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A moji 1)inamé ami et confrère Godefroid Kurth, son tout dévoué.
Le chevalier Kdiiioiul Marchai, secrétaire perpétuel de l'Académie royale de iJelgique.
Il y a quatre ans, an plus, circulait à Liège, dansle monde savant, une carte de visite portant les mots : Lambert Patras. Serait-ce une protestation post mortem contre le dire de ceux qui nient qu'il ait jamais existé un batteur de cuivre dinantais de ce nom, et infirmant conséquemment Jean d'Outremeuse (')? Je regrette pour ma part d'avoii- été oublié, peut-être parce que, par suite de sa disparition du monde pendant tant de siècles, l'illustre artiste serait passé à l'état i'luide, ou bien parce que c'est un acte volontaire : dans ce cas, je le regretterais d'autant [)lus que Lambert l'atras ligure avec les plus grands éloges dans mon livre : La sculpture et les chefs-d'œuvre de l'orfèvrerie belges, dont Sa Sainteté Pie X a bien voulu accepter l'exemplaire que je Lui ai respectueusement ol'fert.
Pétrarque nous avait déjàiippris que les Liégeois ont un joyeux caractère. Cette carte serait-elle le produit de leur continuelle jovialité à la suite de l'enterrement solennel et sans merci par M. Kurth, du « soldeur », auteur, selon Jean d'Outremeuse, des l'onts de St-Bartliélemy, se basant sur l'existence dans la Chronique de Liège de 1402, d'un Renerus aurifaber Hoyensis, lequel
(') Jean d'Outremeuse, fjy Myreiir des Jiislorx, i)ublié dans la collection \n-^" des Clironù/ues de la Coiiiiuission royale d'histoire. Tome pp. 3ii>-3i;i.
serait, selon l'auteur de cette Chronique, le réel artiste cxiii les aurait coulés, non en iii3, mais de ii38 à 1142 (^]?
Tout ce que je crois pouvoir opposer aux deux propositions suivantes de M. Kurth (-) :
I" que le prétendu Lambert Patras n'a jamais existé que dans la leçon de imagination de Jean d'Outremeuse ;
2" que le véritable auteur des fonts baptismaux de St-Barthélemj est Eenier de Huy, — c'est que dans une communication de M. Maxe-^^'erly : Fondeurs a tiimbiers », fondeurs de canons, fondeurs de cloches figure un Guillaume Poitras, fondeur de cloches cité en 1.396, comme étant natif du bourg de Sainte-Marie-aux-Chênes, dans le baillage de Briey, non loin de Longwy (localité bien rapprochée de Dinant!), selon Maxe-Werly, ou de Sainte-Marie près de Chaumont en Bassigny, selon M. Léon Germain ('). Il y a si peu de différence entre le nom de Patras que donne Jean d'Outremeuse, et celui de Poitras, qu'on pourrait difficilement, à cause d'une panse d'à détachée du jambage, ce qui a existé au moyenâge, ne pas admettre que ce ne soient pas des membres d'une même famille. Il faut dire cependant qu'il y a entre l'un et l'autre une distance de })rès de trois siècles.
Mais il n'entre pas dans mes intentions de prendre ijosition dans la lutte engagée pour savoir si c'est Renier de Huy ou Lambert Pati'as de Dinant, l'auteur des fonts de Liège (^'). Peu m'importe de ressusciter le mort, qui ne le serait peut-être pas, à en juger par la carte de visite précitée !
J'appelle l'attention sur une figure de l'Évangile de S. Luc au monastère de Ghélathi (Géorgie), dont parle M. le b" Mourier,
Cj (xod. Kurth, Renier ite Huy, dans le Bulletin de l'Aciid. roy. de Belgique (V\i\s^o des lettres;, i <)()■?, pp. 5 19 et 734.
(-J Anno ii.'}8-ii4ü- Alberonis Leodiensis ei)isct)j)i jussn Renerns, aurii'aher Iloyensis, fontes eneos in I.eodio leeit mirabili ymaginum varietale eireunidato.s, stautes su])er XII boves diversinlode se liabentes. La Chronique Liégeoifte de i^o-j, ])nbliée par M. Enj^ène Baelia, p. i3i : Coll. in-8° des mêmes Cliri>ni(/ues.
('^) Réunion des Soc. des beiiux-nrls des dépiirtements, 1899, ]). 235.
(-•j Voir Kurlli, Le nom de Ptilrtis, dans le Bnllelin de l'Acad. roy. de Belg. (Classe des Lettresj. i<)()3. ]). .")i<).
(■'j Puis at llelin. li |)revoste, mandeit I sohleur (soudeur) en le vilhe de Dynaut,qui astoit bon ouvriers, et si avoit à nom Lanibiers Patras. 11 bàtours (batteur en cuivre). Jeau d'Outremeuse. IV, pp. 3i2-3i3.
dans sou opuscule : L'art au Caucase ('). Cette figure, mise ne présence de la partie de la cuve de Liège, qui représente le baptême du Christ, prouve qu'une miniature semblable a dû servir de modèle au fondeur.
Les Évangéliaires de la Géorgie (Caucasej provenaient tous des monastères byzantins et surtout de celui du Mont-Atlios. Didron nous a raconté qu'à la suite d'un voyage en Grèce, il a assisté au Mont-Athos à la fabrication de ces Évangéliaires. Or, le Mont- Athos est si proche de la ville de Patras, que l'ien n'infirme l'idée qu'un artiste byzantin d'alors, de la ville de Patras, aurait pu être l'auteur, non pas de la cuve de Liège, mais du dessin du modèle, du moule, d'autant plus que le style de la cuve est du plus pur classique, du néo-grec de bon aloi, tel qu'il devait en exister alors dans l'empire grec, dont la ville de Patras a été une des localités principales.
En ne s'occupant que de la question du dessin ou du style, laquelle doit avoir une place pi'épondérante dans les discussions historico-archêologiques, on s'explique alors comment Jean Rousseau, aussi artiste qu'archéologue, a pu dire qu'il considéi-ait ces louts comme une œuvre du moyen-âge, où les traditions helléniques que Byzance avait cherché à conserver, se retrouvent les plus pures et les plus complètes. Patras lui représente, dit-il, comme le dernier sculpteur antique. 11 n'est pas jusqu'à la conformation de son nom, en admettant qu'il soit authentique, qui ne fasse songer à une origine grecque ('). C'est ce qui m'avait engagé, dans mon livre cité déjà, à admettre Patras jusqu'à preuve du contraire, malgré les défiances de Pinchart (■'). « Peut-être, disait celui-ci, le nom du batteur dinautais est-il une invention du chroniqueui' ; nous n'avons pas, à cet égard, une foi bien robuste dans son assertion ».
Dans mon ouvrage susdit, p. 94, j'ai cité l'église de Fenal ou Fui'uaux, entre Fosse et Dinaut, comme possédant des fonts bap-
Cj 2'' édition, Kruxelles, Bulens, i<)07. p. 89.
(■-) Et cet excellent Waagen, de Berlin, (juel enthousiasme pour eottot-uve, j)our la i)ai'eté de style, i)our la Leauté et la clarté des scènes variées qu'elles présente, pour le goiit, pour l'assoi-tinient des personnages, pour l'étude anatoniique des ligures et pour l'excellence de l'exécution, dit encore Rousseau.
Hisl. de iorfèorerie. Tome XIII, p. 34^, du Bulletin des commissions royales d'art et d'archéologie.
tisinaux en pierre dont le dessin a la jjIus grande ressemblance avec les motifs des fonts de Liège: la scène du baptême du Christ rappelle la scène identique de la cuve de St- Barthélémy. D'autre part, les fonts d'Hildesheim offrent ce même sujet, mais exécuté avec une rudesse de dessin propre au gothique allemand du XIP ou du XIIP' siècle.
Il ne subsiste rien de Renier de Iluy qui pourrait servir, comme œuvre et conséquemment comme style, pour se décider en sa faveur ; il ne subsiste que sou nom : Reneriis Hoyensis ('), sa qualité d'aiirifaber dans un diplôme de ii25 de l'évêque AlbéronP' pour la collégiale N.-D. de Huy. Il n'existe pas non plus, dans toute la Belgique de jadis, d'œuvi*e similaire comme dessin et modelage, à la cuve de Liège. Mais si l'on veut se faire une idée de l'art barbare qui régnait alors, aussi bien chez nous qu'en Allemagne, on n'a qu'à aller voir àTirlemont, dans l'église St. Germain, les gi'ossiers fonts baptismaux, également en laiton, qui portent le millésime de ii49. année où vivait l'évêque de Liège Henri II.
Dans une note, M. Kurth considère comme une erreur le passage de la Chronique liégeoise de 1^02, où il est dit que ]es fontes enei deVaiirifaber Reneriis étaient suj^portés par douze bœufs ('J. « Ce ne sont pas douze, mais dix, dit-il, qui supportent la cuve et un simple examen montre qu'il n'3' en a jamais eu davantage. C'est que l'artiste adonné à ses animaux, ajoute-t-il, une telle exubérance de vie qu'il n'a trouvé place à la circonférence que pour dix, bien que douze fût le chiffre requis par la tradition? » Mais alors, répondrai-je, pourquoi Hellin a-t-il fait graver les quatre vers suivants sur la moulure au-dessus du socle (•'') :
Bisseiiis bobus pastorum forma notatur, (iuos et ajjostolice comineiulat gratia vite, OlTiciique gradus. quo lluminis impetus liujus Leteficat sauctam purgatis civibiis urbcm.
(') (iod. Kurth, /. c. ]>. 587.
(*j Note u (lu clia])itre II <le sa uotice sur Renier de Huy. .BuUelin de la Class'e des Lettres, i()o:{, p. 533.
Ce serait aussi une erreur dans celte Chronique de 140a, dit M. Kurth, d'attribuer la commande de ces l'onts à l'évêque Albéron II ; il maintient qu'ils le furent par l'abbé Helliu entre les années 1107 et 1118.
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Ce qui veut dire que les douze bœufs représentent les douze apotrcs ou les pasteurs qui se sont distingués par la grâce d'une vie ai)ostolique et par la dignité de l'olfice par lequel Jérusalem, la ville sainte, se réjouit après la purification de ses enfants dans les eaux du fleuve Jourdain.
D'autre part, voici les vei s par lesquels l'évèque Otbert décrit le chef-d'œuvre (') :
Fontes ferit opei-e tusili, Fusos arte vix coniparabili.
Diiodecim. qui fontes sustincnt.
Boves tyi)uni gratiae continent.
Materia est de mysterio Quae tractatur in bai)tisterio.
Hic baptizat Johanne.«; Dominum, Ilic gentileni Petrus Cornelium.
I>ai)lizatur Craton i)liilosophus.
Ad Johannem confluit populus.
Hoc (piod fontes de super operit Apostoh)s Pro])liolas e.\erit.
Il paraitrait que le soubassement actuel, eu pierre calcaire, serait moderne, d'après une communication de M. Joseph Demarteau à la Société d'iirt et (Vliistoirc du diocèse de Liège (-).
Il résulte du dépouillement, par M. Gobert, archiviste provincial, des comjjtes pour la restauration de ces fonts après leur mise définitive, en 1804, ù Iti disposition du curé de l'église St-Barthélemy, (pie du iG au ui janvier un tailleur de pierres du nom d'André Dumont, tailla une marche de 6"'49 de pourtour sur o"'66 de large avec moulures ; du 22 au 27, il tailla une pierre ronde pour le foiÜH bciptismal de 3 pieds de diamètre ou ()'"89 x o'"U2, percée dans le milieu.
Pendant que s'exécutait ce travail, un et chaudronnier » du nom de J. J. CoUin, avait été chargé de réparer sepL Hiiiineaux (sic), en bronze, servant aux fonts.
f) Mon. Germ. hial. Scriplorea, t. XH, j). ^lô. (') Gazette de Liège, 'il mars, 1, i> et 3 avril i<)07.
Le mot « réparer » n'infirme pas l'idée que ce fussent les seuls bœufs remis à Collin' : «réparer» veut dire «remettre en bon état » .
- Je maintiens donc le bisseni, la douzaine (').
Je ne me prononce ni pour Uenier de Huy ni pour Lambert Fatras, mais comment se fait-il que celui-ci ait passé sa carte de visite chez les Liégeois, tandis que Renier continue à faire le mort, sans chercher aussi à revendiquer officiellement ses droits, établis par M. Kurth, s'ils sont réels, par une carte semblable?
Chevalier Edm. Marchal.
(1) Suivant le Calulnpiic ffcneriil de l'E.xposilinn rie l'Art anricn au pays de Liège (Liège, Bénai-d. i;)o5). ii" 280, deux des animaux ont disparu lors d'un remaniement : ainsi la difficulté serait résolue.
Quelques remarques sur la
chronique de Gisleherf de 31ons
L'importance de Gislebert de Möns pour l'histoire politique et plus encore pour lu coniiiiissauco des institutions à hi fin du XII^ siècle, explique et la multiplicité de ses éditions et le grand nombre des travaux criticjues aux<iuels il a donné lieu ('). Les unes et les autres ont, pour ainsi dire, re(;u leur couronnement par l'édition récente tlu regretté L. Vanderkindere. 11 ne reste plus à glaner que bien peu de chose sur le terrain qu'a travaillé cet excellent érudit. Les (juelques remarques que l'on va lire et dont les unes se rapportent au texte, les autres à la critique de GislebeTt, ne constituent donc (pie de simples Jiotes à crayonner en marge des exemi)laires du (Jh roiiicon Ihinoniense .
Notre texte de Gislebert a pour base un seul manuscrit du XV siècle provenant de l'abbaye de Sainte- Waudru de Möns et conservé aujourd'hui à la Bibliothc(|ue nationale de Paris (manuscrit latin ii.ioS) (-). A part (juehiues variantes insigui-
(') Siu- ces cilitioiis et i-es triivaux, vuy. 1^. Vauderkimlcre. La C/iroiiitjiie (te GiNlcbvrl ((e Mous (HruxelleH i!)o4). Iiilroduetion.
('-) l'iio f()i)ie iiiodenie, l'ouservée dans la HibliolliOtiue du coiiile Ilarracli à yieiine, a été exécutée sur le manuscrit de Sain(e-Wau(Iru et n'entre donc \rhs en lifiiie de c()ni])te dans la tradition manuscrite de l'auteur. V'oy. sur cette coi)ie, Vanderkindere, oji. cit., p. ui etsiiiv.
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fiantes, il présente littéralement la même version que les longs passages du Chronicon Hanoniense introduits au XI siècle par Jacques de Guyse dans ses Annales, et il faut admettre sans doute qu'il n'est qu'une co^iie du manuscrit utilisé par ce dernier. A tout prendre, le scribe de Sainte-Waudru nous a transmis une reproduction correcte de l'œuvre originale. La plupart des lapsus qui se rencontrent dans son travail ont été corrigés par Arndt (') et Vanderkindere. Cependant quelques endroits paraissent encore susceptibles d'améliorations. On verra d'ailleurs qu'aucune d'elles ne modifie sensiblement le sens des passages qu'elles intéressent.
P. 1. I. — Détaillant les obligations auxquelles s'astreignit l'évèque de Liège lors de l'inféodatiou à son église du comté de Hainauten 1071, notre texte s'exprime ainsi : « Si comes Hanoniensis Castrum aliquod, quod ad honorem suum pertineat, obsederit, vel contra eiim obsessum fuerit, episcopus ei debet subvenire in propi'iis expensis etc. ». Les mots contra enm ne se comprennent pas. Je proposerais de lire « vel Castrum siium obsessum fuerit », correction très vraisemblable au point de vue paléograpliique et donnant un sens satisfaisant.
P. 102, 1. 21. <c Margliareta [comitissa] pro partu in Valencenis jacente, ipsa villa Valencenensîs proprio igne concremata fuit in majori et meliori parte ». L. Vanderkindere se demande ce que signifie « proprio igne » et s'il ne faudrait pas corriger en (c fortuito igne ». Cette correction est inutile. En disant que la ville a brûlé de son « pro[ire feu », Gislebert indique évidemment, quoique d'une manière un peu bizai're, que l'incendie s'est allumé par accident.
P. 171, 1. II. — Gislebert racontant l'invasion du Hainaut jiar Philippe d'Alsace en 1184 donne à celui-ci, d'après les éditions, une armée composée de 5oo milites, d'environ 1000 équités loricali et de 40 pedites bene armati. Ce dernier chiffre est évidemment inadmissible comme hors de toute proportion avec les deux autres. Si l'on observe que le chroniqueur n'hésite jsas, en d'autres endroits, à faire suivre les princes dont il parle de 3o, de 4^ et
(') Gisleberti Chronicon Hanoniense, ed. W. Arndt. Mon. Germ. Hist. Script., t. XXI, p. !^B\-i30i, et à part dans les Scriptores renun Germanicarum in usiim scholarum (Hannovre, 18Ü9).
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même de 60.000 fantassins, on admettra sans doute qu'il a dû écrire ici XL"" soit 40.000.
P. 189, 1. 14. — Notre texte, exposant les nombreuses raisons alléguées par Baudouin Y en n85 ])our ne pas secourir Philippe d'Alsace contre Philippe-Auguste, lui lait dire « quod comitem Flandrie juvare debebat ». Il est assez étonnant que les éditeurs n'aient pas remarqué la contradiction flagrante de ces mots avec tout le passage auquel ils appartiennent. Le scribe a gardé un mot dans sa ])lunie et il faut lire sans hésitation « quod comitem Flandrie juvare non debebat ».
P. 264, 1- i4- — Après avoir raconté l'accord intervenu à Arras en iigi entre Baudouin V, Philippe-Auguste et Mathilde de Portugal i-elativement au partage de la Flandre, notre texte continue comme suit : « Inde comes Gandavum cum uxore sua venit, ubi antea, ex suggestione sepedicte Mathildis regine que Castrum ad usum sui munierat, tune receptus, ad exercitum su um apud Gieralmont l'ediit etc. ». Le passage est visiblement corrompu. VC. Arndt suppose l'omission de quelques mots entre niiinierid et tiiiic. Vanderkindere supplée en conséquence, à cet endroit, le membre de phrase non fuerut receptus. Le sens ainsi obtenu est parfaitement admissible. Gislebert, en el'fet, nous a appris plus haut (p. 25g) que Baudouin V, lors de sa prise de possession de la Flandre, s'était vu fermer les portes de Gand. Mais, à y regarder de près, on s'aperyoit qu'il est inutile de rien ajouter au texte. 11 faut au contraii e en retrancher quelque chose. L'adverbe unten ne constitue bien certainement, en effet, qu'un renvoi au récit de la pi'emière arrivée du comte à Gand, placé, sans doute, en marge de l'archétype, par quelque lecteur. L'inattention d'un scribe aura fait passer ce renvoi, de la mai-ge où il se trouvait probablement, dans le texte lui-même. On sait que les distractions de ce genre sont des i^lus fréquentes. Celle que je signale ici n'est point isolée dans le manuscrit de Sainte- Waudru. Vanderkindei e (]>. xxix) a fait observer après Hantke f '), que les mots « postea episcopum » accolés au nom de Hugues de Pierpont ont été ajoutés postérieurement à la version originale de Gislebert. Bref, le passage qui nous occupe est interpolé au lieu
(') A. liaiitke. Die Chronik den Oisleberl uoii Möns, ]). 68 (Leipzig, 1871).
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d'etre incomplet, et tout va le mieux du monde si on lit : a Inde cornes Gandavum cum uxore sua venit, ubi, ex suggestione sepedicte Matliildis regiue que Castrum ad usum sui munierat, tune receptus, ad exercitum suum apud Geralmont rediit ».
P. 33o, 1. i6. — Le texte des éditions tait fixer par Gislebert la mort de Baudouin V « anno dominice incarnationis iigS, mense decembri, 12 kal. Januarii, octava scilicet die ante festum nativitatis Domini ». Vanderkindere a déjà observé que cette date comprend une contradiction, et M. Koenig (*) a fait la même remarque. « Le 12 des calendes de janvier, dit le premier, correspond au 21 décembre, mais le huitième jour avant la Noël reporte au 17 de ce mois ». Cette dei-nière date étant fournie par la Continiiatio Aqiiicinctina, il suppose qu'il y a dans le texte une erreur de copie et qu'il faut lire XVI Kal. pour XII; Ce raisonnement n'est pas tout à fait exact. D'après les habitudes du moyenàge où l'on calcule les jours en tenant compte du terminus a quo et du terminus ad quem, le huitième jour avant la Noël tombe le 18 décembre. Il faut d'autant plus admettre cette date qu'elle se trouve également dans l'obituaire de Sainte- Waudru (-) naturellement bien renseigné en l'espèce. L'eri-eur du copiste n'a donc pas consisté à écrire XII pour XVI, mais XII pour XV Kal. (= 18 déc), ce qui est paléographiquement beaucoup plus plausible.
Les notes précédentes permettent de fixer le raj)port du manuscrit de Sainte- Waudru, base de toutes nos éditions, avec l'archétype. Les leçons que je viens de relever se rencontrent toutes dans le texte de Gislebert fourni par Jacques de Guyse. Dès lors, il est certain que le scribe de Sainte- Waudru n'eu est pas l'auteur responsable. Elles existaient déjà dans l'exemplaire qu'il a copié. Cet exemplaire était-il l'archétype i-emanié ou une transcription de celui-ci? La première hypothèse doit fort probablement être écartée. II est bien difficile d'admettre, en el'fet, que le scribe de Sainte- Waudru ait justement placé Vantea interj^olé de la page 264 à la même place où il se trouve dans Jacques de
f) Die Politik (les Grnfen Bnldnin V non Ilciuieg'üa. Bulletin de la Comm. Roy. d'IIi.st.. i!)o5, ]>. 4o(). \
(-) Mon. Gevm. Hint. Script., t. XXI, \). (ii<j : >< lô Kal. .lauuarii. Ohitus lîalduini coinilis ». II laut reinar<iuer (lue .Iac(iue.s de (ïtiyse XIII, \>. :>a<)l l'ait aussi mourir Baudouin le 18 décembre.
Guyse s'il avait eu sous les yeux l'original du Chronicon Hanor niense. Cette remarque fortifie la conclusion de Vanderkindere (') que notre manuscrit a été transcrit sur le texte utilisé par Jacques de Guyse ou du moins sur un texte fort voisin de celui-là.
Après la courte mais substantielle introduction où Vanderkindere a résumé et c()nq)lété les études de ses devanciers, il ne reste plus grand chose à ajouter à la critique du Chronicon Hanoniense. Je n'en voudrais toucher ici qu'un seul point, dont la discussion ne sera peut-être pas sans quelque utilité.
On doit désormais considérer comme acquis que Gislebert a cessé d'écrire en 1196. Mais est-il aussi certain qu'il nous ait laissé une œuvre complètement achevée, « une composition d'un seul jet, dont toutes les parties se tiennent organiquement » ? ('-) A vrai dire, j'en doute beaucoup et suis fort tenté de ne voir avec Arndt dans le texte que nous possédons, qu'une première rédaction destinée à être remaniée par son auteur et laissée telle quelle pour des motifs (ju'il faut nous résoudre à ignorer.
C'est incontestablement api'ès la mort de Baudouin V, par conséquent ap»"cs le milieu de décembre iigS, que Gislebert a entrejjris la composition de sa chronique.il nous lelaisse entendre dans son prologue(''), et puisque, d'antre part, il a déposé la plume après 1196, nous devons donc admettre qu'un an tout au plus lui a suffi pour élaborer son long travail {■*). Cela déjà permettrait de ne voir dans celui-ci qu'une sorte de mise au point, qu'une ébauche, qu'un canevas à reprendre plus tard en sous-œuvre et à remanier.
Écarté des affaii'es au décès de son maitrc Baudouin V, le chancelier de Ilainaut, retiré à vSainte-Waudru, résolut d'utiliser ses loisirs forcés par un travail qui devait tourner à la gloire du
(*) Op. cit., p. IV.
('-) Vanderkindere, op. cil., p. xxiv.
(■') Ce prol()},'no niontiunnu, en elTel, l:i niorl de lîaudouin \'.
(■■') Il ne Ini anrait même l'allu pour cela (itic (rois mois si l'on devaitadmeltre avec Ilantke. op. cit., ]>. 70, ((uo la clir()ni(ine était écrite en mars on avril I !<)().
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prince qu'il avait servi pendant si longtemps. Il avait certainement recueilli une quantité de notes pendant les longues années vécues dans l'entourage de son maîti'e ou durant les missions dont il avait été cliargé par lui. Il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir les listes de personnages qui reviennent continuellement dans son récit, soit comme a^'ant pris part à quelque chevauchée, soit comme ayant assisté à une assemblée. Si excellente qu'on la suppose, sa mémoire n'aurait jamais pu retenir cette quantité de noms propres, ni du reste conserver le souvenir des dates si précises qui abondent dans son travail. Ses fonctions de chancelier lui avaient permis de connaître une foule de détails demeurés habituellement cachés aux chroniqueurs monastiques. Il avait fait partie du conseil intime de son maître, avait expédié en son nom quantité de chartes, consulté ses comptes (^), lu sa corresijondance, connu tous ses projets et toutes ses affaires et conservé même sans doute par devers lui la minute de maints documents. Tous ces matériaux accumulés lui permettaient d'écrii^e facilement l'histoire de Baudouin Y. Mais il voulut faire davantage. Il conçut l'idée de retracer brièvement, comme une sorte d'introduction, l'histoire du comté de Hainaut depuis la comtesse Richilde, avant d'entreprendre le récit du règne de Baudouin. Il se proposa même de continuer ensuite sa narration au jour le jour, et, ce plan bien arrêté dans sa tête, il l'annonça bravement dans sa préface : « Ab Hermanno comité et ejus uxore Ilicheldc comitissa... inicium habere volumus, ut inde ad Balduinum comitem... et ad ejus successores lucidius transire possimus».
Mais il est dangereux de commencer par écrire sa préface. En réalité, Gislebert n'a exécuté que les deux premières i)arties de son programme. Après avoir rapidement ébauché l'histoire du
(■^) .le crois voir du moins l'utilisation de comptes aux i)ages i38, de sa chroni(iue. On ne i)eut objecter quii les archives ne contiennent pas de comptes aussi anciens. Nous savons i)ar Galbert (éd. Pirenne, p. i59)'(iue dès le commencement du XIT' siècle, les berqiiiirii et les custodes curtiitm des comtes de Flandre tenaient note de leurs recettes. Ces conii)tes étaient sans doute éci'its sur des tal)lettes' de cire comme les i)lus anciens comi)tes communaux de la ville de Senlis. (Voy. Flammermoni, Histoire de la nille lie Senlis. Paris. 1881) et c'est jjour cela ([u'il ne s'en est pas conservé de trace.
comté depuis Richilde et classé ses notes relatives à Baudouin V, il s'est ari'êté. Non seulement il n'a pas continué son récit, mais même il n'a pas revu les jjarties de sa tâche qu'il avait mises sur pied. Il ya laissé subsisterdes contradictions ('), des répétitions (-), des négligences, sans compter les digressions, qui excluent absolument la possibilité de les considérer comme un travail définitif. Il annonce qu'il donnera le texte de documents que l'on chercherait vainement dans sa chronique (^) ; il renvoie le lecteur à des développements qu'il promet et ne fournit pas (^).
Evidemment il se proposait, au moment où il a écrit le texte que nous avons sous les yeux, de le soumettre à une revision qu'il n'a jamais entreprise. Pour([uoi ? Nous ne savons, et l'on peut faire ici toutes espèces de conjectures. La plus pi^obable c'est qu'il a craint de livrer à la publicité un livre dans lequel il s'exprime sans réserves sur le compte d'une foule de personnages encore vivants. Quoi qu'il en soit, il a laissé son œuvi'e tout à la fois ininterrompue et inachevée. Bien qu'ayant vécu encore jusqu'en 1^24, il n'y a plus mis la main après 1196 et lui a laissé le caractère provisoire qui, à mon sens, y est si frappant. On pourrait invoquer encore, en faveur de cette manière de voir, la monotonie du style, la pauvreté des expressions et jusqu'à une particularité de chronologie assez remarquable. Gislebert se sert fréquemment, en effet, pour dater les événements, non de la fête de Pâques, mais du terme pascal (•'). On comprend très bien l'emploi de cette notation chez un homme versé, comme il devait l'être par ses fonctions de chancelier, dans le comput chronolo-
(') 1*. 35, il donne deux filles à Baudouin II. P. ^ii, il lui en attribue trois.
('^) Les détails sur les sceaux dont Kiiudouin\' se servit successivement sont réi)ëtés ]). n'i'i, i>(ia, i>()<).
(■*) !*■ 7!)- i' promet de donner i)lus loin un jugement de Baudouin 1\ sur les mortes-mains de Valenciennes : on n'eji tröuve i)as trace dans sou ouvrage. — P. 2G2. Ai)rès avoir mentionné divers privilèges im])ériaux en laveur de Baudouin V, il ajoute : « Quorum privilegiorum transcrijjta iu subseijuentibus invenieiitui' ». On ne trouve rien du tout.
(■*) Voy. (). 'io- oufles mots « dequibus in subseciuentibus ])lenius dicemus» ne se rapportent à rieu de ce qui suit.
(•') Voy. i)ar i'xemi)le ]). i5,'j. i()5, 207, 277. Dans ces divers endroits, Vanderkindei'e !i cru \)tir erreur (]u'il était (juestion de Pà([ues et, eu conséquence, a ramené inexactement les dates au style moderne.
gique du moyen-âge. Mais il ne pouvait supposer les mêmes connaissances chez ses lecteurs, et tout poi te à croire qu'il aurait substitué le jour de Pâques à celui du terme pascal, s'il avait préparé une édition définitive de sa chronique.
L'épilogue du Chronicoii Hanoniense nous fournit enfin une dernière preuve. Il suffira, je jiense, de le lire sans idée i)réconeue, pour se convaincre qu'il ne provient pas de l'auteur (•). Il constitue une simple notice biographique sur celui-ci, ajoutée, sans doute après sa mort, à la fin de l'œuvre, par quelque chanoine de Sainte- Waudru. On x^ourrait alléguer contre cette opinion les quelques lignes consacrées aux enfants et à la femme de Baudouin V qui le suivent dans nos éditions. Mais d'abord rien ne prouve que ces lignes soient de Gislebert, et quand même elles seraient de lui, une interversion du dernier feuillet du manuscrit original expliquerait facilement la place qu'elles occul)ent aujourd'hui dans le texte.
Nous conclurons donc que nous n'avons conservé du Chronicon IIanonien.se qu'une rédaction provisoire. Gislebert n'a point destiné son travail à la publication. C'est là ce qui explique et le petit nombre de ses manuscrits et le fait que l'œuvre est restée presque inconnue avant que Jacques de Guyse, l'ayant trouvée à Sainte- AVaudru, l'ait fait entrer dans ses célèbres Annales. Mais
(^j .le le transcris ici pour (jue Fou ])insse en juger : « Hee omnia couscrii)ta a Gisleberto, hujus coniitis clerico scrijjto eonimendata sunt, qui gesta (luorunidani inii)eratornni et rejiuni et coniitum Ilanoniensiuni et (luorunichini coniitum Flandrensium, <xui ])redecesserant, ex scri])tis ecclesiarum quam])luriuin collegerat et Iiis jura lîeate "W'aldetriidis amiscuerat et hujus comitis Hanoniensis ])rinci])is illustris, actibus tam in ])rosperitate ciuam adversitate i'ere omnibus interluerat, quem ejus dominus comes cancellarium suum elTeceral et eum in bonis ecclesiasticis ])romoverat, scilicet in pre])0situi'a Sancti Germani ei Ideate Waldetrudis custodia et jirebenda et in Konegiensi et Condatensi et Melbodiensi ecclesiis ])rebendis, et in Namurcensi abbatia Ideate Marie,, et in i)re])ositura et custodia et i)rebenda Sancti Albani et in custodia et ])rebenda Sancti Petri Namurcensis ». (Edit. Vanderkindere, ]). .'53o-3.'5i). L'emploi du ])Ius-que-pari'ait nous oblige évidemment à sous entendre les mots « de son vivant ». Les éléments de ce texte sont em])runtés i)res(jue tous au prologue du Chronicon Ilanoniense et à la page 23o où Gislebert rapporte les bienfaits dont il fut redevable à son maître. Il comjirend d'ailleurs une inexactitude dont le chancelier de Baudouin V n'eut 1)U se rentlre coui)able. Il est faux, en effet, que celui-ci ait consulté les i< scri])ta ecclesiariim (iuam])lurium ». Il est certain, au contraire, (pi'il n'a utilisé aucune chronique. Voy. Vanderkindere, ojj. cit., ]). xxx.
c'est là aussi ce qui augmente singulièremeut sa valeur comme source historique. Elle est d'autant plus sincère qu'elle est plus spontanée. Le souci de la l'orme, le souci surtout de ne point l)lesser quelques puissantesi'amillesliennuyères, eussent sans doute poussé son auteur à en retrancher plus d'un détail instructif ou pittoi-esquc s'il avait songé à la revoir. Il a parlé naïvement l)arce (lue, en travaillant, il ne songeait point encore à ses lecteurs. Il en est de sa nai-ration coninie de celle de Galbert, qui, par une heureuse i'ortune, nous a été (conservée également inachevée et également naïve et véridique ('),
H. PiRENNE.
('j <;iill)ert (le Hrnges. Histoire du meurtre de Charles le Bon, éd. H. Pirenue, p. x et suiv.
Trois documenta du XIP siècle
relatifs à rhôpital de Louvain
Les sources diplomatiques de l'histoii-e bi'al)aiu.'oniie sont relativement rares au .VII'' siècle, surtout celles (j[ui concei'iient les .villes. Pour Louvain, on n'avait pu utiliser jusqu'à présent (jue quelques notices (') et chartes se l'ajjportant à l'église Saint-Pieri-e et ne fournissant que des données très vagues sur cette époque où la ville s'est réellement l'ormée. Ou ne s'était guère servi des documeuts qui font l'objet de cet article, parce qu'ils se trouvaient perdus dans un i)ctit livre devenu rarissime {Septem Tribus iinlriciac f.oDnnicuscs ; edilio cinvinhdioi- et inicUor iisqiie n(l un nam i~:~>4- fyODunii, Jncobs, i~5^) (-), et qu'ils y sont publiés eu qu(!l(|ue sorte à l'état brut. L'éditeur de l'opuscule en question n'est pas pai-venu à déterminer la date approximative à laquelle ces documents ont été rédigés, et les indications qu'il donne en tète du premier docuuiciit peuvent mênie induire le lecteur en erreur. Il a eu soin de mentionner l'endroit où il les a découverts, l'hôpital de Louvain. ^Falgré toutes les recherches que j'ai faites, je n'ai [)u les retrouver. Pour en [)rouvcr l'authenticité, on en est donc réduit à en faire la criti(juc interne.
L'invocation diffère dans les deux premiers documents; on peut en conclure qu'ils sont l'œuvre de deux rédacteurs différents. D'ailleurs, l'invocation de la première notice (//? nomine Domini
(') La plus aiieieniie de ces notices est celle de i i4o (Analecles /lonr sernir ;) r Idsloirc ecclt'xiiislique, a'' série, l. XIII, 1902,. pp. 3(i.'5-.'i()5).
(■') Le volume se trouve à IaUil)liotii('(iuei'()yale, où il i)oi'(ela coteV. ior)o4.