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SCÈNE III

LES PRÉCÉDENTS, LOUISE, en costumc de novice

bénédictine,

JULIE

Ma fille !

LA.. MARQUISE , S* élançant vers Louise, et Vem," hrassant avec transport»

Ah ! quelle charmante surprise ! ma pauvre enfant !

LOUISE , tombant aux pieds de sa m-cre.

Ah! maman, vous n'êtes donc pas malade? Dieu soit béni ! on m'avait trompée.

JULIE

Il a donc fallu vous tromper pour vous ramener vers moi , Louise ?

BOURSET.

Tu me le pardonnes, ma Louison ? Tu n'es pas fâchée de voir que ta mère se porte bien ?

290 LES BBSSISSIPIëMS.

LOriSE , emérassant son père.

Oh I mon papa , tous voyez que j'en suis bien heureuse. Maman , embrassez-moi aussi.

JUUE.

Vous m*aYez fait bien du mal, ma fUlel

BOURSET.

Point de reproches , s*il vous plaît ; ce jour est un jour de bonheur. Louise a eu tort de nous quitter. J*ai fini par découvrir sa retraite , et , grâce à une ruse innocente, je vous la ramène. Elle doit être pardonnée le jour où elle rentre sous le toit paternel.

LA MARQUISE

Mon Dieu! que je suis heureuse de la revoir, cette méchante enfant I Ahl tu ne nous quitteras plus, j'espère I Vilaine , est-ce que nous pouvons vivre sans toi ?

Chère bonne maman! il faudra pourtant que je rentre ce soir : la règle de mon couvent le prescrit.

LA MARQUISE

Gomment I la règle de ton couvent ? Est-ce qne tu t'es faite religieuse, petite mauvaise tête? Heureusement je vois que tu as un voile blanc... Voyez comme elle est jolie en novice ! Tout lui sied , c'est juste comme moi quand j'avaôs son âge.

LOUISE

Je ne suis encore que postulante , bonne mamaa.

LA MARQUISE

Qti'est-ce que c'est que cela , postulante au noviciat? Mais tu es donc folle , jolie comme tu l'es , de songer ï prendre le voite ? Nous ne le souffrirons jamais.

BOURSE!

Nous causerons de tout cela plus lard , s'il vous plait i

LES MiSSISSIPIEXS. 29 (

mesdames. Ce n'est pas le moment ; il faut maintenant aller au bal , Lcm jse ; j 'eiîge qoe vous Teniez avec nous , mon enfant.

LOUISE

Moi, mon père! Oh! mais c'est impossible I...

JULIE

Au bal dans ce costume? mais cela aurait l'air d'une mascarade !

Aussi je lui ai fait préparer depuis ce matin , par la meilleure tailleuse de la cour, la plus jolie parure de bal qui se puisse imaginer. Allez dans votre chambre , Louise , et faites-vous arranger, llâtez-vous , nous vous attendrons.

LOUISE

Mon père , je vous en supplie , n'exigez pas que j'aille au bal ; je n'ai jamais vu le monde et je n'ai pas envie de le voir... J'y serais si gauche... si conti*ainte... Ma*man , priez mon papa de me laisser vous attendre. Je veillerai dans votre chambre , afin de vous embrasser quand vous rentrerez , et au jonr je retournerai au cou^ vent pour l'heure de la prière.

JULIE, à BouvseU

En effet , pourquoi contrarier ses idées religieuses ! Commeucerez-vous , pour la réconcilier avec la maison paternelle , par la contrarier mortellement ? BOURiSET lui jett0 un regard révère et 0e tourne

vers sa fille*

Louise , je vous ai promis de vous écouter et de faire droit k toute chose raisonnable de votre part ; mais il me semble que vous devez commencer par condescendre aux désirs de votre père , surtout quand il ex'i^e de

292 L^ MISSISSIPIEKS.

TOUS une chose de peu d'importance. Aliez, mon enfant ; si vous voulez me trouver indulgent , soyez sou- > mise. i

LOUISE, ahdttue,

J*obéis, mon père!

{Bourset l'embrasse au front,)

Je vais Taider à sa toilette , et je suis sûre qu'en se

voyant bien belle elle prendra son parti devant le

miroir.

{Elles sortent,)

JULIE , à Bourset.

Je crois que vous prenez un mauvais moyen...

BOURSET , sèchement.

Je sais ce que je fais , madame , et ne veux point ici de résistance à ma volonté. — Allons! ne boudez pas ; voici le collier de diamants que vous désiriez tant! {Il tire un petit écrin de sa poche et le lui présente,) Mistress Law n'en aura pas un plusbeaucesoir... Mais ne le vendez pas, entendez-vous? l'argent devient rare et dangereux. Les diamants sont des valeurs qu'aucun arrêt de confiscation ne peut atteindre.

JULIE

Que vous êtes aimable d'avoir pensé à ce collier ! Mais que parlez-vous d'arrêt?

BOURSET.

D'un arrêt qui sera publié demain matin et qui fera mordre les doigts à bien des gens. Le régent et d'Argenson ont imaginé , pour discréditer entièrement les valeurs monnayées et pour brusquer l'émission du papier-monnaie , dont on commence à se dégoûter d'une manière effrayante, de faire défense h qui que ce soit

de garder entre ses mains une somme d*or ou d*argent excédant cinq cents livres , sous peine de la Bastille.

Cela est bon à savoir. Que ferez-vous de vos quatrevingt mille livres que vous avez reçues tantôt?

BOURSET.

Je les ai déjà échangées contre du papier.

JULIE

Vous avez fait là une grande sottise. Comment , avec votre habileté , ne voyez-vous pas que ce papier est une grande friponnerie , et va nous ruiner tous? Personne n'en veut déjà plus, Tignorez-vous ?

BOURSET.

Julie ! vous vous êtes embarquée sur une mer orageuse le jour où vous avez épousé Samuel et sa fortune. Si c'est une bonne affaire que vous avez faite, il faut en profiter; si c'est une sottise, il faut la boire.

(H sort.)

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