DEUXIEME OBSERVATION
fw U slgBillMiUoa qu« LIojrd, le géséral Jenini et nei» a^iis
Je citerai trois passajg^es : le premier , du général Jomiqi j le second , de Uoyd , et le troisième , de la pré&ce de ma Philosophie de la Guerre ^^ pour prouver que nous avons traité , sous le même titre, des sujets différens , surtout Lloyd et moi , quoique le général Jomini prétende , ainsi qu^on va le voir , que j'^ai traité le même sujet que cet auteur.
JoMnci. Page 38 (a). — Section i^ du cjbapitre i , intitulée : De la politique militaire ou de la pliihsqpliie de la guerre. — « Nous avons déjà exprimé ce que nous entendons sous cette dénomination. Ce sont toutes les eMibînaiâOiift ittoral<3s qui se ratcacjient aux opérations 4l^ Aimées. Si ies coBibiitaisofts politiques doat mas yfsmm d^ yarUr soi^t ^i«ssi d^s causes luor^e^s q^i in-^ Umnt $ur la condyit^ de la guerre ^ i) en est d'autres qui y sans tenit à la diplomatie y ne sont pas non plus des combinaisons de stratégie ou de tactique. On ne saurait donc leur donner une dénomination plus propre
(a) Tome i , page 91 de Tédition de tS38.
IfÉLANGES. 447
que celle de politique militaire ou de philosophie de la guerre (1).
» Nous nous arrêterons à la première , car bien que la véritable acception du mot de philosophie puisse s'appliquer à la guerre aussi bien qu'aux spéculations de la métaphysique , on a donné une étendue si vague à cette acception que nous éprouvons une sort^ d'em* barras à réunir ces deux mots. On se rappellera dono que la politique de la guerre s'entend de tous les rapports de la diplomatie avec la guerre , tandis que la politique miUiaire ne désigne que les combinaisons militaires d'un état ou d'un général.
» La politique militaire peut embrasser toutes les combinaisons d'un projet de guerre , autres que celles de la p<^liUque diplomatique et de la stratégie.
» On peut ranger dans cette catégorie les passions des peuples contre lesquels on va combattre , leur système militaire y leurs moyens de première ligne et de réserve, les ressources de leurs finances , l'attachement qu'ils portent à leurs gouvernemens et à leurs institutions. Outre cela, le caractère du chef de l'état, celui des chefs de Farmée et leurs talens militaires, Tinfluence que le cabinet ou les conseils de guerre exerce jBur los opérations du fond de la capitale ^ le système de ^xiv
. « (1) Llfjrd 1 bien traité cç s^et dam les Aeitxîène et tNMèsM {Mrli«i dfi seis Mémoires; ses chapitres dii Général pt des Passions sont remarquables : la quatrième partie offre aussi de Tintérêt ; mais il s'en faut qu'eUe soit complète et que ses points de vue tKnent toujours Justes. Le marquis de Ctiambraj a aussi traité «e «fajat et «e ra pas tAi sans quoique Mccès, hU^ f«'il ait éprouT^ )(9s«oiiradi0toiir6, i»
qui domine dans Fétat-major ennemi , la différence dans la force constilutive des armées el dans leur armement , la géographie et la statistique militaire du pays où Ton doit pénétrer ; enfin , les ressources el les obstacles de toute nature que Ton peut y rencontrer , sont autant de points importans à considérer , et qui ne sont néanmoins ni de la diplomatie , ni de la stratégie. •
Lloyd. Seconde partie des Mémoires politiques et miîitaires, intitulée : Philosophie de la guerre. Commencement du chapitre i, intitulé : Du général: « On considère ordinairement une armée comme une machine propre à exécuter toutes les opérations de la guerre ; chacun essaie d'établir les méthodes qui semblent les plus propres à perfectionner ses mouvemens. Une armée cependant diffère essentiellement d'une machine purement mécanique. Dans les mécaniques , l'effet est toujours en raison de la force, il ne s'agit que d'appliquer un moteur ; mais, dans une armée, chaque individu qui fait partie de l'ensemble porte en lui-même son principe d'action dont il est absolument maître ; d'où il suit que quelque bon arrangement qu'aient les parties, c'est-à-dire, quelque bonne que soit la formation de vos hommes, le tout restera sans mouvement , si le chef qui a la direction de leurs forces ne peut leur offrir des motifs qui les engagent à agir , et de la manière dont il le désire : il ne peut créer dans chacun un principe de mouvement, il ne peut forcer chacun à agir ; tout ce qu'il peut,c'es|l persuader et diriger : et voilà en quoi Vauiorité, qui est la puissance morale , diffère de la force qui est là puissance physique. Ses ordres restent
ISÊLAKGlîS: 44^
6àné effet au momeiitqtte l'amoëe ou la pin» grandie pnv* (Je d^ rannée refosçra â^o))ëîr. La supéribi'itâ da ranff n'a plas lieu contreja supérioi'Ué des forces ,ot l'auto^ ril^ »ée de Topiaiofi disparaîl avec elle ; il n'est donc pas sûr de s'y confier sans réserve. Dans les cas ordn naireset sur le pied où sont nos armées modernes , le oonmandenientseol doime a^se? d*auiorUé \ mais^ dans bien des occasions i et surtout dans des circon$l(inccs extraordinaires, il devient bien insufiisant pOnr qui** conque n*a pas le talent de persuader ; et cet art de r^ninier le courage du soldat quand il est aibatcu , ou de le C4iliner et de renchatner par la parole quand il devient tumultueux et insolent, de manière à se r<;ndre, maître absolu des esprits, et à disposer des forces de tous avec une autorité illimitée , voilà ce que j*appdie la philosophie de la gftert;e, et cc que je regarde cornue la partie de Tari la plus diffîcilc, la plus sublime, et toile, enfin, qu^aucone professioo^ aucun art n'en olîre de pareille : elle suppose tuie profonde connaissance du cœur humain , et c'est ta source d'où un général doit prendre sed-argumens pour persuader ou dissuader. •«
Je citerai encore k iin de ce chapiti^, parce
que Vauteur y fait connaître quel sujet il y ^
traité, et que c^est le seul dont le titre soit le
même que celui de Pun de mes cliapîtres, quoM
que ces deux chapitres n^iient d\iillei|ii) pour
iAm% dîre aucun rapport entre *ux,
• Le lecteur me pai*donhera , j'espèrç, ce long disconraoù fai essayé de traceur, quoique imparfalt(»m<>nt)
45o MÉLANGES.
le mettront en étal d'exécuter ce qu'il y a de plus difi-* cile $ en plusieurs occasions^ elles peuvent suppléer le talent, et réparer les fautes qui échappent à la fai«* blesse humaine , au lieu que les talens les plus su* blimesy dépourvus de ces qualités essentielles, né pourront faire réussir des entreprises auxquelles Tat^ mée entière ne se portera pas de cœui* et d'affection. »- Après avoir établi quelques-unes des qualités mo-^ raies qu'un chef doit posséder , il nous reste à expfi^ qner les ressorts du cœur humain, à montrer dans quelles sources le général doit puiser ses raisons et ies motifs pour engager les hommes à développa et exalter même leurs facultés; car ce n'est pas asse^ qu'on sache exécuter telle ou telle opération , il faut qu'on veuille s'y porter de tout son pouvoir et au delà : c'est à quoi tient tout le succès. »
La seconde partie des Mémoires politiques et militaires de L/b/^^contientles chapitres suivans : Chapitrb L Du Général. •— - IL Des Passions. — - IIL De la Crainte machinale. — IV. De PHonneur et delà Honte. — V. De F Amour des richesses^ — • VL De la Liberté» -^ VII. De la BeUgion. -— VIII. Des Femmes p et de leur influence sut le cœur de thomme^ •-««• IX* De la Musique^
La troisième partie est intitulée t De la Lka*: èon qui se trowe entre les d^érerUes espèces de gowememens et les opérations de la guerre. |m«aété réimpriméeavec la seconde partie^ sous
MELANGES. :i5i
Jk titre oommim de I9hUosophie de la Guerre; j^igQore si e^est du cotisentemetit de Tâtiteur , ttiâis il n^en est pas moins vrai que les deux parties réunies et imprimées à part portent ce titre. Cette troisième partie contient les chapitres sui*« vans : Chapitre I. Des Rapports entre lapoUti^ que et la guerre* ^— IL Du Gowemement des-* p&iique. ^-^IIL Du Gouwmement monarchique. — IV. Du Gouvernement républicain, r— V. De f Aristocratie. — . VI De la Guerre cmle.
Cbambrat. Pré&ce de la PhUosophîe dn la Gume: ift Le mot Philosophie ayant plusieurs acceptions, je crois devoir fs^ire connaître c^Ue queje lui ai donnée dans le titre de cet ouvrage.
» On trouve quatre degrés dans ce qui concerne l'exercice de Fintelligence humaine : 1** métier, T art, Z*" science , k^ philosophie. Le métier est une routine Du une capacité acquise par la pratique sans connais^ sance des principes et des règles ; Part est soumis à des règles où à des principes $ la science est un système de connaissances sur un objet utile \ la philosopfiie est le- fond, le positif^ Tesseûce ou même les généralités d'une science.
» C'est dans cette acception que j^ai employé le mot philosophie: Linnée (a), Voltaire (^), Fourcroy (c)
{a) PkiUÉopkèàhéùmiêë.
[b) P^m Itiâ ptemièrei âdiilotti, llnti^odttciiott de VSsfai wf Ut Inœurs et (esprit des nations eBt iatituié Phttoêofhi^ de fM^n Mre.
[e) l^hilosophie çhimi)ue<(
45a MéLÂN6«S.
Gsdfroy Sulnt-Httalre (a) et plutUors ascrds a«teiin
rom employé Aia» ceue même Itcception,.—..
Je traite dans cet ouvrage des parties élevées «t
des parties îroporlaïUes de Tart de la guerre; j'y donne des notions succinctes sur les troupes et sur les armées des principaux peuples qui ont acquis de la célébrité par les armes , et je fais connaître dans quelle situa lion se trouva Tart militaire après ces mémorables guertes européennes qui furent l'une des Goaséqnences de la révoltttiou française. •
Ma Philosophie de la Guerre est divisée en oiue chapitres dont voici les titres : Chapimb I. Des Troupes et des Armées, — IL Suite du précédent. — III. Quelques Réflexions sur forgnnisation des années. — IV. Des Moyens ^enflammer le courage des troupes. — V. Du Général. — VL Du Commandement des armées. — VU. Des Places fortes f particulière-ment dans Vétat actmçl de tort de la guerre.
VII!« De trois Chapitres c^ /Esprit des Lois.
— IX. De la Constitution de la guerre. — X. Des Institutions militaire^ dans leurs rap^ ports avec ^s institutions politiques et avec les institutions civiles. — XI. J)e la Difficulté d'écrire Phistoif^e militaire avec exactitude , partie culièrement en ce qui concerne les batailles,
Qt{ voit , par Vaçceptîoii dan$ laquçUe pou|
(a) FhilMopliie aanloipiqtte,
avons pris , Lloyd et moi , Texpression philoQ^ phie de la guerre et par la comparaison des titres de nos chapitres, que nos deux ouvrages son^ complètement dissemblables ; Fassertion que j^ii traité le même sujet que cet auteur ne saurait donc se soutenir. Mon chapitre v , il est vrai , est intitolé : du Général , comme le chapitre i de Lloyd; mais.il n^a dérailleurs, pour ainsi dire, aucun rapport avec ce chapitre; il me çuffira, pour le prouver, de reproduire Targumcnt qui précède ce chapitre v.
Abguvetit. — Les qualités nécessaires à uu général diffèrent en raison des circonstances da commandement. Quelles sont les qualités qui devraient être communes à tous les généraux? Le mérite nécessaire à un général est d'un genre tout parliculier, et ne se connaît qu'à répreuve. La résolution est la première qualité dans un général. Les fonctions du commandement se divisent en deux parties bien distinctes y le travail du cabinet et les ordres donnés sur le terrain : détails à ce sujet. Cause des succès des généraux de la republique française. Difficulté de juger du mérite intrinsèque d'un général et du mérite relatif de deux généraux. Presque tous les généraux auxquels on confie le commandement des armées dans les tems ordinaires sont mauvais ou médiocres. Situation particulière dans laquelle se trouvent les princes qui commandent des années. Qualités qui sont nécessaires. aux cheft de parti. Comparaison outre les chefs de parti et les généraux des armées régulières.
454 «SLAIMBS^
TROISIBME OBSERVATION;
Çpr ce cpie l'auteur appelle le Principe fondamential de lut guerre*
Uouyrage du général Jomini contient ( pag^ 63 ) (a) un article intitulé : Du Principe fonda^ mental de la guerre ; il est ainsi conçu :
« Le but essentiel de cet ouvrage est de démontrer fu*il existe un principe fondamental de toutes les opérations de la guerre , principe qui doit présider à toutes les combinaisons pour qu'elles soient bonnes. Il consiste : 1® à porter la majeure partie des forces disponibles d'une armée sur le point décisif , soit du théâ- ' tre de la guerre, soit d'un champ de bataille ^ %^ à opé^ rer de manière à ce que cette masse de forces ne soit pas seulement ^i^5«i2fe au point décisif, mais k ce qu'elle y soit habilement mise en action,
» Nous allons d'abord appliquer ce principe incontestable aux différentes combinaisons de la stratégie et de la tactique y puis prouver, par l'histoire de vingt campagnes, que tous les succès ou les revers, furent le résultat de l'application ou de l'oubU qu'on en fit. »
Le principe que le général Jomini donne
ÇQÇ[xm^/dndéim0n4al de toutes les opérations de
la guerre^ n^est apfdacable fu^à rofiensire; on
(a) Tome I , page 157 de rédidkm in iS^
Bé ponmût <iimC) lor^ même que ce prinoipd serait Vrai, Vnp^ler Jondamenidl. Quoi qu'il en soit , pour le mettre à exécution, il faut né-« céssairement que le général Jomini donne le moyen de trouyer les points décisifs/ aussi cou*^ sacrée -il un article spécial à traiter ce sujet; Cet article ne fait d^ailleurs pas suite au para-* graphe dans lequel il traite du principe fonda-' mental de la guerre , ainsi qu'on devait s'y at-^ tendre; il en est séparé par des articles sur le théâtre des opérations , les bases d? opérations p les points objecti/s , les fronts d'opérations et les lignes d^ opérations.
Puisque le but essentiel de l'ouvrage du gé^ néral Jomini est de démontrer qu'il existe un principe fondamental de toutes les opérations de la guerre, et que pour l'appliquer il faut , d'a*« près sa définition , déterminer les points décisift « il est indispensable que je reproduise, avant qao de réfuter cet auteur , l'article où il traite des points décisifs.
Page 88 (a) , ahtigle vi j intitulé : Des Points âiddfs jjun théâtre de guerre ou d'un champ de bataille» « Lespoints décisifs d'un théâtre de guerre sont de deux e&r pèces : les prentfers sont les points géographiques i dont rimportance est permanente et dérive de la coni
(a) Tome i , page 191 de l'édition de 1838J
IgifraihiB nfeème de oet échiqiiiet : prenonâ^ pnr exenn pie f lethéàire de la guerre des Français en Belgique; il est tout simple que celui des deux partis qui sera maître du cours de la Meuse sera mattre du pays; car son advei*saire , débordé et enfermé entre la Meuse et la mer du Nord , ne pourrait recevoir bataille parallèlement à cette mer, sans courir risque d'une perle totale.
(a) » Les seGX>nds sont les points décisifs de manœuvres qui sent relatifs, et résultent de remplacement des troupes des deux partis ; par exemple , Mack se trouvant concentré en 1805 vers Ulm et attendant Farmée russe par la Moravie , le point décisif pour l'attaquer était Donawerth où le Bas^Lechi 3 car, en le gagnant avant lui , 011 coupait sa ligne de retraite sur l'Autriche et sur Tarmée destinée à le seconder. Au contraire, en 1800, Kray, se trouvant dans la même position d'Ulm , n'attendait le concours d'aucune armée du côté de la Bohême , mats bien du Tyrol et de l'armée victorieuse de Mêlas en Italie ; dès lors, le point décisif pour l'attaquer n'était plus Donawerth , mais bien du côté op- |H>sé , c'est-à-dire par Scbaffouse , puisque c'était le moyen de prendre à revers son front d'opérations, de le couper de sa retraite et de l'isoler de l'armée secon« daire, aussi bien que de sa base , en le rejetant sur le Mein.
» On peut poser comme principe général que les points décisifs , en stratégie , sont sur celles des extrémités de l'ennemi où l'on pourrait le séparer plus faci-
(a) Tome 1 , page 190 de réditiaq de ia39.
iMient de sv baie ei de 8Ç9 ^rméea aqeoudwres^ «MM ft*expo8ep ftoinaéiae à courir ce risque.
» Oa doit UHqottrs préférer rextrémité opposée à la mer, parce qu'il est aussi avaolagenx de refouler Ten* nejui sur la mer que dangereux de s'exposer à pareille chance.
» Si Tamiée ennemie est morcelée, ou sur uoe Kgne tràs^-longue ^ alors le point décisif est le centre } par eu y pénétrant on augmente la division des forces ennemies, c'est-à-dire on double leiMr faiblesse , et ce^ troupes, accablées isolément, doivent être perdues.
» Le poÎAt décisif d'un champ de bataille se détermine 1^ par la configuration du terrain ^ 2^ par la combinaison des loe-alit^ av^c le but stratégique que se propose une armée ; S*" par remplacement des forces respectives.
(a) » J)onnons quelques exemples : Lorsqu'une aile ennemie appuie sur des hauteui*s d'où l'on battrait ^ ligne dans tout son prolongement , l'occupation de ces hauteurs semble le point tactique le plus avantageux; mais il peut se faire néanmoins que ces hauteurs soient d'un accès très-difficile et situées précisément au point le moins important relativement aux vues stratégiques. A la bataille de Bautzen, la gauche des alliés appuyait aux montagnes escarpées de la Bohême (alors plutôt neutre qu'ennemie) ; il semblait donc qu'en tactique le versant de ces montagnes dût être le point décisif à emporter, et c'était fout l'opposé ; i*" parce que le terrain était très-favorable k la défense ^ â"* parce que l'armée alliée n'avait qu'une seule ligne de retraUè
(a) Tome ii , page Si de Téditloo de 1898.
45» TlltQat&BS$
rar Rekshmbaeh et Oorlitx, et cpie lê9Araâiçsâ0;êa forçant la droite 4aiis la plaine j s*eniparaieiit de ema Hgtke et rejetaient Tannée alliée dans les montagnes , où elle eût perdu son matériel et une grande partie de son personnel. Ce parti offrait donc plus de fisicilités de terrain , de plus immenses résultats j moins d'obstacles à vaincre.
• Il résulte de tont ce que nous venons de dire les vérités suivantes : 1" La clef topographique dMn champ de bataille n'en est pas toujours la clef tactique ; T le point décisif d'un champ de bataille est incontestable» ment celui qui réunit l'avantage stratégique avec les localités les plus favorables ; 8* dans le cas où il n'y a pas de difficultés de terrain trop redoutables sur le point stratégique de ce champ de bataille , ce point en est ordinairement le plus important ; 4*" toutefois y il peut arriver aussi que la détermination de ce point dépende surtout de l'emplacement des forces respectives ; ainsi , dans les lignes de bataille trop étendues et morcelées , le centre sera toujours le plus essentiel à attaquer ; 5"* dans les lignes serrées , ce point sera, au contraire, toujours sur une des extrémités ; 6^ avec une grande supériorité de forces , on peut attaquer les deux extrémités en même tems , mais non à forces égales ou inférieures ; 7° on voit donc que toutes les combinaisons d'une bataille consistent à employer ses forces de manière à ce qu'elles obtiennent le plus d'action possible sur celui des trois points qui offre davantage de chances, point qu'il sera facile de déterminer en le soumettant à l'analyse que nous venons d'exposer. »
Ifà pifmièfO db0eFvatlon syr k| p«iâ^ qii4 jiB viens dé <ntêF sera rdàtite à Pemploi du mot âéeistfi ce mot signifie ^ub décide, qui amène une décision p et si je résume ce que Fauteur dit des points décisifi y je yois qu-il donne ce nom aux points et même aux positions ( quoiou^une position ne soit pas un point) quHm général a intérêt à occuper , ou dont il a intérêt de s^em-* parer. Mais, à la guerre, Tétat des choses étant excessivement variable , ces points changent en même tems que cet état de choses. Ainsi , par exemple , un général qui a Toffensive peut , par suite des changemens résultant des manœuvres et des engagemens des troupes, avoir porté son principal eftyrt d^abord sur une aile, puis sur un 6u sur plusieurs autres points d^une même position occupée par Tarmée ennemie, soit le même jour, si c^est pendant une bataille, soit à des intervalles d'^un ou de plusieurs jours , sMl s^agit d^une position fort étendue dont Fattaque donne Heu à plusieurs attaques partielles. Il peut arri-^ ver aussi que la possession d'^un point , jugée d\d)ord fort importante , devienne ensuite insignifiante ou même nuisible.
Une partie de ces réflexions s'^applique également aux points et aux ' positions auxquelles Fauteur donne le nom de points décisif géogra*
pemaneDlie. £a <^ '^ ^Qiqae Vimpottsmee de ces pointo, lorsqa^ils se trouvent sur le théàtee de ift guerre , résulte presque toujours de leur l^osîtibn topographique, il n^en est pas moins vrai qu^^elle augmente , diminue qu s^anéantit , selon la situation respective des armées belligé* rantes. L^épithète de décisif ne convient doue pas aux points et aux positions dont parle Tauteur.
Actuellement , il n^y a de décisif à la guerre que les batailles perdues ou gagnées complètement } aussi f quelle que soit la position qa^occupe un général, possédàt-il tous les points auxquels le général Jomini donne le nom de décisifs I il sera contraint de les abai^onner , et n^en essuiera pas moins des pertes énormes s^il perd complètement une bataille. Quoi qu^il en soit 9 on voit que le général Jomini divise les points décisifs en points décisifs géographiques , points décisifs dé mano&uvre qu^il appelle aussi points décisifs en stratégie , et points dédsifs des champs de bataille*
L^auteur ne doone aucun moyen det recoin naître les points décisifs géographiques , il dit seulement que leur importance est permanente et dérive de la configuration du théâtre de la |[uerre. Il donne poyr exemplç la Belgique
comme théâtre de la guerre, et dît « qa^l est u tout simple que celui des deux parth qui sera » maître du couris de la Meuse sera maître da V pays. » Mais Tinfluence qîti résulteraift de Id possession du cours de cette rivière dépendrait principalement de la situation respective des ar-» mées , et 11 ne (hit aucune hypothèse à cet égai*d. D^ailleorS) rien n^est décidé tant qo^il ny a pas eu de bataille livrée , et si le général qui possède le cours de la Meuse perd complètement une bataille , il faudra bien qu^il Tabandonhe bi-us-^ qiiement. Quelque importans d-ailleurs que soient le» points auxquels M. le général Jomiiii donne le nom de points décisifs géographiques^ je ne crains pas d^affirmer que les généraux sont devenus plus souvent maîtres de ces points par la victoire, quHlsne sont devenus victorieux par leur poss^sion. L^auteur, après avoir dit que led points décisifs de manœuvre «c sont relatiis et » résultent de remplacement des troupçs des » deux partis , v ajoute :
« Qu'on peut poser oomme prtacipe géaiéral qae lés points décisifs en stratégie sont sur celles des extrémités de rennemi , où l'on pourrait le séparer plus facilement de $^ J?çisç ^X 4^ seç armçes secondaires, sans s'exposer soi-même à courir ce risque, et que si Tarmée ennemie est morcelée ou sur une ligne trè8-< lonyae » alors le polat^diJiMf est le cemfe* n
4€a MËLANGSÇb
Un général qui prend roffensive paît attaqoer rarmée qui lui est opposée de trois manières hica distinctes : d^abord , de front sur tonte la ligne , en engageant ses troupes aussitôt qii*eUes pour- |t>nt aborder celles de son adversaire ; a** en attaquant une des ailes ou les deux ailes i et en évitant de s^engager sur les autres points de la U*gne t on en n^ faisant que de fausses attaques | Hl peut enfin attaquer siur Tun des points de h U|pe situés entre les deux aites , en évitant de «^engager sur les autres points Ou en n'y taÔBoot igm de fitnsses attaques» Ces désignations sont d^aiUenrs lÀea vagues à cause de Fexcessive variété que présentent dans la pratique ces diverses opérations*
, La première manière n^exige aucune espèce de combinaisons ; il n^en est pas ainsi des deux autres : aussi estHse pour ces deux cas que le génétal JTomini pose son principe général f mais tu supposant même que ce principe fût vrai ^ il est si vague qu'il ne pourrait être d'aucune utilité dans la pratique. Et d'abord on ne peut donner le nom de centre ^ dans l'usage habituel de ce mot j qu'au point d'une position qui sç trouve sensiblement à égale distance des deujç ^tremités ^ et ce serait une circonstance extraor-* binaire si ce point était tout justement celui yutf
MÉLAMOBS. 463
lequel il €0t le plus important de dbi|^ som principal eEhrt } il fiatufr^d^ailleurs que les locali-^ tés le. pennettent. Il y- mura àos^c ordinaitement plusieurs points entre les deux ailes suseq>tibkft d'être attaqués et wtre ksquds on aurait à dioisir.
Je eoQTieni qu^uat ^néral se pkoe diois une inituation tri»*fayorable, s^il parvient à porter son prineipal effort sur Tune des ailes de rartnée ea^ llètnie , de mttiiîère à s^etnparer des oommuiiica*^ tioDS de son ady^mre en cas de succès et à conserver les siennes s'il est repoussé ; mais , par des raisons contraires ^ son adversaire a intérêt à éviter de se trouver dans une telle situation. Ainsi donc , pour qu'on puisse attaquer une ar^ mée avec de tels avantages ^ il faut non -seules jknent que les circonstances et les localités s'y prêtent , mais encore il faut ordinairement que le général qui la commande commette des fautes énormes. Il y a d'ailleurs plusieurs manières d'attaquer l'aile d'une armée ; on peut l'attaquer de front, de flanc ou à revers ; on peut aussi Tattaquer de deux de ces manières ou de toutes led trois à la fois»
Comment donc l'auteur peut-il proclamer èomlne points décisifs des points qui y indépéU'*
jAamment des difficultés quelquefois insurmonta^
44)4 MRtiAItGfiSi
Mm qw présentent les localités , ne peuveot of^
frir les avantages qu'il ioAique qu^avec od ocm**
ooars de circonstances qu'on ne peut apprécii^
qœ sur les lieux mêmes ^ et dont il est toujours
Âfficile et souvent impossible de reoonnaltre
Texistence?
Les observations que je viens de iàire sur les points décisifs de roanoravî*e s'appliquent aux points décisifs des ehamps de bataille ; j'y ajou-* ferai qodques réflexions sur les sept vérités quj tennineat ce que l'auteur dit des points décisifs des champs de batailie.
Je de ferai iiueune réflexion sur la première vérité p l'out^ur n'ayant pas fait connaître ce qil'^1 entend par oleftopographiqae et clef tac-tique.
Quoique je ne cçippi^enne pas bien la seconde §1 W troisième vérifés, il fue semble que la troisième, n'est que le développement de la seconde^ et que la pensée de l'auteur est celle que je vais ç^iprimer.
Lorsque des armées sont en présence, il y a ordinairement, dans la position de celle qui est sur la défensive, un point dont l'occopalion offre au général qui a l'offensive le |dus de cbau|ces pour pbtjenir 1^ victoire } ^c'wt ^ j^ crois , cç point
aussi il y acncoreun autre point dont roGCQpatioo ne présenterait pas à ce {général autant de chati^ ces pour obtenir la victoire , mais qui , s^il était vainqueur, le conduirait à de plus ^ands résul-* tais; c^esl, je crois, cet autre point que Tauleur appelle le point stratégique, et il me semble que eVst aussi celui quHI a appelé le point décisif. Un g^énéral qui a Tofiensive aurait donc ordinairement à choisir entre ces deux points pour y porter son principal effort ; car si le point dont Toccupation présente le plus de chances pour obtenir la victoire est en même ten^s celui dont la possession conduit à de plus brillans résultats, il n^ A plus d^alternative. Ces faits sont incontestables, mais la difficulté est tout entière dans lappiication, c^est-à-dire dans la dcterminaticm de ces points , et je ferai voir que le général Jomini ne donne et ne peut donner aucun moyen pour cela. Ce qu'ail dit à ce sujet me paraît d^iilleurs fort obscur.
La quatrième vérité nous apprend que , dans les lignes trop éteiulues et morcelées , le centre sera toujours leplus essentiel à attaquer. Je répéterai ce que j^ai déj«à dit précédemment , que le mot centre ne peut désigner que le point situé à peu près à égpl^ distance de$ deq^ ailçs d'une
|)Osition ; que , dans une position çtqndue çt
morcelée, on pourra ordinairement attaq[aer plusieurs points y situés entre les deux ailes autres que le centre ; que ce seront les localités et les dispositions topographiques du pays qui d&« Tront décider un général à attaquer de préférence Tune des ailes ou Tun des points situés entre les deux ailes. Là quatrième vérité ne saurait donc en être une pour moi.
La cinquième vérité nous apprend que , dans les lignes serrées y le point décisif sera toujours sur Vune des extrémités. Je conviens que dans cette circonstance il sera ordinairement plus avantageux de diriger son principal effort sur Tune des ailes, mais pas toujours) cela saute aux yeux et n'a besoin d'être prouvé ni par des exemples , ni par des raisonnemens.
La sixième vérité me parait incontestable. , Dans la septième , Fauteur , résumant ce qu'il a dit sur les points décisifs des chaipps de bataille , réduit toutes les combinaisons d'une bataille « à employer ses forces de manière à ce » qu^eUes obtiennent le plus d^ action possible )) sur celui des trois points (Je centre ou Vune des )) deux ailes) qui offrent davantage de chances, J> point qiilil sera, dit-il, facûe de déterminer, j) en le soumettant a V analyse qiHl vient d^ex^ j> poser. »
Xe De partage point Topinion que le géné^ tsl ^omini émet dans ce résumé, d^abord sur les trois points que Ton devra attaquer de préfé* renée ; par il pourra y en avoir, ainsi que je rài fait voir , un plus grand nombre parmi lesquels on aura à choisir , pour peu que la position sok étendue ; encore moins sur là facilité avec la-* quelle on pourra , dit-il , déterminer ce point en le soumettant à Tanalyse qu^il vient d^exposer.
Non-^seulement jene trouve rien , dans ce qu'a exposé cet auteur, qui puisse aider à déterminer ce point, mais je prétends qu^on ne peut donner aucun enseignement théorique à ce sujet : d^a^ bord , parce qu^il est souvent impossible de se déterminer, même lorsque Ton est sur les lieux, 'à attaquer un point plutôt qu^un autre autre* ment qu^en ayant égard aux données les plus incertaines ; ensuite parce que la possibilité de cette détermination dépend de tant de circons-* tances variables de leur nature , que le général le plus habile se trompe souvent, sans qu'il y ait de sa faute dans le choix qu'il fait du point sur lequel il dirige son principal e£fort. En eflPet , il arrive presque toujours qu'un général arrête ses dispositions d'attaque ayant que d'avoir eu le tems d'étudier suffisamment la position de son adver-gaire , ou qu'il n'a . pu k reconnaître que trèth;
Nnpiirfiiitenient , oa qii^'l a été dans rimpossibilité absolue de le faire. J'entrerai dans quelques délaîls à ce sujet, et je préviens mes lecteurs que tout ce qui va suivre , aussi bien que ce qui préeide, est principaleineut relatif au commandement des grandes armées , telles qu^on en a employé dans ces derniers tems.
Lorsqu^un général ne peut parcourir une position et quM veut la reconnaître de celle qu^il occu|>e , ce qui est le cas ordinaire, les accidens du terrain , des obstacles tels que des bois , des baies, des villages , peuvent la masquer de ma* nière à empêcher qu^on ne puisse la reconnaître, ou simplement de manière à empêcher qu'on ne puisse voir des marais , des bois et beaucoup de circoostanees intéressantes du terrain. 11 ne peut d'ailleurs ordinairement reconnaître cette position que s'il trouve à s'abriter, car, dans les endroits découverts, les sentinelles avancées de l'ennemi le forcent à se tenir hors de la portée du foiil. Il est {M>ssible , à la vérité , qu^il puisse s'aider d'iuie csirte, si elle est construite sur une assez grande échelle, et qu'il puisse obtenir quelques reoseignemens des habitans ; mais pourtant il n'acquerra ordinairement ainsi qu'une connaissance superficielle de la position, et quel-- ^«r/oja TOçinç i\ ç'w fqriïi^w^ »ijç t;:^-f»qçgp
I. Généralement parlant ^ il faut parooorir une position poor la bien connaître; il nVst pas mmns utile de s^en procurer un lever à vue; ou né doit jamais j manquer quand on le peut.
Il arrive souvent aussi qu^un général n^a et ne peut avoir aucune connaissance de la position de son adversaire, par exemple, si le brouillard^ la pluie ou la neige Pont empêché de faire une re*connaissance ; s^il engage ses troupes successive^ ment en débouchant d^un défilé; s^il est arrivé pendant la nuit, ainsi que ses troupes, en présence de Tenneroi , et qu^il Fattaque au point du jour.
Mais, en supposant même qu^un général con«naisse parfaitement le terrain occupé par son adversaire , parce qu^il a pu Tétudier d^ivance , il ne peut s^inslruire exactement, ni presque jamais suflSsamment, de la manière dont les troupes y sont disposées. Un général voit peu de chose par ses yeux à la distance qui le sépare de Fennemi, et il lui faudrait beaucoup plus de tems qu^il n^en a à sa disposition pour que le rap* port des prisonniers et des espions put récluirer à ce sujet , si toutefois cette ressource , toujours insuffisante, ne lui manquait pas. Il faudrait dVilleurs , pour que cela fût possible , que les troupes de son adversaire restassent constam^ ment dans la position où il les a placées d^abord;
4>o MELAKOtSv
tandis y qu^au contraire , il arriyie ordinàireméht que , la veille d^une bataille bu dans la nuit qui kl précède , il se fait de grands mouyemens de troupes. C'est même alors seulement qu'tin gé^ néral doit exécuter ses dernières dispositions , afin d'en dérober la connaissance à son adver-^ saire. Il est done presque toujours impossible à un général de déterminer ce que le général Jomini appelle ie point décis^, et il font la plu-« part du tems qu'il improvise ses dispositidns d'attaque sans autre guide que les probabilités les plus éventuelles.
Indépendamment de là difficulté que l'on éprouve à reconnaître tine position et là manière dont elle est occupée par les troupes ennemies ) il y a encore d'antres circonstances Variables dont un général doit s'instruire, Ist qu'il né peut étudier que sur les lieux méniès { (s'est Tétat des ch^ins et des différentes parties du tèrraiti; Les hommes \ les chevaux , et même les voitures peuvent ^ pendant de fortes gelées et pendant leî sécheresses î passer en beaucoup d'endroits qui devieniient impraticables pendaut les pluié^ et les dégels. Uii jphangemeut de tèms peut donc opérer de tds changemens dans une position ' que le point décis^ de la vefiUene soitplas ce^ haiiuhndemain. .
de n^est pas tout i il arrive souvent qu^im gé« néral se trompe dUns le choix qu'il fisiit du point k plus important à attaquer 5 ce qui ne tient pas toiqours à sa négligence ou à son incapacité;, mais à ce que le tems lui a manqué ou à cequ^il s^est trouvé dans Timpossibilité de bien recon-* naître la position de son adversaire , et de savoir comment die est occupée par ses troupes* Ainri| par exemple, ce général sera repoussé parce qu^il trouve, sur le point où il avait «a'u avantâ-* tageux de diriger son principal effort , des trou^ pes d^élite et beaucoup plus de forces quUl né Tavait présumé ; ou bien il parvient à se ren-» dre maître de ce point, mais Fennemi lui édiappe et Farrète tout court , parce qu^en qï^ rîère, il se trouve des obstacles imprévus, tidê qile marais, buis impénétrables , ruisseau grossi par quelque orage, et que Tennemi tenant là. seule route qui sert de communication sur ce point, ne peut y être forcé. L^histoire est pleine de semblables faits ^ quoique ramt)Ur-prapre tïierche souvent à les faire oublier ou à les àé^ •naturer. Il faut bien alors qu^un général se dé^ iside brusquen^nt à attaquer un autre point décisif. Je le demande ! Jl quoi setvent Us théo^ fies dans de telles conjectures , et peut^t>npreth' dre tm paHt nutrement que sùudainemeht et
qa^en ayant égard à des citcensîamces dont unie partie est variable de sa nature ?
Enfin, en supposant même qu^un général connaisse parfaitement la position occupée par son adversaire et la manière dont ses troupes y sont disposées , il pourra prendre, pour Fatta^ quer , des dispositions plus ou moins hasardeuses par Timportance des résultats, en cas de réus-> site , et par les dangers auxquels il pourrait être exposé daos le cas ou il échouerait , selon le caractère de son adversaire , la qualité et la situation morale des troupes quM commande et de celles qui lui sont opposées.
Je conclurai des développemeos qui précèdent qu^on ne saurait rigoureusement donner aux points quMl est le plus important d'^occuper ou d^attaquer , le nom Ae points décisifs ; qae les enseigoemens donnés par M. le général Jomioî , les principes qu^il pose , les vérités qu^il énonce , ne seraient, en quelque sorte, d^aucune utilité pour aider à reconnaître les points qu^il appelle décisifs, lors même qu^une partie de ces principes et de cas vérités ne seraient pas contestables; qu^enfin le petit nombre de principes généraux inconlestables qui existent sur les hautes parties de la guerre ne saurait servir de guide aux gêné- > raux , parce que ce sont des Térités triviales qui
RtÉLANGES. i^^
oArenl une variété infinte dans leur application. On peut déterminer facilement les points déci* sifs apris Péi'énement, lorsqu'on s'est procuré tous les rensciffnemens ; mais aidant Vés^énement presque jamais. A Nordiingen, Condé se porte à sa di'oite , attaque Tenneuii et est repoussé; il se rend aussitôt au centre, attaque de nouveau et est encore repoussé ; enfin il tente encore la fortune avec sa gauche et est vainqueur. Voilà comment on gagne une bataille! Condé avait-il déterminé le point décisif?
Je trouve dans les ouvrages de deux grands capitaines des passages qui me paraissent s\ippliquer parfaitement à la question que je viens de traiter; par cette raison, je les reproduirai textuellement.
Le maréchal de Saxe dit dans Tavant-^propos de ses Réi^eries :
• Toutes les sciences ont des principes et des règles (1) ; la guerre senle n'en a point. Les grands capitaines qui en ont écrit ne nous en donnent point. Il faut être consommé pour les entendre y et il est impossible de se former le jugement sur les historiens qui ne parlent de la guerre que selon qu'elle se peint à leur imagination. »
a (1) Li guerre « 4et règles dms lea Bariiee it déleil , mil elle B'en t pokit dem les svMIims. »
474 VËLANGBSj
Napoléon s^exprime , ainsi qu^il fluit^ dans sëi
Mémoires :
Tome n , page 51 et page il. « Les généraux. e& chef sont guidés par leur propre expérience ou par leur génie. La tactique , les évolutions y la science de l'ingénieur et de Fartilleur , peuvent s'apprendre dans les traités y à peu près comme la géométrie ; mais la con- Aaissance des hantes parties de la guerre ne s'acquiert que par l'expérience et par l'étude de l'histoire dfeé guerres et des batailles des grands capitaines. Ap^ prend-on dans la grammaire à composer un chant da l'Iliade y une tragédie de Corneille?
» Les principes de la guerre sont ceux qui ont
dirigé les grands capitaines dont l'histoire hou^ a transmis les hauts faits, Alexandre, Annibal, César; Ûustave-Adolphe , Turenne , le prince Eugène , Frëdé^ ric-le-Grand.
» Alexandre a fait huit campagnes pendant lesquelles il a conquis l'Asie et une partie des Indes ; Annibal en a fait dix-sept , une en Espagne , qUiiize en Italie , une en Afrique ; César en a fait treize y huit contre les Gaulois, cinq contre les légions de Pompée i Gustave^dali^e en a fait trois » une en Livonie contre les Russes y deux en Allemagne contre la maison d'Autri<che$ Turenne en a fait dix-huit , neuf en Fraacd , nettf an Allemagne $ le prince Eugène de Savoie ea a ùit treize , deux contre les Turcs , cinq en Italie contre la France , six sur le Rhin ou en Flandre ; Frédéric en a fait onze en Silésie , en Bohême et sur les rives de TElbe. L^histoirede cçs quatre-vingt-quatre campagnes, faite avec soin , éerait un trsuté complet de fart de h
vÈLmomt ^^9
guerre i les prinè^èa que Tmi doit suhrre datas la guëi^re dëfensire et offensiTe en découleraient eomme db Source. »
Tome II y pag9l79 et page 195. * Youle^-votts Sàtôb* comment se donnent les batailles ? Lisez , médites lèi relations des eeni cinquante batailles de ces grandi capitaines.
» Faites la guerre offensive cemme Alexandre ^ Annibal, Cétor, Gnstaye-Adolphe î Turenne^ fo prince Eugène et Frédéric ^ Usez ^ relisez l'histoire de leurs j|uatre-yingt-huit campagnes , modelez-Vous sur eux ; c'est le settl moyen de devenir grand capitaine et de surprendre les secrets de l'art. Votre génie aûisi éclairé vt>us fera rejeter des maximes q[>posées à celtes de ces grands hoinmés; »
Tome T y page 76. « Achille était le fils d'une déesst et d'un mortel : c'est l'image du génie de la guerre ; la partie divine y c'est tout ce qui dérive des considéra-^ tions morales 9 du caractère, du talent, de l'intérêt de votre adversaire, de l'opinion, de l'esprit du soldai^ qui est fort ou vainqueur^ faible du battu , selon qu'il croit l'être ; la partie terrestre , c'est leS armes y les retran* ehemens ^ les positions, les ordres de bataille , tout ce qui tient à la coinbinaisoh des choses matérielles. *
On Voit ique Napoléoii ne réduisait pas H guerre aux combinaisôtis des choses ittiatérifellés.
Je terminerai ces citations , par rapporter là comparaison que Napoléon fait entre un géné-^ rai commandant en chef une armée navale, et mi génà*al commandant en chef une ahnée da terre.
4x6 MÉI«ANGES.
Tone n {Ht) » page 161k. « Un général comiandant en chef nne armée navale et un général connnandant em chef une armée de terre , sont des hommes qui ont besoin de qualités différentes. On nalt«vecles qualités propres pour commander une armée de terre , tandis que les qualités nécessaires pour commander une armée navale ne s'acquièrent que par expédence.
• Alexandre , Condé , ont pu commander 4ès leur plus jeune âge ; l'art de la guerre de terre est un art de génie , d'inspiration ; mais ni Alexandre y ni Condé , à l'âge de vingt-deux ans , n'eussent commandé une armée navale. Dans celle-ci , rien n'est génie , ni inspiration, tout y est positif et expérience. Le général de mer n'a besoin que d'une science , celle de la navigation. Celui de terre a besoin de toutes ou d'un talent qui équivaut à toutes , celui de profiter de toutes les expériences et de toutes les connaissances. Un général de mer n'a rien à deviner; il sait où est son ennemi , il connaît sa force ; un général de terre ne sait jamais rien certainement, il ne voit jamais bien son ennemi, ne sait jamais positivement ou il est. Lorsque les armées sont en présence , le moindre accident de terrain , le mcnndre bds cache une partie de l'armée; l'œil le plus exercé ne peut pas dire s'il voit toute l'armée ennemie on seulement les trois quarts. C'es^ par les yeux de Tesprit, par l'ensemble de tout le raisonnement, par une e^èce d'inspiration, que le général de terre voit, connaît et juge. Le général de mer n'a besoin que d'un eoup-d'œil exercé , rien des forces ennemies ne lui est eaehé.
« Ce qui rend difficile le métier de général de terrei
e'est la néeessitë de nourrir taol d'honmes et d*aiii* maux s s*il se laisse f^ider par les administrateurs, il ne bougera plus , et ses expéditions échoueront. Celui de nier n*est jamais gêné ; il porte tout avec lui. Un général de mer n'a point de reconnaissance à faire, ni de ter*^ rain à examiner, ni de champ de bataille à étudier : mer de& Indes, mer d'Amérique, Manche, c'est toujours une ^ plaine liquide. Le plus habile n'aura d'avantage sur le moins habile que par la connaissance des vents qui régnent dans tels ou tels parages , par la prévoyance de ceux qui doivent régner ou par les signes de l'atmosphère ; qualités qui s'acquièrent par l'expérience, et par l'expérience seulement.
» Le général de terre ne connaît jamais le champ de bataille où 11 doit opérer ; son coup-d'œil est celui de rinspiration ; il n'a aucun renseignement positif. Les données pour arriver à la connaissance du local sont si éventuelles, que l'on n'apprend presque rien par expé« Hence. C'est une facilité de saisir tout d'abord les rapports qu'ont les terrains selon la nature des contrées; c'est enfin un don que l'on appelle coup-d'œil militaire , et que les grands généraux ont reçu de la nature. Cependant , les observations que l'on peut faire sur des cartes topograpbiques, la facilité que donnent l'éducation et l'habitude de lire sur les cartes, peuvent être de quelque secours. «
Cette comparaison est remarquable, sans cloute ; mais elle pèche par Foubli de la différence importante, qui existe entre les qualités Tiwèssairc3 à tin çépérul CPî«?nJiP^»(l? m çhf f
478 HÉLAHGBB.
«me année navale, et à un général commandant en chef une grande armée de terre , telle par exemplis que celles quV commandées Napoléon. Piins une bataille, le général de mer est ordifiaîrepiwt Vbpmme le plus exposé de son armée, puisqu^il est au milieu des combattans, et qu^il occupe, sur son vaisseau, une place déterminée. Le général de terre, au contraire, estor* dinairementPundes moins exposés, il peut même pe Tètre pas du tout j c^est une conséquence nécessaire de ce qu^il doit se tenir derrière les combattans, et des devoirs qu'ail a à remplir, l^ qualité la plus importante dans le premier, celle sans laquelle il ne peut jamais être qu^un mauvais gé« fierai, c^est donc la bravoure ; car un lâche pourrait éviter de combattre , quand il le faudrait , ou ordonner la retraite intempestivement , pen-* diN^t le combat, ou enfin perdre la tète. Pour le second , }e travail du cabinet est le plus important (a) , et puisqu^il ne se trouve sérieusemait exposé que par rares exceptions , la bravoure n'est en quelque sorte , pour lui , qu'une qualité accessoire. Un poltron peut être un fort ton général d'une grande armée de terre, et un brave, un fort mauvais général.
(a) Op p^ut voir ce que J'ai dit du traTail du cabinet dam )o ' libapitre y de ma Ph%l99(^hk 4^ la Guerre.
Je terminerai ces réflexions, snr ce que le général Jomini appelle le principe fondamental de la guerre , par contester a que tous les suc-- » ces ou les re^f ers , furent le résultat de VapplU » cation ou de V oubli qvlon en fit. » Si TappUcation d^un principe pouvait ainsi donner la victoire avec certitude , il faudrait qu^il n'y eût pas de différence dans la constitution des troupes des différens états , que leur valeur fut égale, et restât toujours égale, tandis quMl en est tout autrement, 'puisqu'elles sont soumises à des influences physiques et morales; il faudrait que la disposition des lieux fût toujours la même , tandis qu'elle ofire une très -grande variété ; il faudrait, enfin, que cette influence incontestable de la fortune sur les événemens de la guerre n'existât point.
Un général , en se donnant la supériorité du nombre, pour attaquer des positions ou des points qui sont les plus importàns à attaquer , met seulement les chances de son côté, en faisant toutefois abstraction de Finfluence que peuvent exercer la force des positions et la différence entre les qualités des troupes; mais, pour qu'il parvienne à déterminer ces positions et ces points, il ne suffit pas qu'il ait la capacité nécessaire ; car une^foule de circonstances, ainsi que je l'ai
48o MÉLAN6BS,
(ait voir , peuvent Tiiiduire en erreur ou s^opposer a ce que cela soit possible.
On ne manque pas d^exemples de généraux qui, ayant pris de bonnes dispositions, tant avant que pendant une bataille, ont cependant été battus par des adversaires qui en avaient pris de mauvaises : c'est que la valeur des troupes et même la fortune ont souvent plus d^inQuence que les bonnes dispositions. Un général croit une bataille perdue et songe à se retirer , lorsqu^il apprend qu^elle est gagnée par suite des succès de Fun de ses lieutenans; ou , il la croyait gagnée et il apprend qu^elle est |)erdue.
J\ippuierai les opinions que je viens d^éniettre par deux exemples remarquables , tirés du commencement des campagnes de i8o5 et de i8o6f et j^en rapporterai les opérations diaprés Touvrage intitulé i Fie politique et militaire de Napoléon , racontée par lai-^nieme au tribunal eP^lejrandre , de César et de Frédéric; ouvrage du général Jomini, dont le titre n^est qu^une fie* tion.
Le premier exemple a été cité, ainsi qu^on Ta vu, par le général Jomini lui-même; il a dit a que Mack se trouvant concentré en i8o5 vers )i (Jbn et attendant Taroiée russe par la Mora-* V vi«^ le poi^t décisif oour rattac^uer l^lait p(i^
«IËLAK6ES. 4ât
» naAvert ou le Bas-Leck ; car, en le gagpnant )> avant lui , on coupait sa ligne de retraite sur » FAutriche et sur Tarmée destinée à le se- » couder. »
Il est évident que , si un général parvient à s'^établir avec son armée sur les communications de son adversaire, ce dernier se verra contraint, pour rétablir ses communications, de livrer utie bataille, et que, s^il Fa perd , les suites en seront très-désastreuses. Mais un général ne peut s^établir ainsi sur les communications de Tarmée qui lui est opposée qu^en la tournant , et pendant qu^il exécute les marches nécessaires pour atteindre ce but , son adversaire peut Pattaqncr avant qu^elles soient terminées ; souvent même aussi il ])eut le couper de ses communications avant que d^avoir perdu les siennes , et les deux armées se trouvent alors dans une situation également critique.
On voit que dans de telles conjonctoi-es les deux généraux sont exposés à de terribles chances et placés dans Falternative de grands succès ou de grands revers , selon qu^ils seront victorieux ou vaincus. Un général ne doit donc entreprendre une opération si hasardeuse que lorsqu^il se croit certain de vaincre ou qu^il compte 3ur Vinepiie de son adversaire.
489 KÉANiGES.
(Tétait précisément le cas dans le^pel se trouvait Napoléon ; son armée était plus nombreuse que celle de Mack ; les troupes étaient plus aguerries et plus manœuyrières ; elles avaient le sentiment de leur supériorité; elles étaient remplies de confiance dans leur chef. Avec de tellM troupes il n^ a pas d^entreprises, si hasardeuse^ qu^elles soient , dont on ne puisse se promettra la réussite ; on peut échouer dans une attaque et éprouver quelques pertes, on ne peut essuyep!' de grands revers ; les troupes résistent , qoellQ que soit leur infériorité numérique^ elles se retirent avec ordre et ne se débandent point ; le général a le tems d^amener de nouvelles troupes à leur secours , il reprend TofiSsusive , bat son adversaire , et change un revers insignifiant en un succès éclatant.
Mack était en position sur le Danube depuis Ulm jusqu^à Donawert. Son ai'mée était moins nombreuse que celle de Napoléon (a), ses troupes étaient moins aguerries et moins manoeu-^ vrières ; meurtries encore de ces derniers désas^ très qui avaient contraint T Autriche de subir la loi du constd finançais, elles avaient le sentiment
(a^ Les forces militaires de Napoléon étaient de 180,000 hom-< mes, et celles de Mack de 84,000, d'après rouYrage du général f omini, précédemment cité.
«tLANOEi: 403
^ Imif Infériorité, et , ce qui est plus fl^cheux eneope, de Infériorité de leur général. ;Avee^^ tellps troupes, il n^y a pas d^entreprises, sî laffèil eombinées qu^elles soient, dont on puisse séprô-^ mettre le succès; elles attaquent mollement, quelle que soit leur supériorité numérique, et n^obtiennent qu^un succès momentané. Si ellei^ ? éprouvent le moindre échec , elles se retirent en désordre, se débandent bientôt ou mettent bas les armes, même devant des forcés qui leur ^ont infërieures en nombre.
Napoléon , par suite de cet état de choses , avait une telle certitude de vaincre , s^il en ve-' nait aux mains , que non-seulement £1 n^hésita pas à tenter de s^établir sur les communications de Tarmée autrichienne , en tournant complètement cette armée par son aile droite; mais il avait un tel sentiment de sa supériorité , qu^il dirigea une partie de son armée (a) sur Munich, quoique, en lui faisant prendre cette direction', elle ne pût se trouver en mesure de le joindre assez tôt s^il était inopinément attaqué pendant Texécution de son mouvement pour tourner Tarmée autrichienne , ou sMl se donnait une bataille dans les environs d^Ulm.
(a) Le premier corps et le corps bavarois sous le conunandemepi de BernadoUe, et le corps commandé par Davout.
484 MâUMQMf
au contraire , qu^eisuyer des revers sMl ea ve** liait aiix maios ; il devait donc se retirer jusqii^à ce qu^il eût opéré sa jonctioa avec Farinée russe qm s'avançait . au secours de FAutriche , et il devait préiKircr cette o|)éraUon, ou.mèoie la commencer , avant que d^ avoir été contraint par la présence de Farmée française. Il devait surtout employer tous ses soins pour être ios« truit de la marche des différons corps de cette armée , ce qui était facile , car ils traversèrent Je Rhin, depuis Strasbourg jusqu^à Majrence, pour marcher sur la Bavière , sur Dooawert et sur le BaS'I^ck, en quelque sorte sous ses jeux ; il fut au contraire , à cet égard, dans une telle ignoraiu!c, que lorsqu^il eut connaissance de ce grand mouvement, il ne pouvait déjà plus, sans ccimbaUre, effectuer sa retraite que sur le Tyrol par Memmingen. Mais Napoléon ayant commis la faute de ne laisser devant Ulm , sur la rive gauclie du Danube , que la seule division Dupont, forte de 7,000 hommes, dont trois régimens de cavalerie , Mack se décida à attaquer .^^te division qui était à Haslach ; il réunit pour cette attaque 95,ooQ hommes et Fexécuta le 1 1 octobre. Dupont , malgré Finfériorité de ses forces, se maintint jusqu'à la ouit, et se retira
MÊLANTES. 485
aussitôt après $ur Àlbeck ; le lendemain il continua sa retraite dans la dii'eetion de Gunlzboorg. Mack fit occuper Albeck et attaquer le pont d^Elchingen sur le Dtinube, qui nVtait défendu que par un seul régiment du corps de Ney ; ce ré£[iment se retira sur la rive droite et coupa une arcbe du pont; mais Ney étant arrivé avec du renfort, les Autrichiens coupèrent aussi le pont de leur côté : Mack aurait pu employer les journées du 12 et du 1 3 octobre h se retirer sur la Bohême et n^en fit rien.
Napoléon, instruit de ces circonstances, se rendit sur les lieux; il fit rétablir le pont par Ney qui passa sur la rive gauche, enleva la position d^Elchtngen et repoussa les Autrichiens ; le corps de Lannes et la cavalerie de Murât passèrent ensuite. Le lendemain, les Autrichiens furent contraints de rentrer dans Ulm, à rexcep* tion de Werneck, celui des lieutenans de Mack qui était opposé à Dupont , et qui se retira avec 10,000 hommes sur Nordiingen ; mais bientôt cerné, près de Nordiingen, par la cavalerie de Murât, il mit bas les armes. La retraite de Werneck, après la défaite deis Autrichiens à Elchingen, le i4i prouve que Mack pouvait le iâ et le i3 octobre, après avoir repoussé Dupont , effectuer aa retraite sur la Bohème; il put aussi,
486 MttANCOSi
jusqo^ail il ootobre^ faire retirer k ganûscm de Memining^ sur le Tyrol : mais n^en ayant rien fiiit , les Français s^emparèrent le iS octobre dd cette ville et de sa garnison, et deux jotirs après Mack y avec les débris de son armée ^ était en-^ tièrement cerné dans U Im .
Les succès de Napoléon furedt prodigieux. Après avoir battu , pris , ou dispersé tous les corps de Tannée de Mack, à Fexoeptlon de celui de Kienmayer qui, étant à D(Hiawert, parvint à se retirer sur F Autriche; après avoir contraint les débris de ces corps à se renfernier dans Ulm , il devint bientôt possesseur de cette ville , que Mack lui rendit sans coup férir^ et dont la garnison , forte de So^ooo hommes , fut &ite pri-« sonnîère* L^atmée de Mack fut presque anéantie ; il ne s^en échappa que le corps déKienmajer et qu^un corps de cavalerie qui^ sous le commandement de Tarchiduc Ferdinand , psuryint après le combat d^Elchingen à gagner la Bohême» L^armée française éprouva d^ailleurs une très-^ forte diminution , du moins momentanément , par suite des marches forcées, desbivouaés, de la continuité et de la violence des pluies. Nous pouvons actuellement apprécier les raisonne-* mens qui vont suivre.
) Lefrénércil Jemiiiiiiidlqueteis poêôtâEtos deD^
dâwert du du Ba^Leck comme les points décisifs qae Napoléon devait attaquer et faire occuper* Effectivement , s^il parvenait à faire occuper ce^ positions pat* sdn armée, il cernait Tarmée autri» cfaieiine et la nlettait dans une situation désespérée , puisque cette armée , inférieure en nombre de moitié à Tarmée française, lui était plus infé« rîeure encore par la qualité des troupes. Maïs pour que Tauteur pût donner une telle manœuvre t^omme une application du principe général quMl avait posé , il aurait fallu qu^elle offrît les probabilités de réussite que doivent présentet* les opérations qu^on entreprend à la guerre , et c^était précisément tout le contraire. En effet, la réussite de cette opération reposait sur la possibilité de cacher au général autrichien les marches qu^il fallait faire exécuter à Tarmée française pour attaquer les positions de Donawert et dii Bas-Leck, et Ton cite comme un fait inoui que ce général n^ait pas pris les mesures nécessaires pour en être instruit. S^il eût pris ces mesures , il aurait indubitablement effectué sa retraite assez tôt pour pouvoir opérer sa jonction avec Tarmée russe avant que d^être obligé dVn venir aux mains avec Tarmée française.
Que isi Ton suppose actuellement une armée autrichienne qui eût pu combattre avec des
chances égales de succès contre Tarniée française, et qui eût été commandée par un général habilei la manœuvre de Napoléon pour s^empa-^ rer des positions que le général Jomini indique comme points décisifs , et le détachement quM fit du corps de Bernadotte, eussent causé la ruine de Farmée française ; car alors le général autrichien Peut attaquée avec la totalité de ses forces, pendant quVlle était en marche pour le tourner, et il aurait indubitablement obtenu un succès éclatant.
La conclusion que Ton tire de Texemple cité par le général Jomini, à Tappui de son principe fondamental, c^est qu^un général doit tâcher de s^étabiir sur les communications de Farmée qui lui est opposée lorsqu'elle est totalement infé* rieure à la sienne par le nombre et par la qualité des troupes; et, en vérité, cela est tellement évident qu'il paraissait inutile de le dire.
Le commencement de cette campagne de 1 806 , si remarquable par le désastre que les Prussiens éprouvèrent le 1 4 octobre 1 806 dans les champs d'Iéna et d'Auerstedt, servira encore mieux que l'exemple que je viens de rapporter à faire apprécier si le principe fondamental du général Jomini est vrai et peut être de quelque utilité.
L^nrmée française) que Napoléou coinmandail iminédiatement , était cantonnée dans Pélectorat de Wurtzbourg et dans cette partie de la Bavière qui touche à ]a Saxe; elle était composée des corps de Bernadotte , Davout , Soult , Ney ^ Lannes et. Augereau , de la garde impériale et de la cavalerie de Murât; elle était forte de 180,000 hommes ; quelques jours avant le commencement des hostilités, Napoléon la concentra dans les environs de Bamberg etdeCobourg.
LWmée saxo'-prussienne était divisée en trois corps : Fun de 5o,ooo hommes , commandé par le roi en personne qui commandait aussi toute Farmée, mais il avait sous ses ordres le duc de Brunswick, qui était le commandant de fait; le second de 5o,ooo hommes , commandé par le prince Hohenlohe; le troisième de 20,000 hommes , commandé par le général Ruchel : en tout 120,000 hommes. Elle s^étendait depuis Eisenach, où se trouvait sa droite, jusquWla Bohème, où s^appuyaitsa gauche, commandée par Hohenlohe ; ses principales forces se trouvaient aux environs d^Erfurt et de Weimar. Le duc de Brunswick commença peu de jours avant les hostilités à les concentrer dans les environs de Weimar (a) ; il n'avait laissé que des divî*
{a) Le général Jonini , dans rouvrage où j« puts« k réc4l de ots
sions détachées sur la frontière , en présence âe Farmée française.
L^armée de Napoléon avait sur belle du duc de Brunswick tous les genres de supériorité qu^elle avait eus sur celle de Mack ; et les troupes françaises avaient sur les troupes prussiennes la supériorité qu^ont des troupes aguerries sur celles qui n^ont pas fait la guerre depuis douze ans. Il faut ajouter que le général en chef de Farmée prussienne et une bonne partie des généraux et des officiers supérieurs étaient des vieillards, c^est-à-dire des hommes hors d'état de supporter les fatigues excessives quHmposait le genre de guerre que faisait Napoléon : cette dernière circonstance seule suffisait pour attirer sur Farmée prussienne les plus grands désastres.
Napoléon , ayant donc la certitude de vaincre s^l en venait aux mains , ne songeait qu'à contraindre son adversaire à recevoir une bataille , et le moyen était de tenter de s'établir sur les
opérations, dit, tome ii , page 280, en parlant de la concentration de Tarmée prussienne dans les environs de Weimar : « Cette con- » centration était sage ; mais c'était sur la gauche de Hof qilUl fat- » lait la faire , au lieu d'attirer cette aile gauche au corps de ba- » taille, et de laisser à découvert le chemin même qui conduisait à » mon but. » Cela s'appelle juger après l'événement; car si l'armée prussienne se fût concentrée sur Iti gauche de Hof, petite Tille <itti n'est située qu'à quelques lieues de la Bohême, Napoléon aurait pu la tourner par sa droite , avec encore plus de facilité qu'il n'en trouva à la tourner par sa gauche*
comiiiutiications de Vatméé prussienne, ainsi qn'il Favait fait précédemment avec tant de succès en attaquant Tarméedé Mack. I)ansde telle^ conjectu1*es , il ne restait d^àutres voies^de saluf; à Farméé prussienne que de se retirer pour opérer sa jonction avec Varmée russe qui arrivait à son secours; mais alors il fallait abandonner , sans Combattre , une partie du royaume et probablement la capitale. Le roi et le duc d^ Brunswick ne prirent point tette résolution, sdit parce qu^ils n^en reconnurent point là nécessité, soit parce qu^én se retirant ainsi ils auraient blessé Forgueil national de Farmée prussienne , dans laquelle on était convaincu qu^on pouvait lutter contre Farmée française ; mais ils résolurent de garder la défensive et de recevoir une bataille. Cétaîtdês lors une bonne disposition d'^établir Farmée prussienne à quelques marches en arrière des avant-postes ; car le duc pouvait alors prendre , eii iems utile , les mesures nécessaires pour s^opposer à ce que Napoléon ne s^établit sur ses communications; itiais, pour cela, il fallait qu^il employât tous ses soins à être instruit des mouvemens de Farmée française, et que Farmée prussienne fîit toujours prête à exécuter à tout moment des mat-* ches fbroêes , de jour cbnune de nuit.
49? MÉLAHGES.
Napoléon entreprit de s^établir sur les communications de son adv^saire en le tournant par sa gauche. Les hostilités commencèrent le 8 octobre; des corps d^observatîon que les Prussiens avaient à Schleitz et à Saalfeld furent culbutés , et le i3 octobre au soir , les corps de Farmée française occupaient les positions suivantes : Davout et Bemadotte venaient d^arriver à Naumbourg ; ib s^y étaient emparés de magasins considérables appartenant à Tarmée prus^ sienne ; Murât les suivait de prèsf Lannes,Sonlt et la garde impériale étaient à léna ou dans les environs; Augereau à Kabla, Ney à Roda. Na-poléon était de sa personne à léna.
Pendant que Napoléon exécutait avec tant de rapidité le grand mouvement que je viens d^indiquer, le duc de Brunswick achevait la concentration de son armée dans les environs de Weimar; ce général était dans une telle ignorance des mouvemens de son adversaire , malgré Féchec des deux détachemens qui étaient en observation à Schleitz et à Saalfeld, que ce ne fut que le 1 2 obtobre seulement qu^Hohen-* lobe eut achevé son mouvement par sa droite pour se rapprocher de Weimar , laissant le passage pour ainsi dire entièrement libre aux corps dVrmée de Napoléon ; et ce mouvement , le duc
Tnviiit ordmmé malgré Tavis d^Hohenlohe , qui rengageait au contraire à concentrer Farinée prussienne sur sa gauche. Le 1 2, Tannée était en position depuis Erfurt jusqu^à léna.
Le i3, le duc, accompagné du roi , et avec les corps que ce monarque commandait immé-* diatement , vint s^établir à Suiza et à Auerstedt: au lieu d'attendre Napoléon pour lui livrer bataille, ainsi qu^il en avait formé d^afoord la résolution, il songeait à se reployer sur TElbe par Naumbourg et Freybourg. Hohenlohe avait pris position sur les hauteurs qui dominent léna; Ruchel était à Weimar; ces deux généraux devaient suivre le mouvement du corps d^armée du roi. Le duc soupçonnait si peu la position critique dans laquelle il se trouvait que la reine accompagna le roi jusqu^à Auerstedt, d'où elle retourna à Weimar. L'on trouvait à Auerstedt deux chemins qui conduisaient directement sur TËlbe , l'un par Naumbourg , l'autre par Freybourg ; le duc savait que Jes Français venaient dWtrer dans la première de ces deux villes, mais il pensait qu'ils n'y avaient qu'un corps de partisans; il n^en devait pas moins, ainsi que cela lui était si facile , faire occuper le soir même le défilé de KOsen, et le pont en pierre sur la Saale qui se trouvait en cet endroit , et il n^en fit rien.