SCÈNE VL BOURSET, JULIE
JULIE
Je n'ai rien fait de bon ; malgré toute leur avidité , ces femmes sont de fer quand on en vient à négocier. J'espérais tripler la valeur de nos actions , j'ai à peine doublé.
BOURSET.
C'est que vous êtes une sotte. Les femmes ne savent rien faire. Moi , je viens de décupler.
JULIE
Gomment cela ?
BOURSET.
Je tiens un actionnaire qui vaut cent pour cent.
JULIE
Et qui donc ?
BOURSET.
Ça ne vous regarde pas... Écoutez seulement ce que j'ai à vous dire. . . Mais où est votre fille ?
278 LES Mlft6l66IPI£Ni>.
JUUE.
Elle esl malade.
BODRSET.
Ce n'est pas yrai. Est-eUe habillée?
Je Yoas assure qu^eUe est fort enrhamée ; le doeCeur lui a prescrit de garder la chambre.
BOUBSET.
Le docteur est un âne. J'entends qu*à Tinstant même Louise soit mise en liberté , parée de sa plus belle robe, bien coiffée, bien jolie , bien gaie; qu'elle voie la fête et qu'elle soit Tue de tous; qu'elle plaise, qu'elle brille, car il faut que ce soir fingt homiues, et des plus huppés , soient amoureux d'elle et me la demandent en mariage.
JULIE, effrayée.
Mai$, monsieur, Louise est trop jeune pour que vpus SQpgiez à l'établir.
BOUBSET,
Vous TOUS trompez , elle a quinze an&
JULIE, plus V0U4 la produirez, moins elle plaira. Elle est fort niaise , manque absolument d'usage , et jase avec tout le monde sans discernement
BOUBSET.
Si cela est , c'est votre faul» » et je veux qu'à partir d'aujourd'hui elle foit sous la direction de sa grand' mère , qui est une femme d*esprit et saura la former.
JULIE
Craignez qu'elle n'en sadie trop.
BOUBSET.
Voilà comme les fiUes bien nées parient de leurs
LES MfSSISSIPIENS. 279
mères* il ii'est pas étonnant qu'elles traitent à mal leurs fiOes.
JULIE
Vraiment, tnonsiear, tous dtes avec moi d'une amertume singtilière , et tous reprenez tos anciennes façons bien à propos pour me faire souvenir de l'horreur avec laquelle j'ai contracté un lien indissoluble avec voust il y a aujourd'hui seize ans.
BOCRSET.
Je vous dis , madame ^ aujourd'hui comme il y a seize ans , que je veux être obéi , et que je ne vous conseille pas de résister à mes volontés : voici mon compliment. Maintenant allez chercher votre fille.
JULIE, à part.
Oti! je me vengerai quelque jour!
{Etie veut s'éioigner. Une troupe déjeunes filles, vêtu^es de hianc et portant des éouquets, arrivent deux par deux et lui barrent te passage, l'a plus jeune "^ Rapproche et commence à lui débiter son ôom,pliment.)
« Monsieur le comte et madame la comtesse , per-
mettez-^nous de vous exprimer en cet heureux jour la
joie que nous éprouvons de vous voir donner plus
QQe jamais l'exemple de l'union et des vertus conjugales qui...
JULIE , prenant l6 bou^ueh
C'est bien , c'est bien, mon enfant, ôU ne vous eu demande pas davantage * c'est très-bien , je vous re-* mercie.
LA PÉtiTE FILLE, Continuant.
» C'est toujours avec un nouveau plaisir, madâirie la comtesse et monsieur le comte , que nous fêtons l'antil-
280 LES mSSISSIPIEKS.
Tersaire du jour trois fois heureux qui a uni pour la Yîe Yos tendres cœurs; car...
BOURSET, avec emportement.
C'est assez! quand on tous dit que c'est assez! Gardez cela pour quand il y aura du monde; tous venez trop tôt
(U s'éioigfie d*un câté, Julie de Vctutre; les petites filles, déconcertées^ se retirent en désordre.)