UR LA PRUSSE EN
Avant la paix de Paris (3o mai 1814)9 ^^ nVxistait en Prusse qu^une seule grande route de trente lieues qui conduisait de Magdebourg à Berlin ; les autres routes , à peine entretenues , étaient ordinairement très-mauvaises ; quelquesunes devenaient impraticables, en plusieurs endroits, pendant une partie de Tannée. Actuellement , le pays est percé de nombreuses grandes routes, toutes parfaitement entretenues , et qui
(a) Gé petit écrit n'est autre chose que la mise au net de notes prises à la hàle pendant un séjour de vingt jours à Berlin , et pendant un voyage de vingt-six jours pour m'y rendre et pour en revenir, depuis le 11 février 1833 jusqu'au 36 mars 1833 inclus.
J'ai voyagé en poste et de jour seulement. J'ai passé , en allant, p^r Metz, Mayence, Francfort, Fulde, Erfurt, Halle, Wittemberg etPostdam; et, en revenant, par Magdebourg, Brunswick, Seesen, Paderbem, Scbwelm, Cologne, Goblentz, Trêves, Thionville et Metz. Enfin, je dois ajouter que, dans le cours de ma carrière militaire, j'avais babité la Prusse pendant plusieurs années, lorsque rarmée française occupait ce pays, mais que je n'y étais pas retourné depuis.
J'aurais pu parler des hommes que leur haut rang ou leur célébrité exposent aux regards du public; mais il est délicat de faire l'éloge ou la critique des contemporains : j'ai préféré m*absteni|r.
i54 MÉLANGES.
presque toutes Tiennent aboutir à Berlin. Elles ont ^vifdti un tietê de largeur dé dioills que les grandes routes de première classe de France, et pourtant elles sont suffisamment larges. La chaussée n^en occupe que la moitié ; Fautre moitié est fréquentée , dans la belle saison , lorsque le terrain n^est pas sablonneux ; elles sont bordées d^arbi^es plantés sur là route même, el non dans les champs qui y touchent , comme eh France : ce sont ordinairement des arbres fruitiers. On comptait, à la fin de 1827 , 877 railles (a) et demi de grandes routes , aont 768 milles entretenus par le gouvernement et 1 09 milles par les arrondissemens (j?) ; jHgnore .ce qu^il en a été construit depuis.
Si les routes sont excellentes, le pavé des villes, des bourgs et ded vilkged qu^elles ttovers'ent est ordinairement détestable ; cela résulté de ce que les communes , qui sont chargées de Pentrètiende leur pavé , he le réparent que quahd il leur convient } Tadministration communale jouissant eh Plisse d^uué grande indépeudàncé.
Il y a sur toutes les grandes routes des relais
(a) Le miUe allemand est un peu plus grand ^e téH l^^ieà ifb ÏYancé.
(5) Kedlitz , StaaisJtrafte der Preussîchèfi mûnai'êhîé tForce dfe la monarchie pmssienne. )
«iLAKraHii lis
«te pbstë) iBt Vm a établi dëi ,$«^^^^/M)6; (dfligeii^ ûêâ àKiliéléréëS ) Islil* (nellei ^i ibht le Jiàus Sté^ qii^âtéfes ; k goùv^taeihéfat ^ été bbligê de dé fchât*gét* de OèÈ détiit «ntl'èpris^s -, j^aftië ^[u^^Ué» ne (iiNJsefatMétit pas Vippkt dtt gttM à Viiidiiëmè particulière. La poste est bîeb sétVie \ bh h'ai?téHd jàâiaid ^Uî; êtt*è atièlé , itiiéme Bvat lei Hautes lë^moifasfréttU^iitéëà^, indé]^elidiàiûihèht dU )^Hi dëë chéràùjt, il est dû Uii dit^il de ehàtiks^èë ^ un pour-boîre au m^èH rHëistëf (itidîtrt déi Voitures) J tôtit W coirijpl^é est reliiis âtl vo^ageUl^ sur un petit imprimé et se paie devance ; on ne paie iau coiih*aîrë le postillon tju^en af'ftVant au t*èki§ suivîant. En totalité^ les frais dé poste sont moins élëtés en Ptiïéie ^u'fen Finance. Lei pdstfllotîd île ïAùûteût pas à chéVàl -y iié s'^s^- Sëdiént ^ur le siéj^ë dii Icoche^ ; feét intonVétiiënt est iégèrenifeht com{)en^é pat Tsivantàge qtf îli ont de pouvoir mieux choisir lëtti: chemih t{ùè s'ils étâîëht achevai;
Lè diligëniiës accélérées mdlthënt jbuf têt huit ; elles àont cbnduitës pkt des thëvaul de jî>dste et avec la tnêttië rapidité tjûè lès MôMï^ JjJMrtiënliêrës , parte cjttë chaque voyàjBfëùr îiè jHîut emporter âVëô lui qu'un portë-ttianteâu ) ^Mei sont stdvîës far une antre ttntùjre tjtil poHé
:i56 MÉLANGES.
mais qui ya moins vite. Les routés sont trèssûres , les voyageurs ne sont tracassés par aucune surveillance de police : on ne m^a demandé mon passeport qu^une seule fois. (àErfurt) pendant tout mon voyage, quoique j^aie tra* versé cinq places fortes.
La création de ces nombreuses et faciles contimunications a puissamment contribué à la prospérité de Fagriculture et de Findustrie ; le roi en a d^ailleurs protégé et encouragé les progrès, aussi ont-elles pris Fune et Fautre un rapide essor. .
Les progrès , en ce qui concerne Fagriculture, se manifestent par Fainélioration de la race des animaux , particulièrement des chevaux et des moutons ; par Femploi judicieux des engrais et de divers assolemens , selon les localités et la qualité des terres ; par Fusage d^instrumens aratoires perfectionnés.
Les progrès de 1 ^industrie n^ont pas été mpind^es ; il y a eu perfectionnement de ce qui se fabriquait déjà , création de nouveaux produits pour lesquels on avait été jusqu^'alors tributaire de Fétranger ; accroissement dans le mouvement des affaires commerciales. Ainsi, par exemple, on fabrique actuellement en Prusse , à Elberf(^, des étoffçs de soie, et Fpn s^occupe d'y
naturaliser le mûrier , car cet arbre peut être cultivé dans des climats où, pendant long-tems, on n^avait pas cru que cela fut possible. Pour parler de ce que j'ai vu de mes yeux, les produits de la manufacture de porcelaine de Berlin, si communs dans Forigine , sont devenus remarquables par la beauté des formes , la dimension des pièces , la vivacité des couleurs , Fexécution des tableaux ; les fleurs artificielles qu'on faisait venir de France se fabriquent actuellement à Berlin avec autant de perfection qu'à Paris.
L'accroissement, de prospérité des fabriques et des manufactures a surtout été extraordinaire dans une petite contrée de la Westphalîe, livrée à l'industrie la plus active et la plus éclairée ; on j fabrique tous les objets de l'industrie de l'Europe et des Indes ; on y imite parfaitement les produits de l'industrie anglaise et française , et l'on parvient à les livrer à un prix moins élevé. Cette contrée , qui dépendait autrefois du comté de la Marck , et qui fait actuellement partie de la province du Bbin , est située sur la rive droite du Rhin , et a la forme d'un triangle irrégulier, dont les côtés sont le cours du Rhin , depuis Cologne jusqu'à l'embouchure de la Ruhr, le cours de la Ruhr depuis Hagen jusqu'à son embouchure , et la route de Hagen à Cologne, qui
iÇ9 mei-ANGKS.
fîiit pwtw M celle 4e P^derborp i qette $«eQiidQ ville i elle est traversée pw Ifi Wupper , petites rlyière qai fait mfircher 4e ^ol|lbreu3es asioes et qivi a son embouehvire d[aqs le Rbm , troi^ lieues fiu de^^oi^ 4e Cplogae-
l^ vallées 4e la Wppper et 4e» petits ruifr^ ^WJ% qui «V i*^n4eDt > sQBt le théâtre le plua actif 4e cette iq4w^trie ; elles sont eouvertea dUiabitatioQil qui $^éten4ent quelquefois jusquVa «pinmet 4e$ montagnes qui lea bor4ent. Dea mi-* nés de bouille abondantes et de bonne qualité ^ située» entre les petites villes d^Unna et de Ha « gen I le long 4e la route qui C€ffi4uit de Padeiv» borii ^ Scbwelm? et de là à Cologne ou à Dussel-- 4orf ^ procurent aux habitans |in combustible éeopomique pour le chauflEage, et néoessaire pour un grand nombre de fabrications. Ëlberfeld et Soljugen ^ situées sur la Wupper , sont leei deux principales villes de cette petite ooqtrée« Dans la première , on fabrique particulièrement tous les. tissus qui peuvent se falu^iquer avec la soie, le coton et le fil ; on y comptait y en 1 829^ plus de a5,ooo habitans , et Ton évaluait son eommerce à 80 millions de fi^ncs par an ; dand la seconde on s^oceupe surtout à fabriquer de la eotttellerie et des armes blanches. On fabrique des armes à feu à gaarn.
MfiUNQBS. j$9
Lfi révoluUm 4e Belgique a wçsn ^om^ l^ prospérité de la petUe contrée doni; ja \iem df! parler , parce qw les ]3ollaqdaisi ^'y ftont pro^ curé de la hquiUe i ^t t)eauGoup de produit^ dfl fabric|ues qu^ils tiraiept auparavant de la Sa^
giquet
Au uombre des causes qui out cQiitri))ué auj^ progrès de Tindustrie , je crois que Ton peut qompter la suppressiou des maîtrisas ; et , au nombre de celles qui op^ contribué aux progrès, de fagriculture t il faut placer Tamélioratiou du sort des paysans^ qui sont presque tous deyenua propriétaires , même dans les pays où ils étaient serfç avant que de devenir Prussiens, Je donnai rai 1 à ce sujet, quelques renseignemens qui , je fei^père, ne seront pas sans intérêt*
Lprs de la pajx de Paris, il n'y avait plus, 4epui^ plusieurs années , de paysans serfs dans les états prussiens , mais il y en avait encore ^ quoiqu^en très-^petit nombre, que la nécessité attachait à la glèbe ; aip$i , quoique le servage n'existât plus légalement , il existait de fait : lf| i^éunion du duché de Posen à la Prusse, par suite di^ congrès de Vienne , augmenta le nombre àe$ paysans qui se trouvaient dans cette situation* l^e roi , afin de changer cet état de choses , en^ fagea et les propriétaires des terres où il existait
t6o MÉLANGES.
encore , et les paysans qui les cultivaient, à faire à Tamiable un partage de terres, qui pouvisrit évidemment être favorable aux deux parties, sMl était bien fait. Par suite de ce partage, les pajsans serfs acquéraient la propriété d^une partie de la terre, et se trouvaient immédiatement dans une position plus favorable que celle des autres paysans prussiens qui ne possédaient point ou presque point de terres ; le propriétaire se trouvait affranchi de Tobligation de pourvoir à leur subsistance et à leur entretien ; Fautorité administrative devait donner son adhésion , les paysans étaient exemptés de Fimpôt foncier pendant plusieurs années. Les frais d^arpentage étaient un obstacle ; néanmoins un très-grand nombre de transactions a déjà été effectué , et si le nombre n'en a pas été plus grand encore, cela est résulté beaucoup plus de Topposition des paysans que de celle des propriétaires.
Actuellement, il n'existe d'autres droits féodaux en Prusse que le droit inhérent à la propriété de quelques terres seigneuriales , de nommer le ministre du culte et le maître d'école du village, nominations qui doivent être approuvées par l'autorité administrative; mais quelques familles et les possesseurs de certaines terres ont le droit de siéger dans le^ assemblée^
MÉLANGÉS. i6i
plt)T]Ddales , ainsi qu'on le verra plus tard.
Le roi a exécuté une opération beaucoup plus importante encore parce qu'elle intéresse une plus grande partie de la population du royaume , c'est le partage des biens communaux qui étaient nombreux et très-étendus en Prusse; ce par-^ tage , que les habitans des communes exécutent à l'amiable , mais avec l'approbation de l'auto* rite administrative , a déjà été effectué dans un très-grand nombre de communes , quoique contrarié aussi par les frais d'arpentage : il est favo-* risé par une exemption de l'impôt foncier peu-dant plusieurs années.
Enfin , les résultats des progrès de l'agricuU ture et de l'industrie se manifestent ostensible* ment par l'augmentation du bien-être des classes populaires et par l'accroissement de la population 'j ainsi , par exemple , à Berlin , un nouveau quartier s'est élevé depuis quelques années ; et ce n'est pas le roi , comme au tems de Frédéric II , qui l'a fait construire ; un spéculateur a formé cette entreprise, et la spéculation s'est trouvée bonne.
Depuis le règne du grand Frédéric jusqu'en
i8i4, il n'avait été construit dans la capitale
aucun nouveau monument. On doit au roi ré^
gnant une nouvelle salle de spectacle 9 un bel
%H MàLAlïGES;
^ifice , cpiî sert de muaée do peinture et de sculpture, et, à peu de distance de la ville, il a &it élever une pyramide en fonte, destinée à consacrer le souvenir de la guerre de Tindépen^ dance«
Quoique la Prusse ait dép^nisé des soinoM6 énormes pour rétablissement de ses grandes routes , elle n'^en a pas moins consacré de trè&» considérables aussi à la création de nouvelles places fortes , à Fentretien et au perfec^onnement des anciennes , à la construction et à la réparation de casernes et de bàtimens militaires, à la création d^un port à Swinemiinde.
Les nouvelles places fortes sont : Cologne, Coblentz, Minden et Posen ; Straisund et Sweidnitz , qui avaient été démantelées ; Thom, tellement changée et augmentée , qu^elle peut être eonsidérée comme une place de nouvelle création. Des répara tioup majeures et des aug<* mentations ont été faites aux places de Wit* temberg, d^Ërfurt , de Torgau, de Neisse, de Glat:^, de Custrin , de Juillers et de Sarrelo«iis ; les autres places ont été bien entretenues.
Letï ii^génieurs prussiens ont suivi , pour fortifier les places de nouvelle création et pour les augmentations faites aux anciennes , un sysième nouveau que Fop attribue au lieutenant-^çésé-
MÉLANGES. i63
rai du géiiie prussien Aster ^ et dont ridée-mère ert empruntée au système de Montalembert. Ils enveloppent la place proprement dite d^une muraille dans laquelle se trouvent pratiqués de& créneaux et des embrasures , ou d^une chemise qoelccnque à Tabri dVn coup de main ; et il$ construisent 9 autour de cette enveloppe 9 des iborts 9 ou de simples tours , de manière à occu^ per un espace de terrain assez considérable pour que Ton puisse j réunir des troupes destinées à une opération offensive on à faire des sorties. La maçonnerie domine dans toutes ces constructions ; il y a profusion de batteries ca^ sematées, blindées, souterraines^ et de murs crénelés.
Ce système paraît avoir reçu une application complète dans la construction du fort Alexan-* dre, qui occupe la hauteur de la Chartreuse , d^où Von domine Coblentz; hauteur qui est située mire la rive droite de la Moselle et la rive gamche du Rhin. Le polygpne sur leqtitl esi ccmstruit ce fort est un carré ; il y a deux bas* lions du côté de la campagne , et deux àet»^ bastions Mu côté de la ville. Il n^ a que trois courtines , et , dans remplacement de la quatrième, ceUe qui aurait appartenu a» front leunié du côté de la^ville^^ se freinte une esiseme
t64 MÉLANGES,
défensive et un mnr crénelé, qui aboutit aux deux demi-bastions , et qui achève de fermer le fort; on a construit des batteries casematées dans les bastions, et des batteries souterraines sous les flancs. Devant chaque courtine, dans l'emplacement qu^occupe la demi-lune , dans le système de Vauban , Ton a élevé une tour à la Monlalembert ; ces tours ont une g^rande élévation au dessus du terrain environnant ; elles ont plusieurs étages de batteries ; celle du sommet est à ciel ouvert , et destinée à recevoir des canons de petit calibre. Ces ouvrages nVnt point, à proprement parler , de fossés ; le terrain a été disposé en pentes régulières, depuis la crête du glacis jusqu^aux pieds des murailles. Les mu-* railles sont flanquées par les feux des flancs des bastions , et par des batteries casematées , construites à la gorge, à Textrémité de chaque face des tours à, la Montalembert , et perpendiculairement à ces faces; on ne peut communiquer avec ces batteries que par Tintérieur des tours. Les communications avec les batteries souterraines des bastions et avec les tours sont souterraines.
Les tours à la Montalembert peuvent être placées dans trois positions très-différentes : elles occupent remplacement des anciennes d^-:
MÉLANGES. i65
lunes 9 oomme dans le fort que je viens de décrire , ou elles sont placées comme réduit dans Tintérieur d^un bastion (il m^a semblé quelles Tétaient ainsi dans un petit fort à côté du*quel j^ai passé en entrant à Erfurt), ou eniSa elles sont isolées. Dans le premier cas, elles n^ont que deux faces, comme les anciennes demi*lunes , et leurs murailles sont flanquées , ainsi que je Fai dit plus haut. Si elles sont isolées , elles ont deux , trois , et même quatre faces, sont fermées à la gorge par un mur crénelé, au milieu duquel se trouve quelquef<HS ime caserne défensive , si elles sont assez grandes; et leurs murailles sont flanquées, lorsqu'elles ont plus de deux faces , par des batteries casematées , construites sur le milieu de leurs faces , perpendiculairement à ces faces , et avec lesquelles on ne communique que par Tintérieur de la tour. Si, enfin, elles servent de réduit à un bastion, elles sont circulaires. J^a jouterai que les glacis de toutes les places fortes de la Prusse sont plantés de bois taillis, ce qui me parait être une excellente mesure, parce que Ton a ainsi une réserve de bois et que les racines rendraient les cheminemens très-longs.
Je n^oserais me prononcer sur la valeur du système de. places fortes prussien , surtout comr
i€6 MBLAHGBL
parattveiMnt à celui de Vauban ^ mais je mè permettrai les observations suivantes :
Lese£fets destructeurs du canon, sur une nia«- ^nnerie épaisse et solide, telle que celle des tours prussiennes k la Montalembert , ne sont prompts et décisifs que lorsque tire par salves^ €t à très-petite portée, comme, par exemple, lorsque Ton bat en brèche , dans le système de Vauban , avec les batteries établies sur la crête du chemin couvât. Ainsi , quoiqu'une grande portie de la maçonnerie de ces tours soit vue de la campagne , on ne pourrait, je pense, y fidre -brèche quVprès être parvenu à établir des bat<teries à une très*petite distance de ces tours. L'auteur du système prussien paraît avoir ccMnpté principalement sur l'emploi de Tartille*rie , pour retarder ce moment , si l'on en juge par le nombre des embrasures ; j'en ai remar^ que , par exemple , sur le sommet des tours, qui •étaient tellement rapprochées les unes des autres , que les merlons n'avaient plus une largeur suffisante.
La sape et le canon jouent le principal rôle dans l'attaque des places ; elles doivent être attaquées par des procédés méthodiques que l'art enseir gne ; dans la défense , au contraire, le canon n'est qu'un accessoire, et c'est seulmient avec des
MÉLANGEa. t6y
baïonnettes qu^elles peuvent être bien défetiduesi Je peiïse doac que si , par la suite , Texpériedcf prouve la bonté du système prussien, ce ser^ moins parce qu^il permet Femploi d^une nom-» breuse artillerie , que parce qu^il «st trè$-^avo-« rable à Texéoution des sorties.
Si Ton considère les grandes route9 et leç places fortes que la Prusse a fait construire ^ dans leurs rapports avec les grandes opérations militaires qui pourraient résulter d^une guerre contre la France , la Russie ou rAutricbe , on voit que c^est dans Fhypothèse d^une guerre contre la première de ces puissances, que les plus importons de ces travaux ont été exécuté^^ £n effet , trois des nouvelles places , Cologne et Ck)blentz , sur le Rhin 9 Mioden , sur le Wéser , ont été construites dans les provinces rhénanes et dans la Westphalîe ; Juliers , sur la Roè'r , et Sarrelouis , sur la Sarre , ont regu de notables accroissemens ; deux ponts de bateaux permanens sont entretenus , sur le Rhin , à Ck>logne qt *a Coblenlz ; de nombreuses grandes routes ont été faites dans la Westphalie et dans les provins ces rhénanes : Tintérêt commercial, en ce qui concerne ces derniers travaux , s^est trouvé d^accord avec Tintérèt militaire.
Les principales de ces grandes routes sont :
l68 MÉLANGES.
celle de Berlin à Luxembourg , pair Halle , Cas— sel , Ck>blentz et Trêves ; celle de Berlin à Aix— la-Chapelle , par Brunswick , Seesen , Pader-* bom et Cologne, ou par Dusseldorf ; la route de Berlin à Venloo , par Brunswick , Minden , Munster et Wesel ; enfin une route qui conduit d^ Aix-la-Chapelle à Sarrelouis, par Trêves, en longeant les frontières de la Belgique , du duché de Luxembourg et de la France : cette dernière route paraît avoir été construite beaucoup plus dans un but militaire que dans un but commercial. La route qui conduit de Berlin à Luxembourg , traverse la Hesse et le duché de Nassau ; celles qui conduisent de Berlin à Aix-la-Chapelle, et à Venloo, traversent le duché de Brunswick et le Hanovre : ces routes sont aussi bien entretenues sur ces territoires que sur le territoire prussien.
On voit que la Prusse a , sur le Bhin , trois places fortes : Wesel , Cologne et Coblentz ; un peu plus haut , sur le même fleuve , se trouve Mayence, dont la garnison est fournie par la diète germanique , ainsi que celle de Luxembourg , qui touche presque à la frontière prussienne ; et elle possède en outre Juliers , près de la frontière de la Belgique , et Sarrelouis , près de celle de la France. Les places de Coblentz et
MÉLANGES. i6g
de Cologne sont très-importantes , parce qu^elles donnent deux passages sur le Rhin ; parce qu^elles peuvent servir de refuge à un nombre considérable de troupes; parce qu^une triple communication par eau et par d^excellentes rour tes , sur les deux rives du Rhin , permettraient de concentrer rapidement toutes les troupes qui se trouveraient à proximité du fleuve , dans Tune de ces deux places , pour reprendre Toffensive.
On peut évaluer à 3oo,ooo hommes les for-^ ces que la Prusse pourrait mobiliser, en supposant que ses finances lui permissent un tel dé<veloppement de forces , savoir : Armée de ligne , 100,000 hommes ; hriegs réserve (réserve de guerre), ôo,ooo ; landçvehr (dé&nse du pays) du premier ban , i5o,ooo.
Le revenu annuel de ce royaume est de 189,761 ,goo fr. , dont il faut retrancher , pour la dette publique et pour Famortissement , 4o,2g3,ooo fr. ; pour pensions perpétuelles, indemnités, etc., etc., 12,099,000 fr., ce qui réduit la somme disponible pour les services publics à 1 37,369,900 fr. Le ministère de la guerre de Prusse dépense annuellement 84^352,600 fr.| somme modique pour Fentretien d^une armée de 3oo,ooo hommes , de noml^reuses places fortes.
l^0 BIÉIiÀNGfiS.
et dW matériel de guerre considérable ; arec la» 53,01 7 j3oo fr. qui restent, non^seulement on satisfait largement a toutes les dépenses qu^exigent les autres services , mais on £iit s^-^ nuellemeat , à moins de circonstances extraor^ dinaires, une économie de plus de 5, 000,000 de francs*
Tels sont les miradas qu^ont en&ntés Tondre et Téconomie dans un pajrs que la guerre avait accablé de tant de maux , et qui avait tant cte blessures à cicatriser*
Les institutions militaires de la Prusse sont particulières à cette puissance , ce qui en rend Fétude intéresi^ante et instructive. Je ne pour*rais que répéter à ce sujet ce que j^en ai dit dans le cbapitre IX de ma PhMosophde de la Guerre ; je me j3ontenterai donc d^ renvoyer le lecteur.
Le roi e$t calviniste ; une partie des Prussiens professent la même religion, d^autres sont luthériens et d^autres enfin sont catholiques. Ces trois communions vivent entre elles dans la meilleure harmonie : on a d'ailleurs tenté la réunion des deux premières, sous le nom d^ église évangéli^ que; le roi et sa famille ont donné Texemple , un grand nombre de communes les ont imités-
La Prusse est , sans cootr^dU » la partie de
HEUNGE& i7>
rAUamugoe où les cfciene^ et les lettrèf soat cultivées avec le plus d^éclat i Berlin est le oentve iuteUectudl de rAUemogoe. G^est le résultat de la perfection et de Tei^tension de renseignement en Prusse , et du soin arec lequel le roi s^efibrce d'attirer à Berlin les hommes célèbres de VAile^ magne qui ne sont pas prussiens.
Je n'^ai point eu le tems de m^occup^ de Ten*seignement : je me permettrai pourtant une ob^ servation sur renseignement primaire ^ c^esC qu^il est tellemtot répandu en Prusse j depufe i8i4 9 que presque toute la génération qui s^é^ lève actuellement sait lii^e et écrire : cet enseignement est , dans chaque commune, sous la surveillance des ministres du culte.
Le roi eU censé absolu ; mais , en réalité , son pouvoir est limité par les 1<m8 , la religion , les mœurs , les usages , les prérogatives ou les prii^ . viléges du clergé , de la noblesse de Tarmée , de la magistrature ; par les chartes , les droits ^ les coutumes, les franchises des provinces et des . communes , et peut-être par d^autres circons^ . tances encore qui m^écbappent , toutes choses <pi^il a intérêt à respecter , qu^il respecte effectivement ; qu^il ne pourrait pas tenter de détruire sans exposer Tétat à des orages.
Le gouvernement du roi est oomposé de deux
17^ BIELAN6ES.
secrétaires du cabinet , de dix mimstres pour sept ministères , et d^un conseil-d^état.
Les deux secrétaires du cabinet sont : un aide* de-camp militaire qui travaille avec le roi pour les affîiires militaires , et un conseiller qui remplit des fonctions analogues pour les affaires civiles. Les dix ministres sont : un ministre des finances ; un ministre de la guerre ; deux ministres de Tintérieur , un pour le commerce et les travaux publics, Tautre pour Fintérieur et la police ; deux ministres de la justice , un pour les provinces rhénanes , où le code Napoléon est en vigueur ; Fautre pour le reste de la monarchie, où Ton suit le code prussien : dans les attributions^du premier se trouve une commission chargée de la révision de ce second code ; un ministre des affaires étrangères ; un ministre des cultes et de Tinstruction publique, qui a, dans ses attributions , tout ce qui se rapporte à la science , par exemple, les académies, les bibliothèques , les musées , etc. , etc. ; un ministre de la liste civile; un ministre du trésor^ qui est contrôleurgénéral des finances , et qui a , dans ses attributions , la cour des comptes , les monnaies , etc.
Lorsque les ministres se réunissent en conseil, ils sont présidés par le prince royal.
Le conseil-d^état est composé des princes..
lorsqu'ils otit atteint un certain âge , des minis-* très à portefeuilles, des principaux fonctionnai-* res , de ministres d^état et autres personnes , qui y sont appelés par le roi. Il est présidé par le duc Charles de Meklembourg. Ce conseil traite les questions qui lui sont soumises par le roi , et lui adresse des rapports à ce sujet ; il a le droit de demander aux ministres des renseignemens ^ et même des rapports écrits : le roi décide presque toujours conformément à Favis du conseil-* d^état.
La presse est censurée , en Prusse , en ce qui concerne les matières politiques ; elle est libre sur tous les autres sujets. Cette censure est une conséquence de la nature du gouvernement prussien ; n)ais, lors même que la Prusse aurait une assemblée de députés, investis d^un pouvoir politique , et que la presse y serait entièrement libre , il serait indispensable de restreindre cette liberté en ce qui concenae la guerre et Tarmée : ce que j^ai dit des institutions militaires de cette puissance suffit pour convaincre de cette nécessité.
Je ne me propose point d^entrer dans le détail de Tadministration du royaume de Prusse , mais seulement d'^en tracer Fensemble ; je ferai pourtant une exception , relativement aux assem-:;
s 74 HÉLANGESl
bUes prorinciales , et snrtoiit rektivemoit à ror^nisation mmiicipale, qui m'^â semblé digne é^ètre méditée*
' La Prusse , tant sous le raj^ort de Tadministration cirile , que sons celui deTadministration et de VcvganisaticNEi militaire^ est divisée en huit {nrovinees (a) *y ces deux divisions différent : dans la première , on a fait entrer les anciennes pro-« rmces j sans rien changer à leurs limites ; dans la seconde , il a ùJlvk répartir la population en huit parties à peu près égales , puisque chaque provinee militaire , ainsi qa^on le verra, fournit an recratement d^un corps d^armée. Néanmoins, ces- deux espèces de provinces , quelles qne soient leur étendue et leur population, ont ton^ jours le même chef-lieu et en commun une très^ grande partie de leur territoire.
En considérant d^abord la division en pro^ vmces, sous le rapport deFadministration civile, on trouve , dans chaque province : des prxmrtzial stande (états provinciaux) , qui ne se réunissent que quand ils sont convoqués par le roi , et dont je ferai connaître plus tard la composition et les attributions; u» cbef de Fadministration efvfle ayant le titre de ober président (président
(a) Non compris la principauté de Neufchàtel , qui a une orga-< plsation i part.
IfËLAtIGËS. 17S
impérfeiir ) , et qui est , en même tems , président de l\iii des regierangén rathe (conseils de ré^ |;ence), dont il sera parlé tout à Fheureî un ober landes gericht (tribunal supérieur de ju»^ *îce)j un prwinzùil sieuerHiirettor (directemr proyincial des impôts); un proi^inzial consùio^ rium (consistoire provincial ) .
L»es provinces sont subdivfeées en vingt-cinq régences {(i)\ chaque régence est administrée par un conseil de régence , composé dW noml^re variable de conseillers , dont un président ; le présâdept de celui de ces conseils de régence , qui est installé dans le cbef-lieu de la province, est, en même tems, président supérieur. Les oonseils de régence correspondent directement avec les ministres ; mais ils doivent eommunica^ tion au président supérieur de celles des affîiirea qui seraient d^ua intérêt purement spécial pour leurs provinces ; ils décident sur toutes les affaires à la majorité des voix.
Les régences sont subdivisées en hreise (aprondîssemens) ^ dont le nombre varie depuis: quatre jusqu'à vingt-deux; ehaqœ arrondisse* meot ei^ administré par im landrath (conseiller du pays); mais toutes les vUles d^une certaine
176 HÉUNGKS.
population onl une administration à part ^ qui correspond directement avec la régence. Enfin ,
leur diyision en régence , et de leur population , d'après un recensement fait en 1831.
en
8iSS{SBS85S5SSîSStSi*S<oQ&^o»oi»coK)^
sa o <
www «WWW^tfW
1)0 K» fO ^^ S S 0« S <D
IQP;
gis,
g Ils s g s|-
on
S. 3 rs s* o
fcO
ta
co
en
bO fA li^
les sirrondiâsèmens sont divisés en genieinde (communes). Un pea plus loin je ferai connaître , avec détail , Inorganisation municipale des villes et des communes.
Les tribunaux supérieurs de justice jugent, en seconde instance, les affaires qui sont soumises à leur déci^on , après qu^^elles ont été jugées dans les tribunaux de première instance. Ces der-niers tribunaux sont les stadt-gerichte (cours de justice urbaine), et les land gerichte (cours de justice du pays). On peut appeler des tribunaux supérieurs de justice au kammer gericht (cour de justice) , qui juge en troisième instance. Enfin on peut en appeler en quatrième instance au tribunal (tribunal), qui ne décide que sur la forme , et qui a , à peu près , dans le code prussien , les attributions de la cour de cassation dans le code Napoléon : ces deux derniers tribunaux siègent à Berlin. L^on ne plaide que par écrite
Peu de tems après que la première édition de cet écrit eut paru , on fit Tessai d^une nouvelle magistrature et cet essai a été heureux. Un magistrat seul compose le tribunal ; on Fappelle schiedsmann (homme arbitre); il est élu par rassemblée des mandataires de la ville , dont il sera parlé plus loin. Ses fonctions consistent à tâcher de concilier toutes les personnes qui.
XSL
1^8 MÊLANGfeB.
ayant de récen» ou d^anoiens procès, sVdresseiit à lui } cette conciliation , une îois terminée , est sans appel. Le schiedsmann peut dVilleors se refuser à concilier une affaire qui lui paraîtrait trop compliquée.
Le directeur provincial des impôts a^ dans ses attributions , la levée de tous les impôts, de quelque nature qu^ib soient : il correspond di* rectement avec le ministre des finances. Le consistoire provincial est divisé en trois sec-tions : la première pour les affiiires ecclésiasti* ques , qui n^est composée que d^ecclésiastiques ; la seconde, pour Finstruction publique; la troisième , pour les affaires relatives à la salubrité publique. La seconde section n^a, dans ses attr&utions , que Finstruction primaire et Fins* traction secondaire; les universités, où Fon donne Finstruction supérieure, ne dépendent que du ministre de Finstruction publique, et correspondent directement avec lui. Le consistoire est présidé par le président supérieur; chaque section délibère séparément ^ et décide sur toutes les affaires , à la majorité des voix
Pour embrasser chacune des carrières publî»* queS) dont je viens de parler^ il faut ^ubir des examens ^ et quelquefois même il Êiut m subir encore pour franchir certains degrés de Favita*^
MËLANGE3. 179
cemept. |!^es fonctions de landrath forment uoe f xçfBption ^ parce que ce fonctionnaire est consir déré autant cppime Thomnie de l-arrondisse^ }f^^i^ti que comn^e celui da gouvernement. Lors donc qn^im emploi de landrath devient vacant , Tqigsemblée des notables de Tarrondissement présent^ un candidat , qui doit être propriétaire d^ns cet arrondissement : la régence donne $oif opinion et le roi nomme.
Par chaque province , considérée sous le rapport de Tadministration et de Forganisatiôn militaire , il 7 a un chdP militaire , ayant au mo^ns 1(3 gr^de dfi lieutenant-général (à) et portant le titre de commandant-général , qui réunit entre ses mains le commandement de la province ^ c^ llli du corps d^armée que doit recruter cette proyince» (Cet offîcierrgénéral se concerte avec le présidant supérieur pour toutes les affaires où l^ur intervention commune est nécessaire ; tjelles que recrutement , mouvement de troupes , loge« mms militaires , etc.
La corps d^armée que doit recruter chaque province est composé de deux brigades d^ûi£mtem.d® Tarmée active , d^ax d'infanterie de la
(a) En Prusse il 7 a encore, au dessous du grade de lieutenanU général, les grades de général d'infanterie ou de cavalerie , et celui
i8o MÉLANGES.
landwehr , deux de cavalerie , de rartillerie nécessaire , tant de rarmée active que de la landwehr , et de la cavalerie de la landwehr.
La province est divisée en arrondissemens qui fournissent chacun un bataillon de landwehr ; ces arrondissemens sont subdivisés en sous-arrondissemens qui fournissent chacun une compagnie. Le recrutement de la cavalerie de la landwehr ne peut se faire avec la même régularité , parce que les hommes propres à ce service ne se trouvent pas toujours dans le rapport de la population , et que toutes les localités ne fournissent pas de chevaux propres au service de la cavalerie ; cependant , autant que cela se peut , on organise aussi un escadron , plus ou moins fort , par arrondissement. Les canonniers de la landwehr sont incorporés dans les compagnies d^infanterie , ils se réunissent tous les ans en compagnies et sont exercés par des oflBciers dWtillerie.
Il y a, dans chaque régence, un officiergénéral ou un officier supérieur , inspecteur de la landwehr , qui se concerte avec les autorités civiles pour tout ce qui conclue leur organisation , leur instruction , etc.
Le recrutement de Parmée active est exécuté par une commission composée du landrath ou
MÉLANGES. »8i
du hûrgermeister (a) ( bourgmestre ) des grandes villes , du chef de bataillon de la landwehr et de deux notables par arrondissement.
Avant que de parler de Forganisation munici* pale des communes et des villes , il est nécessaire que je fasse connaître comment sont classés les habitans des communes et quelles sont les conditions pour être bourgeois d^une ville.
Les habitans des campagnes sont divisés en quatre classes : i'' les hauern (paysans) (6), ceux qui jouissent d^un certain revenu foncier ; 2"* les hcdb^auern (demi-paysans), ceux qui ne jouissent que delà moitié de ce revenu j dl" les hudner ou hossahten (habitans de chaumière ) , ceux qui ne possèdent qu^une chaumière avec un petit coin de terre ; 4^ ceux qui n^ont rien et que la commune doit secourir s^ils ne peuvent vivre du travail de leurs mains.
Les bûrger (bourgeois) des villes sont ceux des habitans dont les impôts dépassent une somme déterminée ; tette somme varie selon la population et la richesse des villes.
(a) La traduction littérale du mot biirgermeiiter est chef de» hourgeoU; mais le mot baurgmestre , qui est une imitation du mol allemand , a prévalu.
[h) Le mot paysan n*a pas la même signification que le mot bauer; je m'en sers faute d'autre. J*ai défini le mot bauer : le lecteiv appliqmraU sigiiiftcattoii av mot payion.
i8i MÉLÀliGES.
IM coibniUDes sont administrées pi^r àëB schulzen, dont les fonctions peuvent être assimilées à celles de nos maires , et qui sdtit secotidéii par un conseil de ffericktS'-maenneP (homines de justice) ^ qui réunissent à peu près les atttlbtt-^ tions de nos conseillers municipaux et de noë jugées de paix. Les schulzen et les gefichîs^ maenner sont nommés par les paysans et pai^ les demi-pajSdns ; mais ils ne peuvent être choisis que parmi les premiers; ces nominations doivent être confirmées par le landrath.
L^organisation municipale des villes est plus compliquée. Dans les villes les moins cotisidé^ râbles, ily a : un )&wrg'^Mm^E>/^r( bourgmestre) j trois J^ae/^rae/^ig (conseillers de ville); uti jrjnrficw5(syndîé); un haemmerer (trésorier) ; ulié stadt'-çerordneten-'Çersdmmlung (assemblée des mandataires de la ville). On augmente le nom*^ bre des conseillers de ville en raison de la popuktioil et deé richesses des villes ; il eu est dé thème dû nombre des membres de rassemblée des mandataires de la ville ; et dans toutes les grandes villesil y a deux bourgmestres, dont le premier porte le titre de ober bikjffermeisier (bourgmestre supérieur. )
L^organisation de la ville de Berlin nous donnera le maximum auquel on peut port^ te noMt^
MÉLANGES. i83
bre des conseillers de ville et celui des mandataîres de la ville ; elle est la suivante : deux bourgmestres , un syndic , un trésorier , trente et un conseillers de ville , cent deux mandatai'* res de la vill0«
Indiquons actuellement comment et par qui sont nommés ces fonctionnaires , quelles sont leurs fonctions et leurs attributions. Les bom>geois ncHument, à la majorité des voix , Fassem^ blée des mandataires de la ville , et cette assem-* blée nomme , également à la majorité des voix^ le bourgmestre , le syndic ^ le trésorier et les conseillers de ville. Le roi confirme les nomina-^ tions ^s bourgmestres dans les grandes villes , la régence dans les petites ^ et c^est aussi -la ré«* gence qui confirme les autres nominations. Pour la nomination d^un bourgmestre supérieur , les mandataires de la ville présentent au roi trois candidats parmi lesquels il choint.
Les bourgmestres sont salariés , ainsi que 1^ syndics , les trésoriers et une partie des conseil*krs de ville. Il ne peut y avoir que douze de ces derniers de salariés ; ainsi , tous ceux qui dépai^ sept ce nombre exercent leurs fonctions gratuitement ; mais ils ne sont pas toujours tous sala-^ ries , \ms même qu^ils seraient moins de douze. I^is um^nbreB de rassemblée des mandataires de
l84 MÉLANGES.
la ville exercent leurs fonetMMis gratoitement. Les mandataires de la ville sont nommés pour trois ans et peuvent être réélus. Le bourgmestre, le syndic , le trésorier et les conseillers deTille le sont pour douze ans s^ils ont des appointemens , pour six seulement , dans le cas contraire.
Le bourgmestre est le chef de Tadministratioii et le président du moffistrai (conseil municipal), qui est composé de tous les conseillers de ville. Le conseil municipal et les conseillers de ville sont chargés des fonctions qui sont remplies, en France, par les adjoints des maires, par le conseil municipal et par les conseillers municipaux; mais Tadministration des villes est plus indép^oidante qu^en France de Tautorité administrative.
Dans les villes d^une certaine population , les bourgmestres correspondent directement avec la régence , et réunissent à leurs fonctions administratives municipales, les fonctions dont sont chargés les landrath pour les petites villes et les campagnes ; ils sont secondés dans Pexercice de cet accroissement de fonctions par les conseillers de ville.
L^assemblée des mandataires de la ville s^oc^ cupe seulement des afiaires qui sont d^un intérêt spécial pour la ville ; elle a le droit de s^opposer à Fexécution des résolutions qu^aurait
MÉLANGES. i85
prises le conseil municipal , et elle a le droit de lui adresser des propositions : si ces deux assemblées tombent d^accord , le bourgmestre exécute ; dans le cas contraire, la régence décide.
Il serait superflu d^entrer dans le détail de tout ce qui est relatif aux états provinciaux ; je me bornerai à ce qu^il me parait nécessaire de faire connaître pour pouvoir porter un jugement sur cette institution; mais le droit d^élire et d^étre élu étant attaché à la possession de la propriété foncière , j^ajouterai quelques détails à ceux que jWais déjà donnés sur cette propriété en parlant de Famélioration du sort des paysans.
Le partage des biens communaux, et celui qui s^est e£Pectué entre les seigneurs et les serfs , ont rendu un grand nombre de paysans propriétaires , et ont augmenté la division des propriétés , qui était déjà grande en Prusse. L^on trouve dans ce pays beaucoup de petites et de médiocres fortunes , fort peu de grandes ; il y existe pourtant de^ majorats, mais en très-petite quantité , et il paraît qu^il entre dans les vues du roi de ne pas en augmenter le nombre.
La loi relative à la création d^états provinciaux fut publiée le 5 juin i823, et les lois constitutives pour rétablissement de ces états daQ$
i86 HtLANGBS.
diaoune des huit pravînees de la monarcKie , le i** juillet 48a3, poar les provinces de Prusse, de Brandebourg et de Poméranie ; le 27 mars 1804 > pour celles de Posen, de Silésie , de Saxe , de Westphalie et du Rhin. Je rapporterai la loi relative à la création des états provinciaux, parce qu^elle hit bien connaître leurs attribu-^ tions.
î génénde concenumH Vorgmimiion dês étata propincim»f
iubjumX%n.
f- Nous , Prédéric-Guîllaume , par la grâce de Dieu, roi de Prusse ,
» Afin de donner à nos fidèles sujets un nouveau gage pennanent de notre bienveillance palemelie et de notre confiance y nous avons résolu de fixer une base pour nos relations avec les divers ordres d'habitans de notre monarchie, et dans cette intention, de créer des états provinciaux, d'après Fesprit des anciennes constitutions germaniques , et selon que les localités et les be-^ soins du tems l'exigeront Nous avons chargé ane commission , sous la présidence de notre fils , son altesse royale le prmce héréditaire, d'un travail préparatoire, et de soumettre ce travail à la discussion de personnes expérimentées prises dans chaque province. Sur le rapport qui nous a été fait à ce sujet, nous ordonnons:
« I. Il sera créé des états provinciaux dans notre menarchie*
MfiLANÔËS; 10^
b IL lia tmpHiété ftnoièré ^i la CdtiâitiOll ëïigëe pawt etk faire partie^
» IIL Les étâtd protinciam sont, dans chaque pro« vince , ^o^galle légal des diffërens états de nos sujets.
» Gonforinénient à ces déterminations ,
» 1^ Il appartiendra aut étaté provinciaux de délibérer sur les projets de lois seulement qui intéressent chacune des provinces respectivement.
» 2<> Tant qu'il n'y aura point d'états-généraux, nous leur ferofts également présenter les prcjets de lois générales ayant pour objet des changemens dans les droite personnels et de propriété y et dans les impositions , ea tant que ces objets se rapporteront à la province.
» i^ Les pétitions et plaintes qui se rapportent au bien-être et aux intérêts spéciaux de la totalité Ou d'Une partie d« éliaque provinciB > pourront noiis être adr(ss«sées par les étals provinciaux ; nous les exatelniâ*ons ^ et nous les prendrons eu considération*
» U^ Les droits et intérêts communaux , dans chaque province , sont laissés à la décision et à la surveillance des états provinciaux , sous la réserve de notre approbation.
» Là prési^te loi générale , qui ne sera pourtant pont âf^iiicable 4 la principauté de ^ufchàtel et de Valattgin ^ sera suivie d'une loi s|>écial6 peur chaque provmce , laquelle déterminera la forme et les limites de leur organisation comme états.
» Si , à l'avenir , nous jugeons indispensable ou avantagieux d'apporter quelques changemens à chacune dé isies diverses lois spéciales , nous ue le ferons qu'après litoir priB l'airis des létats pravineiaai»
i88 UÉLANGES.
• Si une convocation des états^néraux devient nécessaire y nous prendrons y dans notre sollicitude pour le pays y les décisions que nous jugerons convenables, et nous fixerons également le mode d'après lequel ces états-généraux ressortiront des états provinciaux.
» Donné à Berlin, le 5 juin 1823.
» iSi^^Frédéeic-Guillaume, » Et De Schuckuann. »
Les états provinciaux sont composés de quatre états dans les provinces de Silésie , de Saxe , de Westphalie et du Rhin , et de trois seulement dans celles de Prusse, dePosen, de Brandebourg et de Poméranie. Cette dlflférence résulte de ce que le premier état nVxiste point dans ces quatre dernières provinces , ou de ce qu'il n'aurait qu'une ou deux voix , et que , par cette raison , on Fa réuni au second état, qui est alors devenu le premier.
Dans les provinces où les états provinciaux sont composés de quatre états , le premier état se compose de membres tirés de la haute noblesse. Les princes médiatisés en sont membres; les nobles qui possédaient des seigneuries libres^ c'est-à-dire qui ne relevaient que de l'empire, ont un nombre de voix déterminé ; ainsi , par exemple , neuf familles nobles de la Silésie, qui sont dans ce cas , envoient trois membres au
premier état ; le chapitre de Mersebourg envoie un membre, etc., etc. On a donné, aux voix de ces membres du premier état , le nom de wix çiriles, parce qu'elles appartiennent héréditairement aux mêmes familles ou aux mêmes corporations.
Le second état est composé de membres nommés par les propriétaires de terres d'un revenu déterminé ; ce droit est indépendant de la nais-^ sance du propriétaire ; il doit être propriétaire delà terre qui lui donne le droit d'élection de-^ puis dix ans , à moins que la propriété ne provienne d'un héritage. Les terres érigées en majorais donnent à ceux qui les possèdent le droit d'élire et d'être élus ; mais le nombre , ainsi que je l'ai dit , en est petit.
Le troisième état est composé de membres nommés par les mêmes mandataires des villes , qui en nomment les magistrats.
Le quatrième état est composé de membres élus par les propriétaires fonciers qui ne sont pas comptés parmi les électeurs qui élisent les membres du second état , par les paysans et par les fermiers héréditaires; mais il y a deux degrés dans l'élection : ces premiers électeurs nomment par chaque village un électeur , et ces seconds électeurs nomment les députés.
Ce que je viens àe dire 9 relMivem^fit à la oomposition des états proTÎnciaux , dans les pror TÎQoes où ces états provinciaui; sont pomposés de quatre états 9 s^applique d^ tout point aux états provmciau:]!^ 9 daus les proviop^ où Us u^
sont composés que de trois états ; il y a cett# seule dtfféreuee , que ce que j^ai dit du secpud , du troisième et du quatrième état 9 dans les prêt* mî^es provinces , ^VppUque aux premier , soer oond et troisième, dans les secondes i et qu^il y a , dans le premier état de la province de Poses; deuijE membres , dans celui de la province d# Braudebourg 9 deux é^lement , et dans celui de la province de Poméronie9 un 9 qui ^iég»t egmm^ possesseurs de voix virilee.
Les deux tableaux ci-dessous feront oonnattri^ V^ APmbre de membres , par chacun des états, qui composent les états {provinciaux des huit provinces de la Prusse.
Provinces dont les états provindat^ se eotnposenf de quatre
états.
PBOTINCE8.
l*élat.
S" état.
3* état.
4* état. '
Total.
Silésîe
as
as 1
as