‹ MelangesChapitre 7 sur 51 · LA R£L\E · texte numérisé non relu

LA R£L\E

Mais de quoi se plaint-il, après tout? Son cœur est injuste , son esprit est plein de travers , d'inconséquences, de souffrances sans sujet et sans remède. Que puisje faire pour un cerveau malade? Je Taime de toute mon âme et lui épargne la douleur tant que je puis; mais le mal est en lui , et parfois, en le voyant marcher, pâle et sombre , à mes côtés , je Tai pris pour Tange de la douleur.

TICKLE

Le spectacle d*un homme toujours mécontent doit être un grand supplice pour une âme généreuse comme ceDe de votre grâce.

LA REINE

Oui, cela non-seulement m'afflige, mais encore me blesse et m'irrite. Quoi de plus décourageant que de vouloir consoler un inconsolable? C'est se consumer jeune et pleine de santé auprès du lit d'un moribond qoi ne peut ni vivre ni mourir.

TICK.LE.

Votre grâce a fait pourtant bien des sacrifices pour lui. De quoi pourrait-il se plaindre? n*a-t-eUe pas disgragé pour lui le duc de Suflblk, l'astre le plus brillant delà cour?

LA BEINE.

oh I le grand sacrifice ! je ne Taimais plus !

nCKLE.

Il n'avait jamais d'ailleurs été bien aimable.

LA REINE

Il ne faut pas dire cela ; c'était un homme d'esprit et plein de nobles qualités.

TICKLE

Ohl oui, généreux, brave, désintéressé!...

LA REINE

Ceci est faux ; il était plus épris de mon rang que de ma personne.

TICKLE

C'est le malheur des rois.

LA REINE

Et c'est ce qui me fait chérir l'amour de mon poète : lui du moins m'aime pour moi seule. Il sait à peine si je suis reine. Il n'en est point ébloui; même il en souffre, et je crois qu'il me le pardonne.

TICKLE

Votre grâce est elle bien sûre que dans son orgueil de poète il ne préfère point sa condition à celle d'un roi?

LA REINE

S'il le fait , il fait bien. Le laurier du poète est la plus belle des couronnes, la plume d'un grand écrivain est un sceptre plus puissant que les nôtres. Moi , j'aime qu'un

esprit supérieur sache ce qu*il est et ce qu'il peut être ; c'est ainsi qu'on arrive aux grandes actions.

TIGKLE.

Aussi je crois que le poète Aldo est réservé à de hautes destinées. Il est digne de commander aui hommes , et un mot de votre grâce pourrait l'élever au véritable rang qu'il est né pour occuper...

LÀ BEINE.

Si je ne te savais profondément hypocrite , ô mon cher Tickle , je te dirais que tu es parfaitement imbécile. Quit lui! être mon épout! régner! D'abord le sceptre jusqu'ici ne m'a pas semblé trop lourd à porter ; ensuite Aldo est le dernier homme du monde que je pourrais supposer capable de me seconder. Personne ne connaît moins les autres hommes, personne n'a d'idées plus creuses , de sentiments plus exceptionnels, de rêves plus inexécutables. Vraiment! mon peuple serait un peuple bien gouverné ! il pourrait chanter beaucoup et manger fort peu , ce qui ne laisserait pas que d'être fort s^réable, le jour où le poète-roi aurait découvert le moyen de placer l'estomac dans les oreilles. Laisse-moi, Tickle; tu n'as pas le sens commun aujourd'hui.

TIGKLE, sortant, . Fort bien , j'ai réussi à la fâcher ; j'étais bien sâr qu'en disant comme elle je l'amènerais à dire comme moi.

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