‹ MelangesChapitre 47 sur 51 · LE DUC, BOURSET, JULIE · texte numérisé non relu

LE DUC, BOURSET, JULIE

BOURSET, à part.

Amen! {Haut,) Madame Bourset , vous gâterez vos beaux yeux à pleurer ainsi.

JOLIE

Monsieur, je n'ai pas voulu que ma fille entendit révéler vos secrets. Mais moi , cachée ici près, j'ai tout entendu. J'ai appris des choses que je n'avais jamais soupçonnées. Je vous ai aidé jusqu'ici dans vos projets de fortune; j'ai partagé vos richesses et votre enivrement. J'ai même été vaine , ambitieuse , et j'en rougis ; mais vous aviez ennobli ce vice à mes yeux en me faisant croire que nous accomplissions une grande œuvre , que notre luxe faisait prospérer la France, et que nous étions au nombre de ses bienfaiteurs. Si je restais votre dupe un jour de plus , je serais forcée de me regarder comme votre complice ; car je sais que nous ne sommes plus que des spoliateurs. Souffrez que , sans manquer à mes devoirs et sans rompre le lien qui m'attache à vous , je sépare mes intérêts, mes vœux et mes habitudes des vôtres. Je serais un prétexte à votre faste et à votre

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ambition , et je ne tcux pas l'être. Je me retire dans une petite maison de campagne avec ma fille ; nous y vivrons de peu, nous y serons heureuses Tune par l'autre. Vous reprendrez tous les diamants que vous m'avez donnés ; je ne veux plus rien qui me rappelle que ces misérables jouets ont ruiné plus de cent familles. Adieu, monsieur, tâchez de vous acquitter I N'ayant pas assez d'influence sur vous pour vous y amener, je n'y serai du moins pas un obstacle , et je ne rougirai devant personne.

BOURSET, avec une rage concentrée.

Allez, et que le ciel vous conduise! Voilà qui porte à mon honneur un dernier coup !

LE DUC

Entre nous soit dit, vous l'avez un peu mérité, Bourset, mon ami. {A Julie,) Vous êtes fort émue, madame ; permettez-moi de vous conduire jusqu'à votre appartement

[H sort avec Julie.)

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