‹ MelangesChapitre 4 sur 51 · JANE, ALDO · texte numérisé non relu

JANE, ALDO

JANE

Est-ce que votre mère est morte? Hélas! quelle douleur I

ALDO

Ah ! tu tiens pleurer avec moi , ma douce Jane; sois la bienvenue ! Mon âme est brisée i je n'espère plus qu'en toié

JANE

Qu'est-ce que je puis faire pour vous, Aido? Jâ ne puis pas rendre la vie à votre mère*

ALDO

Tu peux me rendre sa tendresse , sa mélancolique et silencieuse compagnie , et surtout le besoin qu'elle avait de moi , le devoir qui m'attachait à elle et à la vie* Hé^ las ! il y a eu des jours où , dans mon découragement, j'ai souhaité que la pauvre Meg arrivât au terme de ses

ALDO LE RIMëUR. 23

maQX , afio de retrouver la liberté de me soustraire aiii^ miens ! Tout à l'heure, dans moa déiirie, je uoe suis ré^ joui amèrement d'être enfin délivré de mon pieux fardeau. Je m^ suis assis en blasphémant au bord du chemin. £t j'ai dit : Je n'irai pas plus loin. — Mais je suis bien jeune encore pour mourir^ n'est-ce pas , Jane ? Tout n'est peut-êire pas fini pour moi ; l'avenir peut s'éveiller plus beau que le passé. Je veux devenir riche et puissant ; si je trouve une douce compagne , tendre et honm conmie ma mère , et en même temps jeune et forte pour supporter les mauvais jours, belle et caressante pour m'enivrer comme un doux breuvage d'oubli au milieu de mes détresses, je puis encore voir la verte espérance s'épanouir comme un bourgeon du printemps sur une branche engourdie par l'hiver.

JANE

J'aime beaucoup les choses que vous dites, ô mon bien-aimé ! Quoique vos paroles ne soient pas familières à mon oreille , vos compliments me font toujours regretter de n'avoir pas un miroir Rêvant moi , pour voir si je suis belle autant que vous le dites.

ALDO

Et que vous importe de l'être ou de ne l'être pas , pourvu que je vous voie ainsi et que je vous aime telle que vous êtes à mes yeux et dans mon coeur I

JANE

Vous avez toujours à la bouche des paroles qui plaisent quand on les écoute; mais quand on y songe après , on ne les comprend plus et on sent de l'inquiétude.

ALDO

Eu vérité, Jane, vous raisonnez plus que je ne croyais. Lb quoi I vous gardez un compte exact de mçs paroles

24 ALDO L£ RIMëUR.

et TOUS les commentez en mon absence? Il fant prendre garde à ce que Ton vous dit I

JANE

N'est-ce pas mon orgueil et ma joie de m'en souvenir?

ALDO

Aimable et bonne fille ! pardonne-moi. Je suis injuste; je suis amer : j'ai été si malheureux ! Mais tu me con* soleras , toi , n'est-ce pas ?

JANE

Oui , mon beau rêveur, si vous consentez à être consolé.

ALDO

Gomment pourrais-je ne pas y consentir? Voilà une parole étrange dans votre bouche I

JANE

Vous voOs étonnez de mon désir de vous consoler? C'est vous , Âido , qui me semblez étrange !

ALDO

En effet , c'est peut-être moi ! Passez-moi ces boutades , c'est maigre moi qu*elles me viennent. Je ne veux pas m'y livrer. Donnez-moi votre main , Jane , et donnez-moi aussi votre foi« Jurez avec moi sur le cadavre de ma pauvre vieille simie , qui n'est plus, que vous vivrez pour moi, pour moi seul. J'ai besoin à l'heure qu'il est de trouver un appui ou de mourir. Vous êtes mon seul et dernier espoir; m'accueillerez- vous?

JANE

Si je vous promets de vous aimer toujours, me pro* mettez-vous de m'épouser ?

ALDO

Vous en doutez ?

JANE

Non , je n'en doute pas.

ALDO

Mais VOUS en avez douté.

JANE

Pourquoi quittez-vous ma main? Pourquoi vous éloignez-vous de moi d'un air sombre? Est-ce que je vous ai offensé?

ALDO

Non.

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