SCÈNE IL
LA REINE , seule.
Ce Tickle et un fâcheux personnage ; il a une manière d'entrer dans mes idées qui m'en dégoûte sur-le-champ. Ces prétendus bouffons, que nous avons autour de nous,
34 ALDO LE RBIEUR.
sont comme nos mauvais génies , laids et méchants ; ils tiennent du diable. Ils ont Fart de nous dire la Térite qui nous blesse, et de nous taire celle qui nous serait utile. Quand ils ne mentent pas, c'est que leur mensonge pourrait nous épargner une douleur on nong sauver d*un péril; c'est alors seulement qu'ils se refusent le plaisir de nous tromper. Il faut que je voie mon poète , je me sens attristée et pfrête à douter de tout L'homme aux illusions me consolera peut-être^ {Eile siffle dans un sifflet d'argent suspendu à
Sun coU,) (TicMe rentre,) Nain, envoyez Âldo près de md , je l'attends ici.
TICKLR
J'y cours avec joie.
LA REINE
Après tout , Tickle a souvent raison quand il me dit que cet amour nuit à ma gloire. Le duc de Snffolkm'é^ tait moins cher, je l'estimais moins, j'étais moins ton- (5hée de son amour; mais son esprit « moins élevé, était plus positif ; c'était un ambitieux , mais un ambitieux qui secondait toutes mes vues. J'ai aimé autrefois te brave Athol. Celui-là était un beau soldat , un bon serviteur, un véritable ami ; du reste un montagnard stuplde : mais il était l'appui de ma royauté , il la rendait redoutable au dehors , paisible au dedans ; c'était comme une bonne arme bien trempée et bien brillante dans ma main. Ce poète est dans mon palais comme un objet de luxe , comme un vain trophée qu'on admire et qui ne sert à rien. Un vêtement d'or vaut-il une cuirasse d'acier ? On aime à respirer les roses de la vallée , mais on est à l'abri sous les sapins de la montagne.
Et pourtant que le parfum d'un pur amour est suave!
ALDO L£ RIMËUR. 35
Qu'il est doux de se reposer de^ soucis de la vie active sur UB cœur sincère et Gdèle ! Qu'ils sont rares, ceux qui saveaty ceux qui peuveajt aiperl holocaustes tou-^ jours embrasés , ils se consuisent en montant vers le ciel. Nous pouvons à toute heure chercher sur leur autel la chaleur qui manque à noire âme épuisée, nous la trouvons toujours vive et brillante. Leur sela est un mystérieux sanctuaire où le feu /sacré ne s'éteint jamais; s'il s'éteignait , le temple s'écroulerait comme nu monde sans soleil. L'amour est en eux le principe de la vie. Ils pâlissent, ils souffrent, ils meurent, si on froisse leur tendresse délicate et timide, pites un mot , accordez un regard; ils renaiss^eot, leiir seio palpite de joie, leur bouche a de douces paroles de reconnaissance pour bé- 9ir, et leurs caresses sont ineffables. Aldo , il n'y a que toi qui saches aimer, et pourtant il est des jours où tu m'eniuiies mortellement.