que le lendemain Lucilio fut saisi, et mené en la Conciergerie.
Après celle alerle : le supplice de Vaniiii, bientôt suivi de la condamnation et de rexécution de Fontanier, puis du procès intenté au poète Théophile de Yiau, Cramail évita tout ce qui pouvait attirer Tattention sur lui en tant que libertin. Il se livra à la littérature. En 1624, il publia une petite pièce : L Infortune des Filles de Joye^ qui prendra place, plus tard, dans quelques éditions des Jeux de VIncognu; en 1629, la première partie des Pensées du Solitaire ; en 1630, la seconde partie desdites Pensées et Les Jeux de VIncognu ; enfin, en 1633, La Comédie des Proverbes. Au mois d'octobre 1635, une lettre de Richelieu au cardinal de La Yalelle nous apprend qu'il venait d'être enfermé à la Bastille ; il y devait rester jusqu'à la mort du puissant cardinal. Aussitôt libéré, il recommença sa bonne vie d'autrefois, celle de sa jeunesse, mais la mort le vint prendre le 22 janvier 1646.