‹ MélangesChapitre 4 sur 27 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

L^ECOLE VOhYTECBmQVEé

*ii»< I ■ »»

L^Ecole Polytechnique jouit d^une renommée si imposante, quMl est en quelque sorte admis comme article de foi , en France et dans la plu^^ part des pays étrangers, qu^elle est le moyaa Ip plus efficace de procurer à Fétat les sujets le$ plus distingués et les plus capables , tant pour les services publics qu^elle alimente que pour le perfectionnement des sciences exactes.

J(3 n^ai jamais partagé cette opinion , et sou** vent j^ai eu occasion de la combattre; souvent aussi on mV engagé à donner de la publicité à mes raisons; je m^y décide enfin, le croyant utile : ce sera la première fois , je pense , que Ton aura porté Texamen de cette question au tribunal de Popinion publique.

Je reproduis dans cet écrit des opinions que Ton m^a entendu constamment professer depuis trente-trois ans que je suis sorti de TEcole Polytechnique, et pourtant je ne le fais pas sans ap^ préhension , ne me dissimulant pas que be^u-* coup de persoon/^ k9 jug^ont pme^ào^de»^

Aussi les aurais-je données dans le doate, s^il était possible , quand on discute et que Ton est convaincu , de ne pas prendre le ton affirmatif.

Il faut d^abord que je fasse connaître par quels motifs et comment a été fondée FEcole Polytechnique , ainsi que les changemens qui ont été successivement apportés dans son organisation , dans son administration et dans son enseigne-* ment ; tout cela sommairement et réduit à ce qu^il est nécessaire d^en savoir pour que Ton puisse asseoir son jugement avec connaissance de cause (a).

Avant la révolution française, pour devenir ingénieur des ponts- et-chaussées , ingénieur militaire, ingénieur des mines, ingénieur-géogra-* phe, ingénieur-constructeur pour la marine, officier d^artillerie et officier de la marine , il fallait passer par des écoles spéciales (b) où Ton n^était admis que par voie d^examen ; on subissait aussi des examens pour passer de ces écoles dans les divers services publics qu'elles alimentaient. Les écoles spéciales furent plus ou moins désorganisées par suite de la révolution française,

(a) Je puiserai en grande partie ces renseignemens dans Texeellente Histoire de V Ecole Polytechnique, par A. Fourcy.

[b) Il y avait , pour chacun de ces services , une école spéciale on d'application dans chacune desquelles on recevait Hnslruction d^«

çwaire pour remplir le9 foocUons «uxquçlle» os h ^eaUnailf

et , au commencement de 1 794 , les membres dix comité de salut public sentirent vivement combien il pouvait devenir nuisible à Fétat et à la cause qu^ils avaient embrassée , de manquer de sujets capables dans ces difierentes carrières.

Le comité de salut public s^était entouré d^hommes distingués dans les sciences exactes, la plupart par leurs écrits, et il comptait dans son sein des hommes célèbres aux mêmes titres; ces savans , qui étaient aussi des hommes poli«* tiques et qui avaient embrassé avec ardeur les principes de la révolution française , se proposèrent, pour satisfaire aux besoins urgens du moment, de créer à Paris une école destinée tout à la fois à remplacer une partie des anciennes écoles spéciales, à propager les principes démocratiques et à donner une extension extraordinaire à Tétude des sciences auxquelles ils devaient leur célébrité. Ils étaient sans doute stimulés par leurs sentimens patriotiques ; mais il est permis de croire qu^ils Tétaient aussi , peutêtre même à leur insu , par le désir d^accroître leur influence politique et leur célébrité , car tel est le cœur humain.

Fôurcroy , célèbre chimiste , Tun des membres du comité de salut public, fut choisi par ce cooQtîté pour présenter à la Çonveption le prpr

jo IKÉLANGES.

jet de loi relatif* à la eréatkm de citté nrnivelle éeole que Ton désignait sous le nom i^ Etale centrale des Tra^>aux publies. Ct fol peu de jours après la chute de Robespieire qu^il soumit ce projet de loi à la ConTeutiou , et |ndépw«« dÂmment des eonsidérfitioDS tirées de la nature même de son sujet , il sut , avec beaueoup dV« dresse, intéresser cette assemblée à la propaga-* tion et aux progrès des sciences et des arts en les présentant comme de puissans au^iciUaires dan» les opérations de la guerre et en prétendant que tes derniers conspirateurs (les vaincus du 9 thefw taiidor) avai^t formé le projet ncm-SQulemeot « dVnéantir les sciences et les arts pour marcher i> à la domination à travers les débris des oott* » naissances humaines , et précédés par Tigno^ » rance et la superstition , mais encore d^auéan- 'i> tir toutes les choses et tous les hommes utiles )> à l^nstruction. »

LiScole oentraledes Travaux publies ^«vait ali^ menter le corps des ingénieurs militaires, celui des ingénieurs-géographes , celui des ingénieurs des ponts-et-ehaussées, cd^îdesi ingénieurs des mines, et celui des ingénieurs-constructeurs pour la marine^ on se proposât de supprimer entièreîa^ient les écoles spéciales de ces difl^en^s^vices^^ aussitôt <c que la nouvelle éedte aisrait pris une

MÉLANGES. ji

>f tnarclie assurée. » L^Eoole des Trayâu:^ {mbiic^ était destinée enfin <c à rétablir renseignement )f des sciences exactes qui avait été suspendn par » les crises de la révolution , » et à en répandre le goût au moyen des élèves qui retourneraient dans leurs foyers , lorsqil^fls n^atiraient pu être employés dans les travaux publics. Elle devait être composée de quatre cents élèves, ayant depuis seize jusqu^à vingt ans , admis à cetté^ écdie à la suite d^examens que f on pouvait suhft^ dans vîngt-detix' villes de France, et qtrî nef roulaient absolument que sur les mathématiques ; on exigeait des candidats la comiaîssancef de rarîthmétîque et des élémens dVlgèbre et de géométrie.

Les élèves devaient porter une rediiirgote bleue" uniforme; fis ne dcvaieùt point être casernes, mads ils devafeiit passer' datts le local âe Pécule ttoe partie des journées pour s Y lîvrei' à'Fétude dans dés saHes préparées exprès et poiu^' suivre lés cours des professeurs^; ils devaient être partagés en trois divisions et leursf études devaient durer pendant trois années. Indépendàmiiiént de Texamen d^^dmission , ils devaient subir trois* autres examens , le premier pour passer de' l'a première à la seconde division , lier scèbtld pbûr passer db la secondé division k ïâi

troisième I et le dernier pour être admis dans les différens services publics auxquels ils se destin naient : on devait renvoyer dans leurs foyers ceux qui subiraient de mauvais examens.

Dans la première division (première année d'^études) , on devait enseigner aux élèves la géométrie descriptive, les principes généraux de Tanalyse, Tapplication de Tanalyse à la géométrie descriptive , et Ton commençait la physique , la chimie et le dessin ; dans la seconde division , Fapplication de Tanalyse à la mécanique des solides et des fluides , les travaux publics civils j Tarchitecture , la physique , la chimie et le dessin ; dans la troisième , enfin , Fapplication de Fanalyse au calcul de Teffet des machines , la fortification , la physique , la chimie et le dessin.

Les élèves devaient recevoir des appointe— mens <( parce que , dit le rapporteur , la plupart » des citoyens n^auraient pas les facultés néces- )> saires pour entretenir leurs enfans à Paris )) pendant trois ans, et parce que les élèves }> auront obtenu , diaprés leur examen , un pre- » mier grade dans les travaux publics. »

Les examens d^admission à TEcole des Travaux publics ne pouvaient procurer que des élèves ayant seulement les connaissances nécessaires pour suivre les cours de la première division ,

MÉLANGES. ^î

et en se conformant rigoureusement aux dispo^ sîtions proposées, Técole ne pouvait être complètement organisée qu^au bout de deux ans, et n^aurait pu fournir de sujets pour les travaux publics qu^au bout de trois ans. Les auteurs du projet voulaient au contraire qu^elle fût tout d^abord complètement organisée, parce que, disaient-ils , les besoins du service Texigeaient impérieusement; mais il me parait probable qu^ils avaient d^autres motifs encore qu^ils ne pouvaient faire valoir , du moins devant une assemblée souveraine : ils voulaient faire jouir immédiatement les hommes qui enseignaient les sciences exactes , des avantages que cette école devait leur procurer , en répandant extraordinaireinent Tétude de ces sciences et en procurant, aux plus célèbres d^entre eux, des emplois de professeurs dans la capitale (a).

Pour parvenir donc à mettre promptement Técole en activité dans toutes ses parties , « il » a fallu, dit le rapporteur, trouver le moyen » de fonder à la fois toutes les parties de Tins-

(a) <x L'ouYerture simultanée des trois degrés de renseignement 1» présentait en outre l'ayantage , alors considérable , de procurer » sur-le-champ de l'emploi, et par suite un traitement, à des sayana » qui n'auraient pu autrement commencer leur service à l'école que » la seconde et la troisième année. » (A. Fourcy, Biitoire de ÏEcoU Polytechnique, page 59.)

Vf traction , et renseignement rérolntîonnaîre A » fourni au comité le moyen d^atteindre ce but. » Des cours concentrés en quelque sorte , de la )► durée de trois mois , et donnés en même tems , » renfermeront renseignement total de Pécole j }> formeront une instruction complète , quoique » accélérée y et permettront à la fin de ces pre- )► miers cours de partager les élèves en troii? » classes « dont chacune suivra sur-le-champ » Tétude affectée à chacune des trois années. »

IVétendre qu^on pourrait faire apprendre en trc^s mois ce qui exigeait trois années d^études opiniâtres j c^était une absurdité ; mais , en traduisant en langage vulgaire le passage que je viens de citer, on voit qu'on se proposait de consacrer trois mois à classer les élèves sous 1er rapport de Tintelligence , et à reconnaître ceux^ d'entre eux qui possédaient dans les sciences exactes des connaissances plus étendues que celles qui étaient exigées pour entrer i Fécole , afin de les répartir ensuite dans les trois divisions. Il était assurément impossible de Se procurer ainsi des sujets ayant assez de connaissant* cas. ppur suivre tous les cours de ht seconde et. de la troisième division ; mais , par ce moyen , 00 parvenait pourtant à les. classer par ordre de capacité.

Fbiireroy tèrmhiait son rs^port amsi qci^l suit : (( Le comité doit vous dire que la gr^n-^ 9 deQt de cette école est digne du peuple au- » qi;tel elle est consacrée ; qu^elle sera sans mo^ I» dèle ^n Europe, quVlIe satisfera doublement^ i» et aux besoins de la république, et à llnstruo^ n^ tion générale que le peuple réclame depuis » dnq ans ; qu^elIe répandra de proche en pro- » che, et dans toute la république, le goât sr y avantageux des science» exactes, et que o'^est >» enfin un des plus puissans moyens dé faire 1^ marcher dHm pas égal le perfectionnement des » arts utiks et celui de la raison humaine. »

Quel moyen plus puissant de flatter Pamour^ propre des memibres de la majorité de la Convention , que de rang^ les sciences , les arts et les hommes qui tes cultivaient au nombre des pposmts qui àeyttieht leur salut à la chute âé Robespierre ^ et de lui présenter Pécole projetée sous un aspect si grand et si vàile ; aussi cette assemblée accepta-t*-eï)e , poiir ainsi £re sansdiscussion , le a8 septembre 1794 , la loi qui lui êtsât proposée : mai» Inexpérience apprit bien-^ tôt que PEcolé des Travaux pubBcs ne pourrait ysm^à» proew€ar les résultalsî qu^oa en attendait.

La nouvelle école fat établie dans cette partie dtt f ^^-Bawboa ou %ç tçQwvaiw^ U^ w^.

mises j les écuries, la salle de spectacle et Foran-^ gerie.

Les examens s^ouvrirent le 22 octobre 1794 9 et quoique les connaissances que Ton exigeait pour être admis à TEcole des Travaux publics fussent faciles à acquérir , et que la carrière des travaux publics exemptât de la conscription , avantage immense, puisque, alors, tous les citoyens étaient obligés de servir en personne , ou ne parvint à réunir dans la France entière que trois cent soixante^quatorze sujets dont se composa d^abord TEcole des Travaux publics ; encore ne fut-ce qu'yen autorisant les élèves des écoles spéciales à se présenter à cette école (a) et qu^en enfreignant pour un grand nombre de sujets les conditions d^admission imposées par la loi»

Ainsi les examinateurs eurent pour instructions d^admettre , au défaut de candidats ayant les connaissances requises , ceux qui , par leur intelligence , donnaient le plus d^espérances ; on reçut des jeunes gens qui avaient moins de seize ans , d^autres qui en avaient plus de vingt , et parmi ces derniers il se trouvait des militaires ; on dérogea, en faveur des élèves qui apparte-

(a) n ne patattra pas singulier que des élèyes des éeoles spéciales se soient présentés aux examens d'admission de l'Ecole des Travaux publics , si Ton réfléchit que cette dernière école était destinée à remplacer les premières» que l'on s'attendait à Toir supprimer.

naient à des familles nobles, à la loi da 16 avril d 794? quî interdisait Fentrée de Paris aux membres de la noblesse ; il parait enfin que les municipalités ne furent pas très*difBciles pour donner aux candidats des certificats attestant n qu^ils » avaient constamment manifesté Famour de la » liberté et de Tégalité, et la haine des tyrans. »

Les candidats admis reçurent une indemnité de route pour se rendre à Paris , et il leur fut alloué par an 1,200 francs d^appointemens en assignats , somme équivalente alors à environ 340 francs en numéraire.

Un arrêté des trois comités (a) , du 26 novembre i774i acheva de poser les bases de Inorganisation de Fécole ; cette organisation fut bientôt terminée, et le 21 décembre i6g4 sWyrirent les cours révolutionnaires. Je n^hésiterai pas à rapporter quelques dispositions de Tarrèté des comités , car nous assistons à la création de V Ecole Polytechnique , puisque TEcole des Tra* vaux publics prit bientôt ce nom sans éprouver d^abord de changemens notables dans ce qui a rapport à Finstruction.

L^école devait être dirigée , tant pour Finstraction que pour Fadministration , par uQ

(o) Le comité de salut pul^liCi le comité de survelllapce^ et le co-

75 M^éUJtGBS.

eomeil Qomp09é des profass^ttn et d^ Iwm ad^ joiaU t du dinoteur, de deux sousnlireeteqrs at d^uu secrétaire. Le conseil devait s^œcuper piHi^^eulement du mode de TeimseigQemeat , mais encore du perfectionnemeat des sciences et des arts qui en étaient Fobjet ; on sentira com^ bien ces dernières attributions étaient importantes j si Ton considère que les académies avaient été supprimées.

Chacune d^ divisions devait être partagée en brigades f et chaque brigade devait avoir un chef, choisi parmi les élèves qui avaient terminé leurs trois années d^études. Les chefs de brigades devaient se trouver constamment avec les élèves de leurs brigades 9 pour lever les difficul*» tés qu^ils ne pourraient surmonter seuls dans le cours de leurs études. On devait désigner pour chefs de brigade , par mesure transitoire , ceuic des élèves qui, pendant les cours révolutionnai^ res, se seraient montrés les plus capables d^en remplir les fonctions.

Aussitôt , donc , que les cours révolutionnai** res furent terminés , on répartit les élèves dans les trois divisions ; on forma les brigades ; les ehefs de brigades fiirent désignés , et TEcole des Travaux publics étant entièrement constituée , les cours commencèrent ( 24 mai ^79$)*

L^S^cole 4es ^vmmx^ publics ^e ftit p^i plutôt en pleine activité t que rpii reconnut non-rseu<^ lement son insuffisance pour remplacer le^ éoor l63 spéciales, a|n$i qu^on se Tétait proposé^ .mais riippQSSîbiHté d^^ttein4re ce résultat , tant qviQ les élève? seraient livrée à des étude? théoriques qui absorbaiept toi^t liç tem? que la jeunesse la plus studieuse peut consacrer à Fétude. Lors même qu^il ep eût été autrement , il n^aurait pa9 été possible de Ipger avec succès dans les même? têtes, et d^xme manière durable, tout ce qui avait fait jusquVprs la matière de Tenseigae'^ ment dans les diverses écoles spéciale?.

La destination de TEcole des Travau:x; publics fut donc changée ; elle devint une école prépa-^ ratoire , destinée à alimenter les écoles spéciales que Ton s^empressa de réorganiser ou de perfec^ tionner , loin de songer davantage à les supprimer. Deux lois rendues parla Convention le i""" septembre et le %% octobre ijgS , lois sollicitées et préparées pair ces même? savan? qui avaient obtenu la création de TËcole de? Travaux pu<« blies , consacrèrent ces çhangemen?.

La première impo?e à TEcole des Travaux publics le nom d'' Ecole Polytechnique, aUfgmente le nombre des connaissances mathématiques exi«^ g^ées pQiir être admis à cette écqle , complète oii

8o MÉLANGES.

modifie les dispositions de la loi du a8 septembre 1794 9 et de Tarrêté des trois comités du 26 novembre 1794*

La seconde contient des dispositions relatives |;

aux écoles spéciales , et règle les rapports entre 1

ces écoles et FEcole Polytechnique ; elle place cette dernière école dans les attributions du ministre de Fintérieur, et réduit le nombre des Ah^ ves à 36o ; elle réunit le service de Tartillerie , pour les deux tiers des emplois d^officiers seule-* ment (a), aux services que Técole alimentait déjà; elle ajoute, enfin, que Técole est destinée aussi à former des sujets « pour Fexercice libre » des fonctions qui nécessitent des connaissan- I) ces mathématiques et physiques ; » elle con« serve le système général de renseignement, mais elle modifie Finstruction des élèves selon les dif^ férens services auxquels ils se destinent.

Tous doivent suivre les cours de la première division , mais ceux qui se destinent au service d^ingénieurs-constructeurs pour la marine ou d'ingénieurs'géographes , doivent se présenter aux examens pour Fécole spéciale de ces servi-

(a) Un tiers des emplois d'ofSciers d'artillerie fut réservé pour les sous-officiers de cette arme ; cette répartition des emplois d'officiers ep tre les élèves de TEcole spéciale d'arliUerie et 1^ sous^offlciers 4^ Tartillerie subsiste toujours, et je la crois utile , parce qu'il en ré« suite , eu tems de g;uerre » «QO (rt^grunde iiduInHon 9lltro Wf l}«^XC)we|(ro(Vcienf

MÉLANGES. 8i

ces, après avoir suivi les cours de la première division seulement ; ceux qui se destinent au service de Fartillerie et des mines , après avoir suivi les cours des deux premières divisions , et ceux qui se destinent au service du génie militaire et des ponts«el-chaussées, après avoir suivi les cours de la première et de la troisième division. Les élèves qui échouent dans leurs exa-» mens peuvent se présenter une seconde fois Tannée suivante; aucun ne peut d^ailleurs rester plus de quatre ans à Pécole.

Enfin , « à Favenir , est-il dit dans cette loi , » il ne sera plus admis aux écoles particulières » du génie militaire , des ponts-et-chaussées , )> des mines , des géographes , ainsi que de Far- )> tillerie et des ingénieurs de vaisseaux, que » des jeunes gens ayant passé à FEcole Poly- )) technique et ayant rempli toutes les condî- » tions prescrites.

)> Néanmoins, jusqu^à ce qu^il se trouve assez » d'élèves qui aient satisfait à ces conditions , le » directoire exécutif entretiendra ces différens » services par des élèves , ou choisis suivant » Fancien mode , ou tirés de FEcole Polytechni- » que ; à cet effet , il pourra prendre dans cette )) école ceux dont il jugerait les services utiles à » la patrie, suivant les circonstances, w

8a MÉLANGES.

Quelques mois après la promulgation de c^to loi ^ le directoire arrêta que <( les examens , sui»- » vaut Fancien mode , n^auraient plus lieu , et » que les jeunes gens qui se destineraient aux )) services publics devraient passer par FEcol^ D Polytechnique 9 » et à peu près à la même époque; que FEcole Polytechnique, fournirait des élèves à FEcole des Poudres et Salpêtres et à FEcole Aérostatique; mais Faérostation , bran-^ che des services publics d^une nouvelle création, n'^eut qu'aune existence éphémère.

Il est digne de remarque que, malgré la transformation de FEcole dès Travaux publics en école préparatoire, sous le nom d^Ëcole Polytechnique, Fenseignement resta le même, et que les connaissances en mathématiques, exigées pour être reçu dans la nouvelle école, furent augmentées au point qu'il était plus difficile dy être admis , qu'auparavant dans les écoles spé-^ ciales.

Les élèves de FEcole Polytechnique, avant que d'être admis dans les écoles spéciales, subis* iraient des examens pour constater leurs connais* sauces dans les sciences qu'on leur avait ensei-gnées, et au nombre de ces sciences se trou-* vaient les mathématiques transcendantes , à Fétude desquelles ils avaient consacré le plus de

Vim»p II fifflQbJuit ainsi qn^ Ton eût ren^ vnU ^mi ^(Bs parties ébvëes d^ mathématiques, qui Bravaient été jusqu^alors le partage qued^nn hwn petit membre de savans en Europe, et pour Fétud^ desqu^Uea on avait cru jusqu^alo^s, et je pirtage cette opinion, qu'il fallait être doué d'un génie particulier : on chargeait Ja mé« moire des élèyes , beaucoup plus qu'on n'enri«o diissait leur intelligence.

Ainsi , l'instruction que l'on donnait aux élè^ yes était une instruction supplémentaire, inter^ calée entre celle qui était exigée avant la création de l'Ecole Polytechnique , pour être admis dans les écoles spéciales, et l'instruction que l'on recevait dans ces dernières écoles.

Pendant les premières années qui suivirent I4 m*éatJon de l'Ëcole Polytechnique , cette école éprouva quelques changemens importans i^la» tifs à son organisation, à son administration et à l'instruction qu'y recevaient les élèves.

Les fonctions attribi:iées au directeur ddvin-r rent plus nombreuses et plus importantes , les deux sous-directeurs furent r^oiplacés par des a^inistrateurs.

, Le nombre des élèves , réduit d'abord à .200) reporté à 2S0 , fut définitivement fixé à 3oo ; il fut alloué à chaque élève 36o francs d'appointi^

mens par an , et Ton donnait un supplément à ceux qui déclaraient en avoir absolument

besoin.

. Le cours d^études des élèves fut réduit à deux années , et par une conséquence nécessaire , il nY eut plus que deux divisions entre lesquelles on répartit tous les cours qui étaient répartis auparavant entre les trois divisions.

Les élèves qui avaient manqué leurs examens à la fin des cours de chaque division pouvaient concourir une seconde fois Tannée suivante, mais jamais rester plus de trois ans «\ Fécole.

Pendant les premières années de Técole , les élèves ne déclaraient le service auquel ils se destinaient, que lorsqu'ils subissaient Texamen pour passer dans les écoles spéciales , et ceux d'entre eux qui le désiraient rentraient dans leurs foyers; on considérait ces derniers comme destinés à répandre le goût de Fétude des sciences exactes. Depuis, ces dispositions furent changées (1798): chaque candidat qui se présentait pour être ad** mis à Pécole dut déclarer à FexaminateuF le service public pour lequel il se destinait , et Tordre dans lequel il préférait s'attacher aux divers services qu'alimentait l'école , s'il n'y avait pis de places dans celui qu'il demandait ; on distribuait les emplois à donner selon les rangs d'admission»

Le célèbre La grange fit quelques leçons dVnaljse, destinées au perfectionnement des sciences mathématiques ; elles h^étaient point obliga-* toires. On commença des cours de zootechnie (connaissance de la structure et de la force des animaux), de salubrité publique, d^anatomie comparée, d^histoire naturelle, et Ton projetait des cours de botanique et de bibliographie, les professeurs furent même nommés ; il fallut bien-^ tôt abandonner ces cours et renoncer à accroître Tinstruction que Ton donnait aux élèves : le tems manquait, et Inorganisation humaine ne permet pas d^enseigner à la jeunesse, en aussi peu de tems , une aussi grande masse de connaissances ; on peut même affirmer qu^à cet égard on avait dépassé les bornes , puisque la santé de beaucoup d^élèves en était altérée, ainsi que le témoignait assez la pâleur de leur teint.

Les hommes qui président à la création d^un établissement tel que TEcole Polytechnique , doivent examiner avec le soin le plus consciencieux si les cours que Ton propose d^établir sont réellement utiles aux élèves , pour les carrières auxquelles ils se destinent, et si Ton nV pas plutôt pour but Tintérêt des professeurs que celui des élèves.

Je rapporterai y à Tappui de ces réflexions ,

les représentations adressées par le conseil de récole au ministre de rintérieur, qui avait créé ^ sans le consulter , un cours de bibliographie et nommé le professeur chargé de faire ce courte. Le conseil déclara qu^mi cours de bibliographie ne pouvait s^établir sans renverser le plan d^enseignement , et qu^il fallait au contraire tâcher «I d^alléger les études des élèves , dont tous 1^ 31 momens étaient tellement remplis, que c^était )» avec la plus grande difficulté que Ton parvieni> drait à leur donner quelques leçons d^istOfte i> naturelle. )» Ces représentations étaient fondées y sans doute , mais on pouvait repousser par le même motif le projet de donner aux élèves des leçons d^histoire naturelle.

En opposition avec la loi et avec l'arrêté qui investissait FEcole Polytechnique du droit de fournir exclusivement des élèves aux écoles spéciales , on continua à en recevoir encore directement pour ITEcole spéciale d'artillerie de Châ^ Ions j et cela malgré les plaintes du conseil de TEcole Polytechnique et des hommes influens qui s'intéressaient à la prospérité de cet établissement. C'était eflfectivement une question d'existence pour cette école , car elle se serait bientôt trouvée sans élèves, si les écoles spéciales avaient pu en recevoir directement ^ en se contentant

d^exîger des candidats , ainsi que cela se pratiquait pour PEcole spéciale d^artiJlerie, des connaissances que Ton jugeait suffisantes , quoique moins étendues que celles qu'ail fallait posséder pour être admis à TEcole Poljrtechnique.

L^Ecole spéciale d^artillerie reçut encore dî-* rectement des élèves en avril 1799 (ez), mais ce fat pour la dernière fois ; quelques-uns d'entre eux s'étaient présentés auparavant à l'Ecole Polytechnique et n'avaient pu y être admis, ce qui leur fut très-avantageux puisqu'il en résulta qu'ils entrèrent dans Tartillerie au moins deux années plus tôt que s'ils étaien t passés d'abord par l'Ecole Polytechnique* Ils furent successivement dans l'arme de l'artillerie les anciens et les supérieurs des élèves de cette époque qui , plus instruits qu'eux, avaient été admis à l'Ecole Polytechnique j et l'on n a pas remarqué qu'ils leur aient été inférieurs dans le cours de leur carrière militaire.

La nouvelle loi d'organisation de l'Ecole Polytechnique, qui fut pubh'éele 16 décembre 1799, p^i après le 18 brumaire, Laplace étant minis-

(a) On n'exigea d'algèbre des candidats <|ui furent admis alors, (|ue jusqu'aux équations du second degré , d*oii il résulta que Ton donna dans Fartillerie le nom de promaHon du second degré à cette promotion.

tre de Tîntérieur , créa un conseil de perfèciion^ nement (a) qui se réunissait tous les ans pendant un mois , et qui était chargé de propqser les modifications qu^il lui semblerait utile d'apporter , non-seulement au système des études, mais même à Torganisation et à radministratix)n de Técole. On enleva ainsi au conseil de Fécole ses principales attributions; ce conseil avait d'ailleurs cessé d'être un corps académique , par suite de la Création de l'Institut national (26 octobre lygS), où ses membres les plus célèbres furent les premiers admis dans la classe des sciences physiques et mathématiques.

Les connaissances que l'on exigeait des candidats qui se présentaient pour être admis à l'Ecole Polytechnique, et l'instruction que l'on donnait aux élèves de cette école (b) , semblaient être

(a) Le conseil de perfectionnement fot d'abord composé da directeur de récole , de quatre membres du conseil de l'école» des émx, examinateurs de mathématiques, des deux examinateurs pour la géométrie descriptive, la physique etia chimie, de trois membres de rinstilut national , pris dans la classe des sciences mathématiqaes et physiques, et des officiers généraux ou agens supérieurs des services publics, qui devaient être présens aux examens de sortie. Le conseil de perfectionnement éprouva plusieurs fois depuis de légères modifications dans sa composition et dans ses attributions.

{h) On enseignait alors aux élèves dç la première division (première année d'études) l'analyse, la géométrie descriptive , l'application de l'analyse à la géométrie descriptive, les élémens des machines ,1a physique, la chimie, le dessin topographique elle dessia

MÉLÂTiGES. 89

alors (4799) fixées d^une manière définitive; néanmoins , excepté en ce qui concerne les ma* thématiques, on fit encore depuis cette époque jusqu^à ce jour des changemens qui ne furent pas sans importance, et Ton ajouta de nouveaux services publics à ceux auxquels elle fournissait déjà des sujets ; enfin , la constitution de FEcole Polytechnique subit des changemens très-iniportans pendant le même laps de tems : je me réserve dVn parler lorsque j^examineraî cette institution sous le rapport politique. Presque tous ces divers changemens furent effectués sous le consulat et pendant les premières années de Fempire. Commençons par énumérer ceux qui étaient relatifs à Pinstruction.

Peu après Ta vènement de Buonaparte au con- * sulat ( 1 80 1 ) , on astreignit les candidats à écrire sous la dictée de Pexaminateur quelques phrases pour constater quHls savaient écrire lisiblement et correctement leur langue; puis (i8o4) on exigea qu^ik fissent l'analyse de ces phrases, et enfin, à dater de 1807, qu'ils pussent traduire un auteur latin en prose de la force de ceux que

de la figure; à ceux de la seconde division : Tanalyse, la mécanique , la forlificalion , les travaux publics civils , les travaux des mines, rarchitecture, la physique, la chimie, le dessio de la flgure et le dessin du paysage.

Ton explique en seconde et en- troisième} oa ajouta aussi au programme d^admission quel-* ques notions de dessin.

Les professeurs d^analyse donnèrent^ sur quelques parties des mathématiques transGendantes^ des leçons qui n^étaient pas obligatoires , et sur lesquelles les examiuateurs questionnaient pourtant ceux des élèves qui leur déclarai^it avoir suivi ces leçons.

Le cours de Statique chimique , ou Chimie transcendante f que faisait Bertholet, disparut de renseignement en 1806.

Les cours de fortification , de travaux publics civils et des mines , que Ton considérait comme des applications de la géométrie descriptive , et qui empiétaient évidemment sur les travaux des Ecoles spéciales de Fartillerie, du génie, des ' ponts-et-ehaussées et des mines ; ces trois cours^ dont chacun n^était d^ailleurs utile qu^à une partie des élèves , après avoir subi d^abord des retranchemens, furent enfin successivement supprimés, à Texception, toutefois, du cours d^architecture, qui subsiste encore : en 18149 ^ ^^^ restait plus de traces.

Les lacunes laissées par ces suppressions étaient aussitôt remplies ; on donna plus d^extension à Fétude des mathématiques transc^EMiantes et à

mÊLkHêM. 9f

cdle dd la géométrie descriptire ptire ; on établît successivemetit des cûtirs de grammaire et de belles-lettres ) de dessin topograpbiqtie , d^art militaire , de machines , de géodésie et d^arithmétique sociale*

* Le cours d^art militaire fut supprimé au bout de quelques années d^'existence , et celui de grammaire et belles-lettres fut remplacé par un cours d'^histoîre et belles-lettres. Enfin , la dernière ordonnance , relative à Forganisation de l'Ecole Polytechnique (3o octobre i832), règle ainsi qu^il suit renseignement donné aux élèves par vingt-huit professeurs et répétiteurs :

Cours d'analyse ;

Cours de mécanique ;

Cours d'analyse appliquée à la géométrie descriptive ;

Cours de géométrie descriptive et ses applications ;

Cours de géodésie , topographie et machines ;

Cours d'arithmétique sociale ;

Cours de physique ;

Cours de chimie et manipulations ;

Cours d'architecture ;

Cours de composition française ;

Cours de langues allemande et anglaise ;

Exerdices sur le dessin géométrique, le lavis ,

le dessin .topographique , le desûi de la figare

et du paysage au crayon et au lavis.

Aujourd'hui , d'après les programmes de renseignement de FEcole , arrêtés par le conseil de perfectionnement pour Tannée scolaire i834*' i835 , les cours que doivent suivre les élèves sont les suivans :

Cours d'analyse ( i'*' et 2* années);

Cours de mécanique ( i" et 2* années) ;

Cours de géométrie descriptive et ses applications (i" année);

Cours d'analyse appliquée à la géométrie des trois dimensions ( i" année ) ;

Cours de machines (2*^ année);

Cours de géodésie (2'' année) ;

Cours élémentaire de calcul des probabilités ( 2* année ) ;

Cours de physique (1" année) ;

Cours de chimie et de manipulations (1"' et 2* années);

Cours d'architecture (2® année) ;

Cours décomposition française (1" année);

Cours de langue allemande (2* année) ;

Dessin topographique (1'* et 2*^ années) ;

Dessin de la figure et du paysage (1''*' et 2' années).

A quoi il faut ajouter douze ou quinze leçons

HâLANGES. g3

d^anatomie et de physiologie données aux heures des récréations ^ et qui ne sont point obh'gatoires.

Le nombre des services pubh'cs qValimentait FEcole Polytechnique s'accrut encore successivement ^ dinsi que je Fai dit ; elle fournit des sujets pour la marine , Fartillerie de marine , Fétat-major etTinfanterie, mais pas exclusivement et par exception seulement pour ce dernier service.

L'ordonnance citée précédemment s'exph'que ainsi qu'il suit sur le but de cette école :

« L'Ecole Polytechnique est spécialement des- » tinée à former des élèves pour les services :

» De l'artillerie de terre et de mer ,

;> Du génie militaire et du génie maritime,

» De la marine royale et des ingénieurs hydrographes ,

}> Des ponts-et-chaussées et des mines ,

)) Des poudres et salpêtres ,

)) Du corps royal d'état-major (partie de géo- » désîe) (a),

)> Enfin pour les autres services publics qui )) exigeraient des connaissances étendues dans » les sciences physiques et mathématiques , telles » que l'enseignement même de ces sciences. »

Je reproduirai , pour compléter ce qu'il y a

{a) Ce sont les ingénieurs-géographes.

à dire sur ce sujet, un tableau qui se trouve dans M Annuaire de V Ecole Polytechnique pour Fannée i835; il fait connaitre combien de sujets cette ccole a fournis , depuis sa fondation , pour les diiréreus services publics qu^elle alimente en totalité ou en partie.

Tablkau prénentant le nombre (V élèves de V Ecole Polytechnique admis dans les services publics depuis la création de cette école jusqu*en 183i inclusivement.

DKSItiNATION DKS 8KRVIGRS.

Arlillcrie de mer

Ai'liUeric de terre

Klal-major

(iéiiie inarilime

(iêiiie militaire

Iiigi'^nicurs géographes. . .

Ingénieurs hydrographes. .

Marine royale

Mines

Ponls-el-chaussécs

Poudres et salpêtres. . . .

Administration des tabacs.

Troupe de ligne.-T> « . . . .

Totaux.

Aiilcriciirr-

lllCIlt

n iSô4«

lia

En lS54.

TiiTAI..

Je dois ajouter que Tenseign^issBnt , dans les diverses écoles spéciales, subit auss]\ quelques changemens lorsque ceux qui avaient Vté faits dans renseignement de TËcole Polytechn^'que le rendaient nécessaire. ""

Après avoir examiné TEcole PolytechniVl^e depuis sa fondation jusqu^à ce jour, en ce cfS'^i

MÉLANGES. gS

monçsitm fi^ organisatiop , son administration ,

Finstruction exigée pour y être admis , et celle qae reçevaimlt ^s élèves , il me parait indispenmI>1^ d^jljo^t^r qael<pies détails sur la manière dopt on y ôJiécutait ça qui ét^it relatif à Tins* tf uptiop , QtV o^e^t particulièrement sqr de telles matières qui* on peut, selon Fesprit dans lequel sont eicécutés les règlemens, obtenir des résultats trè3-*différens les uos des autres.

Ajant été élèv^ de FEcole Polytechnique pendant \^ années 1801 et 1802 , je n^aurai guère besoip qw de rappeler mes souvenirs.

On a vu qu^on exigeait plus de connaissances mathématiques pour être admis à TEcole Polytechnique 9 qu^on n^en exigeait auparavant pour Fêtrç dans les écoles spéciales ; cette plus grande difficulté d^admissiOD était encore augmentée par la proscription de fait d^un auteur si généralement suivi jusqu^alors, qu^on se contentait d^indiquer aux candidats le nombre de ses livres sur l^U^ls il$ devaient répondre, auteur d'une clarté et d'une pureté de style qui n^a pu étr# égalée et qui Fa rendu le meilleur modèle à imiteir pour ceux qui veulent écrire sur les mathématiques. Un tel éloge désigne suffisamment Bezout } il n'était pas proscrit par les programmer ^ mais il l'était de fait par les examinateurs ^

g6 MÉLANGES.

puisque nul candidat n^aurait été admis s?tt eèt donné les méthodes de Bezout.

On prétendait que ses démonstrations, particulièrement en géométrie, n^étaiciit pas amen rigoureuses ; on le blâmait , autant qu^ii puasse m^en souvenir, d^employer les infiniment peiks, et dans le calcul différentiel on peut difficilement s^en passer. En définitive , les nouvelles métho« des, plus rigoureuses peut-être, ce qui pouvait causer une satisfaction stérile, conduisaient plus longuement et plus difficilement aux mêmes xé* sultats. Si donc on n^eut pas proscrit Bezout, oes nouvelles méthodes et les ouvrages où elles étaient consignées n^auraient guère été connus que de quelques savans ; cet état de choses , comme on le pense bien, subsiste encore } Bezout est toujours à Findex.

Ce n^en est pas moins Tauteur que je conseillerais aux jeunes gens qui ne se destinent point à TEcole Polytechnique , mais qui veulent pourtant apprendre ce qu^il est nécessaire de savoir de mathématiques pour compléter leurs études.

Je note en passant que les candidats admis à TEcole Polytechnique Font toujours été par suite d^un seul examen oral d^environ une heure ; on conçoit combien un procédé aussi expéditif doit

entraîner d'erreurs dans leur classement par ordre de mérite.

J^ai fait connaître successivement les changemens survenus dans renseignement de Fécole, en' ce qui concerne les cours que suivaient les élèves, mais je n^ai parlé ni du nombre de leçons consacré à chaque cours , ni de la manière dont le tems était distribué entre les diverses parties de renseignement.

Il y eut beaucoup de variations à cet égard dans les premières années de Fécole; chaque professeur voulait donner de Feixtension à son cours et obtenir que Ton augmentât le tems que les élèves consacraient à Tétude de ce quMl enseignait ; la création du conseil de perfection-» nement atténua ces abus , dont les élèves , surchargés de travaux , étaient les victimes. Ce fut d^ailleurs à Tétude des mathématiques transcendantes que les élèves durent toujours consacrer le plus de tems , et ensuite à cette partie de la géométrie descriptive , qui est purement spéculative.

Fourcroy, professeur de chimie à TEcole Polytechnique f adressa, en i8o2, une réclamation au conseil de perfectionnement , relativement à cette faveur accordée à renseignement des mathématiques , et quoiqu^il fût alors direct

9» MÊLANGËl

t«ur ^e VînstftictÎDii publîqtie < on n^jr fît {tu droît. c( Les mathématiques, écrivait -Jl à ce V consteiV, tae devraient pas , malgré letir inipor-

1» tancé, becuper les élèves pendant les deux D Uèrs de leur tems. Le tiers qui leur reste poùi* î) les autres sciences, et surtout pour la physique i> et la chimie^ est insuffisant pour leur eu ap-

ti prendre même les élémens Le but dé Fan-

» cienne école , ajoute-t-il plus loin •, n^est plus H) rempli , on sacrifie trop de choses aux niathéi) matiques ^ et il est à craindre que Topinion ne % continue à regarder celles-ci comme lé véri- 7) table objet des études de Pécole. » H terminé sa lettre par en demander Tinsertiob dans les registres du conseil, « afin, dit-il , qu^elle puis^ n me servir quelque jour à prouver que j'ai S) réclamé contre cet arrangement ^ qui ne me )) parait pas aos^ avantageux qu^il aurait pà » Pétre à Tavancemént des élèves et aux notions i> qù^ils doivent acquérir de Futilité respective -» des sciences quVn leur enseigne. i>

De mon tems ( 1 8o i et 1 802 ), les élèves déclaraient, avant de subir leur examen d'admis- •sion (a), à quelle partîè des services publics ils Ée

(a) On exigeait alors , pour être admis à TEcole Polytechnique : 1° rarithmétique ; 2° l'algèbre, y compris la composition des équations e4 le binôme de Newton ; T là géoméliîre élénfcntaire, y corn-

JHÉLAN6ËS. 99

â«$tiéai€tit> et l^ndre dans lequel ils ^iiéfêl*aîâilt ^^attadiet* 4 Vnn de ces serviœs^ s^il n^y avait pas de places dans celui qu^ils demandaient ^ Mais comme la plupart des candidats demandaient les ^sël^vices civils ^ pour lesquels il y avait beaucoup Moins d^emplois que pouir Tartillerie et le génie UâtUtâire, il en résultait que la plupart des élè^ Tes désignés poursuivre ces deux carrières ne les {prenaient que comme un pis-aller. Quanta moi^ <ées exemples de famille me &ii^nt pr^ërer U arrière des airmes , je demandai rartîileri e%

Les ^èvèS étaient astreints à porter une re^ dingote uniforme bleue , garnie de boutons en ^Èuivre , autour desquels était écrit : Ecole Poly^ technique ; ils se procuraient les autres parties de iliabilleiûent à leur choix. Ils entraient à Fécofe ^ huit heures du matin , en sortaient à deux lieui^es , et y d:entraient à cinq heures^ pour i^ sortir à huit heures du ^oir. On faisait deux appdte p^a* jour , riHià huit heuresdu ttoXm , ^au^tre à cinq heures du soir.

A la fin de chaque année scolaire ^ les élèvw ^bissaient des examens à la suite desquels ils létaieat classés par ordre démérite; piu$ tard on

)iDrt«1a trigouom'étirie tft l*nsag^ d«s tables de iogarîehnes; V'its «proipriétés pilneipales des secthms coniques ; S*" la mécanique st«^ tique.

fit entrer dans la balance , pour faire ce classement, les notes que Ton avait prises dans le courant de Tannée sur les travaux de chacun d^eux.

Cétait Texamen sur les mathématiques (a) qui décidait seul de leur sort; s^il était bon, ils avaient la certitude de sortir de la division dont ils venaient de suivre les cours , quels que fussent leurs autres examens; s^il était décidémejit mauvais , ils échouaient , lors même que tous leurs autres examens eussent été bons, et ils devaient ou rester encore une année dans la division dont ils venaient de suivre les cours, ou quitter Técole s^ils avaient déjà suivi pendant deux années les cours de Tune des deux divisions. Les examens sur les autres parties de renseignement entraient seulement dans la balance pour leur faire obtenir un rang plus ou moins

(a) On faisait alors à FEcole Polytechnique les conrs saWans : 1** en mathématiques transcendantes des cours d'analyse» comprenant le calcul différentiel et le calcul intégral, de mécanique et d'hydrodynamique, d'application de l'analyse à la géométrie descriptive; 2^ des cours de géométrie descriptive avec ses applications à la coupe des pierres, à la charpente, aux ombres, à la perspective, à la géométrie , au lavis , à la géographie et à la gnomonique ; 3° des cours de fortification , des travaux publics , d'architecture et des mines , considérés tous les quatre comme des applications de la géomélrie descriptive ; 4° des cours d'élémens4e chimie , de chimie appliquée aux arts, de chimie expérimentale et de manipulations , et enfin des cours de physique.

MÉLANGES. loi

favorable , et c^était Texamen jsur la géométrie descriptive dont on tenait le plus de compte.

Il résultait de cet état de choses que la plupart des élèves consacraient la plus grande partie de leur tems à Fétude des mathématiques , se tenaient au courant de la géométrie descriptive et en faisaient exactement les épures , et qu^ils négligeaient tout le reste. Ce fut aussi ce que je fis , malgré Tennui et la fatigue que me causait cette étude opiniâtre des mathématiques ; mais il y avait nécessité, ma capacité pour le travail ne me permettant pas de consacrer une partie de mes nuits c\ Fétude , ainsi que le faisaient beaucoup d^élèves ; je suivis même des leçons du cal^ cul des variations et du calcul aux différences finies, qui n^étaient point obligatoires.

Les résultats furent tels que je pouvais le désirer : je ne restai qu^une année dans chacune des divisions , et mes examens me procurèrent un fort bon rang pour passer de la première division à la seconde, et de la seconde à FEcole d^application de Fartillerie et du génie. Depuis cette époque, Fexamen des mathématiques a perdu un peu de Finfluence décisive quMl exerçait alors sur le sort des élèves ; néanmoins , c^est encore le plus important de beaucoup.

Quoique les élèves demeurassent en ville , ils

toi MÉLANGÉS.

se rendaient dans les salles de FéGole aui heures indiquées , arec une grande exactitude , et s^y livraient à Tétude avec beaucoup de lèle ; la plu* part travaillaient aussi chez eux le matin , pen^ dant une partie de la soirée et souvent de là nuit : il j avait sans doute quelques exceptions^ mais elles étaient rares.

Un mois avanl que de commencer les examens^ renseignement celait, et les élèves employaient ce tems à repasser tout ce qui leur avait été en* Seigné. On les autorisait alors à quitter leurs salles d^études pour se placer dans des lieux iso^ lés , où ils éprouvaient moins de distraction : ils s^établissaient dans les amphithéâtres destinés aux cours , dans les salles de manipulation, dans les greniers, sous les escaliers, etG..^ et quelques-uns restaient dans les salles d^étude.

C^était alors qu^ils se livraient le plus opiniàtrémt^t à Fétude ; aussi, à cette époque des exa^^ mens , avaient-^ils un aspect tout-à-£dt maladif^ et plusieurs d^entre eux , par raison de santé , sa trouvaient hors d^état de les subir* Ce £iit sb trouve constaté dans un rapport du directeur do TEcole, adressé en 1801 au conseil de perfèctionnementi <( Les maladies , dit-il ^ se sont mxl^ )> tipliées sur la fin de Tannée ^ et Tercès du tra-^ » yail^ aux approches des «xamiens , « dté à tm

MÉLANGES. io3

n très^'grtod noQibre la faeulté d§ leâ subir k p^ hw ayantage« )»

Pour que ces jeuoefi alèyea, libr^ dans uiif mpitale qui o&a tant de sujets de distraction , se livrassent à Fétude avec cette opiniâtreté et cette persévérance , il fallait quHls fussent excités par de puissans motifs.

Tous se proposaimt d^éviter de servir comme soldats, ainsi que tous les Français y étaient alors Qonlraints , et presque tons voulaient se oré^ une carrièret On conçoit avec quelle ardeur des jeunes gens dont les familles n^avaient aucune fortune , ou n^en avaient qu^une médiocre , et c^était alors le plus grand nombre , dont quelr ques^uns même appartenaient aux dernières dasr ses de la société ; on conçoit, dis-je , avec quelle ardeur ils ^nbrassaient cet avenir qui leur pro^ mettait une existence assurée avec des cbano^ d^accroissement de fortune et un rang honorable dans la société. A ces puissans motifs il faut ajour ter la crainte de prolonger ce supplice inoui , imquel les condamnait la nécessité de se livrer il des travaux au dessus de leurs forces.

J^ose le dire , les deux années que j^ai passàeis à TËcole Polytechnique m^ont laissé, SQut» np rapport , de pénibles souvenirs.

Je me rappelle à ce sujet qu'ayant été lé s$ttl •élèvie de rSoole qui ne voulât p»& aignw lone

io4 MÉLANGES.

adresse des élèves au premier consul, adresse sollicitée par les chefs de FEcole , il en résulta pour moi de vifs désagprémens.

Le premier consul menaçait alors F Angleterre d^une descente, et n^ayant pas assez d^ingénieurs* constructeurs de vaisseaux pour diriger la construction de cette grande quantité de péniches et de bateaux plats qui lui étaient nécessaires pour exécuter cette entreprise, il ordonna d^employer à cette construction trente élèves de Fécole choisis parmi ceux qui se trouvaient dans la seconde division , en les prenant par la tête de chacune des listes que Ton établissait par ordre de mérite pour chaque service. Ces trente élèves non-seulement furent dispensés, après ce service extraordinaire , de subir leurs examens pour être admis dans les écoles spéciales des services publics auxquels ils se destinaient, mais il fut décidé qu^ils seraient placés dans ces écoles à la tête des promotions de leurs services respectifs. Quinze de ces trente élèves furent pris parmi ceux qui se destinaient à Fartillerie , et quoique je fusse le quatrième , on passa mon tour parce que j^avais refusé de signer Fadresse dont f ai parlé plus haut ; il en fut de même pour le tour du premier de la promotion, auquel on reprochait d^avoir négligé de se tenir au courant de ses travaux.

Par s\iite du chagrin que nie causa ce passe^

MÉLANGES. loS

droit j de la fatigue des travaux de la ûa de Tannée, et de la crainte d^ètre renvoyé de Técole, ma santé se trouva altérée, peu avant mes examens, de manière à me faire craindre de ne pouvoir les subir. J^éprouvais particulièrement des étourdîssemens et des maux de tète ; on me conseilla de combattre ce malaise en essayant de me distraire. J^errai donc à pied dans les environs de Paris , et je pus ensuite subir mes examens ; le résultat en fut heureux, puisque je fus classé le troisième d^une promotion qui était encore de pbis de cinquante élèves.

Il est sans doute dans Tesprit de la loi que de jeunes élèves qui n ont pas encore atteint leur majorité ne puissent se permettre aucune manifestation qui ait rapport à la politique ; mais il serait à désirer qu^elle s^expliquât formellement à cet égard , afin que leurs chefs , par intérêt ou par crainte, ne se permissent jamais de solliciter d^eux de telles démarches.

J^ai raconté ce que j^ai vu et éprouvé pendant les deux années que j^ai passées à FEcole Polytechnique pour faire connaître dans quel esprit étaient exécutés les règlemens relatifs à Tinstruction ; j^ajouterai quelques détails et quelques réflexions sur les causes des progrès, réels ou fictifs , des élèves dans ks mathématiques trans-

io6 MÉLANGÉS.

eendantes et sur Futilité qu^ib devaient tirer dé o«t ensdgnemeat dans Fexercioe des foDOtioBs auxquelles ils se destinaient , toujours en in^ap«« puyant sur ce que j^ai vu, sur ce que j^ai éprouvé et sur ce que j Vi recueilli dans mes conversap^ tioDs avec plusieurs de mes anciens camarades » je le crois utile pour motiver une partie des ré^ flexions par lesquelles je terminerai eet écrit.

Nous avons vu qu^à la formation de TEcoIe des Travaux publics, qui fut bientôt transformée en Ecole Polytechnique , on avait choisi pour remplir les emplois de professeurs les hommef qui avaient le plus de célébrité dans les diverses sciences qui étaient Tobjet des cours; on a oonsr tàmment suivi la même marche jusqu^à ce jour , du moins eu ce qui concerne les sciences exactes, et Tusage s^est établi que le plus célèbre a en quelque sorte droit à un emploi de professeur à l^Ecole Polytechnique. Cela est sans doute dan^ Tintérêt de la célébrité de Técole et dans Tin— térèt des sciences, mais cela n^est pas toujours dans Tintérèt des élèves , car On peut être et le plus célèbre dans une science et un très^mau*rais professeur; on en pourrait citer beaucoup d^exemples , il n^en manquait pas peiidant ^ue j^étais à Fécole.

Je dois poiiurtant ajouter qu^en ce qui concert

MELAM6BS. lo;

nait les mathématiques , il n^y avait pour ainsi àite aucun incou vénient à avoir de mauvais prth fesseurs ^ mais qu^il nVn était pas ainsi relative^ ment aux autres scienôes , et la raison , c^est que les leçons orales de mathématiques ne profit* taient à presq ue personne ; il suffisait ^ en effet , sur des matières aussi ardues , où tout se tenait tomme les anneaux d^une chaîne , qu^on cess&t un instant de comprendre le professeur pour que tout cequi suivait devint inintelli^ble. Pour mon compte , les leçons de mathématiques de Técolé m^ont toujours été complètement inutiles ; il était pourtant possible que quelques esprits plus pé*^ nétrans profitassent de ces leçons , mais c^ètait , assurément, le plus petit nombre.

On n^apprenait les mathématiques qu^en pàlis^ sant sur les livres , et lorsqu^enfin on ne pouvait parvenir à comprendre un passage, on avait recours au chef de brigade , ou à ceux des élèves de la brigade qui redoublaient Tannée , sHl s^en trouvait ; tes derniers étaient généralement moins capables que ceux qui les consultaient > mais ils avaient la tradition des passages diffici* les. Quelquefois, aussi, Ton se consultait les uns les autres , car vous aviez compris un passage sur lequel votre camarade venait vous consulter , et lui en comprenait im autre que vous n^a^

io8 MÉLANGES.

yiez pu comprendre : c^était une sorte d^ensei— gnement mutuel volontaire. £n définitive , on finissait par comprendre ou par croire que Ton comprenait , et par apprendre j usqu^aux répoases aux objections.

Toutefois ) c^était avec mesure que Ton demandait des édaircissemens aux chefs de brigade et à ses camarades , dans la crainte d^être importun ; Tamour-propre aurait d^ailleurs été blessé de recourir trop souvent à de tels secours, et ce n^était ordinairement, ainsi que je Tai dit , qu^après avoir pâli sur ses livres qu^on s^y décidait.

La géométrie descriptive présentait moins de difficultés , aussi ai-je souvent profité aux leçons de géométrie descriptive de Monge, qui, d^ailleurs, n^était pas un professeur ordinaire. Je me souviens qu^après avoir expliqué sur le tableau le point le plus difficile d^une épure , il se retournait ordinairement, et fixait sur son auditoire ses yeux perçans recouverts d^un sourcil épais , pour tâcher de deviner si on Tavait compris; s^il s^apercevait que non , « je vois, disait- » il , que je n^ai pas été compris , w et il recommençait son explication avec de nouveaux développemens : je Fai vu répéter ainsi jusqu^à trois fois la même explication. Voilà comment on

professe ces aortes de sciences, au lien de débiter sa leçon tout d^une haleine pour avoir plus tôt fini, comme un écolier une leçon de catéchisme.

Quoique les leçons de géométrie descriptive fussent plus fructueuses que celles de mathématiques transcendantes, c^était pourtant encore au moyen de cette sorte d^enseignement mutuel dont j^ai parlé , que Von faisait le plus de pro* grès ; il m^est arrivé plusieurs fois d^expliquer ainsi des épures à mes camarades ou de leur en demander Fexplication.

La géométrie descriptive est Fart de représen*ter les objets en les projetant sur des plans, que pour plus de simplicité et de clarté Ton choisit ordinairement horizontaux et verticaux, et au moyen de coupes de ces objets par des plans verticaux. Les dessins que Ton obtient ainsi s^appel^ lent épures , et ce genre de dessin s^appelle des^ sin géométrique. La connaissance des premières notions de la géométrie élémentaire suffit pour se livrer à cette étude ; aussi exige-t-on actuel* lement des candidats qui se présentent pour FEcole Polytechnique, aussi bien que de ceux qui se présentent pour FEcole de Saint-Cyr, qu^ils expliquent quelques - unes des épures les plus faciles, et Ton donne aux sous-officiers, dans les régimens de Tartillerie et du génie , quelques notions de géométrie descriptive.

L^èkpi^sioh géométrie déscripthê a i^ ëm^ )>loyéé pour la première fois à FÊcèie Poly technique { nlais^ 'si elle était nouTelle^ ce qu^elle «xprime n^étak pas nouveau ; en efiPet , la pek*spective^ la détermination des ombres ^ la cotipe des pierres, ranchitècture^ etci , que Ton consi^ dène comme des parties ou comme des applications de la géométrie descriptive , ne datent pas tl^luer. Ainsi , par exemple , 1^ ardiifeeteè (bât depuis un tems Immémorial les plans des diff^rens étages des bâtimens qu^on les éhargé de construire t cela s^appellè, en géométrie descripiire , des projeetioito «ur un plan boràontal ; ih font des élévations ^our k*eprésenter les jaçades ût tses bâtimens : cela «^appelle une projection «sur un fkaxi vertical ; ils fotit, enfiù^ deà coupes dianB le sens de la longueur et dans le sens de la 4argeûr -, suivant des plans verticaux.

Mocige , qui était 'un homme de génie , etPt le mente de réumr en corps de doctrine ce qui étaît

Mais enfin ^ dira-t-^on ^ de quelle titilité votfê ju été ce que vous iavez appris à FEcole Polj*iiecfateiqoe? c^est naè qtfêstioà à laquelle il me i«ëra facile de répondre; commekiçcms par les .mathématiques transcendantes (a).

(a) M. Saiat-Marc-Girardin , dans un ouvrage intitulé : De (Instruction me^rmédiaite et de son état A<«n« le midi de l'Alk^

«lËLAl^ôi^J. lit

Dàîlô itt* WllTÎère d'ôflltiét» dWtîllé^lè ^ je ti'iî jamais tWuvé litife feeule becasicn de m^eii serVir», let Pott pense bieû que je tae m^en suis jamdifi tWîCupé comme délassement ) aussi les ai-^je si €0mplèt\&ment éublîées que j^âi étébbUg^éde coti^ suher un de mes aUeiehs cattiairades', livré à Tett^ sei^ement ^ t)OUl: kJuMl itié ra|)pelât te nom dfc ces parties des mathématiques qù^oïi nou^ avait %lis6ignéies. Ge que j^ai ép^roùTë, ct^X de tbe^ camarades qui ont suivi la métue cat^iène qu^ liîoi ^ Tout éprouvé aussi et ^ si j^én juge par les "renseign^emeus que j^ai re<iUeiliîs^ je présume ^Hl eu a été dé tnème dans leis autres carrièl^

mdgne, s'exprime ainsi ^uUl suit dans le chapitre où il parle de t^Bcote ^lyt^chni que de Calrlsrniie :

«Dans notre Eeole Polyteclinique^ k seienee doit préValoli*; » dans les écoles allemandes-, c'est Tapplication et l'utilité; chez nïiofnsia théorie ; en Allemagne la pratique ; fort heureusement, «nos écoles d'applicàlfon vieiDent ^rriger ce ^at let études 4e » l'Ecole Polytechnique ofllrent de trop abstrait. » A l'appui de cette opinion , M. Saint-Marc-Girardin cite le passage de l'écrit que je V«f|)rodiris dans ce volame, qui commence par ces mots : « MMs , » dira-t-on de quelle utilité tous a été ce que vous ayez hpçn& (Lu » l'Ecole Polytechnique, etc. » , el ce que dit M. Bugnot , inspecteur les étades de TEcole Polytechnique , dans là réftitatfôn qu'il aiaite de cet écrit : « Nous concevoDS que, malgré ^elques rédtn- » tions déjà opérées , les hautes mathématiques occupent trop de » thace dans les programmes de l'Ecole Polytechnique , et qu'on 1» dertato «ontibrê d'élèves bai pn coiMiev0it de l'^iodgneiiient poàr D cette science. » Je crois donc pouvoir me flatter que M. Sainte JMarc-Girardin partage , du moins en grande partie , mon opinion ^tfr !'Éc01eï»o1yleàinîqtre.

lia MÉLANGES*

qu^alimente FEcole Polytechnique;* c^est une conséquence de ce que ces parties élevées des mathématiques ne reposent que sur des abstractions et que sur des hypothèses , et ne présentent aucuqe application dans la pratique , excepté peut-être en astronomie , science qui repose elle-même en partie sur des hypothèses.

Je rapporterai ^ ce sujet une discussion qui s^éleva dans Tune des séances d^un conseil de perfectionnement, sous la restauration.

LaplacCf qui en était membre, émit Topinion que Ton enseigpiait trop de mathématiques aux élèves , et il développa les motifs de cette opinion , mais il ne soutint pas la discussion ; il se borna en définitive à demander , ainsi qu^il disait Tavoir déjà fait plusieurs fois , que le programme des cours de mathématiques transcendantes que Ton devait faire aux élèves, fût enfin arrêté d^une manière positive , afin que ces cours ne subissent plus de variations , et cela fut décidé.

On traita ensuite d^autres questions , et la séance paraissait terminée, lorsque le lieutenantgénéral du génie Valazé , qui siégeait à ce conseil , déclarai xpi^il partageait Topinion de M. De Laplace, et il ajouta quMl n^avait jamais trouvé Toccasion de faire Fapplication de ces parties

âevées des mathématiques que Ton enseignait à TEcole Polytechnique ; puis s^adressant suc-* Cessivement aux officiers-généraux et aux che6 de service qui siégeaient avec lui, il leur de-* manda si dans le cours de leur carrière ils avaient trouvé à faire de telles applications j et chacun d^eux fit une déclaration semblable à la sienne. U semblerait qu^une unanimité si impo*santé aurait du avoir quelques résultats , mais il n^en fut rien ; on continua à bourrer les élèves de mathématiques transcendantes comme par le passé.

Il fallait) pourtant, justifier renseignement des mathématiques transcendantes et Taccroissement que Ton donna successivement à cet en-seignement ; on en donna toujours pour motif, que cette étude exerçait P esprit et la sagacité des élèifes, et les rendait capables de saisir tou^ tes les applications dont ils pourraient être chargés par la suite : nous examinerons plus tard cette assertion.

La dernière fois que je me livrai à ce genre

d^études , ce fut à TEcole d^application de Metz

où Ton faisait un cours d^analyse appliqué aux

machines ; je me rappelle seulement qu^aucun

des résultats obtenus n^était d^accord avec ceux

de Texpérience. Ainsi Ton trouva que le canoii

ti4 MÉLANGES^

qui porterait le plus loin devrait atoir pluirfeti» lieues de long } ce qui , ainsi que le professeiu* le disait très-bien observer, n'était pas d'accmrà avec Texpérience. Depuis cette époque, un mur dWain s'est élevé entre moi et les math^^oati-^ ^es transcendantes •

Puisque j'ai prononcé le nom de l'Ecole de Metz (a), je consacrerai quelques lignes à en faire îéloge ; l'instruction théorique et pratique que l'on donne aux élèves y est très-bien entendue ^ c^est là que commencent à se former ces officiers qui jouissent dans l'armée française , et je ne tsraindrai pas de le dire , en Europe , d'une réputation méritée ; les traditions entretenues dans les armes du génie et de l'artillerie , comme le feu sacré, font le reste.

On s'est d'ailleurs fixé en France à ce qu'il y avait de mieux : la réunion des écoles , la séparation des armes ; toutefois mon opinion sur la séparation de ces armes n'est point absolue , mais relative à leur organisation actuelle.

De toutes les sciences que l'on m'a enseignées à l'Ecole Polytechnique , la géométrie descrip-' tive est celle dont il m'est resté le plus , et j'ai

{a) Les Ecoles spéciales de rartillerie et du génie , séparées d*ar bord , étaient à Ghâlons et à Mézières; on réunit ces deux écoles le 4 octobre 1802 ; en une seule , que l'on établit à Met/, - ^

MÉLANGES. ii5

trouvé plnidetirs fois à en faire des applications; cela se conçoit, puisque les résultats de Fétude de cette science sont d^apprendre à représenter les objets au moyen de projections y et de vous faire contracter Thabitude de corn-», prendre les dessins au moyen desquels les ingé^ nieurS) les architectes, etc., font connaître leurs projets avec assez de détails pour que Ton puisse les faire exécuter; ce genre de connaissances' peut être utile dans toutes les situations sociales. On conclura de ce que je viens de dire de la géométrie descriptive , que j^ai conservé quelque habitude du dessin géométrique , quoique j'aie rarement eu Toccasion de remployer.

Le dessin de la figure et de la bosse, qui n'au* rait pu me servir que de délassement , ne m'a pas été p]us utile que les mathématiques transcendantes ; j'ai totalement oublié le peu que Ton m'en avait appris.

Je ne parle pas des dessins au lavis dont on se sert pour les levés sur le terrain , les levés de bâtimens, d'usines ou de machines; c'était à l'Ecole de Metz qu'on se livrait à ces travaux , tous utiles à toutes les espèces d'ingénieurs , et l'on en exécute d'analogues dans les écoles spéciales des autres services publics.

Je ne me suis pas occupé une seule fois de

ii6 MÉLANGES.

physique depuis que je suis sorti de Técole ; il m'^en est pourtant resté à peu près autant que les gens du monde doivent en savoir quand ik ont fait des études complètes ; c^est-à-dire que j^ai encore quelques notions vagues ou générales , si Ton veut , des principaux phénomènes , tels, par exemple, que ceux de Félectricité.

Quant à la chimie, je Fai , pour ainsi dire , complètement oubliée , et lors même qu^il en serait autrement, je n^en serais guère plus avancé, car on m^assure que les chimistes sont parvenus à décomposer beaucoup de substances que Ton croyait simples de mon tems , et qu^ils ont fait de tels changemens dans les noms, que leur langage serait inintelligible même pour une personne qui aurait mieux profité que moi des le* çons de Fourcroy, de Bertholet et de Guyton de Morveau, ou qui ne les aurait pas oubliées.

Toutefois, les élèves distingués de TEcole Polytechnique retiraient un avantage particulier de ce travail excessif, auquel ils s^étaient livrés en étudiant les mathématiques transcendantes, c^était d^avoir acquis la persuasion qu^ils pouvaient apprendre presque tout sans maître, avec le seul secours des livres; mais les moins capables en étaient accablés. Cette observation ne s^applique d^ailleurs point aux élèves qui manquaient de

capacité, itt iïj en avait ; car on trouvait sur les bancs de Fécole des ânes chargés de mathématiques , comme on trouve sur d^autres bancs des ânes chargés de lalin.

Il me reste à parler des changemens survenus dans Forganisation et dans Tadministration de TEcole Polytechnique , depuis la fin de Tannée 1799 jusqu^à ce jour.

Uécole Polytechnique , considérée sous le point de vue politique, fut d^abord une institution démocratique, puisque tous les jeunes gens, sans exception, pouvaient se présenter aux examens d^admission , que Ton n^exigeait d^eux que la connaissance d^une partie des mathématiques élémentaires, que Ton enseignait gratuitement les mathématiques dans les écoles centrales (a) , et que les élèves de TEcole Polytechnique recevaient des appointemens.

(a) Les écoles centrales furent fondées par une loi dû Sfô octobre 1795; on payait 20 francs par an pour en suivre les cours; mais en se déclarant indigent on ne payait rien. Je le sais pour avoir été contraint de réclamer ce privilège en Tan y m (1799)» à récole centrale de Rouen, par suite des malheurs qui pesaient alors sur ma famille. J*y remportai le premier prix d'histoire ancienne, et comme mes habits n'étaient guère en meilleur état que ma bourse, on me prêta ceux de Tun de mes camarades pour que je pusse paraître décemment à la distribution des prix. On me donna en prix une Histoire de V Amérique, par Robertson, que j'ai encore.

ti8 MELANGES.

n tCj avait pourtant encore qa^un bien petit nombre de parens , appartenant tout^-fait aux dernières classes de la société , qui pussent feire suivre à leurs enfans les cours des écoles centra^ les : et d^abord cela n^était évidemment possible qu^à ceux qui habitaient le chef-lieu du département ; encore , aurait^il fallu qu^ils pussent entretenir leurs enfans sans les employer à des travaux lucratifs, et la plupart ne Fauraient pu; mais c'^était le seul obstacle qui pût les empêcher d^entreprendre de les lancer dans les carrières qui exigeaient de Tinstruction.

On remarquera, d^ailleurs, que c^est toujours rhabitant des campagnes qui profite le moins des dépenses que font les gouvernemens pour mettre Tinstruction à la portée de toutes les classes de la société , quoiquHl contribue le plus aux charges publiques. La nécessité fixe irrévocablement le sort du journalier, qui est adonné à la culture de la terre, soit qu^il possède une chaumière et quelques morceaux de terre , soit qu^il ne possède rien ; il est destiné, lui et sa postérité, à mener le même genre de vie; les exceptions sont si rares, qu^elles confirment la règle. On ne peut, en définitive, dans un grand pays tel que la France , donner aux dernières classes de la société dVutre instruction d^une manière

géûéralè que Tin^truction primaire ; c^est à quoi Von est parvenu dans quelques états de TEurope» Mais je m^aperçois que je m^écartede mou sujets je me hâte d^ revenir.

L^administration de Técole fit dresser ^ en 1799 , un tableau de la situation de fortune des élèves, qui fit connaître que i6o étaient sans fortune ) 35 présumés dans Taisance , et 39 présu-* mes riches ; sur les 160 qui étaient sans fortunei il y en avait plusieurs qui appartenaient tout-àv fait aux dernières classes de la société- Une très-grande partie des élèves était alors -animée de sentimens démocratiques très^pro* nonces , ce qui était une conséquence des régler 'mens constitutifs de Fécole et de Tinfluence qu^exerçaient sur les élèves leurs chefs et leurs profisssenrs.

Le guerrier qui s^empara alors des rênes du gouvernement de la France était trop éclairé pour ne pas modifier ces règlemens y afin de les mettre, autant qu^il se pourrait, en harmonie avec le genre de gouvernement qu^il voulait éta*- Uir ; aussi , peu de tems après s^être fait proclamer empereur, changea-t-il entièrement Torganisation de TEcole Polytechnique , en ce qui concernait Tadministration et la police de cet établissement.

Il substitua le régime militaire au régime pour ainsi dire paternel qui régissait les élèves. La direction de Técole fut confiée à un gouverneur qui eut sous ses ordres , pour le seconder et pour le suppléer , un commandant en second | directeur des études.

Les élèves portèrent un uniforme et furent ca<« semés (a). Ils formèrent un bataillon de quatre compagnies, armées comme Tinfanterie ; un chef de bataillon commandait ce bataillon , deux capitaines et deux lieutenans commandaient les compagnies ; un quartier-maitre tenait la comptabilité. Une partie des heures consacrées au r&<pos le fut dorénavant à des exercices militaires, particulièrement à ceux de Tinfanterie.

Les élèves conservèrent d^abord leurs appointemens, mais ces appointemens furent bientôt supprimés, et ils durent, au contraire, payer une pension de 800 fr. et se procurer un trousseau , ainsi que les livres et les instrumens qui leur étaient nécessaires ; quelques bourses furent accordées pour les élèves sans fortune.

Le gouverneur fut seul chargé de ce qui con-

(a) Le décret qui ordonne ces cbangemens est du 16 juillet 1804. Dès le mois d*août, le gouverneur entra en fonctions, mais les élèves ne furent casernes que le 11 novembre 1805, parce-que le collège de Navarre, où on les installa, ne fut prêt à les recevoir qu'à cette époque.

XËLANGKS. Ht

cernait la police , la discipline et les exercices militaires ; il avait pour le seconder les ôfBciers dont je viens de parler; il accordait les permissions et les congés, mais ne pouvait faire renvoyer un élève qu^en sollicitant une décision du ministre de la ^erre ; il présidait les conseils et les jurys, et sa voix était prépondérante; il proposait les officiers destinés à commander les élèves ; il nommait et révoquait les instituteurs , les examinateurs et les agens de FEcole, en se conformant au mode prescrit par la loi de 1799*

Le conseil de perfectionnement fut maintenu; il ne fut rien changé à sa composition ni à ses attributions.

Ces divers changemens , envisagés dans leur ensemble , étaient , en quelque sorte , une conséquence de ceux que Napoléon avait précédemment apportés au mode d^insti*uction de la jeunesse. Il avait supprimé les écoles centrales , où Von recevait une instruction gratuite, et créé des lycées où Ton payait pension. En ce qui concerne Tarmée , il avait pei*mis le remplacement et avait créé une Ecole militaire pour Finfanterie et la cavalerie , d^où Ton sortait sous-lieute« nant, tandis que sous la république on ne devenait officier qu^en commençant à servir comme soldat.

19» HiLANGrESi;

A la fin de 1806 , le conseil àé fierfecticRme^ ment décida que les élèves entrant , après avoir déclaré le service auquel ils se destinaient , désw géraient subsidiairement tous les autres services dans Tordre suivant lequel ils désiraient j être placés, s^ils ne pouvaient obtenir celui qu^ils avaient demandé ; qu'^à la fin de la seconde an«r née d^études , ils seraieait classés dans une liste générale, par ordre de mérite, résultant des examens de sortie ,. et qu^ils n^obtiendraient le service auquel ils se disstinaiaat que si leur rang permettait de le leur donner. Mais comme les services civils furent toujours les plus recher^r chés, il en résultait que Ton plaçait, Êiute dVm*< plois, ime partie de ceux qui les avaient demandés dans Tartillerie et dans le génie : cet état de choses subsiste encore.

On se souvi^it que jusqu^alors les. élèves avaient été classés définitivement dans les services auxquels ils se destinaient , dès leur entrée à FEcole Polytechnique. Si quelques-uns d^entre eux avaient été désignés contre leur gré pour les armes de Tartillerie et du génie, ils n^en fixaient pas moins leurs regards sur Fécole spéciale de ces deux armes , où devait s^ouvrir pour eux la carrière à laquelle ils étaia:it destinés. Aujour<-r d^hui , il 7 a concours pour ne pas entrer dans

MBIATUGU. lâS

Fwtillerie et dans le génie , et e^est le cœur navré de douleur de nWoir pu obtenir le service civil qu^ils désiraient, qu^iine partie des élèves se rend à TEcole spéciale de Tartillerie et du génie.

On a adopté et maintenu une mesure aussi nuisible, parce qu^elle est le moyen le plus pui^ saut de contraindre les élèves à travailler encore plus quMls ne le faisaient auparavant. II9 sauront donc un peu mieux ces mathématiques transcendantes , qu^ils doivent bientôt oublier complètement, qui sont d^une entière inutilité dans la carrière qu^ils vont embrasser, et ils aurcmt peut-être altéré une santé qui devrait être très^ robuste , pour quMls pussent supporter les fatigues de la guerre , telle qu^on Fa faite dans ces derniers tems.

Appelez dans la noble carrière de Vauban et de Gribauval des hommes de vocation, ce $er<mt toujours les meilleurs officiers.

Pendant le cours de son règne, Napoléon donna , à plusieurs reprises , des emplois de sous-lieutenant dans Tinfanterie à des élèves de FEcole Polytechnique, et il fit envoyer à FEcole spéciale de Tartillerie et du génie plusieurs pro^ motions dont les élèves n^étaient pas restés deux ans à FEcole Polytechnique, et n^avaient pas;, par conséquent , achevé d^en suivre les cours.

Il décida , par décret du 3o août i8ii , qu'^à Tavenir TEcole Polytechnique ne fournirait plus de sujets pour Tartillerie, qu^on les tirerait tous de FËcole militaire de Saint-^jr , du pry tanée de La Flèche et de tous les lycées de Tempire. Je crois devoir rapporter les principales dispositions de ce décret , que dicta Napoléon lui-même ^ et dans lequel il prescrit les parties du cours de Bezout que Ton ejcigeait lorsqu^il entra dans Partillerie (à).

Désormais , y est-il dit , Fartillerie ne tirera ses élèves que de FËcole militaire de Saint-Cyr , du prytanée de La Flèche et de tous les lycées de Tempire. — Les élèves de Saint-Cyr qui pourront répondre sur le premier volume du cours de mathématiques de Bezout seront notés pour le service de Tartillerie ; on les appliquera alors plus particulièrement à Fétude des mathématiques et au service de Partillerie ; la seconde année, ils seront examinés sur le deuxième volume du même cours , et ils entreront sur-*le-champ

(a) Lorsque Napoléon entra dans rartiUerie, en 17S5» il n'y aTait plus d*école spétiale pour celle arme. Celle de Bapaume aYait élé supprimée en 1772, el avail élé remplacée par six places d'élèyes dans chacune des sept écoles régimentaires ; l'assemblée nalionale rétablit TEcole spéciale d'arlillerie par décret du 14 décembre 1790. Ainsi Napoléon a élé à l'Ecole militaire de Paris, mais n'est passé par aucime école spéciale d'arlillerte.

MÉLANGES. tiS

dans les régimens dWtillerie avec le grade de lieutenant en second. — Les élèves du prytanée de La Flèche et des lycées seront examinés par Texaminateur de Fartillerie , et , s^ils sont suffi* samment instruits (a)^ ils recevront Tordre de se rendre à TEcole de Metz , ou ils resteront un an ou deux ans pour compléter leur instruction et de là entrer dans les rég^mens d^artillerie. — Le corps du génie continuera de prendre à FEcole Polytechnique tous les sujets nécessaires à tous ses besoins, et les choisira parmi les jeunes gens les plus instruits , le plus en état de résister à la fatigue et qui annonceront le plus de disposi* tions morales. — - Après que le corps du génie aura pris tous les sujets qui lui seront nécessaires , les autres élèves de Fécole seront donnés aux ponts-et-chaussées , aux mines, aux pou-> dres et salpêtres et aux autres services civils. Ce qui se pratiquait alors était presque tout le contraire de ce qui était prescrit par cette dernière mesure.

Plus tard, le 27 septembre 1812, Napoléon ordonna qu^à dater du i*' janvier i8i3, il ne serait plus admis à FEcole Polytechnique que des sujets bien constitués et capables de supporter les fatigues de la guerre.

(a) On les examina sur le premier volume du cours du Bezout.

J26 HÉLANGE».

Si ces diëpositions, par ticulièr^nent celles qdi sont relatives à Fartillerie, eussent reçu une exécution rigoureuse^ Fay^r de FEcole Poljtech^ nique en eût été ébranlé ; car près de la moitié de ses âèves avaient été jusqu^alors destinés à Tartillerie^ mais il en fut tout autrement. Les guerres dans lesquelles Napoléon se trouva en-* gagé rendant les besoins très-pressans , on ali-^ menta le corps des officiers de Fartillerie , ainsi qu^il Favait prescrit par le décret du 3o août âSii ) et néanmoins on continua à envoyer des élèves de FEcole Polytechnique à Ffioole spéciale dWtillerie.

Au bout de deux ans , le décret et Fordon-* nance furent abrogés ; non -seulement FEcole polytechnique rentra en possession de fournir à FËcole spéciale d^artillerie tous les sujets destinés à cette arme; mais en 1816 , Napoléon n^étant plus sur le trône , on astreignit les officiers dWtillerie qui étaient sortis de FEcole de Saint- Cyr et du prytanée de La Flèche à subir des examens ; ceux qui ne le purent ou qui subirent de mauvais examens se virent contraints de quitter le service , s^ils ne voulaient point passer dans d^autres armes. Il est permis de douter que cette mesure inique fût prise dans Fintérét de Farme de Fartillerie; car alors il aurait fallu

Aussi assujettir à subir des exameni^ tous les offi^ tiers d^artillerie qui n^avaient point passé par TEcole Polytechnique , c^est^dire toute la tète du corps d^offieiers ; presque tous les officiers qui avaient passé par FEcole de Chàlons ^ et enfifl tous ceux qui, étant sortis de la classe des sous^ officiers 9 nWaient subi aucun examen. J^ajou-^ t€^rai que si Ton astreignait ainsi les officiers d^ar<tîïlerie sortis de FEcole Polytechnique à subir des examens , au bout de quelques années de aâ[*yioe, ils se trouveraient également fort embarrassés ; car aussitôt quMls ont endossé Puniforme) ils ne s^occupent plus, sauf quelques trèsrares exceptions , de ce qu^ils y avaient appris*

Cette mesure semblait donc être une menace adressée aux jeunes gens qui oseraient entrer dans les services publics , autrânent qu^en pa»- Mnt par FEcole Polytechnique, si jamais un gouvernement prenait des dispositions semblables à celles qui venaient d'hêtre abrogées ; c^était enfin une réaction contre le décret du 3o août

.Le régime introduit par Napoléon subsista jusqu^au i3 avril 1816 , époque à laquelle Fécole fat licenciée par suite d'un acte d'insubordination collectif, auquel presque tous les élèves |)rireût part* Elle fat réorganisée le 4 septem*»

bre i8i6, et Ton adopta Torganifiation qa^elle avait avant le licenciement , en y apportant les modifications suivantes.

Le régime et Tappareil militaire furent supprimés , mais le casernement fut maintenu et la pension portée à i ,000 fr« Le chef de Fécole reprit le nom de directeur, et eut sous ses ordres ^ pour le seconder, un inspecteur des études et six sous-inspecteurs nommés par le ministre de Fintérieur, et choisis parmi les fonctionnaires en activité dans les services publics qu^alimentait Fécole. Un conseil d^inspection , présidé par un pair de France, fut créé pour s^occuper, une fois par trimestre, de FEcole Polytechnique sous le point de vue de Fordre public.

Le 17 septembre 1822, FEcole Polytechnique, à la suite d^une nouvelle insubordination collective des élèves , fut replacée sous le régime militaire ; elle eut un gouverneur et un sous-gouverneur , mais on ne fit point reprendre aux élèves le fusil et la giberne , et Fécole continua à être placée sous les attributions du ministre de Fin té* rieur. Enfin , depuis la révolution de i83ô, une ordonnance, sous la date du 3o octobre i832 , place Fécole dans les attributions du ministre de la guerre , rend aux élèves le fusil et la giberne , et les astreint à s^exercer aux manœuvres de

rin&nterie pendant les heures de récréation ; cette ordonnance apporte encore quelques chan^ gemens à la constitution de Técole, mais ils sont peu importans, et je ne crois pas utile d^en parler.

Nous avons vu que TEcole Polytechnique fut d^abord constituée de manière à ce que les élèves fassent animés de sentimens démocratiques, ce qui était conséquent sous la république.

Napoléon , en supprimant les écoles centrales , en exigeant que les candidats qui se présentaient pour être admis à FEcole Polytechnique eussent fait des études françaises et latines , en faisant payer une pension aux élèves , rendait Técole inaccessible aux jeunes gens qui n^appartenaient pas à des familles aisées , sauf les exceptions qu^il lui convenait de faire en accordant des bourses à quelques candidats dont les parens étaient ordinairement au service deTétat. Ces changemens tendaient à substituer aux sentimens démocratiques des élèves des sentimens monarchiques ; mais Fesprit dans lequel ils furent exécutés , la rigueur du régime militaire auquel on soumit les élèves, et Tinfluence qu'exerçaient sur eux les hommes qui les commandaient , tendaient à les façonner pour le despotisme.

]Le gouvernement de Napoléon était en effet

i3o MÉLANGES.

un despotisme pur ^ Ce doût On ne Mtlftiit lui faire un reproche ^ car aucun autre genre de {fouvernement n^aurait été praticable dani les ciroonstances où il s^émpara du pouvoir* Il ett permis de croire quUl désirait qu^un gouveme^ ment monarchique tempéré succédât au gourer^ nement despotique qu^il avait établi ^ du moins ijuelques-unes des institutions qu^il substitua à celles de la république, tendaient à amener oe résultats

Sous la restauration , on ne parut suivre au^ eun plan , puisque Ton supprima d^abord le ré^ gime militaire , par suite d^une insubordination collective , et que , plus tard , on lu rétablit en partie^ également par suite d^une nouvelle inau-> bordination.

Depuis la révolution de i83o, on rentra dans lés erremens de Tempire*

On a vu dans quelles circonstances et comment FEcole Polytechnique fut fondée | j^ai fait connaître, non-seulement les changemens et les inodifications apportés Successivement à sa constitution et à Tinstruction que Ton y donnait aux élèves , mais encpré Fesprit qui présida à Texécution des réglemens relatife à cette instruction et le degré d'^utilité que présentait ce vaste enjeîgnemenl théorique. I^aî envisagé enfin TlScole

MÉLANGES» tSi

Polytedmique sous le point dé rùt politiquet NbttS pouvons donc actueltoment , avec oon«* naissance de cause , examiner si cette école atteint le but pour lequel elle a été instituée^ o^esU ftr-dire û elle est le moyen le plus efficace de procurer à Fétat les sujets les plus distingués et les plus capables ^ tant pour les services publioi qu'^elle alimente ^ que pour le perfectionnement des sciences exactes. J'^ai dit que mon opinion sur cette question différait de celle qui était gé* néralement adoptée , pour ainsi dire , sans exa-^ men; aussi je la donne seulement comme mienne^ il me suffira d^ailleurs , pour Tappuyer^ de réu^ nir en un faisceau les réflexions éparses dans cet éârit ^ et de tirer les conséquences des faits qui y sont rapportés.

Relativement aux services pubhcs , il s^âgit d^examinor, d^abord, lequel serait préférable d^admettre directement les âèves dans les diver-ses écoles spéciales ^ ainsi que cela se pratiquait avant la création de FEcole Polytechnique , ou de les faire tous passer auparavant par une même école préparatoire; puis, en supposant qu^il soit reconnu avantageux d^avoir une école prépara-* toire ) il faudrait examiner si cette école doit être constituée telle que Test VEcole Polytechnique } et, enfin, il faut distinguer les services militaires

i32 MÉLANGÉS.

et les services civils , qui se trouvent , sous plusieurs rapports , dans des conditions différentes.

Supposons pour un instant que FEcole Polytechnique n^existe point, que chacune des écoles spéciales reçoive directement les élèveis qui lui sont nécessaires , que les connaissances exig^ées pour être admis dans ces écoles soient les mêmes que celles que Ton exige actuellement des candidats qui se présentent pour entrer à TEcole Polytechnique, et Ton sait qu^elles sont suffisantes pour suivre les travaux des différentes écoles spéciales : on se procurerait ainsi des sujets très-^ bien préparés, sous le rapport des connaissances théoriques , pour entrer dans les divers services publics qu^alimentent ces écoles ; la pratique de leur art , que rien ne peut suppléer , achèverait de les former.

Examinons pourtant s^il ne serait pas possible et s'il serait avantageux de créer une école préparatoire commune à tous les services publics ^ école par laquelle il faudrait passer avant d'hêtre admis dans les écoles spéciales , et où Ton acquerrait des connaissances théoriques également utiles dans ces divers services. Je suppose d'ailleurs que renseignement donné dans cette école préparatoire serait un surcroit d'enseignement ; ainsi les mêmes examens qui conduisaient au--*^

MÉLANGES. i33

pârayant les élèves aux écoles spéciales les conduiraient à récole préparatoire , et il leur faudrait en outre subir de nouveaux examens pour passer de Fécole préparatoire aux écoles spéciales.

Puisque les connaissances exigées des élèves pour être admis dans Fécole préparatoire sont suffisantes pour suivre les cours des écoles spéciales , on ne voit pas quelle instruction réellement utile on pourrait leur donner dans la première de ces écoles qu^ib n^eussent déjà reçue avant que d^ être admis , ou qu^ils ne dussent recevoir dans les secondes , et ce qui surabonde est rarement utile. £h bien , une telle école existe en France : c'^est l'Ecole Polytechnique.

J'^ai fait voir comment les savans qui avaient fondé TËcole des Travaux publics , destinée d^abord à remplacer toutes les écoles spéciales , reconnaissant bientôt que leur projet était inexécutable, avaient transformé cette école en école préparatoire sous le nom à! Ecole Polytechnique; on a vu également que , malgré cette transformation , renseignement fut d^abord à peine changé ; puis qu^il éprouva des variations , dont le résultat fut , en définitive , d^éliminer les sciences et les arts que Ton devait enseigner plus tard aux élèves dans les écoles spéciales , et de (lonner de Taccroissement à renseignement des

t34 HÊLANGBS.

mathimatiqaet transoendantes et de cette perde de la géométrie descriptive qui est puremoit spéculative. Il semblait qae, en opposition avee ee qu^exigent les besoins de la société, Ton voulût rénnir des élèves pour occuper des professeurs.

Il est probable que les hommes qui obtinrent la transformation de TEcole des Travaux publies en Ecole Polytechnique n^étaient pas tous également convaincus de Futilité de la nouvelle ^ école, ou qu^ils voyaient cette institution à tra* vers le prisme de leurs intérêts. La plupart étant en même tems des savans célèbres et des hommes politiques mêlés aux affiiires du tems , cette création leur était on ne peut plus utile ; elle les fixait à Paris avec de bons appointemens, et elle augmentait leur célébrité : le savant pouvait pousser Fhomme d^élat, et réciproquement. J*ai dit que cela était probable , parce que tel est le cœur humain.

Quoi qu^ en soit , il n Y a de tout ce que Vtm enseigne à FEcole Polytechnique que la géométrie descriptive et le dessin , en ce qui concerne son application aux travaux graphiques, qui soient réellement utiles à toutes les espèces d^in-^ génieurs ; mais , je le répète , ce que les élèves en ont appris pour entrer à FEcole Polytechni«« - que , et ce qu^ils en apprennent dans les écoles

MI&LANGES; i35

spéeîalis lenr suffirait; qui empêcherait d^ail-^ leurs de donner de Fextension à cet enseignement dans ces dernières écoles , s^il était prouvé que celui qu^on y reçoit fut insuffisant , quoique plus étendu qu^il ne Tétait avant la création de TEcole Polytechnique ?

A quoi peut servir aux ingénieurs le dessin de la figure et de la bosse?

Tons les hommes qui ont fait des études complètes doivent avoir des notions générales de fUiysique, et plusieurs même ont quelques po* tions de chimie ; si les ingénieurs des mines doivent avoir des connaissances plus étendues sur ces matières , en est-il de même des ingénieurs^ constructeurs de vaisseaux , des artilleurs et des ingénieurs pour les autres services ? aussi leur arrive-t-'il, comme à moi, d^oublier presque en*tièrèment ce qu^ils en ont appris.

On ne prétendra pas que les mathématiques transcendantes présentent des applications dans les différens services auxquels on destine les élèves de TEcole Polytechnique ; mais on prétend que cette étude exerce V esprit et la sagacité des élèçes et les rend capables de saisir toutes les applications dont ils peuvent être chargés un jour. On ne saurait apporter aucune bonne raison à Tappui de cette opinion , qui a motivé

i36 MÉLANGES.

Faccroissemenl successif donné à renseignement des mathématiques transcendantes, et je n^hésite pas à déclarer qu^elle me parait erronée. Comment concevoir, en effet , qu^une science purement spéculative puisse rendre ceux qui la pos— sèdent capables de saisir toutes les applications dont ils peuvent être chargés un jour? Je penserais plutôt que ce serait tout le contraire.

Les élèves de TEcole Polytechnique, aussitôt après avoir subi leur examen pour entrer dans les écoles spéciales , rejettent comme un inutile fardeau ces mathématiques transcendantes dont on avait surchargé leur mémoire , et les travaux auxquels ils se livrent ensuite , dans les écoles spéciales , en font de bons ingénieurs , non pas parce que ils avaiept été bourrés de mathématiques transcendantes, mais quoique..*

Deux années d^études théoriques , qui n^ont , pour ainsi dire , aucun rapport avec les occupations auxquelles on veut consacrer sa vie , loin d^être utiles , peuvent étouffer une vocation. Eh quoi ! pour faire un habile ingénieur, vous commencez par lui remplir la tête d^une foule de connaissances étrangères aux travaux auxquels il doit consacrer sa vie ! Le gros bon sens et Fexpérience indiquent au contraire qu^après avoir acquis les connaissances théoriques nécessaires,

il doit consacrer son tems presque exclusivement à Tétude de son art , sHl veut devenir réellement habile.

Il n'est même pas prouvé que ces deux ou trois années d^études opiniâtres à TEcole Polytechnique rendent plus aptes à suivre les cours des écoles spéciales ; à TEcole d^état-major , les élèves qui sortent de TEcole Polytechnique ne paraissent pas supérieurs j sous ce rapport y à ceux qui sortent de TEcole militaire de Saint-Cyr.

Lorsque les candidats étjiient reçus directement dans les écoles spéciales , ils entraient dans celui des services publics qu^ils avaient choisi ; au contraire , depuis la création de TEcole Poly-^ technique, un très-grand nombre d^entre eux se trouve lancé dans une autre carrière que celle à iaquelle ils s^étaient destinés d^abord. Cela se remarque particulièrement pour le génie et pour Tartillerie, inconvénient grave, car c'est surtout dans la carrière des armes qu'il est avantageux d'avoir" des hommes de vocation ; il faudrait , d'ailleurs , qu'ils fussent d'un tempérament robuste , et l'on admet souvent dans l'Ecole d'artillerie et du génie des jeunes gens qui , par défaut de santé autant que par défaut de vocation, avaient désiré entrer dans une carrière civile et qui ne l'ont pu.

iS8 MÉLAHGBSi

Il n Y ^ aucun rapport entre les qualités nè^ oessaires pour réussir dans Tétude des mathéma* tiques transcendantes , et celles qui rendent ua homme propre à suivre avec suooès la carrière des armes. Aussi, tel élève, remarquable par son aptitude pour cette étude , deviendra peut^^tr^ un mauvais officier , et tel autre , qui lui était très«-inférieur sous ce rapport, deviendra, aa contraire, un excellent officier*

Bien plus ! ce que Fou enseigne aux élèves dans TEcole de Fartillerie et du génie leur est sans doute nécessaire pour devenir de bons officiers ; mais on se tromperait étrangement si Ton croyait que le rang qu^ils occupent à leur sortie de cette école est une présomption d^une supériorité de mérite dans les services de guerre : c^est seulement la grande épreuve de la guerre qui per-. met de les classer sous ce rapport.

La balle d^un lazarone frappa à mort Boisgérard (1799), qui était déjà officier-général du génie, quoique âgé seulement de trente-deux ans , et lorsqu^il termina ainsi sa glorieuse car* rière , il était dans Fopinion de ses camarades le premier ingénieur de guerre français; Boisgérard n^était pourtant sorti de TEcole du jgénie de Méxières que le dernier de sa promotion.

Enfin , la pension que doivent payer lea élè-

MÉLANGES. iSg

veê de l^Ecole Polytechnique ne permettant pins qu^aux jeunes gens qui appartiennent à des fa^ milles aisées, d^entrer dans les services publics , restreint la concurrence, et repousse des hommes de mérite par cela seul quMls manquent de fbr» tune. Il en était autrement lorsque les élèves de TBcole Polytechnique recevaient une solde , et surtout lorsque Ton entrait directement dans les écoles spéciales , puisque les élèves de ces dei>-* nières écoles touchent des appointemens qui leur permettent d^exister sans le secours de leurs familles. Je conviens, d^ailleurs, qu'en ce qui concerne Partillerie et le génie , des motift po« litiques peuvent justifier cette mesure (a) , mais il n'en est pas ainsi pour les services civils.

Que si actuellement j'interroge les faits , ils ne me paraissent point hostiles à l'opinion que je viens d'émettre ; la France possède de bons in<« génieurs , et cela ne saurait être autrement , puisqu'ils se sont formés dans d'excellentes écoles spéciales ; mais depuis quarante et un ans que l'Ecole Polytechnique existe , la France a-t-elle produit autant de ces ingénieurs remarquables qui forment époque et deviennent

(a) Voir le chap. X de ma Philosophie de la Querref daufi leqnal je traite des InstitutUm^ militaires dans leurs rapports aveo les institutions poMgves et avec les institutions eioiies.

i4o MÉLANGES.

une autorité , qu'^auparavant pendant le même laps de tems? Il est permis d^en douter.

Pour que mes lecteurs puissent mieux asseoir leur jugement , je rapporterai , comme point de comparaison , la manière dont on devenait ingénieur sous le règne de Louis XIV, si fécond en grands événemens et en grands hommes; époque mémorable où la guerre se réduisait en grande partie en attaques et en défenses déplaces.

Les ingénieurs étaient alors de tous les officiers de Tarmée ceux qui jouaient le principal rôle j qui étaient le plus exposés , et ceux sur lesquels se fixaient le plus les regards. On les recrutait dans le corps des officiers d^infanterie ; chaque régiment d^infanterie comptait parmi ses officiers des ingénieurs volontaires ; les ouvrages qui avaient été publiées sur la fortification leur servaient de guide dans leurs études ; les officiers qui les avaient précédés dans cette carrière les aidaient de leurs conseils et de leurs leçons. On choisissait , parmi les plus habiles , le nombre d^ingénieurs nécessaires aux besoins du service ; ils recevaient des brevets , étaient détachés pour être employés dans les travaux des sièges ou des places, et comptaient pourtant toujours dans leurs régimens.

On obtenait ainsi des ingiénieurs , qui avaient

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une vocation prononcée , et dlieureuses dispositions pour le genre de service auquel ils se destinaient; c^étaient des hommes de res-* source, et qui étaient doués d^un :&èle ardent ^ qualités les plus nécessaires à Tingénieur. Indé-f pendamment de la construction , et de Tentre-» tien des fortifications , ils étaient aussi chargés des travaux des ports , des canaux et de divers autres travaux encore. A aucune autre époque, et dans aucun pays , le corps des ingénieurs mi-» litaires n^acquit une telle célébrité. Ce fut alors aussi que parut Fimmortel Vauban , le plus ce-* lèbre ingénieur des tems modernes.

U Angleterre nous offre aujourd'hui un exemple non moins remarquable ; elle possède des ingénieurs civils /^cml engineersj auxquels Té-» tat , les comtés , et les communes ^ confient \à, direction des travaux dont sont chargés en France les ingénieurs des ponts-et-chaussées , les ingénieurs hydrauliques , les architectes et les ingénieurs*constructeurs de vaisseaux ; les particuliers les emploient pour la direction de semblables travaux, et pour diriger la construction de fabriques, d'usines et de machines.

Ces ingénieurs n'ont été contraints de passer par aucune école , ne forment point une corporation, et ne reçoivent du gouvernement ni

i4ft MÉLANGES.

brevets ^ ni appoiûtemens j ce aont dés hommei de vocation^ ils ont été formés par des ingénietiî^s qui les ont précédés dans cette carrière^ et beaO* coup moins par des études théoriques ^ que par des travaux pratiques. Ils sont payés pajr ceux qui les CTOiploiotit ; ils sont plus ou moins re<^ dierchés selon leur habileté , et la réputation dont ils jouissent , cW assez dire que celui qui swait sans mérite ne trouverait pas d^occupa-^ lion : ils sont enfin les fils de leurs œuvres. Tous ces remarquables travaux, qui font For-^ gueil de FAngleterre et Fadmiration des étran^ gers 9 sont leur ouvrage.

Cest ainsi que Ton obtient des hommes de génie , de vocation et d^expérience } le mode suivi en France les repousse ; aucune exception nV & été autorisée en faveur de ces génies ex^ traordinaires , dont la nature est si avare ; il pa*raitrait un Vauban , qu^il ne pourrait être ad-» mis dans le corps du génie , et le célèbre Bru'^ nei (a) n^obtiendrait pas d^entrer dans le corps des ponts--et-chausséeS.

Je conviens d^ailleurs que , dans les pays dont

ia) firnnél est né dans le département de l'Bnré, «nifàiflalt partie d« rancienne proYince de Normandie ; il a » entre autres traTaasi dirigé ceux du Tunnel de la Tamise, et on lui doit la célèbre pou« lierie de PortsmouUi , la chef-d'œuvre de la mécanique moderne^

la oii^'iattoii «t peu avancée , Il fam nééessài-

rement des écoles pour former des ingénieurs ; ce lîit ainsi que Pierre-le^rand , et que ses sudoesseurs s^en procurèrent ^ et s^en procurent encore; ils n^auraient pu imiter TAngleterre) mais assurément la France le pourrait.

Il me reste actuellement à examiner si TEcole Polytechnique est le moyen le plus efficace de procurer à Fétat les sujets les plus capables de perfectionner les sciences exactes : on serait dis^ posé à le croire ^ au premier aperçu ; mais un examen plus approfondi vous convainct bientôt tpie c^est précisément tout le contraire ; occU'ponsHious d'^abord des mathématiques.

On a vu quMn très-petit nombre de per* sonnes en Eiu*ope était initié aux parties éle* vées de cette science avant la création de llScole Polytechnique ; mais il est prouvé aussi , depuis cette création , que tous les jeunes gens doués d^une intelligence ordinaire parviennent non-* seulement à s Y faire admettre , mais encore à y Suivre renseignement des mathématiques trans^ cendantes : ils y emploient à la vérité plus ou tnoins de tems , ils travaillent avec plus ou moins d'*opiniàtreté , leur mémoire supplée plus ott moins leur intelligence ; mais , en définitive ^ presque tous , sHls en ont la volonté ^ atteignent

i44 HÉLANGBS*

le même but. Et s^ils peuvent échouer, ce n^est qu^à cause de la concurrence , et parce que le hasard joue un grand rôle dans les admissicms prononcées par suite d'^un examen oral d'aune heure au plus.

On ne saurait trouver que bien rarement d^ hommes ayant tout à la fois le génie et la voca^tion des mathématiques parmi ces jeun^ cens recrutés dans les classes aisées, qui n^appren— nent les mathématiques transcendantes que par nécessité, pour atteindre un but, et cessent de s^en occuper aussitôt qu^il est atteint; parmi ces jeunes gens dans la tête desquels on enfonce ces mathématiques à coups de marteau , pour ainsi dire , et qui ont tous une autre destination que celle de renseignement.

Il résulte au contraire de cet enseignement , aujourd'hui si étendu , des mathématiques transcendantes , que s'il se trouve un homme qui ait le génie de cette science , on doit crain-<dre qu'il ne s^ignore lui-même et qu'il ne soit , en quelque sorte, impossible de reconnaître son mérite ; mais lors même qu'on le pourrait, s'il appartient à des parens pauvres, il n'est pas probable qu'on lui tende une main secourable et qu'il puisse percer.'

En effet , lorsqu'un petit nombre de person-

BOËLâNGËS. i45

nés stetement était' initié aux mathématiques transcendantes , et que Ton était convaincu qu^il n^ avait que des hommes doués dW génie particulier qui puss6nt se livrer avec succès à Fétude de cette science , ceux qui renseignaient recharchaîent les sujets qui montraient des dis-* positions extraordinaires ; on s^empressait de les leur faire connaître, et presque toujours ils obtenaient pour eux Tappui du gouvernement ou d^un Mécène. Actuellement , ils ont un ha« taiUon d^élèves auxquels ils enseignent les mathématiques transcendantes , et le nombre des jeunes gens qui se présentent pour entrer à TEiCole Polytechnique est plus grand qu^on ne le voudrait; c^est même par ce motif que Ton a augmenté successivement la masse des connaissances exigées pour y être admis, ce qui ôte aux hommes de génie qui sont pauvres, jusqu^à la pensée de tenter de s^y faire admettre.

Supposons, par exemple, qu^un jeune homme appartenant à des parens pauvres ait montré des dispositions extraordinaires pour les mathématiques en apprenant seul une partie des élémens de cette science : s^il a suivi Bezout , auteur le plus clair et le plus facile , c^est un titre de réprobation ; mais lors même qu^il serait parvenu à suivra les méthodes plus difficile^ des auteurs

lO

i4Ç n^LMiG^

qui aat écrit d^ui&, pur qote^ V^^ti&k cfawcW* rait*on à lui procurer les moyens de poussa plm^ loin Vétude des mathéniatiques ? u^ y 9i-V-»il pas une foule de jeunes gei^ qui étudient cette science pour se présenter ^ TEcole Polyteçlvi^ que et qqi en savent plus que lui? ne sç préfiçi»!^' t^^il pas tous les ans des flots de n^ithéi^atîçî^nu^ aux exameps d^admissiaq pour cette é^e? QpQ ai enfin notre pauvre jeune homme est purvcnii à apprendre seul ce que Ton ^ige de msithâvia^ tiques; il possède mal sa langue , il ne ^t paa Un mot de latin , il n^a aucune QQtiou d^ dONm : il ne saurait donc être adiuis.

D^Alembert , eufânt naturel recueilli par uhq iiruitière ; Laplace ^ fils d*un cultivatçw ^ vid** lées d^Auge, en Normandie; Mottge^ dcKut 1» père était marchand forain à Beaune, et dont , lorsquHl était appareilleur à TËcole deMésûère9> Bossut devina le génie , auraient probablement ^é inconnus^ sHl y eût eu de leur tems un«£oole Pqlytechnique , telle que celle de nos jooia.

Je dois ajouter que, sHl se trouve à cette école un élève qui ait le génie des mathémati^ies > û ffit distrait de sa vocation par la diversité des études auxquelles il doit se livrer ; il peut arrîwp aussi que Ton ne distingue pas son mérite, suiVi tout si sa sauté ou son aptitude au travail To^

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tlUsept à |^«i t?'itY?iHei' quV«Q mesura , ^t que « n^acquérant pas le sentiment de ses forcer , il

f^;ia^wç ^ét^de des mathém^tlq^e^ aussitôt qi/kil p^ s^f( pln^ contraint dç s'y livrw.

]^s fi^t^ viQim«»t à r^ppui des ppipituis quQ jft vje«8 d^énnettr^ ; »i ^Q^ çoippivra l^s savant ma*» tliôimtiçifps quV produits la Franoe pendant lift qaarante et m^e années qui ont précédé la çréatkn dfi TEcolâ Polytechnique ^ avec ceux qu'elle a produite depuis la création d§ œtta éoûle^ on trouve à ces deux époques de^ aayans qui sont également bien au courant de la science i mai& à la première , malgré le petit nombre de petsonnes qui cultivaient alors les mathémati-? quoi traucendantes^ il apparaît, en oub^e, des hoHunes de génie du premier ordre ; tels sont Lagrange y Monge et Laplace*

On remarque, d'ailleurs, que presque tous les savans mathématiciens, sortis de r£oole Poly«* technique, y étalent entrés dans les dix premier* rèe années de Fexistenoe de l'école , époque oi^ les élèves n'étaient point casernes, où, lom de payer pension, ils recevaient des appointemens, où l-on n'exigeait aux examens d^admission que des mathématiques , et en moindre qtiantité qu^ictuellement ; époque , enfin , où les jeunes gens qui avaient la vocation des mathématiques

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pouvaient , quoique pauvres , parvenir à y être admis.

Ce que je dirai de la physique et de la chinaie sera coiurt : si je compare les hommes célèbres dans ces deux sciences, ainsi que je Tai fait pour les mathématiques et aux mêmes époques, je trouve que ceux qui ont paru pendant les quarante et une années qui ont précédé la fondation deVEcolePolytechnique, remportent; dumoins, Haiij pour la physique, et pour la clfimie, Lavoisier , Fourcroy, Bertholet et Vauquelin n^ont pas été égalés.

Plus de la moitié des membres de la classe de rinstitut , pour les sciences physiques et mathématiques, sont d^anciens élèves de FEcole Poly-« technique, et Ton cite ce fait comme une preuve des services que cette école rend aux sciences : commait pourrait-il en être autrement, lorsque tous les hommes qui consacrent leur vie à Té* tude des sciences physiques et mathématiques passent par cette école , et qu^elle a le monopole des services publics !

Mais, dira-t-on, après avoir lu cet écrit, à quoi bon cet examen, et qu^en résultera-t^il? Rien pour le moment : Sisyphe continuera encore à rouler son rocher. Toutefois , sous le rè-.

gne d^ la libertéde la presse, la yérité ne t«r«^ dera pas à se faire jour.

SUR LA REFUTATION QUE M. BU6N0T A FAÎTE DE CE qu'on vient DE LIRE.

M. BugDOt , inspecteur des études de TEcole Ppljtechnique , a publié, ainsi que je Tai dit page 110, une réfutation {a) de Técrit que je viens de reproduire ; cette réfutation est grave ainsi qu'il convient quand on traite de telles quei^*tions. L'auteur a une profonde connaissance de la. matière; il fait ressortir avec soin Futilité des diverses sciences que l'on professe à l'Ëcole Po-* Ijtechnique et leurs diverses applications, contrairement à plusieurs des opinions que j'ai émises, particulièrement en ce qui concerne les mathématiques transcendantes.

Je ne possède plus qu'une partie des connaissances qui seraient nécessaires pour bien appré-* cier le. mérite de toutes les observations et de tous les faits rapportés par M. Bugnot ; mais je ne crois point qu'il soit indispensable de possé-

(a) De VEeoU Polytechnique, par T. D. E. Bugnot, capitaine du génie, inspecteur des éludes à cette école.

iKé MÉLANdfi». V

opinion sur Fécole célèbre dont nous ilt>tti sôlÉ*' mes occupés.

J^ai examiné cette ëeôlè d^un point de vue élevé, ne considérant que Fensemble de Tins— trutition éxi^e pour j être édthis } je Vûi jugée par les résultats ; je lui ai ingpW)ehé surtout d'éloigner les hommes de vocation , et c'est là mon principal repi^oché , tt M. Bugnot n'ten Conteste point rexactîlùde ; mais il prétend cju'Il tt^éû tisvlte àticnn înconvéniétit.

La réfutation de M. ËUgnot n^â point làbMml^ ines éônvictîons ) je poUtrais étl i^éftiter le» parties les plus Jmportahtes , niais à quoi bon ? L'opuscule et la réfutation me pataissëût ^UfBsââli pour éclâiter îès bommés (jùi péUV^ent et ^td veulent consacrer quelques loisirs k VètAmèh àé

k tpiestîon qui y est traitée.

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